B. FRANCE Ô, INDISPENSABLE ANCRAGE ET CoeUR DE RÉSEAU À REPROFILER

1. Redéfinir France Ô comme le média global des outre-mer partout en France
a) Le numérique comme tremplin en phase avec les évolutions technologiques et non comme repli précipité

Le tournant numérique enclenché aujourd'hui pour l'audiovisuel est déterminant. Manquer cette étape serait risquer l'invisibilité totale des outre-mer demain .

Les sénateurs souhaitent donc que soit résolument engagé le tournant numérique des contenus dédiés aux outre-mer, mais ce de manière raisonnée . Le numérique ne doit pas être construit comme un support pour des contenus relégués qui attireraient moins d'audience en linéaire : il n'est pas une « deuxième division » de l'audiovisuel . Le numérique est aujourd'hui couplé au linéaire dans un paradigme de complémentarité .

Cependant, si la consommation en rattrapage (« replay ») est très forte, les programmes « natifs » - produits pour diffusion numérique sans diffusion linéaire - sont encore aujourd'hui très minoritaires. Il convient donc d'organiser une mutation raisonnée et non précipitée .

France Ô doit s'imposer comme un média global dédié aux outre-mer et donc renforcer son emprise numérique . France Ô doit incarner cela avec ses contenus propres mais également en portant haut dans l'hexagone les contenus des stations, et ce à la télévision, en contenus audio et sur internet.

À ce titre, l'application « La 1 ère » sur smartphone existant aujourd'hui n'apparaît pas répondre aux attentes de manière satisfaisante.

Les rapporteurs appellent cependant à la vigilance : une telle transformation ne peut se faire sans un réel effort de formation des personnels, techniciens ou journalistes aux formats ou nouvelles modalités de production et diffusion de leurs contenus.

b) France Ô : une plateforme globale appuyée sur les contenus existants

Les rapporteurs souhaitent encourager le développement de la future plateforme numérique . Le projet dévoilé est à ce stade encore trop incertain : il doit être approfondi et la consultation des publics doit être prolongée.

Surtout, cette plateforme ne doit pas être un seul portail de vidéos : face au défi du média global, France Ô doit s'incarner sur la vidéo comme sur l'audio et les contenus écrits en ligne.

(1) Un portail vidéo ambitieux et une réelle disponibilité des contenus des stations La 1 ère

La future plateforme devra naturellement se proposer comme un lieu de « rattrapage » de l'ensemble des contenus relatifs aux outre-mer sur les antennes de France Télévisions.

Mais la plateforme devra également proposer des contenus nouveaux . Il conviendra cependant d'être vigilant sur la production de contenus propres à l'offre nationale en ligne. Ceux-ci devront également offrir une vision transversale des thématiques ultramarines. Il n'est pas question de se contenter d'être un site uniquement de « replay » ou encore « best of » des stations.

Le projet semble à ce stade prendre en compte la préoccupation d'une meilleure accessibilité des programmes des stations La 1 ère et intégrer la nécessaire mission de parler au grand public . Une question cruciale reste celle de la disponibilité des programmes des stations dans l'hexagone, contrainte aujourd'hui par les géoblocages. Les rapporteurs souhaitent que l'ensemble des programmes coproduits par les stations puissent être facilement accessibles et, notamment, les programmes relatifs à la vie politique et sociale locale.

Recommandation n° 13 :  Développer une plateforme numérique ambitieuse qui intégrera, en plus de contenus propres et de « rattrapage », l'accessibilité dans tous les territoires et dans l'hexagone de l'intégralité des contenus d'information, reportages, documentaires et magazines coproduits par les stations La 1 ère .

(2) Un média audio à conforter

Les radios ultramarines comme la webradio Radio Ô produite par France Ô à Paris doivent être mieux accessibles sur les plateformes et leurs contenus disponibles en téléchargement . Leurs formats de production doivent ainsi permettre leur diffusion sur les nouveaux réseaux numériques.

En outre, en matière de contenus audio, les rapporteurs ont relevé que, si les sites internet et les comptes des stations sur les réseaux sociaux étaient très dynamiques, leurs contenus audio étaient indisponibles sur les grandes plateformes de téléchargement de podcasts .

Alors que des enregistrements produits par France culture 152 ( * ) d'auteurs ultramarins sont disponibles des mois après leur première diffusion, aucune émission radio des stations comme de la webradio Ô ne semble accessible 153 ( * ) .

Garantir la visibilité des outre-mer aujourd'hui et, surtout, demain, passe par une accessibilité des contenus délinéarisés non seulement sur les sites internet mais aussi sur les plateformes dominantes.

La future plateforme dédiée devra en assurer la bonne visibilité.

Recommandation n° 14 : Améliorer la disponibilité des contenus audio des stations La 1 ère et de France Ô par un renforcement de l'accessibilité des podcasts et de la radio Ô en format numérique.

(3) Des contenus d'information sur internet à développer sur la base du site « La 1ère »

L'affirmation de France Ô comme média global des outre-mer au niveau national passe aussi par la meilleure valorisation des contenus d'information sur internet que la future plateforme devra intégrer .

Cette mission devra prendre pied sur le travail déjà assuré par la rédaction du pôle outre-mer et de France Ô et le site réunissant des actualités de l'ensemble des stations La 1 ère , la1ere.francetvinfo.fr. Ce site est un exemple de coordination des stations La 1 ère au service d'une disponibilité de contenus au niveau national. Le dynamisme des stations et rédactions locales sur le média global et sur les contenus internet doit pouvoir être pleinement porté au niveau national.

La future plateforme dédiée aux outre-mer devra ainsi s'appuyer sur les contenus produits par les rédactions des stations et une rédaction de Malakoff confortée. Il faut que l'information relative aux outre-mer trouve une pleine place dans l'offre numérique et que celle-ci permette des passerelles entre territoires, des analyses et investigations sur des thématiques transversales que les stations ne peuvent porter individuellement .

c) Une plateforme à part entière et non entièrement à part

La future plateforme ne doit en outre pas être déconnectée de la plateforme « mère » du groupe France Télévisions, france.tv , au risque de continuer à cantonner les outre-mer à la périphérie. Les stations La 1 ère comme France Ô sont toutes partie intégrante du groupe France Télévisions : leurs contenus doivent être présents sur france.tv. Pour une meilleure lisibilité, le nom de France Ô mériterait également d'être celui de la plateforme : France Ô doit incarner le lieu où les outre-mer se (re)trouvent pour tous les publics et sur tous les supports. L'usage de cette marque permettrait également de doter d'emblée cette plateforme d'une meilleure identité et d'une lisibilité immédiate.

Recommandation n° 15 :  En vue de faire de France Ô un réel « média global », engager un plan de développement d'un portail numérique « France Ô » dédié aux contenus ultramarins, relié au portail france.tv et identifié comme « plateforme des outre-mer ».

2. Consacrer France Ô comme chaîne des cultures ultramarines et des réalités d'outre-mer
a) Le maintien de la diffusion TNT : une nécessité à ce jour
(1) Un maintien en phase avec les usages actuels

La transformation proposée ne peut se faire dans la précipitation. La montée en puissance du numérique ne doit pas faire brusquement table rase aujourd'hui de la télévision linéaire. Cela serait une erreur car contreproductif.

Cependant, dans la perspective de l'évolution du secteur de l'audiovisuel, les rapporteurs ne souhaitent pas considérer le maintien du canal TNT comme une nécessité pour les trente années à venir : cela serait une chimère.

Le média global France Ô que les rapporteurs appellent de leurs voeux s'appuie résolument sur la chaîne France Ô existante.

Ainsi, les rapporteurs appellent au maintien de la diffusion TNT de France Ô, avec un bilan à l'horizon 2025, en fonction des évolutions de la TNT et des résultats de la montée en puissance de l'offre numérique.

Recommandation n° 16 :  Maintenir la diffusion de France Ô sur le canal 19 afin d'assurer le succès de la transformation numérique de l'offre ultramarine et la mutation de France Ô avec un bilan à l'horizon 2025.

(2) Une nécessité pour produire les contenus des supports de demain

Le maintien de France Ô sur la TNT ne doit pas se faire sur une ligne conservatrice et être considéré comme « le maintien d'un acquis ».

La diffusion TNT poursuivie est au service d'une transformation pour répondre à une nécessité de programmation ultramarine . La chaîne linéaire doit être un levier important de commandes de programmes dédiés aux outre-mer pour constituer une réelle offre ultramarine adaptée demain aux usages numériques peut-être dominants.

La diffusion traditionnelle doit être un tremplin pour la production de contenus à retrouver de manière délinéarisée.

(3) Une nécessité pour permettre un changement progressif des habitudes

Pour assurer la visibilité de la future offre et favoriser la mise en place au sein des publics d'un « réflexe numérique » dans la consommation des contenus dédiés aux outre-mer, le développement de la plateforme numérique se doit d'être appuyé et accompagné par une diffusion TNT maintenue dans la durée.

Un tel changement brutal de média risquerait de se traduire par la défection du grand public sans attache particulière avec les outre-mer, qui trouve aujourd'hui dans France Ô un « repère » de contenus sur ces territoires français qu'il connaît peu.

Les quelques semaines de coexistence annoncées entre le lancement de la plateforme prévu en janvier 2020 et l'extinction de la diffusion TNT à l'automne ne sauraient suffire à modifier les habitudes des téléspectateurs.

b) Une chaîne à la programmation résolument ultramarine
(1) Une ligne éditoriale claire : la chaîne des outre-mer

Un nouvel équilibre doit être trouvé dans la programmation et les fictions non ultramarines, les rediffusions massives de séries devant quitter l'antenne de France Ô.

La grille doit conserver une large programmation de documentaires mais aussi faire davantage de place aux reportages et, surtout, apporter de nouveaux formats d'émissions participatives et de décryptage des réalités ultramarines, prenant le relais des chaînes généralistes qui ne pourront traiter de tous les sujets. Celles-ci et la chaîne dédiée doivent oeuvrer en complémentarité , dans une démarche similaire à celle opérée sur les différents vecteurs du média global.

France Ô doit aussi et surtout continuer de valoriser et porter à l'écran la diversité des cultures ultramarines . Cette vitrine unique ne doit pas disparaître. Cela passe, en musique ou dans le spectacle vivant, par des émissions et concerts ou spectacles. Cela passe aussi par le sport avec des programmes et retransmissions des grands événements, où les exemples ne manquent pas sur les différents bassins avec les yoles martiniquaises, le Grand raid réunionnais ou les compétitions de va'a dans le Pacifique.

(2) Une exigence qui doit se concrétiser à l'antenne

Ainsi, les rapporteurs ne se satisfont pas du maigre dépassement de 50 % de temps consacré aux outre-mer sur l'antenne de France Ô . Si France Ô veut réussir le défi du média global et être un réel levier de production en permettant la création de nouveaux contenus dédiés aux outre-mer, sa programmation se doit d'être consacrée très majoritairement aux outre-mer. L'objectif doit donc être relevé à 80 % de sa programmation d'ici à 2020 . Une telle ambition ne peut être réalisée qu'en s'appuyant davantage encore sur les stations La 1 ère et donc sur la collaboration redynamisée en cours entre les stations et France Ô.

Recommandation n° 17 :  Exiger une programmation ultramarine portée à 80 % de la grille de France Ô et consacrée à des programmes permettant de développer la connaissance des réalités ultramarines, et de valoriser la diversité des cultures des territoires.

3. Conforter une relation « gagnant-gagnant » redessinée au sein du pôle outre-mer entre France Ô et les stations La 1ère renforcées
a) Une nouvelle relation confortée

Pour que la transformation de France Ô réussisse, il est indispensable que les stations La 1 ère soient résolument intégrées à cette dynamique . L'opposition entre Paris et les territoires doit cesser. L'élan qui commençait à germer depuis deux ans doit être poursuivi et soutenu.

France Ô doit mieux assurer la reprise de programmes des stations La 1 ère , sur d'autres genres que sur l'information comme c'est essentiellement le cas aujourd'hui. Les objectifs de programmes issus des stations sur l'antenne de France Ô doivent ainsi être relevés dans le contrat d'objectifs et de moyens. Les stations La 1 ère produisent des contenus de qualité : il faut les valoriser sur l'antenne nationale de France Ô.

Une nouvelle relation doit s'établir en matière de programmation et cela doit passer par un réel budget de cofinancements qui soit discuté conjointement par France Ô et les stations. Les rapporteurs appellent à la structuration de la programmation de France Ô autour des priorités issues des territoires afin que celle-ci puisse nourrir conjointement les grilles des stations et celles de France Ô.

Recommandation n° 18 :  Assurer une meilleure coordination des programmations de France Ô avec celles des stations La 1 ère et relever la part de la grille de la chaîne issue des stations.

b) Des stations renforcées

Le renforcement de l'offre ultramarine nationale doit participer d'un renforcement de l'offre territoriale.

Le renforcement de l'offre territoriale passe aussi par une meilleure présence du service public dans l'ensemble des territoires ultramarins. À ce titre, la délégation entend alerter sur le besoin d'une réelle offre de service public dans les Îles du Nord , dont les deux territoires - qui ne sont pas les moins peuplés - sont aujourd'hui les seuls à ne pas disposer d'offre locale dédiée. Si le développement de nouveaux moyens par la création d'une nouvelle station semble peu envisageable, il convient de parvenir à une meilleure présence de Guadeloupe La 1 ère , éventuellement par un partenariat avec des acteurs privés.

Recommandation n° 19 :  Renforcer le service public audiovisuel dans l'ensemble des territoires avec une présence renforcée de Guadeloupe La 1 ère dans les îles de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, éventuellement par le biais d'un partenariat avec des sociétés privées.

Les chaînes La 1 ère doivent enfin être soutenues dans le développement qualitatif de leur offre, alors que celles-ci vont assurer davantage de programmes dédiés à leur zone géographique. Les chaînes doivent disposer d'une diffusion cohérente avec leur statut de principal acteur public dans les paysages audiovisuels locaux. Aussi, les rapporteurs souhaitent que la diffusion en haute définition soit assurée en 2020 , sur la base des fréquences rendues disponibles par l'arrêt de France 4. Les stations sont pour la plupart déjà équipées pour une telle diffusion qui renforcerait la qualité et la mise en valeur de leurs programmes .

Recommandation n° 20 :  Permettre aux chaînes La 1 ère d'être diffusées en haute définition en 2020 en profitant des fréquences libérées par l'arrêt de la diffusion de France 4.

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Ce projet est sans doute ambitieux, il n'en paraît pas moins nécessaire. Le numérique ne doit pas être un repli ni un prétexte : il doit être une ambition. Pour que dans l'audiovisuel de demain les outre-mer aient leur juste place, il faut aujourd'hui saisir le tournant du média global, depuis les stations jusque dans l'hexagone avec France Ô.


* 152 Liste en annexe de contenus produits par Radio France.

* 153 Recherche réalisée notamment sur la plateforme de podcasts d'Apple : les contenus disponibles étaient essentiellement ceux produits par Radio France, avec les chroniques littorales de France inter, le journal de l'outre-mer de France info et les émissions de France culture. Aucune émission des stations La 1 ère n'a été trouvée, comme de la webradio Radio Ô.

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