Seconde séquence - Des dynamiques sectorielles qui allient tradition et innovation

Nicolas de Sèze, Directeur général de l'Institut d'émission d'Outre-Mer (IEOM)

Une brève mise en perspective macro-économique nous permet de dresser quelques grands constats.

La répartition de la valeur ajoutée par secteur illustre à nouveau le contraste entre la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Les « services non marchands » - c'est-à-dire l'administration - représentent 36 % de la valeur ajoutée en Polynésie française, contre 18 % en Nouvelle-Calédonie et 22 % en métropole. À l'inverse, l'industrie et la construction représentent ensemble 26 % de la valeur ajoutée en Nouvelle-Calédonie contre 13 % en Polynésie française et 20 % en métropole.

La répartition des financements bancaires accordés au secteur privé confirme l'importance relative de l'industrie et de la construction en Nouvelle-Calédonie et celle du commerce en Polynésie française et surtout, à Wallis-et-Futuna.

L'examen des balances des paiements montre qu'en Nouvelle-Calédonie , l'investissement dans le secteur du nickel a généré un déficit des échanges de services . Ce déficit s'est creusé à partir de 2004, en liaison avec les chantiers de construction de l'usine du nord et de l'usine du sud. Ceux-ci ont en effet nécessité des importations de services (transports, ingénierie...) pour des montants élevés. En Polynésie française , le tourisme assure un excédent des échanges de services .

La Nouvelle-Calédonie et le nickel

Le dynamisme économique calédonien est lié au nickel, dont la Nouvelle-Calédonie détient les deuxièmes réserves mondiales (15 %), derrière l'Australie. Une étude du partenariat CEROM (composé de l'IEOM, de l'AFD et de l'ISEE, l'Institut statistique calédonien), qui vient tout juste d'être publiée, vise à déterminer le poids global du nickel dans l'économie calédonienne sous l'angle de l'emploi salarié. Il en ressort notamment qu'entre les emplois directs, les emplois indirects et les emplois induits, le nickel représentait en 2012 un peu plus de 12 000 salariés, soit 20 % de l'emploi du secteur privé.

La Nouvelle-Calédonie compte trois usines de transformation de nickel, dont deux ont été construites au cours de la dernière décennie. Les exportations de nickel, sous la forme de minerai brut ou de nickel métal, représentent 90 % des exportations du territoire.

Le secteur du nickel est toutefois exposé à trois aléas :

- la volatilité des cours du nickel. Les cours ont été orientés à la baisse entre 2011 et 2013. Ils se sont un peu redressés en 2014 à la faveur du « ban » indonésien : l'Indonésie, principal fournisseur de la Chine, a en effet décidé de se réserver son minerai pour le transformer sur son sol. Depuis fin 2014, les cours du nickel sont de nouveau orientés à la baisse, mais l'impact de cette baisse a été atténué par la remontée du dollar par rapport à l'euro et donc au franc Pacifique ;

- l'évolution de la demande mondiale d'acier inoxydable, en particulier de la Chine qui en représente à elle seule plus de la moitié ;

- le niveau des stocks mondiaux de nickel.

La Polynésie française et le tourisme

L'industrie polynésienne du tourisme rassemble 2 740 entreprises, qui génèrent 15 % du chiffre d'affaires de la Polynésie française et emploient 16 % des effectifs salariés. La fréquentation touristique se redresse : 180 600 visiteurs ont été accueillis en 2014, chiffre supérieur de 10 % à celui de 2013 mais qui reste en-deçà du pic atteint en 2000 (233 000 visiteurs).

Le secteur primaire à Wallis-et-Futuna

Le secteur primaire à Wallis-et-Futuna, peu développé et structuré, est essentiellement de type traditionnel : l'agriculture, l'élevage, l'artisanat et la pêche sont très peu intégrés dans l'économie marchande et davantage tournés vers la satisfaction des besoins familiaux et coutumiers, l'autoconsommation étant pratiquée par 80 % des ménages et représentant 40 % de leur consommation.

Le secteur primaire pourrait constituer une priorité en termes de développement d'activités, d'autant que les actions en faveur de ce secteur ne nécessitent pas de moyens financiers très lourds. Le développement du secteur primaire permettrait probablement de ralentir l'émigration de la population vers d'autres géographies. L'Assemblée territoriale a décidé fin 2013 d'en faire une priorité politique et un plan pluriannuel de développement durable du secteur primaire est en cours d'élaboration.

En conclusion, je voudrais faire un focus sur deux séries d'indicateurs issus des « ratios sectoriels » publiés par l'IEOM :

- les indicateurs de rentabilité montrent que dans la plupart des secteurs, les entreprises des collectivités du Pacifique ont une capacité bénéficiaire équivalente à celle observée en France métropolitaine, voire supérieure ;

- les indicateurs d'endettement montrent que le taux d'endettement financier des entreprises des collectivités du Pacifique est plus élevé qu'en France métropolitaine et relativement important au regard de leur faible capitalisation.

ANNEXE

Stéphane Chin Loy, Président de la Chambre de commerce, d'industrie, des services et des métiers de Polynésie française (CCISM)

Depuis les origines du peuple polynésien, l'artisanat a toujours été au centre de la vie. C'est à la fois un facteur de cohésion sociale et un lien avec les ancêtres et la famille. L'artisanat a connu un formidable essor au cours des trente dernières années en Polynésie, il est passé du statut familial à un artisanat professionnel qui s'exporte dans certains domaines sur les marchés extérieurs. Il est multiple dans ses formes et dans ses archipels.

L'artisanat regroupe deux notions en Polynésie :

- l'artisanat général qui comprend l'alimentation, le bâtiment, le bois, la mécanique, le vêtement, l'hygiène, etc. ;

- l'artisanat traditionnel qui est profondément ancré dans la tradition même si depuis quelques années, nous assistons également à un mariage entre la tradition et la modernité. Cet artisanat comprend la bijouterie, les costumes, la couture, la gravure, la sculpture, le tapa , la vannerie...

En 2014, la CCISM a enregistré une hausse de 2,6 % du nombre d'entreprises artisanales avec un total des entreprises artisanales de 8 676 contre 8 460 en 2013.

L'ensemble des professions est en augmentation en 2014, sauf l'alimentation.

Les Îles du vent concentrent la majorité (81 %) des entreprises artisanales créées.

Un grand nombre d'artisans d'art ne sont pas répertoriés car ils travaillent au sein d'associations et ne sont par conséquent pas patentés.

Selon les chiffres du service de l'artisanat de la Polynésie française, ces associations, au nombre de 1 168, regrouperaient 5 569 artisans en 2014.

Les entreprises artisanales dans le secteur de l'alimentation, du bois et ameublement, du textile et de l'artisanat d'art présentent de réelles potentialités à l'export, mais elles accusent un retard dans la maîtrise des standards internationaux.

Pour rester compétitives sur les marchés extérieurs, ces entreprises ont besoin de moderniser leurs outils de production et d'innover constamment. Plus que jamais, la tradition doit se marier avec la modernité.

Paino Vanai, Chef de la délégation des îles Wallis et Futuna auprès du ministère des outre-mer

Après un bref état des lieux de l'artisanat à Wallis-et-Futuna, une présentation des politiques mises en oeuvre pour aider au développement de ce secteur nous permettra d'évoquer les perspectives envisagées pour le renforcer.

À Wallis-et-Futuna, l'artisanat comprend l'artisanat classique pour lequel, je vous donnerai quelques chiffres, et l'artisanat traditionnel qui comprend de nombreuses activités de production, exercées en majorité par les femmes. Je signale que les femmes artisanes de Wallis-et-Futuna se déplacent depuis deux ans pour exposer et vendre leurs productions à la foire de Paris, avec un certain succès.

Dans le domaine de l'artisanat classique, sur 74 entreprises recensées en 2014, on en comptabilise 3 dans l'alimentation, 20 dans le bâtiment, 35 dans la fabrication et 16 dans les services. Les entreprises artisanales recensées sont majoritairement de type individuel. Deux d'entre elles sont des entreprises unipersonnelles à responsabilité limitée (EURL) et neuf sont des SARL. Quarante salariés travaillant dans le secteur artisanal sont déclarés à la caisse locale des prestations sociales.

Les pouvoirs publics ont mis en place depuis de nombreuses années des dispositifs d'aide en faveur du secteur privé, qui bénéficient également à l'artisanat. Les aides financières directes, sous forme de subventions, sont prévues dans le code territorial des investissements, dans l'opération groupée d'aménagement foncier ou dans le dispositif « tremplin jeunes ». Les artisans peuvent également bénéficier, en complément des aides financières, d'aides à l'emploi par la mise à disposition de chantiers de développement ou de volontaires du service civique.

En dehors des subventions publiques, les artisans ne peuvent faire appel qu'à l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) qui propose des financements de micro-projets ; sur 44 micro-projets financés en 2014, neuf concernent le secteur de l'artisanat. Pour le moment, la seule banque locale est réticente à apporter des financements aux entreprises en général et artisanales en particulier, qui disposent de capacités humaines et financières limitées.

En termes de perspectives, les autorités locales envisagent d'élaborer une politique dans le secteur de l'artisanat visant à le renforcer en se concentrant sur les priorités suivantes :

- développer l'innovation et la créativité ;

- développer la formation notamment dans le domaine de la gestion et de la commercialisation des produits ;

- créer une chambre spécifique de l'artisanat pour coordonner l'organisation et le développement du secteur.

Le développement des activités artisanales qui utilisent la matière première locale non importée pourrait s'appuyer notamment, sur le développement du tourisme de croisière ou du tourisme cultuel dans les années qui viennent.

Pierre Gugliermina, Président du conseil d'administration de la Société Le Nickel (SLN)

Enjeux géostratégiques et économiques du nickel calédonien

Je voudrais remercier les organisateurs de cette conférence économique car il est rare que nous ayons l'opportunité de présenter nos activités industrielles calédoniennes aux décideurs métropolitains. Le nickel, ressource phare de notre archipel, est devenu omniprésent dans la vie quotidienne et de ce fait, tous les pays industriels se préoccupent de l'accès à cette ressource indispensable. Or, les ressources nickélifères oxydées sont concentrées dans la zone Pacifique et plus particulièrement en Indonésie et en Nouvelle-Calédonie dès lors que l'on parle de minerais « riches ». Il est donc essentiel d'avoir une vigilance forte quant à ces ressources qui attisent les convoitises.

La transformation métallurgique du minerai est la phase la plus créatrice de valeur, raison pour laquelle cette opération doit être au maximum réalisée sur place, à travers les complexes historique comme la société Le Nickel - SLN ou nouveaux comme Vale Nouvelle-Calédonie et Koniambo Nickel-KNS. Il est important pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie de veiller à améliorer la compétitivité des entreprises minières et métallurgiques locales, le maintien du dispositif métropolitain d'aide fiscale pour gommer une partie des surcoûts ultramarins étant l'un des outils y concourant. Par ailleurs, les exportations de minerai brut doivent rester modestes et ne pas contribuer à renforcer la compétitivité de concurrents low cost .

Le nickel, même s'il n'est pas visible de prime abord, est devenu indispensable à notre vie quotidienne. On le retrouve dans le monde du transport (terrestre, maritime, aérien, spatial), dans la construction, dans les biens de consommation courante comme les ordinateurs, les smartphones , les appareils photos...L'industrialisation et l'urbanisation des pays émergents, ainsi que les exigences de plus en plus accrues des sociétés développées en matière notamment d'efficacité énergétique, de sécurité alimentaire et de santé, soutiennent une très forte demande de nickel. Celle-ci a augmenté de 7 % par an au cours des sept dernières années. Cette croissance est certes soumise aux variations de croissance de la Chine, mais elle restera soutenue dans le temps vu les relais de consommation potentiels que représentent l'Inde, l'Afrique...

Le monde a besoin de nickel : l'accès à la ressource est donc stratégique pour tout pays industriel. La Chine, qui produit la moitié de l'acier inoxydable mondial, est très déficitaire en minerai de nickel. De ce fait, ce pays cherche à sécuriser ses approvisionnements à travers des contrats de long terme et des opérations de prises de participation offshore . Il en va de même pour tous les autres pays industrialisés qui ne possèdent pas la ressource minière, comme le Japon, la Corée du sud...

Le Pacifique, dans cette course à la matière première, occupe une place très attrayante puisqu'il dispose d'environ deux tiers des ressources nickélifères oxydées mondiales. Régionalement, l'Australie, l'Indonésie, les Philippines et la Nouvelle-Calédonie présentent les ressources estimées les plus importantes, 20 à 25 % pour la seule Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, l'Indonésie et la Nouvelle-Calédonie détiennent à elles deux 95 % des ressources riches. Cette cartographie de la ressource minière et l'interdiction d'exporter le minerai de nickel brut mise en oeuvre par l'Indonésie en janvier 2014 expliquent la volonté déterminée des pays industriels à rechercher des sources d'approvisionnement stables pour compenser leur déficit minier. Le sous-sol calédonien est de ce fait convoité et il convient de le gérer de façon durable et « en bon père de famille » avec une volonté de maximiser les retombées pour l'économie locale.

Sur le plan économique, il faut souligner l'importance, dans l'industrie du nickel, de l'étape de transformation métallurgique. L'activité d'extraction pour exportation de minerai brut ne génère que 15 % de retombées économiques locales, lorsque le cycle complet d'élaboration porte ce chiffre à 60 % ! Sur un chiffre d'affaires moyen de la SLN de 730 millions d'euros, plus de 400 millions contribuent directement à l'économie locale. Nous sommes le premier employeur privé avec 2 200 salariés et environ 8 000 emplois indirects et induits. Outre l'emploi local et la sous-traitance, les retombées locales se matérialisent au travers des impôts et des dividendes versés localement. Il est donc important, pour contribuer de façon optimale au développement de la Calédonie, de favoriser la transformation du minerai in situ , ce qui n'interdit pas pour autant un flux modéré et contrôlé d'exportation de minerai brut. Ces exportations doivent se focaliser sur des minerais que nous ne savons pas transformer économiquement sur place (minerais à basse teneur) et à des conditions commerciales ne favorisant pas nos concurrents. Pour mémoire, l'Indonésie a exporté 60 millions de tonnes de minerai en 2013, alors que la Nouvelle-Calédonie en exporte 4 à 5 millions par an.

Transformer localement le minerai de nickel est un enjeu stratégique pour la Calédonie. La SLN, acteur historique, le fait depuis 135 ans ; les deux nouveaux complexes, Vale NC au sud de l'île et KNS au nord sont venus renforcer le potentiel de production calédonien. Ces trois acteurs constituent un atout fort pour le développement de notre territoire.

Ceci étant, il ne suffit pas d'être présent, il faut, dans un contexte mondial agressif, être compétitif. Il est donc de notre devoir de déployer en permanence des plans d'action nous permettant d'être profitable sur l'ensemble d'un cycle, condition incontournable pour obtenir la confiance et l'engagement financier de nos actionnaires dans une industrie lourdement capitalistique. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour dire que l'État peut, et c'est nécessaire, contribuer au soutien de cette industrie du nickel. Les investissements sont d'autant plus lourds que l'isolement ultramarin entraîne des surcoûts très importants, de l'ordre de 40 % par exemple sur la future centrale électrique de la SLN. Nous attendons donc, avec une attention particulière, la prolongation du dispositif métropolitain d'aide fiscale pour les investissements outre-mer. Mesdames et Messieurs les élus, votre aide et votre support sont nécessaires pour que l'industrie du nickel puisse continuer à soutenir le développement de ce territoire merveilleux qu'est la Nouvelle-Calédonie.

Le minerai de nickel oxydé est largement localisé dans le bassin Pacifique et la Nouvelle-Calédonie est un pays largement doté de cette richesse minière. Pour un développement durable de l'archipel, il est important de valoriser au mieux cette ressource ; c'est une transformation locale qui répond le mieux à cette ambition. L'appui des pouvoirs publics locaux et métropolitains est essentiel pour préserver la compétitivité des industries du nickel calédoniennes et par conséquent les emplois et les rentrées fiscales. Le vote de la prochaine loi de finances métropolitaine sera dans ce cadre un signal fort envoyé à l'industrie ultramarine.

ANNEXE

Xavier Benoist, Président de la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie (FINC)

Le nickel représente un véritable atout pour notre territoire. En effet, en Nouvelle-Calédonie, deux emplois sur dix étaient liés au nickel en 2012. En tant que président de la FINC, je compléterai la présentation précédente de Pierre Gugliermina, en évoquant l'industrie de transformation.

L'industrie est une réalité dynamique, qui fait de ce territoire l'un des plus industrialisés de France. Avec plus de 2 800 entreprises dans le secteur industriel, dont 90 % qui comportent moins de 10 salariés, l'industrie de transformation représente 10 % de l'emploi privé en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, un emploi dans l'industrie génère deux ou trois emplois dans les services ou le commerce. Ce secteur participe également de manière très large au financement de la Nouvelle-Calédonie, particulièrement par la valeur ajoutée, qui est fixée sur le territoire. À titre de comparaison, cette industrie ressemble à l'industrie italienne des années 2000. Elle trouve ses origines à la fin du XIX e siècle. Elle a prospéré à la fin de la deuxième guerre mondiale, pour véritablement décoller dans les années 1970, en s'appuyant sur deux leviers : l'esprit pionnier et entreprenant des Calédoniens d'une part ; une politique publique volontariste basée sur les protections de marché, d'autre part. Nous disposons désormais de fleurons dans les différents secteurs de notre industrie de transformation. Je citerai quelques-uns d'entre eux, pour illustrer le dynamisme de l'industrie de Nouvelle-Calédonie :

- Biscochoc : créée en 1979, elle emploie aujourd'hui 70 salariés. Ce fabricant développe toutes les gammes de chocolat et de confiserie et continue d'investir fortement. Il développe ainsi une politique à l'export fructueuse ;

- Switi : fondée en 1992, elle vient de racheter La Sorbetière, et s'est dotée en 2014 d'une nouvelle unité de production, moyennant un investissement de quatre millions d'euros ;

- Si Frais : il s'agit d'une réussite industrielle exemplaire dans l'agroalimentaire. Crée en 2007, elle vient d'emménager dans une nouvelle usine et produit des plats préparés, des sandwiches et des desserts.

Cette industrie de transformation possède également des fleurons dans le second oeuvre du bâtiment comme :

- ESQ : créée en 1978, cette entreprise vient de voir son nouveau projet industriel reconnu par la Nouvelle-Calédonie, via l'intégration dans le plan annuel d'importation d'une mesure de stop pour les tuyaux PVC. Cela permettra d'accompagner le renouvellement de l'outil industriel, et probablement la construction d'une nouvelle usine ;

- LBDP : il s'agit d'un fabricant de pré-murs, prédalles et poutrelles ;

- Tokuyama, qui fabrique du ciment ;

- Teeprint, la quatrième entreprise française en matière de flocage textile.

La recette de la réussite de notre industrialisation est la suivante : prenez une pincée d'esprit pionnier, ajoutez quelques cuillères d'une politique publique volontariste, qui permet de bénéficier de protections de marché. Relevez le tout avec un outil de défiscalisation performant. Vous obtiendrez un outil industriel qui génère de la croissance, un outil d'intégration pour l'emploi de notre jeunesse et un outil de fierté. Soyons fiers de notre industrie et des apports de la défiscalisation. Vive la Nouvelle-Calédonie, vive la France et vive l'industrie !

ANNEXE

Franck Adraï, Directeur du groupe SDA-Premium Water et membre du Syndicat des industriels de Polynésie française (SIPOF)

Panorama industriel de la Polynésie française

Un développement économique sous contraintes fortes

Le tissu industriel est articulé autour de trois pôles majeurs : l'industrie manufacturière, l'industrie extractive et la production et la distribution d'électricité, de gaz et d'eau.

Son développement fait face à des contraintes structurelles : un marché intérieur restreint qui limite les économies d'échelle et une forte dépendance vis-à-vis des matières premières et des produits énergétiques.

C'est pourquoi l'industrie locale bénéficie d'une protection douanière matérialisée par la taxe de développement local à l'importation (TDL) qui a pour objet de préserver la compétitivité des produits locaux par rapport aux produits importés. Son taux varie entre 9 % et 82 % selon le type de produit. Malgré cette protection, le chiffre d'affaires des produits agroalimentaires importés est deux fois plus élevé que celui des produits locaux. 21 ( * )

Un levier important de création d'emplois

Selon les derniers comptes économiques publiés par l'Institut statistique de la Polynésie française (ISPF), le secteur industriel contribuait à hauteur de 7 % à la formation du PIB en 2011, dont 2 % pour l'agroalimentaire. En 2014, il représentait 12 % du chiffre d'affaires total des entreprises assujetties à la TVA. Il concentrait également 8 % de l'effectif salarié du secteur marchand fin novembre 2014, soit 4 614 emplois. Le potentiel de développement de l'emploi est très important du fait que la demande en produits manufacturés est satisfaite en grande partie par les importations.

Le tissu industriel polynésien est composé essentiellement de petites unités : 2 425 entreprises industrielles recensées dans le Répertoire territorial des entreprises (RTE) de l'ISPF en 2014, dont 85 % employaient deux salariés au maximum et seuls cent établissements disposaient de dix salariés et plus.

Le secteur manufacturier concentre l'essentiel de ces entreprises (95 %), parmi lesquelles figurent l'industrie agroalimentaire (23 %) et l'industrie du textile, de l'habillement, du cuir et de la chaussure (16 %).

Une conjoncture difficile qui nécessite la poursuite des soutiens publics

Le nombre d'entreprises industrielles en activité a diminué en 2014, passant de 2 457 entreprises en 2013 à 2 425 (- 1,3 %). Les plus fortes baisses ont concerné l'industrie agroalimentaire (- 24 unités) et l'industrie du bois, du papier et imprimerie (- 12 unités).

Le chiffre d'affaires 2014 des entreprises industrielles (822 millions d'euros) a également reculé de 2,6 %, selon les données de l'ISPF. Toutefois, le chiffre d'affaires de l'industrie agroalimentaire (35 % du total) a légèrement progressé (+ 1,3 %), sous l'impulsion des exportations de poissons congelés (+ 34 %), de noni (+ 18 %) et de vanille (+ 16 %).

L'emploi a baissé de 15 % entre 2007 et 2014 :

Lionel Loubersac, Co-fondateur, Manager et Secrétaire Général du Cluster maritime Nouvelle-Calédonie (CMNC), Océan Avenir NC - CréocéanK

avec le concours du Cluster maritime Polynésie française (CMPF)

Traiter d'un tel sujet ne peut se concevoir sans rappeler les fondamentaux géographiques et environnementaux d'une telle région : espaces, distances, insularité, ressources, climatologie... Ces fondamentaux expliquent la très large diversité des métiers de la mer et leurs dynamiques spécifiques.

C'est pourquoi les argumentaires qui suivent ont-ils été analysés selon une triple approche qui considère l'histoire, les besoins et les grandes évolutions mondiales issues des révolutions de pensées (émergence d'une civilisation des loisirs, poids grandissant de la place de l'environnement...) ou des retombées du développement scientifique et technique (maîtrise de l'aquaculture, haut débit des connexions numériques, énergies nouvelles, biotechnologies, ressources minérales profondes...).

1. Au départ fut une obligation, celle du transport maritime et son corollaire, celle de la construction navale.

En effet, dans un espace océanique par essence, rien n'était envisageable sans l'organisation du transport par la mer de populations et de vivres. Ce transport nécessitait la réalisation d'embarcations de grandes tailles comme de navires secondaires. Ce qui fut réalisé dans l'axe mélanésien à l'ouest d'abord depuis 3 000 ans ou plus, puis dans la région polynésienne, au centre et à l'est.

Pour un tel transport de migrants, les populations locales ont su concevoir des embarcations qui soient rapides, stables, aptes à naviguer sur de très longues distances dans des mers variables et qui sachent remonter au vent (les vents dominants étant d'est sud-est et les migrations d'ouest vers l'est).

Ainsi l'intelligence humaine a-t-elle su, sans bureaux d'études sophistiqués en architecture navale, ni, à l'époque, dépôts de brevets (!), inventer des solutions telles que le balancier, la double ou triple coque (catamarans et trimarans), des structures légères particulièrement agiles (les praos ), des carènes faiblement mouillées limitant la trace, le mat-voile rigide... : autant de solutions techniques originales dont ont directement hérité les navires modernes des grandes courses autour du monde ou encore les voiliers sophistiqués de l' America's Cup (les fameux AC72 à aile rigide par exemple apparus en 2010).

Pour ce qui concerne les évolutions ultérieures du transport maritime, l'insularité a fait que les formes de ce transport ont incessamment évolué : passagers et vivres certes, mais aussi matériaux divers, combustibles, voire même minerai. On citera ainsi le cas du transport maritime du minerai de nickel, interne à la Calédonie et entre Nouvelle-Calédonie, Métropole, Australie, Corée, Japon, Chine... qui a vu la conception du plus grand voilier du monde en activité de 1917 à 1922 (le France II, 5 mats barque, échoué en 1922 sur le grand récif ouest), puis de minéraliers modernes à « carène liquide », ce qui explique aussi que Nouméa soit le premier port en tonnage de tout l'outre-mer.

Une dynamique particulière et très récente de ce transport concerne la montée en puissance du transport de passagers de croisière.

Actuellement le transport maritime, qui est une nécessité absolue pour la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna, connaît, malgré la faible population de ces collectivités (600 000 habitants environ), la plus large diversité de métiers, tant des personnels à bord à la technicité toujours plus avancée (capitaines 200, 500, 5000, boscos, mécaniciens, électroniciens, pilotes, remorqueurs...) que de personnels sédentaires (manutentionnaires, dockers, transitaires, agences maritimes, courtiers, assureurs, juristes, experts maritimes, techniciens de maintenance...).

Ce développement répond aussi à l'existence sur place d'entreprises spécialisées dans la conception, la construction de ports, de quais, le dragage, les travaux sous-marins...

En matière de construction navale, force est de constater, en revanche, que malgré le foisonnement d'idées et de réalisations qui a pu être celui des « anciens », il n'y a pas de chantiers navals de taille significative dans nos territoires du Pacifique, hormis quelques petits chantiers astucieux concevant des navires côtiers qui concernent plus le domaine de la pêche et le récréatif que le domaine du transport opérationnel de vivres, de fret et de populations.

2. Au départ une seconde obligation : il faut des protéines animales !

C'est ainsi que les métiers de la pêche ont vu des techniques originales se mettre en place avec tout un travail artisanal de fabrication des outils nécessaires (hameçons en nacre, nasses tressées, filets, harpons etc...) et des techniques diverses utilisées en haute mer ou dans les lagons (pêche traditionnelle aux cailloux par exemple).

La ressource en poissons pélagiques (thons, bonites, marlins, maï maï...) étant fondamentale et base de l'apport en protéines pour tous les peuples du Pacifique, les techniques et les métiers de la pêche ont évolué : bonitiers en Polynésie par exemple toujours actifs, « poti marara » rapides et légers et désormais une pêche hauturière de palangriers qui représente 65 navires en Polynésie et 18 en Nouvelle-Calédonie.

Une mention particulière doit être faite des métiers de la pêche professionnelle lagonaire qui, par exemple en Nouvelle-Calédonie, concerne 400 petits navires, complétée de la pêche vivrière des tribus canaques et de la pêche récréative en plongée ou à partir de navires de plaisance qui représentent ensemble cinq fois le volume de la pêche professionnelle côtière.

En parallèle, outre un développement commercial associé en matière de vente d'engins de pêche, de leurres et d'appâts, ainsi qu'en matière de fabrication locale de petits navires (petits hors-bord, plates alu, remorques) s'est lancée une dynamique qui intéresse les métiers du conditionnement de produits finis, en partie exportés (congélation, fumage, découpe de filets, préparations de plats cuisinés...).

3. Une première évolution majeure : le passage progressif de la cueillette à l'élevage : la montée de l'aquaculture marine.

L'aquaculture concerne des produits de la mer à forte valeur ajoutée dont le poids économique est significatif puisqu'ils pèsent à l'export (la perle en Polynésie et la crevette pennéide en Nouvelle-Calédonie) mais elle connaît aussi une diversification des productions en cours et donc de nouveaux métiers.

L'exploitation de la perle noire était initialement liée aux stocks naturels avec des plongeurs de nacre. Elle est depuis devenue l'affaire d'éleveurs dans des fermes sur filières, principalement aux Tuamotu, avec des métiers associés comme ceux de la greffe ou de la bijouterie.

En revanche, le cas de la crevette qui intéresse la Nouvelle-Calédonie, et dans une moindre mesure la Polynésie, est un produit directement issu de la recherche conduite en majorité par l'Ifremer. Ainsi dans les années 1980 et 1990, avec la naissance ex nihilo d'une filière, ont émergé des métiers neufs : des écloseurs, fermiers, provendiers, transformateurs de produits, ceux du soutien technique aux installations : fabrication locale de bacs d'élevage, pompage, génie civil, etc.

Cette dynamique se poursuit et se diversifie : élevage sur tables d'huîtres en Nouvelle-Calédonie, pisciculture marine en cages en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, pectinidés,...

On doit souligner le poids social, environnemental et culturel de ces activités et métiers. Ils sont, en effet, les garants de l'aménagement des territoires concernés, en fixant des populations dont la technicité évolue, en dehors des métropoles. Ils sont aussi les garants d'une excellente qualité des eaux et des milieux sans laquelle ils ne peuvent se développer. Ces métiers sont donc à juste titre des « sentinelles » environnementales. Par ailleurs, ils offrent pour les territoires concernés une image noble, associant tradition et modernité, tant pour la perle que pour la crevette dont il faut noter, pour la Nouvelle-Calédonie, qu'elle est devenue, en une trentaine d'années, un met local original consommé par toutes les ethnies représentatives du pays sans exception.

Enfin, dans les dynamiques propres à ces activités aquacoles, il y a celle de la diversification vers des espèces prometteuses dont il est nécessaire de soutenir les travaux de recherche et d'innovation, tant sur la maîtrise des cycles biologiques, des technologies d'élevage que le conditionnement et l'exploitation pratique. On pense plus particulièrement à l'élevage de bèches de mer (holothuries) particulièrement prisées sur le marché chinois et dont les stocks pillés se raréfient dangereusement. On pense aussi aux micro-algues, dont le projet décidé par les autorités publiques de Nouvelle-Calédonie et fondé sur un partenariat entre Adecal 22 ( * ) Technopole et l'Ifremer, qui est à l'origine depuis une trentaine d'années des bases scientifiques et techniques de sélection et d'élevage d'algues, offre les avantages d'une perspective de production de biomasse et de protéines pour l'agro-alimentaire, mais aussi de biomolécules utiles dans l'industrie ou encore des possibilités de piégeage de dioxyde de carbone émis par l'industrie minière.

4. Une seconde évolution majeure : la montée en puissance d'une civilisation des loisirs.

Tout un ensemble de conditions favorables (soleil, chaleur, eaux claires, biodiversité, beauté, vent, houle, vagues) font que la montée en puissance de notre civilisation de loisirs promet aux collectivités du Pacifique une diversification majeure d'activités et de métiers associés.

Si c'est sans doute la plongée sous-marine en scaphandre autonome ou l'apnée qui en ont été les premières formes dès les années 1960, les types sont désormais multiples. Pêle-mêle, on citera : le nautisme, la plaisance, la baignade, le surf, la planche à voile, le va'a ou pirogue de course, le kayak de mer, le kite surf , le stand up paddle , le whale watching , le shark feeding , le tourisme côtier au sens large bien sûr mais aussi la croisière...

Autant d'activités qui viennent se mettre en place avec un foisonnement de métiers nouveaux en accompagnement, lesquels vont du commerce et de la vente à l'accastillage, en passant par le carénage, les marinas, l'entretien, la maintenance, des guides touristiques, des moniteurs, des loueurs et un artisanat relatif à la mer vendu aux touristes (travail du corail, de la nacre, dents de requins).

Cette dynamique est considérable, je citerai deux chiffres pour la Nouvelle-Calédonie :

- sept fois plus de bateaux par habitant qu'en métropole donc des besoins correspondant en gros à 2 000 000 d'habitants comparativement ;

- plus de 400 touchers de grands paquebots de taille supérieure à 250 mètres et portant 1 500 passagers en moyenne chacun, l'année passée et 530 envisagés en 2016 !

Tout ceci a des implications lourdes dont l'anticipation semble encore perfectible.

5. Une troisième évolution majeure : la prise en compte progressive de la valeur environnementale et de ses enjeux.

Là encore, nous sommes dans des collectivités dont la qualité de l'environnement maritime et la biodiversité exemplaires sont des atouts fondamentaux pour demain.

Des politiques publiques se mettent place : installation d'un réseau d'Aires marines protégées, inscription des lagons de Nouvelle-Calédonie au patrimoine mondial et ouverture d'un dossier pour les Marquises, création du Parc marin de la Mer de corail, réserves intégrales, aires de gestion durable des ressources...

En parallèle naissent de nouvelles compétences et de nouveaux métiers, par exemple des éco-gardes (les bateaux jaunes du Grand lagon sud calédonien), mais aussi des entreprises pointues en matière de génie de l'environnement, spécialisées dans les domaines de l'impact, de la mesure, de l'observation, de la surveillance, de la structuration de bases de données et d'indicateurs, de la communication, de conception d'outils et de technologies adaptées (vidéo sous-marine, robots et drones sous-marins, systèmes automatisés, télécommunication avec des récifs éloignés...).

Ces métiers sont ceux de demain. En matière de croissance, les métiers de la mesure, de l'observation et du contrôle sont très prometteurs et ont été reconnus comme tels par l'Union européenne dans son étude sur la croissance bleue.

6. Une quatrième évolution majeure : la montée en puissance d'Internet et le passage en haut débit des communications.

Ce qui était imaginable par communication satellitaire il y a encore peu, n'est plus réellement compatible avec l'explosion des volumes d'information échangés sur la toile notamment. Ainsi, en complément du spatial, des dynamiques se placent-elles sur l'interconnexion, par câbles sous-marins et fibre optique, du Pacifique d'ouest en est, du nord au sud, avec tous les relais entre les îles à assurer. On citera la présence désormais continue à Nouméa du navire câblier « Île de Ré » d'Alcatel Lucent qui intervient dans tout le Pacifique insulaire central et sud. En outre, progressivement les opérateurs locaux de télécommunication doivent se doter de nouvelles compétences et imaginer des projets spécifiques à la connexion de leur collectivité avec le reste du monde, comme des interconnexions locales entre archipels et des projets de généralisation du transport optique. Ces projets obligent aussi à ce que des sociétés de service innovent et se spécialisent en cartographie et reconnaissance des fonds, en définition des meilleurs tracés avec limitation des impacts, etc...

7. Les grandes questions posées et le rôle des métiers de la Recherche et de l'Innovation

Nous avons souligné à l'Assemblée nationale, le 5 novembre 2014, dans une présentation précédente, que les collectivités ultramarines du Pacifique sont des espaces de grands défis, d'apprentissage et d'ambition comme elles sont aussi des laboratoires privilégiés de développement durable.

C'est pourquoi le rôle de la recherche et de l'innovation est majeur, tant pour apporter des réponses aux multiples questions posées (évolution climatique, acidification, changement global, exploitation durable de ressources profondes, frein à l'érosion de la biodiversité, développements technologiques utiles, énergies marines renouvelables) que de proposer des clés pour la continuité harmonieuse d'un rôle humain face au maintien de services écosystémiques apportés par la mer, l'océan et leurs différents environnements.

Les réponses à ces questions sont d'utilité humaine directe, pour les collectivités du Pacifique et pour les pays voisins, mais sans doute également pour l'humanité toute entière.

Or, les métiers de la recherche marine et de l'innovation et leurs disciplines (biologie, physique, hydrodynamique, chimie et biochimie, sédimentologie, géosciences marines, technologie, NTIC) sont représentés grâce à deux universités et des organismes de recherche internationalement connus et actifs : Ifremer, IRD, CNRS/CRIOBE 23 ( * ) notamment avec le montage de consortium tel que le CRESICA 24 ( * ) en Nouvelle-Calédonie par exemple.

Sur ces implications-là, le rôle de l'État et de l'Europe de la recherche est fondamental. Il apparaîtrait déraisonnable et à courte vue de limiter les efforts consentis, comme il serait souhaitable de mieux les canaliser.

8. En parallèle à toutes ces activités le besoin de gérer, administrer, sécuriser, défendre, contraindre, former...

Le développement du trafic maritime, les questions de gestion des pêches, la montée en puissance de l'aquaculture, des activités récréatives, de la préservation environnementale et en conséquence l'augmentation des risques, des impacts, des conflits et des trafics frauduleux ont entraîné progressivement la création et le développement de nouveaux métiers de gestion, d'administration, de contrôle et de répression. Ainsi, sont présents dans les collectivités du Pacifique les métiers des douanes, de la gendarmerie maritime, de la Marine nationale avec des navires et avions de surveillance maritime, de l'hydrographie, des affaires maritimes, des phares et balises, des pilotes maritimes et des métiers nouveaux de la surveillance spatiale comme des communications.

Ils relèvent majoritairement de l'action de l'État en mer. On y ajoutera les métiers de soutien en formations diverses des gens de mer, formations garantes de la dotation locale en compétences utiles et qui sont pour partie assurées sur place, à l'École des métiers de la mer par exemple.

Sans oublier des bénévolats forts, en particulier ceux de la Société nationale de sauvegarde en mer (SNSM), qui savent aider à relever les défis humains posés.

9. Une histoire et une culture maritime à faire connaître et valoriser

La Polynésie française, Wallis-et-Futuna et la Nouvelle-Calédonie ont une culture et une histoire maritime à faire connaître et valoriser. Les métiers associés vivent au Musée des îles à Tahiti, au Musée maritime à Nouméa, au Centre Tjibaou, à l'Aquarium des lagons notamment. Ils sont aussi secondés par des bénévolats actifs tels que « Fortune de mer » pour la recherche d'épaves ou encore le montage en partenariat avec la Marine Nationale d'autres grandes expéditions telles que celles de La Pérouse.

10. Et quels métiers pour demain ?

Je terminerai cette revue par quelques éléments relatifs à de nouveaux métiers, dont les dynamiques pourront à l'avenir être significatives. Je pense plus spécifiquement :

- aux biotechnologies marines et à la production de biomolécules utiles en santé, cosmétique, industrie. En Polynésie, s'est lancée Pacific Biotech, suivie par une start-up calédonienne qui a bénéficié du support d'Oséo et ceci n'est vraisemblablement qu'un début ;

- aux métiers du génie côtier. Ceux-ci concernent les travaux de défense et de protection du littoral, des ilots et motus, (métiers qui existent déjà mais qui devraient largement se développer en raison de la remontée du niveau de la mer, d'une érosion chronique et de la surfréquentation des sites) et sont également relatifs à la réhabilitation de sites dégradés tels que replantation de mangroves et de coraux par exemple ;

- aux Énergies Marines Renouvelables pour lesquelles la Polynésie française est en avance avec des expérimentations SWAC (climatisation par eau de mer) réussies et des analyses qui peuvent entraîner dans leur sillage des retombées favorables pour les autres collectivités du Pacifique, également douées en ressources de ce type (houle, éolien off-shore , énergie thermique des mers) ;

- aux métiers qui seront ceux de l'exploration profonde préparant l'exploitation de ressources minérales. Une équipe de géologues spécialistes en géosciences marines profondes a déjà été créée à la direction de l'industrie, des mines et de l'énergie de Nouvelle-Calédonie (DIMENC). Tout ceci va demander l'émergence de profils techniques très spécialisés, couplés aux métiers de l'impact environnemental. Le contexte sous-marin de Wallis-et-Futuna pourrait représenter un cas de figure particulièrement pointu en la matière.

Conclusion et perspectives

Ce rapide tour d'horizon montre, ô combien la diversité et les dynamiques des métiers de la mer sont larges dans des collectivités, qui tout au plus représentent la Communauté urbaine de Nantes, pour plus de 6 000 000 km 2 de responsabilité maritime.

Tous les métiers de la mer ou presque sont effectivement présents mais avec des masses critiques faibles, donc fragiles. Le Cluster maritime de Polynésie française (CMPF) a, par exemple, identifié dans un pré-recensement, 146 métiers organisés en 12 grandes classes.

Au plan de la communication sur ce « fait maritime» peu connu, il existe des projets comme celui monté en Nouvelle-Calédonie, en association avec un grand éditeur parisien, afin de publier un ouvrage qui présenterait une galerie de portraits d'hommes et de femmes vivant diversement de la mer et intitulé Des lagons humains .

Par ailleurs, le « terrain de jeu et d'avenir » du Pacifique étant très favorable, les métiers de demain sont là et seront de plus en plus présents si on accompagne raisonnablement leur développement et non leur délocalisation.

Un premier constat est que le poids économique de ces métiers (nombre d'emplois, nombre d'entreprises, flux financiers, tendances évolutives...) n'est pas connu, sauf pour la pêche et l'aquaculture qui sont des activités recensées dans le système statistique classique, par exemple avec les codes NAF 25 ( * ) .

Que dire, par exemple, du poids du maritime pour l'industrie minière calédonienne du nickel, l'une des plus fortes du monde, alors que tout le minerai transite par la mer, qu'il en est de même des produits finis, que les trois usines de rang mondial du pays ont toutes un port, des quais, des bateaux, des marins.... ? Nous ne le connaissons pas !

Que dire du poids réel du récréatif ? Nous l'ignorons tant en Polynésie qu'en Nouvelle-Calédonie

Or, ne pas bénéficier d'une vision globale de ce poids économique, d'indicateurs utiles à la décision publique constitue un handicap et un frein majeur. D'où l'idée de favoriser un état des lieux puis le montage d'observatoires économiques du monde maritime du Pacifique, adaptés aux contextes et aux besoins.

Par ailleurs, quelles que soient les évolutions statutaires des collectivités du Pacifique, l'État, qui partage une longue histoire avec elles, doit être le garant du maintien et de l'accompagnement de la diversité des métiers, cette diversité étant une vraie richesse, comme il doit être le garant du renforcement des compétences. Il y a donc un rôle à mieux définir pour un accompagnement de formations aux choses de la mer, ainsi que des spécialisations à créer en respectant les besoins et les cultures locales, par des cycles adaptés, sans doute dès le lycée. Cet accompagnement favoriserait les vocations maritimes en analysant les possibilités, au plan international, d'intéresser nos voisins insulaires.

Nous avons cité le rôle du politique qui est aussi de favoriser localement la valorisation de la biodiversité, matière première sans doute inestimable, par le soutien et le transfert vers des start-up locales dans le domaine des biotechnologies, tout en respectant la règle du partage des avantages.

Nous citerons aussi ce rôle clef qui est de maintenir un pôle avancé de compétences en matière de recherche et d'innovation, sans doute en en plaidant plus et mieux la cause au niveau européen.

Dans un jeu de complémentarité et donc de partenariats à favoriser et à encourager, au contraire d'un jeu de concurrence et tout en reconnaissant bien que la véritable concurrence est extérieure (Asie, Chine ou autres intérêts vis-à-vis de la région), on soulignera la nécessité d'un accompagnement logique et pertinent d'entreprises nationales et européennes, compétentes et pointues dans les domaines maritimes, notamment d'avenir, et de leur association ( joint-venture ) à de petites entreprises locales également compétentes car connaissant parfaitement le terrain.

On regrettera le peu d'outils incitatifs de type crédit d'impôt recherche, statut de jeune entreprise innovante, défiscalisations spécifiques, dont nos collectivités ne bénéficient pas et qu'elles-mêmes n'ont pas encore mises en place. Pourtant, dans un partage entendu avec l'État qui transfère une majorité de compétences, ces dispositifs devraient être très sérieusement analysés de part et d'autre.

Enfin, on ajoutera le rôle régional exemplaire à mettre en avant, au travers de ces collectivités du Pacifique, en matière d'images relatives aux voies de développement économique équilibré, de préservation environnementale, de différents savoir-faire en matière de gestion transversale et d'aménagement intégré, de contrôle et de suivi de la qualité et donc du maintien attendu par beaucoup, ici et ailleurs, des relations harmonieuses à tisser entre culture, tradition, respect environnemental et modernité.

Platon avait su dire : « Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer ». Comme ailleurs sur cette planète nous avons, ici dans le Pacifique, des vivants et des morts mais, surtout, nous avons des hommes et des femmes qui vont sur la mer.


* 21 Source : Institut statistique de la Polynésie française - ISPF, 2014.

* 22 Agence de développement économique de la Nouvelle-Calédonie.

* 23 Centre des recherches insulaires et observatoire de l'environnement (CRIOBE).

* 24 Consortium de coopération pour la recherche, l'enseignement supérieur et l'innovation en Nouvelle-Calédonie (CRESICA).

* 25 Nomenclature d'activités française.

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