B. LE SUCCÈS ANNONCÉ DU FIDESZ ?

Les divisions de l'opposition, comme l'absence de « challenger » crédible face au Premier ministre, pourraient conduire au maintien du Fidesz à l'issue des prochaines élections législatives, organisées le 6 avril 2014. Les principales formations - MSZP, Egyutt-14 et DK - semblent peiner à contrer la communication du gouvernement et ne peuvent présenter un programme commun, notamment en matière économique. Le Fidesz semble avoir fait le choix d'une campagne principalement centrée sur la baisse des « charges domestiques », mêlant discours anti-européen et condamnation des grands groupes étrangers. La victoire de la gauche en 2014 aurait comme conséquence, selon le Premier ministre, la formation d'un gouvernement par le « grand capital international », selon les mots employés lors du 25 e congrès du Fidesz les 28 et 29 septembre 2013.

Les enquêtes d'opinion donnent pour l'heure la victoire au gouvernement sortant. Les sondages soulignent cependant que 49 % des électeurs demeurent indécis. Par le passé, le Fidesz , donné largement victorieux dans les enquêtes d'opinion, avait finalement été battu à l'occasion des élections législatives de 2002. Certains observateurs relèvent, à ce titre, que l'indécision exprimée dans les sondages est plus marquée qu'auparavant et liée à la peur d'indiquer son intention réelle à un tiers. 25 % de ces indécis entendent en tout état de cause aller voter. Les méthodes retenues pour les enquêtes soulignent d'ailleurs combien il semble difficile, pour l'heure, d'obtenir une photographie valable de l'opinion : pour obtenir un échantillon fiable de 1 000 personnes, 6 000 personnes sont interrogées contre 2 000 à la veille du scrutin précédent.

1. Un cadre juridique favorable au Fidesz ?

La nouvelle loi de procédure électorale adoptée le 8 avril 2013 servira de cadre pour l'organisation de ce scrutin. Si celle-ci a pour partie anticipé l'introduction du Cinquième amendement en ce qui concerne la publicité dans les médias, elle ne répond pas à toutes les craintes sur un possible manque d'équité de traitement. La communication du gouvernement n'est ainsi pas encadrée pendant la campagne électorale. Aucune réglementation n'a en outre été introduite au sujet des panneaux publicitaires, dont une large part est contrôlée par des industriels proches du Fidesz . La composition du Comité national des élections chargé de superviser le scrutin est également sujette à caution. Outre un représentant par groupe parlementaire (quatre aujourd'hui) et un représentant par parti disposant d'une liste nationale entre quatre et cinq en fonction des alliances, sept personnalités sont nommées par le parlement à la majorité des deux tiers, ce qui laisse craindre un noyautage de cette instance par le Fidesz . Les mêmes réserves entourent les comités locaux chargés de vérifier les élections au niveau infra-national.

Le nombre de sièges sera en tout état de cause ramené à 199 pour ce scrutin, contre 386 lors du précédent. 106 sièges seront répartis au terme d'un scrutin uninominal à un tour. Les circonscriptions sont de taille à peu près similaire. Elles sont le fruit d'un redécoupage qui semble favorable en l'espèce au Fidesz . 93 sièges sont, quant à eux, répartis au scrutin de liste.

Adopté le 10 juin 2013, la loi sur le financement des campagnes électorales vient répondre aux lacunes de la réglementation existante. Celle-ci ne permettait pas de financer raisonnablement l'activité des partis. En 2006, les 44 partis présents aux élections législatives ont ainsi dépensé en moyenne cinq fois plus que le montant autorisé. Le projet de loi présenté à l'automne 2012 prévoyait initialement la suppression des fonds publics destinés aux partis pour leurs dépenses de fonctionnement. Cette disposition a in fine été supprimée. Reste un mécanisme de financement qui dépend directement du nombre de candidats présentés. Un parti en mesure de présenter 199 candidats recevra ainsi 600 millions de forints (1,97 million d'euros). Cette disposition limite l'action des petits partis. Elle n'est pas non plus sans conséquences pour l'opposition dont les formations sont condamnées à s'unir si elles veulent bénéficier de ressources suffisantes pour la campagne, chacune d'entre elles ne pouvant pas présenter 199 candidats. C'est notamment à l'aune de cet argument financier qu'il convient d'analyser la mise en place d'une coalition Együtt 2014 - MSZP (parti socialiste) en octobre 2013. La plateforme Együtt 2014 (Ensemble pour 2014 ou E 2014), constituée en parti en juin 2013 et classée au centre, réunit l'ancien Premier ministre Gordon Bajnai (2009-2010), l'organisation non gouvernementale Szolidaritas , conduite par M. Petre Konya, et le mouvement citoyen MILLA ( One million for democracy) créé sur internet et dirigé par M. Péter Juhász.

2. Une opposition unie ?

Cette coalition a été étendue le 14 janvier 2014 aux principales forces d'opposition et devrait en conséquence regrouper, outre le MSZP et Együtt 2014 , les formations Dialogue pour la Hongrie - qui disposait déjà d'un accord avec Együtt 2014 -, le Parti libéral hongrois (MLP) - ancien allié du parti socialiste en 2002 - et surtout la Coalition démocratique (DK) de l'ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány (2004-2009). Seul, le petit parti écologiste LMP ne participe pas à cette « coalition des forces d'opposition démocratiques », selon la formule retenue par ses promoteurs. Cette alliance aura pour tête de liste, lors du scrutin, l'ancien secrétaire d'État Attila Mesterházy, président du MSZP . Un grand nombre d'anciens ministres des gouvernements en fonction entre 2002 et 2010 sont par ailleurs candidats. M. Gyurcsány se retrouve ainsi en troisième position sur la liste d'opposition, prêtant ainsi le flanc aux critiques visant le retour d'une équipe pourtant largement discréditée en 2009. L'ancien Premier ministre avait alors été contraint à la démission suite à la publication dans la presse d'une intervention devant son parti dans laquelle il confiait continuellement mentir pour se maintenir au pouvoir. Cette intervention avait conduit à de violentes manifestations à Budapest. L'accord scellé entre le MSZP et E 2014 en octobre 2013 se voulait être justement une rupture par rapport à cette période troublée. Le statut des dirigeants des trois principales formations de la coalition - deux milliardaires et un aristocrate - est par ailleurs régulièrement dénoncé par le Fidesz .

Cet accord a cependant le mérite de permettre à l'opposition d'afficher une certaine unité, de rompre avec un discours centré fin 2013 sur les querelles intestines entre les partis qui la composent, et de se définir par rapport au gouvernement actuel. Sa mobilisation sur l'accord entre la Russie et la Hongrie du 14 janvier 2014 atteste de ce changement de perspective.

Si elle est pour l'heure distancée dans les sondages, il convient néanmoins de relever que l'opposition a remporté trois des cinq dernières élections législatives partielles. Plutôt que de s'employer à dénoncer les atteintes aux valeurs fondamentales, l'opposition tend à cibler le volet économique de l'action du gouvernement sortant, en pointant tout à la fois ses conséquences sociales - appauvrissement de la population (et notamment de la communauté rom), fragilisation des services publics et de l'offre de santé, augmentation du travail précaire - et l'absence de visibilité financière du pays à long terme : croissance continue de la dette publique et des taux d'intérêt, fuite des capitaux et diminution des investissements directs étrangers. Cette thématique sociale peut étonner au sein d'un paysage politique hongrois où la droite a toujours défendu l'idée d'un État interventionniste là où le centre-gauche milite depuis 1990 pour la libéralisation de l'économie.

Reste une question fondamentale, celle des conditions d'exercice du pouvoir en cas de victoire, alors que la Constitution semble aujourd'hui conçue pour mettre en oeuvre le programme du Fidesz . Toute révision de celle-ci passe en effet par l'obtention d'une majorité des deux tiers.

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