Avis 89 tome I - Projet de loi de finances pour 1998 - Affaires sociales


M. Jean CHÉRIOUX, Sénateur


Commission des Affaires sociales - Avis N°89 Tome I - 1996/1997

Table des matières







N° 89

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 1997-1998

Annexe au procès-verbal de la séance du 20 novembre 1997.

AVIS

PRÉSENTÉ

au nom de la commission des Affaires sociales (1) sur le projet de loi de finances pour 1998 , ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE,

TOME I

AFFAIRES SOCIALES

Par M. Jean CHÉRIOUX,

Sénateur.

(1) Cette commission est composée de : MM. Jean-Pierre Fourcade, président ; Jacques Bimbenet, Mme Marie-Madeleine Dieulangard, MM. Guy Fischer, Claude Huriet, Bernard Seillier, Louis Souvet, vice-présidents ; Jean Chérioux, Charles Descours, Roland Huguet, Jacques Machet, secrétaires ; François Autain, Henri Belcour, Paul Blanc, Mmes Annick Bocandé, Nicole Borvo, MM. Louis Boyer, Jean-Pierre Cantegrit, Francis Cavalier-Benezet, Gilbert Chabroux, Philippe Darniche, Mme Dinah Derycke, M. Jacques Dominati, Mme Joëlle Dusseau, MM. Alfred Foy, Serge Franchis, Alain Gournac, André Jourdain, Jean-Pierre Lafond, Pierre Lagourgue, Dominique Larifla, Dominique Leclerc, Marcel Lesbros, Jean-Louis Lorrain , Simon Loueckhote, Jean Madelain, Michel Manet, René Marquès, Serge Mathieu, Georges Mazars, Georges Mouly, Lucien Neuwirth, Mme Nelly Olin, MM. Sosefo Makapé Papilio, André Pourny, Mme Gisèle Printz, MM. Henri de Raincourt, Gérard Roujas, Martial Taugourdeau, Alain Vasselle, Paul Vergès, André Vézinhet.

Voir les numéros :

Assemblée nationale ( 11 ème législ.) : 230 , 305 à 310 et T.A. 24 .

Sénat : 84 et 85 (annexe n° 18 ) (1997-1998).

Lois de finances.

TRAVAUX DE LA COMMISSION

I. AUDITION DU MINISTRE

Réunie le mercredi 22 octobre 1997, sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade, président, la commission a procédé à l'audition de Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, et de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, sur les crédits de leurs départements ministériels pour 1998.

Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, après avoir rappelé que le budget de l'emploi et de la solidarité s'élevait à 229 milliards de francs, a souligné que sa progression était supérieure à la norme de 1,5 % retenue pour l'ensemble du budget de l'Etat : 4,4 % pour le budget emploi (112,6 milliards), et 3,6 % en intégrant les crédits inscrits au budget des charges communes, soit au total 115,8 milliards de francs, et près de 3 % pour le budget santé, solidarité, ville (73,2 milliards).

Mme Martine Aubry , ministre de l'emploi et de la solidarité , a ensuite abordé le budget de la solidarité. Elle a rappelé qu'elle préparait avec une dizaine de ministres un nouveau projet de loi sur la prévention et la lutte contre les exclusions, qui devrait déboucher sur un programme interministériel de trois ans. Elle a indiqué que le budget de l'emploi comportait déjà plusieurs mesures liées à cette loi : la revalorisation de l'allocation de solidarité spécifique (ASS), le financement de 710 postes supplémentaires en entreprises d'insertion (28 millions de francs) et l'inscription au budget des charges communes d'une provision de 225 millions de francs. Elle a ajouté que les crédits d'insertion par l'économique s'élevaient à 484 millions de francs (+ 6 %).

Elle a, en outre, précisé que le budget de la solidarité représentait 64 milliards de francs sur les 73,2 milliards de la section santé, solidarité et ville.

Elle a alors énuméré les quatre grandes masses de ce budget : les dotations de solidarité avec 25,33 milliards pour le revenu minimum d'insertion (RMI) et 23,39 milliards de francs pour l'allocation aux adultes handicapés (AAH), l'aide sociale obligatoire de l'Etat (10,5 milliards, soit + 3,8 %), notamment pour les subventions aux centres d'aide par le travail (CAT) et aux centres d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS), l'action sociale de l'Etat (1 milliard), notamment pour le dispositif d'accueil d'urgence, et, enfin, la formation des travailleurs sociaux (618 millions de francs).

Elle a souligné que le budget finançait 2.000 places nouvelles de CAT et 500 places d'ateliers protégés. Elle a indiqué qu'un effort comparable était fait dans le domaine de l'hébergement et de la prise en charge des plus démunis, avec notamment 500 places nouvelles de CHRS.

Le ministre a également évoqué la question des dettes non réglées de l'Etat, concernant notamment la prise en charge des objecteurs de conscience ou des tutelles déférées à l'Etat, qui portaient préjudice aux organismes, essentiellement associatifs, chargés de mettre en oeuvre ces mesures.

Enfin, le ministre a rappelé que ses compétences englobaient également les rapatriés, auxquels était consacré un budget de 2,1 milliards de francs, répartis entre divers ministères. Elle a rappelé que le processus de l'indemnisation arrivait à son terme, raison pour laquelle les crédits étaient passés de 3,5 milliards de francs en 1997 à 260 millions en 1998. Elle a également évoqué les crédits de secours et les crédits du musée mémorial de la France d'outre-mer.

En conclusion, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, a indiqué que les administrations sociales bénéficiaient de créations nettes d'emplois (369), afin de remplir les objectifs de résorption de l'emploi précaire et de renforcer l'encadrement.

M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis du budget des affaires sociales , s'est interrogé sur les conditions dans lesquelles serait appliqué un taux directeur opposable aux dépenses du secteur social et médico-social ainsi que sur les améliorations que le Gouvernement souhaitait apporter au RMI.

S'agissant du secteur social et médico-social, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, a précisé qu'il ne pouvait pas faire exception à la politique d'encadrement des dépenses qui devait être la contrepartie naturelle des mesures nouvelles permettant une progression de la capacité des établissements pour les personnes handicapées et les personnes âgées dépendantes.

Elle a rappelé que le principe de l'opposabilité des enveloppes de crédit pour les institutions sociales et médico-sociales était arrêté mais que le taux directeur fixé pour ces dépenses était fixé par une circulaire qui n'était pas opposable au contentieux.

Elle a précisé que ce principe serait mis en oeuvre avec la réforme de la loi du 30 juin 1975 et s'appliquerait à toutes les structures quel que soit leur mode de financement en précisant qu'elle souhaitait mettre au point des outils plus fins d'allocation des ressources, à l'instar de ceux qui existent déjà pour les centres d'aide par le travail (CAT) et les centres d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS).

Confirmant les besoins de financement de plus en plus importants dans ce secteur, elle a souhaité reprendre le problème de la tarification, revoir l'ensemble des aides au maintien à domicile qui sont trop complexes et faciliter les reconversions hospitalières afin de dégager des lits supplémentaires pour les personnes âgées et handicapées.

Concernant le RMI, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité , a rappelé que son objectif était de faire reculer la pauvreté et qu'il n'y avait pas lieu de remettre en cause l'économie générale et les équilibres du RMI, qui faisait l'objet d'un large consensus dans l'opinion, tout en souhaitant rendre les dispositifs d'insertion plus efficaces et en soulignant les grandes disparités qui existent en ce domaine selon les départements.

En réponse à M. Jean-Pierre Fourcade, président , Mme Martine Aubry a précisé que la préparation de la loi d'orientation contre les exclusions demanderait encore deux ou trois mois de travail et que le nouveau texte serait présenté au premier trimestre 1998.

Elle a précisé que si ce texte s'appuyait sur l'ancien projet de loi de renforcement de la cohésion sociale, l'objectif était également de présenter, dans chaque domaine de la lutte contre l'exclusion, un programme d'action sur deux ou trois ans.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis , a interrogé le ministre sur la diminution des crédits d'exonération de charges sociales dans les zones rurales et les zones franches, sur la suppression des aides à l'installation des travailleurs indépendants et sur la réduction de la participation de l'Etat au financement des pré-retraites et des pré-retraites progressives.

M. Alain Vasselle , rappelant que le Sénat avait mené une action importante en direction des personnes âgées, s'est inquiété de la disparition de la ligne budgétaire consacrée à la formation des intervenants à domicile. Il a demandé aux ministres de préciser le calendrier de la réforme de la double tarification et a rappelé que l'AGIRC et l'ARRCO étaient toujours en attente de la compensation financière qui devait leur être versée dans le cadre des interventions du FNE.

Il a enfin souhaité obtenir des précisions sur les risques associés à la vaccination contre l'hépatite B.

Evoquant les conséquences de l'entrée en vigueur de la loi instituant les emplois jeunes et citant une expérience menée à Vénissieux, M. Guy Fischer a estimé qu'il conviendrait d'aider les établissements qui prennent en charge les personnes en grande difficulté, notamment dans les grands ensembles.

Il a demandé aux ministres de préciser le calendrier de la réforme de la loi de 1975 sur les établissements médico-sociaux et celui de la mise en oeuvre d'un taux directeur opposable à ces établissements.

M. Georges Mazars a d'abord exprimé sa satisfaction devant l'action entreprise par le Gouvernement en faveur des personnes âgées et handicapées dans le projet de loi de finances. Il a demandé aux ministres s'ils favoriseraient la possibilité pour les personnes ayant cotisé pendant plus de quarante ans de prendre leur retraite.

Mme Gisèle Printz a interrogé les ministres sur l'évolution de la médecine scolaire.

Mme Dinah Derycke a interrogé les ministres sur les moyens et les objectifs de la politique menée en faveur des droits des femmes.

A M. Alain Vasselle , elle a indiqué que la prestation spécifique dépendance ne correspondait pas aux attentes, notamment parce que les départements pratiquaient des tarifs très différents, ce qui entraînait une rupture d'égalité entre les bénéficiaires. Elle a souhaité qu'un bilan en soit établi, en particulier pour mesurer le développement des emplois de gré à gré, et le risque d'une dégradation des qualifications des aides à domicile que cela pouvait générer. Elle a annoncé une prochaine réunion du Conseil national de gérontologie pour étudier cette question. Elle a précisé que les crédits de formation au certificat d'aptitude aux fonctions d'aide à domicile (CAFAD) avaient été réintégrés dans le droit commun de la formation professionnelle. Elle a ajouté qu'elle souhaitait améliorer la professionnalisation des emplois à domicile.

Enfin, elle a indiqué que la question des établissements à double tarification serait réexaminée à l'occasion de la réforme de la loi de 1975 sur les institutions sociales et médico-sociales.

Concernant l'équilibre futur des régimes de retraite complémentaire gérés par l'AGIRC et l'ARRCO, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité , a rappelé que les gouvernements qui l'avaient précédée n'avaient pas réglé cette question et a souhaité une mise à plat de la situation dans ce secteur.

S'agissant des droits des femmes, elle a indiqué que les crédits correspondant s'élevaient à 72 millions de francs en 1998 en précisant qu'elle accordait une priorité à la généralisation de l'accès des femmes au travail salarié, à l'information des femmes sur leurs droits et au maintien d'un soutien fort aux structures d'accueil des femmes victimes de violences.

En réponse à une précision demandée par M. Paul Blanc, Mme Martine Aubry a indiqué que le projet de loi modifiant la loi du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales comporterait des dispositions modifiant la loi de 1987 relatives à l'obligation d'emploi de personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

M. Jean-Pierre Fourcade , président, évoquant les conditions de mise en place de la prestation spécifique dépendance, a souligné l'intérêt qu'il y avait à consulter les parlementaires ; il a appelé de ses voeux le développement de réseaux de gérontologie associant notamment médecins libéraux, infirmières, hôpitaux et structures d'accueil des personnes âgées.

II. EXAMEN DE L'AVIS

Réunie le jeudi 20 novembre 1997, sous la présidence de M. Jean Pierre Fourcade, président, la commission a tout d'abord procédé à l'examen du rapport pour avis de M. Jean Chérioux sur le projet de loi de finances pour 1998 (emploi et solidarité : affaires sociales).

M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis
, a tout d'abord rappelé que, dans la nouvelle présentation budgétaire, les crédits relatifs à l'action sociale et à la solidarité étaient inclus dans le fascicule relatif aux dépenses portant sur la santé, la solidarité et la ville.

Soulignant par ailleurs qu'une fraction des crédits en faveur des rapatriés était également rattachée à ce fascicule, il a observé que le budget des affaires sociales représentait ainsi, à périmètre constant, 63 milliards de francs de crédits pour 1998 destinés à financer, d'une part, les actions de solidarité telles que le revenu minimum d'insertion (RMI) ou l'allocation aux adultes handicapés (AAH), et, d'autre part, diverses actions sociales regroupées sous l'appellation " développement de la vie sociale ".

M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis , a souligné que les besoins en matière d'action sociale étaient immenses mais que la marge de manoeuvre des pouvoirs publics était réduite en raison de l'inertie des dispositifs en place.

Il a estimé que l'objectif des pouvoirs publics ne devait donc plus être de dépenser " plus " mais de dépenser " mieux " et que ce budget devait être jugé à partir d'une approche qualitative.

Evoquant tout d'abord l'insertion et la lutte contre l'exclusion, M. Jean Chérioux , rapporteur pour avis, a commenté l'évolution des principales données relatives au RMI en soulignant la hausse de 7 % des bénéficiaires constatée en 1996.

Puis, il a observé que le volet relatif à l'insertion prévu dans le dispositif du RMI était " en panne " pour certaines catégories de bénéficiaires, en particulier pour des personnes marginalisées qui ne peuvent entrer dans les parcours d'insertion classiques.

Il a regretté, par ailleurs, que le contrôle des fraudes au RMI, nettement amélioré par le précédent Gouvernement, semble atteindre un seuil maximum. Il a souhaité que les limites de ce contrôle ne remettent pas en cause le consensus sur le dispositif du RMI.

Il s'est interrogé sur la possibilité de prévoir une forme d'intéressement des caisses d'allocations familiales (CAF) aux résultats des contrôles qui sont effectués sur une prestation dont il a rappelé qu'elle était financée principalement par l'Etat.

Abordant la question de la lutte contre l'exclusion, M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis , a tout d'abord rappelé le caractère préoccupant de l'évolution de la grande pauvreté constatée notamment à travers une récente enquête du Secours Catholique, en regrettant qu'un nouveau projet de loi portant sur la lutte contre les exclusions n'ait pas été déposé plus tôt par l'actuel Gouvernement.

Il a constaté que le programme d'ouverture de places supplémentaires dans les centres d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS) était inférieur à celui de l'année dernière et a regretté les économies réalisées sur les crédits relatifs au financement de l'action sociale d'urgence et de l'aide aux jeunes en difficulté.

Abordant l'aide aux personnes handicapées , M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis , a tout d'abord rappelé que les crédits relatifs à l'AAH augmentaient de plus de 5 % en 1998 et a donc constaté l'ampleur des besoins en ce domaine.

Il a indiqué que le Gouvernement avait prévu de créer 2.000 places supplémentaires dans les centres d'aide par le travail (CAT) et 500 places nouvelles en atelier protégé tout en précisant que les associations auraient souhaité une autre ventilation des dépenses supplémentaires en ce domaine.

Il a rappelé que la question de l'amendement " Creton " s'était récemment compliquée du fait de l'annulation, par décision du Conseil d'Etat du 9 juillet 1997, de la circulaire du 27 janvier 1995 qui assurait un équilibre précaire en matière de répartition de la charge financière des jeunes adultes handicapés.

Evoquant le débat récemment survenu sur le contrôle de l'effectivité par les départements de l'utilisation de l'allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP), M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis , a estimé que les départements pouvaient légitimement s'assurer que l'ACTP n'était pas considérée comme un complément de revenus mais bien comme un soutien au financement de l'aide fournie par un tiers.

S'agissant des actions diverses, M. Jean Chérioux , rapporteur pour avis, a souhaité mettre l'accent sur la dérive préoccupante de la dotation relative aux tutelles et curatelles d'Etat en soulignant que, depuis 10 ans, les décisions judiciaires tendaient souvent à instaurer l'intervention d'un tiers, même dans les cas où les membres de la famille de la personne protégée n'étaient pas indifférents au sort de celle-ci.

Il a estimé que le développement de la tutelle et de la curatelle d'Etat était une question de société qui devait relever d'un examen par le Parlement.

Par ailleurs, il a constaté que, pour la préparation du projet de budget pour 1998, le Gouvernement avait bénéficié de l'arrivée à échéance de la procédure d'indemnisation des rapatriés, prévue par la loi du 16 juillet 1987, qui avait représenté 3,5 milliards de francs de dépenses dans le budget pour 1997.

Puis il a évoqué l'évolution des différentes composantes de la dépense nette d'action sociale des départements d'un montant de 76 milliards de francs en 1996.

Il a souligné que l'infléchissement de la croissance des dépenses d'insertion était dû au ralentissement des frais sur les dépenses d'intervention sociale facultative ainsi que sur la protection maternelle et infantile, en remarquant que ces économies ne seraient pas reconductibles et qu'elles risquaient de toucher les familles les plus fragiles.

Il a indiqué qu'il proposerait l'adoption d'un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses dans le secteur social et médico-social conformément au projet qui avait été annoncé par le précédent Gouvernement lors de la dernière discussion budgétaire.

En conclusion, M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis, a souligné que ce budget ne devait pas être jugé uniquement à l'aune des augmentations ou des diminutions de crédits, tout en constatant qu'il n'était pas très généreux dans le domaine de la lutte contre l'exclusion. Il a estimé qu'il ne permettait pas d'assurer au meilleur coût les prestations sociales dont le ministère était chargé.

Il a donc proposé d'émettre un avis défavorable aux crédits relatifs à l'action sociale et la solidarité.

M. Jean Madelain s'est interrogé sur l'incidence de la mise en place de la prestation spécifique dépendance sur l'évolution des attributions au titre de l'AAH. Il s'est inquiété des effets de l'application d'un taux directeur opposable dans le secteur social et médico-social pour les établissements accueillant des jeunes handicapés adultes au titre de l'amendement " Creton " et s'est demandé quelles suites pourraient être données à l'annulation de la circulaire par le Conseil d'Etat.

Mme Joëlle Dusseau a exprimé des réserves à propos du principe de l'intéressement des CAF aux résultats des contrôles sur le RMI ainsi que sur la mise en oeuvre d'un taux directeur opposable dans le secteur social et médico-social. Elle a rappelé qu'une loi sur la lutte contre les exclusions était en préparation. Elle s'est déclarée en accord avec le rapporteur pour avis au sujet de l'évolution préoccupante du dispositif des tutelles et curatelles d'Etat. Elle a souligné que le Gouvernement avait fait des efforts en matière de créations de places de CAT et en atelier protégé dont il convenait de se féliciter, même si elle a reconnu qu'il subsistait des besoins, notamment en places de maisons d'accueil spécialisé (MAS).

M. Bernard Seillier a estimé que, compte tenu du report de l'examen de l'ancien projet de loi d'orientation relatif au renforcement de la cohésion sociale, le Gouvernement aurait pu prévoir des mesures particulières en ce domaine au titre du budget pour 1998.

Mme Marie-Madeleine Dieulangard s'est interrogée sur l'évolution des crédits relatifs aux établissements de formation des travailleurs sociaux en rappelant les besoins des collectivités locales en ce domaine. Elle a constaté que le débat sur le projet de loi d'orientation relatif au renforcement de la cohésion sociale avait été interrompu brutalement du fait de la dissolution de l'Assemblée nationale. Reconnaissant les insuffisances en matière d'insertion du dispositif du RMI, elle a rappelé que le Gouvernement avait choisi en priorité d'agir sur l'emploi grâce aux emplois-jeunes. Elle a regretté l'insuffisance du nombre de travailleurs sociaux et s'est déclarée réservée à l'égard du renforcement du contrôle des fraudes au RMI, en estimant que le taux de récupération de 73 millions de francs d'indus représentait déjà un montant élevé. Elle a, par ailleurs, souhaité un renforcement du dispositif d'accompagnement social dans le logement pour les plus démunis.

M. Marcel Lesbros a estimé normal que les départements contrôlent l'effectivité de l'aide apportée aux personnes handicapées titulaires de l'ACTP, a considéré que les conseils généraux s'en tenaient strictement au texte de loi et qu'on ne pouvait leur reprocher d'être attentifs aux pièces justificatives.

M. Jean-Pierre Fourcade, président , s'est demandé s'il ne serait pas opportun de proposer un dispositif législatif en remplacement de la circulaire relative à l'amendement " Creton " annulée par le Conseil d'Etat en juillet 1997.

En réponse, M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis, a tout d'abord constaté qu'il était encore un peu tôt pour mesurer l'incidence de la mise en place de la prestation spécifique dépendance sur les statistiques relatives à l'AAH et a évoqué l'augmentation des attributions de l'AAH à des salariés handicapés âgés mais n'ayant pas encore atteint l'âge de la retraite et ne trouvant plus de travail.

S'agissant de l'amendement " Creton ", il a indiqué que le taux directeur dont il proposait l'application pourrait être modulé en fonction de la situation de chaque établissement et s'est déclaré prêt à étudier un amendement permettant de donner une base légale aux dispositions contenues dans la circulaire du 29 juillet 1995 relative à une procédure forfaitaire de tarification.

Concernant le contrôle du RMI, il a souligné que le mécanisme consistant à faire supporter aux CAF, sans compensation, la lourde charge du contrôle de cette prestation pour le compte de l'Etat, ne portait pas en lui-même l'assurance de son efficacité.

S'agissant des sanctions en cas de fraude, il a fait une distinction entre la suspension du versement du RMI, qui devrait intervenir dans tous les cas, et le reversement de l'indu qui pourrait faire l'objet d'une appréciation individualisée.

Concernant le projet de loi de lutte contre les exclusions, il a estimé que le texte qui avait été présenté par le précédent Gouvernement avait été accueilli par un relatif consensus et qu'il aurait donc pu être redéposé plus rapidement.

S'agissant de la formation des professions sociales, il a indiqué que le Gouvernement avait prévu une revalorisation de la dotation des établissements de formation correspondant en principe à un accroissement en volume de 3 % des étudiants en travail social tout en regrettant que des objectifs qualitatifs ne soient pas fixés en matière de formation.

Concernant l'accompagnement social des plus démunis, il a souligné les bons résultats des opérations assurant à la fois la mise à disposition d'un logement et un accompagnement social renforcé.

S'agissant des handicapés, il a déclaré que la demande de places supplémentaires en MAS, de préférence à des places en CAT ou ateliers protégés, avait été formulée par les responsables des associations qu'il avait auditionnés.

Puis, M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis, a présenté deux amendements visant à instaurer un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses des établissements sociaux et médico-sociaux.

Il a tout d'abord rappelé la procédure de financement de ces établissements ainsi que les conditions dans lesquelles le dispositif prévu pour le 1 er janvier 1997 avait été reporté par le précédent Gouvernement.

Il a souligné que le taux directeur opposable serait adapté, après évaluation, à la situation et aux besoins de chaque établissement ou de chaque catégorie d'établissement.

Il a estimé que le taux directeur opposable obligerait l'Etat à instaurer une cohérence entre les décisions prises en matière de rémunération des personnels et celles prises pour assurer le financement du secteur social et médico-social.

Il a souligné également la nécessité d'intégrer les coûts de la fixation des normes d'encadrement dans les établissements ainsi que de la révision périodique des normes de sécurité.

Il a estimé que des progrès pourraient être obtenus en matière d'effectifs des établissements, d'horaires et de formation du personnel dans le cadre d'une réflexion d'ensemble sur les conventions collectives applicables dans ce secteur.

Puis il a présenté les deux amendements dont le premier porte sur l'ensemble des établissements médico-sociaux financés par les départements et le second concerne les établissements sociaux et médico-sociaux financés par l'Etat.

Après un débat au cours duquel sont intervenus MM. Jean-Pierre Fourcade, président, Jean Madelain, Mme Marie-Madeleine Dieulangard et M. Jean Chérioux, rapporteur pour avis, la commission a émis un avis défavorable à l'adoption des crédits consacrés aux affaires sociales dans le projet de loi de finances pour 1998, et a adopté deux amendements portant articles additionnels rattachés à ce budget afin d'instituer un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses des établissements sociaux et médico-sociaux financés respectivement par les départements et par l'Etat.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Cet avis demeure consacré aux crédits d'action sociale et de solidarité du ministère de l'emploi et de la solidarité, mais porte en réalité sur un fascicule budgétaire dont l'apparence et les frontières sont légèrement transformés :

- changement d' apparence, tout d'abord, puisque si l'année dernière M. Jacques Barrot, ministre du travail et des affaires sociales, avait souhaité consacrer un " bleu " budgétaire, d'un montant de 61,5 milliards de francs, entièrement à l'action sociale et à la solidarité, le budget relevant de la compétence de Mme la Ministre de l'emploi et de la solidarité effectue une distinction entre les crédits relatifs à l'emploi, d'une part, qui représentent 112 milliards de francs et relèvent de la compétence de notre excellent collègue Louis Souvet, et les crédits relatifs à la santé, à la solidarité et à la ville, d'autre part, qui représentent au total 73 milliards de francs ;

- changement de frontière ensuite, car il convient de retirer de ce chiffre de 73 milliards de francs, les dépenses budgétaires examinées par M. Paul Blanc au titre de la politique de la ville et par M. Louis Boyer au titre de la politique de santé ainsi que les crédits qui sont purement dévolus aux dépenses de personnel d'administration centrale : il subsiste alors un montant de 63,2 milliards de francs.

Ce montant ne peut encore être comparé à celui analysé l'année précédente car, en 1998, les crédits relatifs aux rapatriés, pour la fraction qui relevait de la compétence de M. Roger Romani, sont déplacés du budget du Premier ministre, dont il dépendait en sa qualité de ministre délégué, à celui du ministère de l'emploi et de la solidarité, soit un transfert de 135 millions de francs.

A frontière inchangée, ce sont donc 63 milliards de francs que nous devons comparer aux 61,4 milliards de francs de l'année dernière.

Ces crédits regroupent un ensemble assez disparate d'actions regroupées autour de deux volets .

Le premier volet d'un montant de 59 milliards de francs est relatif aux actions de solidarité et comprend les sommes que l'Etat consacre au financement de l'allocation du RMI, à la solidarité avec les handicapés, notamment à travers l'allocation aux adultes handicapés, ou encore, toutes les sommes versées en faveur de la lutte contre l'exclusion, notamment aux institutions sociales et médico-sociales dépendant de l'Etat telles que les centres d'hébergement et de réadaptation sociale.

Le second volet d'un montant de 3,7 milliards de francs, porte sur diverses actions sociales que la nomenclature budgétaire regroupe sous l'appellation " développement de la vie sociale " : il s'agit des dépenses relatives aux objecteurs de conscience, à la formation des travailleurs sociaux, aux rapatriés, de diverses dépenses d'aide sociale ainsi que la prise en charge des frais liés à la tutelle et à la curatelle d'Etat.

Sur l'ensemble de ces deux volets, une première constatation s'impose : les crédits passent, à frontière inchangée, de 61,4 à 63 milliards de francs soit une hausse apparente de 2,6 %.

En réalité, cette hausse provient de deux postes où le Gouvernement se borne à une simple constatation en termes d'effectifs et de valeur des prestations, à savoir le RMI, qui entraîne une dépense de 1 milliard de francs supplémentaire et l'AAH, qui augmente, elle, de 1,1 milliard de francs.

Tel est au fond le paradoxe auquel toute politique sociale est aujourd'hui confrontée : les besoins en termes de solidarité et d'action sociale sont aujourd'hui immenses mais la marge de manoeuvre qui est laissée à l'action volontariste des pouvoirs publics se réduit en raison de l'inertie des dispositifs en place.

Les entretiens que votre rapporteur a eus au cours de la préparation de cet avis lui ont confirmé les difficultés de la lutte contre l'exclusion sur le terrain en raison de la montée de la précarité. Face à cette pression irrésistible des besoins, la priorité de l'action publique ne peut être que de restaurer des marges de manoeuvre en faveur de l'insertion et de la solidarité.

L'objectif ne doit donc plus être de dépenser plus , en constatant passivement le coût de l'augmentation des effectifs de titulaires de minima sociaux, mais de dépenser mieux , en permettant à notre appareil social de protéger aussi bien et à meilleur coût sans réduire le champ des bénéficiaires de prestations.

Il est toujours tentant de juger un budget en fonction de l'augmentation arithmétique de ses crédits ; en matière d'action sociale, les besoins sont tels que nous sommes sûrs que nous serons toujours en deçà de ce qui est nécessaire. C'est pourquoi nous devons juger à partir d'une approche qualitative .

Le Gouvernement est-il à la hauteur de cette exigence qualitative, qu'il s'agisse des dépenses de l'Etat ou de celles prises en charge par l'aide sociale des départements ? C'est à cette question que nous devons répondre.

Examinant ce budget et constatant la progression toujours sensible des titulaires du RMI, votre commission s'est interrogée sur les insuffisances actuelles du dispositif d'insertion et a souhaité la mise en place de parcours d'insertion durable pour les publics les plus marginalisés.

Elle a souligné que les résultats des contrôles que le Gouvernement précédent avait sensiblement renforcés, plafonnaient en termes d'efficacité. Elle s'est donc interrogée sur la mise en place d'une réforme de structure qui permettrait d'intéresser directement les caisses d'allocations familiales aux résultats de la lutte contre la fraude au RMI.

S'agissant des centres d'hébergement et de réadaptation sociale, votre commission a regretté le relâchement de l'effort en faveur de la création de places nouvelles par la transformation de places d'asiles de nuit devenues inadaptées.

Elle s'est étonnée de la baisse des crédits déconcentrés de l'Etat destinés à l'action sociale d'urgence et à l'aide aux jeunes difficulté alors que l'exclusion continue à exercer des ravages dans des couches de la société nouvellement précarisées.

Evoquant les crédits d'aide au développement de la vie sociale, votre commission s'est inquiétée de l'absence de maîtrise des conséquences financières des décisions prises par les instances judiciaires en matière de tutelle et curatelle d'Etat.

Elle a souligné que le ministère maintenant en charge des questions relatives aux rapatriés aurait dû tirer avantage de l'arrivée à échéance de la procédure d'indemnisation des rapatriés prévus par la loi du 16 juillet 1987 qui avait entraîné mécaniquement un allégement de 3,5 milliards de francs pour la préparation de la loi de finances de cette année.

S'agissant de la solidarité en faveur des handicapés, la commission a constaté que le Gouvernement avait fait des efforts dans le secteur de l'aide aux handicapés, sans toutefois que la ventilation retenue pour les dépenses supplémentaires ne réponde entièrement aux souhaits des associations et en regrettant que des progrès ne soient pas faits en matière d'insertion des handicapés en milieu de travail ordinaire.

Elle s'est inquiétée du poids persistant de la prise en charge des jeunes adultes handicapés dans les établissements d'éducation spéciale au titre de l'amendement " Creton " et a souhaité la mise en place d'une solution au niveau législatif pour faire face à la récente décision d'annulation de la circulaire du 27 janvier 1995 prise par le Conseil d'Etat.

S'agissant du débat sur le contrôle de l'efficacité de l'utilisation de l'allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP), votre commission a estimé que les départements étaient fondés à veiller à ce que cette prestation soit bien utilisée pour aider à financer le recours aux services d'une tierce personne et non pas pour assurer un complément de revenus.

Evoquant les dépenses d'aide sociale des départements, la commission a pris acte de la hausse de près de 4 % de ces dépenses en 1996, tout en soulignant qu'il serait prématuré de voir dans cet infléchissement le signe précurseur d'un renversement de tendance durable.

Constatant l'ampleur des dépenses prises en charge par les établissements sociaux et médico-sociaux et le caractère " déresponsabilisant " de leur procédure actuelle de financement, votre commission a adopté deux amendements tendant à instaurer dès le 1 er janvier 1998 un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses du secteur médico-social prises en charge par l'Etat et par les départements. Il s'agit par là de donner à l'Etat les moyens d'assurer une cohérence entre les décisions qui sont prises en matière salariale ou d'édiction de norme et celles prises pour maîtriser les dépenses publiques. Il s'agit également d'inciter les établissements à peser sur les facteurs structurels d'évolution de leurs dépenses.

En définitive, face à ce projet de budget, comment former le jugement de votre Haute Assemblée ? Il n'est pas question, vous l'avez compris, de le juger uniquement à l'aune des augmentations ou des diminutions des crédits. De ce point de vue cependant, force est de constater qu'il n'est pas particulièrement généreux dans le domaine de la lutte contre l'exclusion, qu'il s'agisse des CHRS ou des mesures de secours d'urgence.

Mais c'est au regard de l'ensemble d'une politique d'action sociale que nous devons juger ce budget. Dès lors, votre commission n'a pu que constater qu'il ne recherchait pas particulièrement à assurer au meilleur coût les prestations sociales dont il est chargé.

Sans manifester une opposition systématique, votre commission a regretté que ce budget soit un budget d'attente, qui constatait l'augmentation des dépenses requises par les dispositifs en place, sans pour autant mettre clairement l'accent sur l'aide aux plus démunis ou améliorer réellement l'efficacité de l'aide sociale.

C'est pourquoi votre commission a émis un avis défavorable à l'adoption des crédits relatifs aux affaires sociales dans le projet de loi de finances pour 1998.

I. LA SOLIDARITÉ S'EXPRIME PAR LES ACTIONS EN FAVEUR DE L'INSERTION ET DE LA LUTTE CONTRE L'EXCLUSION ET LES ACTIONS DE DÉVELOPPEMENT DE LA VIE SOCIALE

S'agissant de la solidarité avec les plus démunis, il convient d'examiner l'ensemble des dépenses consacrées au revenu minimum d'insertion avant d'étudier l'évolution des dépenses engagées au titre de l'aide sociale obligatoire à travers l'aide à hébergement puis de l'action sociale de l'Etat en faveur des plus démunis.

En troisième lieu, nous mettrons l'accent sur certains crédits relatifs au " développement de la vie sociale " concernant en particulier les tutelles et curatelles d'Etat et l'aide aux rapatriés.

A. L'IRRÉSISTIBLE PROGRESSION DES DÉPENSES CONSACRÉES AU RMI TRADUIT L'IMPORTANCE DES BESOINS

L'augmentation constante des dépenses consacrées au RMI conduit à s'interroger sur l'efficacité du dispositif d'insertion et sur la nécessité de maintenir un haut niveau de contrôle sur cette prestation.

1. La progression constante du nombre des foyers concernés et du coût de la prestation

L'importance des dépenses consacrées au RMI reflète l'importance des besoins et de la détresse sociale de ceux dont les revenus passent en-dessous des minima sociaux.

Peuvent bénéficier du RMI tous les résidents en France, sans condition de nationalité -une condition de résidence de trois ans étant toutefois requise pour les ressortissants de pays étrangers- à condition qu'ils soient âgés de plus de 25 ans et qu'ils ne soient pas étudiants, ou s'ils ont moins de 25 ans, qu'ils aient au moins un enfant à charge. L'allocation versée complète les ressources des intéressés de façon à leur garantir un revenu minimum fixé à 2.403 francs par mois au 1er janvier 1997 pour une personne isolée sans enfant à charge et à 3.604 francs par mois pour un couple (ce montant est majoré de 721 francs par mois pour chaque enfant à charge). L'allocation est toutefois conditionnée à un engagement du bénéficiaire à participer aux actions ou activités définies avec lui et nécessaires à son insertion sociale ou professionnelle. Cet engagement peut être formalisé dans un contrat d'insertion.

Au 31 décembre 1996, la France a franchi le seuil symbolique de plus d'un million de titulaires du RMI (1.010.472 foyers), dont 904.000 titulaires en métropole. Avec les ayants droit, ce sont 1,9 million de personnes qui sont protégées par ce qui avait été conçu à l'origine comme un ultime " filet de sécurité ".

Evolution des effectifs et des crédits afférents au RMI


Métropole


Evolution


DOM


Evolution


France


Evolution

Crédits budgétaires en MF (1)


Evolution

Décembre 1989

335.514

71.567

407.081

6.000

Décembre 1990

422.101

25,8 %

88.044

23,0 %

510.145

25,3 %

8.668

+ 45 %

Décembre 1991

488.422

15,7 %

93.939

6,7 %

582.361

14,2 %

14.325

+ 65 %

Décembre 1992

575.034

17,7%

96.208

2,4 %

671.242

15,3 %

13.168

- 8 %

Décembre 1993

696.589

21,1 %

96.355

0,2 %

792.944

18,1 %

16.631

+ 26 %

Décembre 1994

803.303

15,3 %

105.033

9,0 %

908.336

14,6 %

19.217

+ 16 %

Décembre 1995

840.839

4,7 %

105.174

0,1 %

946.010

4,1%

22.022

+ 15 %

Décembre 1996

903.804

7,5 %

106.668

1,4 %

1.010.742

6,8 %

23.179

+ 5 %

(1) En millions de francs, compte tenu des lois de finances rectificatives

Le nombre d'allocataires a plus que doublé depuis la création de la prestation en 1988 tandis que le montant de la dotation budgétaire de l'Etat a plus que quadruplé, passant de 6 milliards de francs en 1989 à 25 milliards de francs aujourd'hui.

a) Le profil des bénéficiaires a peu évolué depuis la création du dispositif

Ce sont souvent des chômeurs de longue durée avec un faible niveau de formation ou de qualification.

En métropole, 59,2 % des allocataires sont des personnes isolées , sans enfant ni personne à charge. Il s'agit en grande majorité d'hommes seuls (201.547 femmes pour 387.490 hommes). Ces derniers sont en majorité célibataires : 47,6 % en métropole, 54,6 % dans les DOM. 20 % des foyers sont des familles monoparentales, 20 % sont des couples.

Les bénéficiaires du RMI constituent une population relativement jeune : 48,4 % d'entre eux ont moins de 35 ans, 30 % ont moins de trente ans, alors que la condition d'âge restreint l'entrée aux plus de 25 ans, sauf s'ils ont des enfants (3,6 % en 1996). 15 % sont âgés de plus de 50 ans.

Il est à noter que l'on n'assiste pas à un rajeunissement de l'ensemble des allocataires du RMI : la part des 25-29 ans reste rigoureusement stable depuis 1989, alors que le nombre d'allocataires a presque été multiplié par trois.

Près de 90 % des bénéficiaires n'ont pas le baccalauréat. Plus de 40 % d'entre eux ont un niveau scolaire inférieur à la classe de troisième. Les nouveaux entrants âgés de 25 à 29 ans sont plus diplômés (37 % ont le bac ou plus) que les autres personnes entrant dans le dispositif (24 % des nouveaux entrants au RMI ont le bac ou plus), toutefois cette part reste inférieure à celle présente dans la population française à âge égal (27 %).

Le montant moyen de l'allocation différentielle de RMI versée s'élève, en 1996, à 1.925 francs en métropole. 40 % des bénéficiaires du RMI n'ont pas d'autres ressources que les allocations diverses versées par les caisses d'allocations familiales (CAF). Pour 13,8 % des bénéficiaires, le RMI constitue l'unique ressource.

Par rapport au nombre d'habitants, le ratio de titulaires du RMI varie dans une proportion de un à cinq : les départements de la Lozère, de la Mayenne et de l'Aveyron ont les ratios les plus faibles pour 1.000 habitants, tandis que les départements des Pyrénées-Orientales, de l'Hérault, des Bouches-du-Rhône et de la Corse du Sud se partagent les densités les plus fortes. (Cf annexe II)

En valeur absolue, ce sont les départements du Nord (56.439), des Bouches-du-Rhône (53.205) et Paris (49.708) qui comptent le nombre le plus important de bénéficiaires.

b) Le coût total de la prestation excède largement le montant de la seule dotation budgétaire

Le coût total du RMI est sensiblement plus élevé pour l'ensemble de la collectivité nationale que la seule dotation budgétaire destinée à financer l'allocation. Il s'élève en réalité à près de 39 milliards de francs .

Il faut prendre en compte tout d'abord les frais de gestion du dispositif, la créance de proratisation dans les DOM, le coût de l'aide médicale assurée par l'Etat pour les personnes sans domicile fixe et le coût de la mise en oeuvre des aides à l'emploi, en plus des crédits destinés au financement de l'allocation stricto sensu soit 25,327 milliards de francs inscrits au chapitre 46-21 (article 10) du fascicule santé, solidarité et ville.

Il convient de préciser que les frais de gestion directe pour la part assumée par l'Etat (hors moyens des caisses d'allocations familiales) s'élèvent à 250 millions de francs. Le coût de la créance de proratisation 1( * ) dans les DOM s'élève à 812,6 millions de francs pour 1996. L'aide médicale de l'Etat versée pour les titulaires du RMI sans domicile fixe s'élève à 350 millions de francs en 1996.

Le poste essentiel reste celui du coût des mesures pour l'emploi (contrat emploi consolidé, contrat emploi solidarité, contrat initiative emploi) mises en oeuvre au profit des titulaires du RMI dont le montant total est estimé à 6,6 milliards de francs pour 1996 , soit une multiplication par six depuis la mise en place du dispositif (1 milliard de francs en 1989).

A cela, il faut ajouter la part des départements qui représente, au titre de la contribution obligatoire et de l'assurance personnelle, environ 7 milliards de francs en 1996 2( * ) .

Les crédits d'insertion des départements résultent de l'obligation légale d'inscrire à leurs budgets 20 % des sommes versées par l'Etat l'année précédente au titre de l'allocation, afin de financer des actions d'insertion pour les bénéficiaires du RMI : ce montant, qui représentait 1,98 milliard de francs en 1992, est passé à 3,7 milliards de francs en 1996 .

A ces dépenses d'insertion, il faut ajouter les frais de santé comprenant la prise en charge de l'assurance personnelle pour les personnes non assurées sociales et ne relevant pas de la CAF (familles) ou de l'Etat (SDF) et la couverture maladie à 100 % des bénéficiaires. Les crédits engagés par les départements pour permettre l'accès aux soins des bénéficiaires du RMI se sont élevés à 3,590 milliards de francs en 1996 .

Ce tableau impressionnant est assombri par la progression, à nouveau inquiétante, du nombre d'allocataires.

c) Une progression à nouveau inquiétante des effectifs

En effet, la hausse des effectifs des titulaires du RMI est revenue à 7 % en tendance annuelle en 1996, contre 4,7 % pour l'année 1995.

Pour le budget 1998, la dotation du chapitre 46-21 destiné à couvrir les dépenses d'allocations de revenu minimum d'insertion a été fixée en fonction d'une estimation des dépenses tenant compte de l'évolution antérieure de la prestation moyenne et du nombre d'allocataires évalué pour 1996 à 1.010.472. S'agissant du taux de revalorisation du RMI pour 1998, il a été retenu un taux d'évolution prévisionnelle de 1,1 % en moyenne annuelle. Par ailleurs, il a été pris en compte un effet volume de 3 % , ce qui peut paraître optimiste mais se fonde sur les efforts consentis au titre des crédits de l'emploi, et notamment de l'augmentation du nombre de contrats emploi-solidarité inscrite au budget.

La solution qui consiste à augmenter le nombre d'emplois parapublics aidés par l'Etat n'en est pas vraiment une car le RMI semble aujourd'hui se heurter à deux difficultés majeures : les déficiences du volet " insertion " et le seuil d'efficience structurel des contrôles.

2. Le volet insertion du RMI est en panne pour certaines catégories de bénéficiaires

Comme l'a souligné M. Paul de Viguerie, directeur général de l'Association des présidents de Conseils Généraux, entendu par votre rapporteur, alors que la consommation des crédits d'insertion réservés par les départements à hauteur de 20 % des crédits d'Etat, a atteint, en 1996, près de 98 % des crédits inscrits en budget primitif, il subsiste toujours une difficulté pour mettre en place des parcours d'insertion durable pour certains publics marginalisés qui bénéficient du RMI sans doute quasiment depuis sa mise en place .

50 % des bénéficiaires du RMI relèvent du dispositif depuis deux ans au moins. Plus l'ancienneté de présence dans le dispositif est grande, plus la sortie du dispositif est difficile; Il y a ainsi une " spirale " du RMI qui est aussi une " spirale " du chômage de longue durée.

Le taux de sortie demeure encore insuffisant puisqu'en 1996 seulement 320.000 allocataires ont quitté le RMI, soit à peine un titulaire du RMI sur trois.

Flux des entrées et des sorties du RMI (France entière)

Entrées

Sorties

Solde

1993

301.764

181.603

120.161

1994

382.058

268.393

113.665

1995

362.830

326.012

36.818

1996

387.445

324.016

63.429

L'autre aspect symptomatique des dysfonctionnements du volet insertion -le " I " du RMI- se lit à travers le faible taux de contractualisation des allocataires et sa lente montée avec la durée de passage au RMI.

En principe, la loi et ses circulaires d'application prévoient que, pour tout allocataire, un contrat d'insertion doit être signé dans les trois mois suivant la mise en paiement du RMI. Le droit à l'allocation n'est, par ailleurs, attribué que pour trois mois ; il est ensuite prorogé de trois mois à un an au vu du contrat d'insertion. Les renouvellements ultérieurs, par périodes de même durée, se font au vu de la mise en oeuvre du contrat par la commission locale d'insertion.

Alors que la signature d'un contrat d'insertion est en principe obligatoire, on notera que seulement un peu plus d'un titulaire du RMI sur deux est titulaire d'un tel contrat (52,9 %).

Evolution du taux de contractualisation (1) des allocataires du RMI

1993

1994

1995

1996

45 %

48,3 %

51,1 %

52,9 %

(1) Le taux de contractualisation retenu est le rapport entre contrats d'insertion en cours et bénéficiaires payés.

Au demeurant, l'existence d'un contrat n'est pas forcément le signe d'un retour à l'activité.

En effet, selon une enquête réalisée en 1994 3( * ) , un tiers des contrats a simplement pour objet le " développement de l'autonomie sociale " du titulaire, qui s'engage alors à entreprendre des démarches en matière de santé ou dans le domaine administratif. Certes, deux tiers des contrats visent à l'insertion par l'emploi ; encore faut-il noter que dans 66 % des cas, il ne s'agit que de la réalisation d'un bilan professionnel ou d'un simple engagement du titulaire de rechercher un emploi.

Parmi les actions visant à développer l'autonomie sociale, 12 % des contrats d'insertion concernent les démarches liées à la santé et 9 % des démarches administratives. Ce sont les bénéficiaires âgés de plus de 50 ans qui bénéficient principalement de ce type de mesures (25 % pour les démarches liées à la santé, 21 % pour les démarches administratives).

L'insertion par l'emploi concerne à 66 % les signataires d'un premier contrat, mais dans deux cas sur trois le contrat porte sur la réalisation d'un bilan professionnel ou sur une simple aide à la recherche d'activité d'insertion, d'un stage ou d'un emploi.

Beaucoup de contrats mentionnent davantage des perspectives d'insertion plutôt que des solutions effectives . Les formules sont alors du type " recherche d'un emploi ", éventuellement assorties de quelques précisions concernant le métier ou le domaine d'activité. La réalisation de l'objectif ainsi défini dépendra alors de la réalité de l'offre d'insertion locale qui se révèle le plus souvent globalement insuffisante pour assurer à toutes les personnes concernées l'embauche recherchée.

Supprimer l'allocation à ceux qui sont depuis trop longtemps dans le dispositif n'est pas en soi une solution, encore qu'il faille noter qu'en 1996 environ 32.000 suspensions-sanctions ont été prononcées dans l'hypothèse où le titulaire refuse de prendre le moindre engagement dans le cadre d'un contrat d'insertion.

La délégation interministérielle au RMI (DIRMI) estime ainsi, à partir d'une extrapolation, à 27.000 le nombre de suspensions en 1994, à 29.980 celles de 1995 et à 32.350 celles de 1996, en progression de 7,9 % à l'échelle métropolitaine. Les suspensions-sanctions représenteraient ainsi 5 % des contrats signés.

Il est clair qu'il faut distinguer ceux qui se maintiennent dans le dispositif alors qu'ils ont d'autres sources de revenus non déclarés, de ceux, profondément marginalisés, qui ne peuvent revenir à une activité sociale minimale que dans le cadre d'un accompagnement social particulièrement soutenu.

3. Des limites structurelles à la mise en oeuvre des contrôles

Le contrôle des fraudes au RMI, nettement renforcé par le précédent Gouvernement, semble aujourd'hui atteindre un seuil, alors que ces contrôles sont nécessaires pour assurer le consensus sur un dispositif qui garantit un minimum vital indispensable mais qui est de plus en plus coûteux pour la collectivité.

Une mission conjointe de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale des finances (IGF) de février 1995 et le rapport public de la Cour des Comptes de la même année avaient recommandé une mise en oeuvre accélérée des procédures d'échanges informatisées " afin d'améliorer encore les contrôles et réduire les risques de fraude au RMI ".

Depuis 1995, un effort important a été réalisé pour que l'ensemble des liaisons informatisées soient mises en oeuvre et rendues opérationnelles ainsi que pour développer un programme de contrôles sur échantillon.

a) Les contrôles informatisés

Les contrôles informatisés sont effectués tout d'abord par le croisement systématique des fichiers des diverses caisses d'allocations familiales (CAF) afin notamment de vérifier les situations entre départements ainsi que les déclarations de ressources transmises dans le cadre d'autres prestations sous condition de ressources versées par les CAF.

Des échanges de données informatiques sont également organisées entre les CAF et :

- les ASSEDIC pour repérer d'éventuelles non-déclarations ou sous-déclarations en matière d'indemnités de chômage. Ces contrôles sont en place et fonctionnent de manière satisfaisante, y compris en Ile-de-France. Ils concernent chaque mois tous les allocataires soumis à déclaration de ressources pour le mois considéré, soit le tiers du stock.

- le Centre national pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles (CNASEA) pour le contrôle des personnes en contrat emploi-solidarité (CES), en contrat emploi consolidé (CEC) ou en stage de formation professionnelle (SIFE). Ces contrats sont tous opérationnels depuis la fin de 1995.

Deux dispositifs de croisement de fichiers sont en cours d'installation :

- avec l'ANPE, d'une part, pour les entrées en contrat initiative emploi (CIE) : les conditions de mise en oeuvre de contrôle du CIE ont été expertisées ; la demande d'autorisation a été déposée auprès de la CNIL.

- avec les services fiscaux, d'autre part : la réalisation des programmes d'informatique est en cours.

S'agissant des relations avec les services fiscaux, les annexes au projet de loi de financement de la sécurité sociale 4( * ) apportent des précisions intéressantes à cet égard.

" Cette opération-transfert des données fiscales consiste, pour les CAF, à transmettre à la DGI un fichier d'appel des allocataires percevant des prestations familiales sous condition de ressources et à obtenir, en retour, l'indication des allocataires identifiés. La comparaison automatique des ressources est toutefois effectuée sur la base des coordonnées des intéressés (nom patronymique, adresse...) et non sur le numéro d'identification du recensement (NIR) dont l'usage n'est pas ouvert aux services fiscaux.

" Des difficultés techniques quant à la juxtaposition des foyers fiscaux et des comptes allocataires entre la DGI et les CAF en résultent. L'utilisation d'un identifiant commun, le NIR, améliorerait sensiblement la qualité des échanges avec les services fiscaux et permettrait d'éviter les rejets dus à l'impossibilité d'exploiter certaines demandes.

" Les autres recoupements se font en revanche à partir du NIR et représentent 17 millions d'échanges avec les ASSEDIC et 660.000 avec le CNASEA. Ces échanges sont mensuels avec les ASSEDIC et trimestriels avec le CNASEA et concernent tous les allocataires. "

b) Les contrôles sur échantillon

Par ailleurs, les CAF assurent des contrôles internes dans le cadre d'un plan de contrôle annuel dont elles doivent rendre compte au Préfet concerné :

- 15 % des ouvertures de droit doivent faire l'objet d'un contrôle lourd dans le mois qui suit l'accès au RMI ;

- 1 % des allocataires doit faire l'objet, chaque mois, d'un contrôle lourd.

Les CAF sont encouragées à procéder largement à des contrôles sélectifs sur des " cibles " déterminées ou à la suite de signalements.

Il s'agit au total de 13.000 contrôles par mois, soit 18,5 % d'allocataires contrôlés en un an. Ces contrôles sont effectués sur pièces, sinon au domicile des bénéficiaires, par des contrôleurs assermentés.

En ce qui concerne le revenu minimum d'insertion, la situation globale de 146.000 allocataires a été contrôlée en 1996 .

Parmi ces contrôles :

- les trois quarts sont effectués par un appel de pièces auprès des allocataires ;

- un quart est effectué sur place ; les CAF comptent, à cet égard, 580 contrôleurs assermentés.

c) Les résultats des contrôles

Les résultats des contrôles peuvent être appréciés à partir de deux catégories de données.

D'une part, comme on l'a vu, 32.350 suspensions-sanctions du RMI ont été prononcées en 1996 (+ 7,9 %), ce qui peut correspondre soit au refus de signer un contrat d'insertion, soit résulter d'actions frauduleuses.

Par ailleurs, en mai 1996, sur 815.035 allocataires payés par les CAF, 43.500 personnes, soit 5 %, faisaient l'objet de retenues liées à des récupérations d'indus. Le prélèvement mensuel en cas d'indu s'élevait alors à 381 francs par mois, ce qui correspond à peu près au maximum autorisé par la loi.

Le rapport du projet de loi de financement de la sécurité sociale précise que les contrôles relatifs au RMI ont généré 31.000 indus pour 73,5 millions de francs et 5.550 rappels 5( * ) pour 10 millions de francs, soit un solde net de 63,5 millions de francs en 1996.

La notion de régularisation d'indus ne peut toutefois être totalement assimilée à celle de fraude de la part des allocataires.

En effet, l'essentiel des indus provient de deux origines :

- d'une part, le maintien d'un demi-RMI pendant un mois en cas de retard de déclaration trimestrielle de ressources (y compris s'il s'agit d'un retard de saisie de la CAF) ; c'est une procédure prévue par décret et ces sommes sont versées en pleine conformité avec les textes.

- d'autre part, ce sont les règles comptables, par exemple en cas de rappel de prestations familiales ou d'allocations aux adultes handicapés, qui génèrent à titre rétroactif une baisse du RMI et donc un indu comptable, mais sans perte globale car compensé sur les autres prestations sociales.

Il apparaît en définitive que le nombre de fraudes pénalement qualifiées par les tribunaux est très rare (315 en 1996 pour 741 dépôts de plaintes) ; la difficulté est, pour le juge, d'apprécier parmi les déclarations inexactes celles qui sont volontaires et celles qui sont involontaires et témoignent soit d'une incompréhension par l'allocataire de la législation, soit d'une négligence.

Votre rapporteur souligne que, si les contrôles sont indispensables, l'échelle des sanctions doit être proportionnée à la situation et aux revenus des personnes qui ont perçu indûment le RMI.

Il faut distinguer entre la cessation immédiate du versement de la prestation, qui devrait s'imposer dans tous les cas, et les demandes de reversement de l'indu qui doivent tenir compte des ressources des intéressés.

d) Les limites auxquelles se heurtent les contrôles appellent une nouvelle réflexion structurelle

Les résultats des contrôles du RMI semblent relativement modestes alors que, souvent, les élus locaux ont à l'esprit des cas où l'examen approfondi de la situation de certains titulaires du RMI conduirait certainement à des remises en question.

S'agissant des contrôles informatisés, il serait utile de parvenir à des croisements de données informatiques avec les fichiers des déclarations préalables à l'embauche (DPE) dont la transmission par les employeurs est obligatoire, ainsi qu'avec les fichiers de l'URSSAF afin de repérer les allocataires du RMI qui ont repris une activité rémunérée. Il est paradoxal , en effet, que la situation d'un titulaire du RMI qui obtient un stage de formation rémunéré soit plus facile à détecter que celle d'un allocataire qui reprend effectivement une activité régulière .

Toutefois, compte tenu de l'absence d'identifiant commun au niveau des entreprises, cette procédure de croisement de fichiers nécessiterait un investissement important que le ministère des Affaires sociales juge inadapté au regard du faible taux de fraude constaté à partir des contrôles effectués actuellement. C'est donc sur le contrôle personnalisé qu'il faut se porter.

Comme le rappelle la réponse au questionnaire budgétaire transmise à votre rapporteur, le contrôle par les instructeurs du dossier, qu'il s'agisse d'une assistante sociale ou du personnel d'un centre communal d'action sociale (CCAS), joue souvent un rôle fondamental bien qu'il soit généralement passé sous silence.

L'instructeur accueille le demandeur pour recueillir son dossier. En principe, un travail bien fait d'explications commentées et de discussion avec le demandeur peut conduire à dissuader ce dernier de poursuivre sa démarche lorsqu'elle est engagée à tort.

Ultérieurement, l'instructeur suit l'allocataire, d'abord pour établir son contrat d'insertion dans le trimestre suivant l'ouverture du droit ; ensuite, suivant la périodicité décidée par lui et, en tout état de cause, tous les ans, pour actualiser le contrat d'insertion. Là encore, il doit pouvoir déceler des situations anormales.

La CAF et son personnel peuvent donc jouer un rôle essentiel s'ils font preuve de vigilance pour déjouer les comportements qui s'apparentent à une fraude manifeste alors même que les demandeurs font valoir, à tort, la difficulté de leur situation et le besoin d'urgence d'un secours.

Dans ce contexte où le rôle sur le terrain des CAF est essentiel, force est de constater que l'architecture du dispositif du RMI ne garantit pas par elle-même l'optimisation des contrôles . Les CAF sont chargées de distribuer une prestation dont le financement est assuré, non pas par la branche " famille " mais directement par le budget de l'Etat ; les CAF sont chargées de contrôler que le versement du RMI est justifié, mais elles supportent seules la charge de la gestion sur le terrain de ce dispositif.

En tout état de cause, la branche famille ne retire aucune conséquence positive des résultats des contrôles puisque les suspensions-sanctions ou les reversements des indus sont effectués au profit du budget de l'Etat.

Certes, la convention d'objectifs et de gestion signée entre l'Etat et la CNAF le 14 mai 1997 prévoit un renforcement de la politique de contrôle en fixant notamment comme objectif aux CAF, de passer d'un contrôle global a posteriori de la situation de 15 % des allocataires à un contrôle de 25 % d'entre eux en l'an 2000, ce qui représente, si l'on fait l'hypothèse de situations à risque représentant la moitié des fichiers, le contrôle exhaustif de celles-ci tous les deux ans. La convention insiste, par ailleurs, sur l'importance des contrôles sur place.

Cet objectif doit être atteint par :

- les redéploiements internes aux caisses ;

- l'amélioration permanente des politiques de ciblage des contrôles et de transfert de données sociales ;

- une amélioration du pilotage de la fonction contrôle au sein de la CNAF et des CAF.

Parallèlement à cet objectif, les CAF se sont engagées dans l'amélioration de leurs relations avec l'allocataire en cas de contrôle ou de litige en renforçant l'information sur la politique de contrôle et en définissant des règles claires de gestion des procédures de contrôle.

La question est posée de savoir s'il ne faut pas franchir une autre étape : il serait intéressant que les CAF puissent bénéficier d'un mécanisme de compensation de l'effort consenti en matière de lutte contre la fraude au RMI . Il ne serait pas illégitime que l'Etat rétrocède à la branche famille une fraction des sommes économisées ou récupérées à la suite de contrôle dans la lutte contre la fraude au RMI.

Un mécanisme qui permettrait, par un moyen financier ou tout autre avantage, de faire bénéficier la branche famille des résultats en matière de lutte contre la fraude au RMI, jouerait un rôle d'incitation très positif auprès du service qui est le plus directement chargé de la gestion quotidienne de cette prestation.

Cette observation s'inscrit dans une problématique plus large qui est celle de la charge non compensée qui pèse sur la branche famille en matière de gestion du RMI, largement étrangère à la vocation originelle de cette branche.

e) La question récurrente du contrôle des droits à affiliation de la sécurité sociale

Dans son avis de l'année dernière, votre rapporteur avait appelé l'attention sur l'insuffisance des contrôles préalables des droits à prestation en nature au régime d'assurance maladie des titulaires du RMI avant leur inscription au régime de l'assurance.

Les représentants de l'APCG entendus par votre rapporteur avaient souligné que des contrôles simples opérés à partir de déclaration des intéressés, montraient souvent qu'ils détenaient des droits, soit parce qu'ils avaient exercé une activité professionnelle avant d'être au chômage, soit parce qu'ils bénéficiaient de l'assurance de leur conjoint, même en cas de divorce ou de décès de celui-ci.

La réponse au questionnaire transmise par votre rapporteur indique que, concrètement, le service instructeur doit en principe saisir la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) systématiquement, dès lors que l'intéressé n'a pas de carte d'assuré social valide ou qu'il ne sait pas où en sont ses droits. La CPAM procède alors à une vérification du dossier, à partir de ses fichiers ou par la recherche de toute information nécessaire, l'assurance personnelle n'intervenant que de façon subsidiaire. Il est précisé que cette vérification ne présentait pas de difficulté majeure, dès lors que la caisse pouvait interroger directement l'assuré social sur sa situation au regard de l'emploi et sur sa situation familiale.

En revanche, il est souligné, qu'il est apparu, à l'usage, " d'importantes difficultés de gestion " :

" - Les CPAM n'ont pas de fichier national des assurés et ne gèrent pas l'acquisition des droits. Leur seule information provient de l'interrogation des usagers qui fournissent des informations permettant de mettre en oeuvre telle ou telle disposition législative ou réglementaire.

" - Le mode de vie des bénéficiaires du RMI les rend souvent difficiles à contacter : la moitié sont hébergés, la majorité sont célibataires, leur niveau d'instruction est faible et une fraction d'entre eux vivent dans la marginalité.

" - Dans les départements dont la population est importante, les caisses éprouvent des difficultés à faire face à la masse des informations à traiter.

" - Les agents ne sont pas toujours préparés à comprendre ces questions de précarité, qui demandent un fort engagement professionnel. "


La dispositif se complique encore du fait que la situation des bénéficiaires du RMI est instable, qu'un tiers des titulaires " sort " du dispositif chaque année et que les CPAM ont des difficultés à gérer l'évolution des droits à la suite de modifications de situation.

" Les CAF transmettent mensuellement un état des modifications de situation, mais les CPAM ont des difficultés à l'exploiter, en particulier dans les gros départements. Les contraintes mises par la CNIL rendent extrêmement difficiles la gestion des fichiers et l'échange automatisé d'information. La multiplicité des intervenants ne fait qu'accroître les difficultés de gestion (CAF, CPAM, Etat, Conseil Général, URSSAF). "

Il est indiqué que " c'est, pour partie, ce constat qui est à l'origine de la réflexion sur l'assurance maladie universelle, visant à simplifier l'ensemble du dispositif. "

Il est clair cependant que la mise en place de l'assurance maladie universelle ne doit pas être conçue comme une " fuite en avant ". Les insuffisances sur les informations relatives aux assurés ne pourraient que conduire rapidement à des dérives sur la branche maladie de la sécurité sociale dans des proportions non maîtrisées.

*

Pour conclure cette partie relative au RMI, votre commission a regretté que, s'agissant du perfectionnement du volet insertion du RMI ou de la poursuite de l'amélioration du contrôle du dispositif, le Gouvernement n'ait pas fait part de solutions novatrices tout en se bornant à renvoyer à la loi annoncée contre les exclusions la réforme des difficultés actuelles.

B. UN BUDGET RELATIVEMENT DÉCEVANT EN MATIÈRE D'AIDE EN FAVEUR DES PLUS DÉMUNIS

En matière de lutte contre l'exclusion, le second volet porte sur l'aide aux plus démunis, ceux qui échappent à toute forme de protection sociale et entrent dans une spirale de précarisation qui les conduit à devenir des sans domicile fixe.

Tous nos interlocuteurs, en particulier de la FNARS et de l'UNIOPSS, ont souligné auprès de nous le caractère préoccupant de la montée de la grande pauvreté et de la précarisation.

1. L'évolution toujours préoccupante de l'exclusion

Le Secours Catholique a récemment diffusé une étude dans laquelle il souligne qu'il doit faire face à un " durcissement de la pauvreté ". Il précise qu'il a eu à faire face en 1996 à 751.000 cas de pauvreté, soit 10 % de plus qu'en 1995 .

Dans 60 % des cas, les personnes en difficulté ont été orientées vers le Secours Catholique par les services sociaux publics eux-mêmes, ce qui témoigne d'un certain désarroi des services de l'Etat .

Dans 21 % des cas, il s'agit de personnes confrontées à un dysfonctionnement administratif se traduisant par des erreurs ou des retards de paiement d'une allocation ou d'une prestation sociale ayant un caractère vital pour la famille concernée.

Les résultats d'activité du Secours Catholique en 1996

Les équipes du Secours Catholique ont accompagné 751.000 situations de pauvreté en 1996 contre 702.760 en 1995 et 681.625 en 1994.

1.941.670 personnes ont été concernées dont 933.259 enfants.

Parmi ces personnes accueillies :

- 38 % sont entièrement seules, 25 % seules avec enfants, 28 % en couple avec enfants, 9 % en couple sans enfant ;

- 93 % des familles monoparentales en difficulté ont une femme comme chef de famille ;

- 26 % sont bénéficiaires du revenu minimum d'insertion ;

- 70 % des moins de 25 ans sont sans qualification ;

- 18 % des personnes accueillies sont étrangères (33 % en Ile-de-France) :

. 56 % sont originaires du Maghreb,

. 17 % viennent d'Afrique noire dont une majorité de Zaïrois,

- 11 % ressortent de l'Union européenne.

Dans 60 % des cas, les personnes qui s'adressent au Secours Catholique sont envoyées par les services sociaux (+ 14 % en trois ans).

Trois indicateurs de pauvreté sont spécialement significatifs :

- l'absence ou la précarité d'emploi forment la première cause de difficultés, 60 % des cas (58 % en 1995) ;

- l'endettement s'aggrave, concernant 28 % des familles accueillies (+ 5 % en deux ans) sa moyenne est passée, en sept ans, de 4.333 francs à 7.152 francs ;

- un logement précaire ou une absence de domicile caractérisent 24 % des situations (26 % en 1994 et 1995).

Lors de son audition par votre rapporteur, M. Jean-Jacques Delarbre, président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réadaptation sociale (FNARS) a constaté, pour sa part, un " infléchissement " dans l'augmentation des situations de grande pauvreté.

Il estime que la progression serait relativement stabilisée en 1996 même si les gestionnaires de CHRS considèrent ne pas être en mesure de résorber les flux.

En revanche, il a souligné que les cas de " décrochage " dans l'exclusion de personnes auparavant intégrées et exerçant une activité, continuaient à se poursuivre. Il a regretté que des mécanismes efficaces de prévention n'aient pu être mis en place pour freiner cette tendance.

Votre commission a constaté que l'adoption de la loi de renforcement de la cohésion sociale revêtait donc bien une certaine urgence et a regretté que le nouveau Gouvernement n'ait pas souhaité accorder une priorité absolue à ce texte qui avait été préparé en étroite liaison avec les associations concernées.

Le Gouvernement pouvait certes souhaiter améliorer le projet de loi ; il disposait d'éléments de base qui auraient sans doute pu lui permettre de présenter une nouvelle version avant la discussion de ce budget, s'il avait souhaité agir le plus rapidement possible en faveur de la lutte contre l'exclusion.

2. Un budget qui ne poursuit pas au même rythme les efforts engagés en faveur de l'hébergement d'urgence

S'agissant de l'hébergement d'urgence, il convient de rappeler qu'un effort important a été entrepris depuis trois ans. Celui-ci semble avoir porté ses fruits puisque cette année, le Gouvernement a estimé que compte tenu du bon niveau des capacités d'accueil d'urgence, il ne serait pas nécessaire, pour la première fois depuis 1984, de publier une circulaire organisant un plan d'urgence spécifique à la période hivernale.

Dans une lettre au préfet du 30 octobre dernier, Mme Martine Aubry a souligné que, " pour l'essentiel, les besoins d'urgence étaient aujourd'hui couverts et que le dispositif d'accueil qui avait été conçu à l'origine comme un dispositif saisonnier était maintenant organisé comme un dispositif permanent ".

a) Un ralentissement de l'effort d'ouverture de places en centre d'hébergement et de réadaptation sociale

L'hébergement d'urgence repose principalement sur les centres d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS), qui relèvent de la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales . Leurs frais de fonctionnement relèvent des dépenses d'aide sociale obligatoire de l'Etat.

Au nombre de 735 et employant 9.622 personnes au 1er janvier 1996, les CHRS ont aujourd'hui une capacité d'accueil qui leur permet d'héberger 26.000 personnes et de suivre, hors de leurs murs, un peu moins de 3.000 personnes .

Les caractéristiques des populations accueillies en CHRS

La dernière enquête sociale du SESI en janvier 1994 fait apparaître les données suivantes sur les populations accueillies en CHRS.

Seuls 22 % des adultes disposaient auparavant d'un logement personnel. La plupart d'entre eux étaient locataires, notamment en HLM. C'était surtout le cas des familles accompagnées d'enfants.

Un quart des adultes (24 %) n'avaient pas de logement personnel avant d'être accueillis en CHRS mais étaient hébergés dans leur famille ou chez des amis.

15 % n'avaient pas de logement à proprement parler, ils occupaient une caravane ou étaient sans abri.

Les autres adultes accueillis (34 %) provenaient d'établissements sociaux, médicaux ou pénitentiaires.

Les personnes accueillies sont pénalisées surtout par une qualification professionnelle trop ancienne ou insuffisante : 36 % des adultes accueillis sont des ouvriers non qualifiés et 19 % n'ont aucune expérience professionnelle.

La majorité des adultes hébergés en CHRS sont chômeurs (36 %) ou inactifs (19 %).

Seuls 24 % des adultes en CHRS exercent une activité salariée.

La plupart des adultes hébergés en CHRS ont pour ressource principale une allocation.

Un tiers des adultes de moins de 25 ans est sans ressources.

Le Gouvernement a inscrit pour 1998 une dotation de 2,412 milliards de francs , en augmentation de 3 % par rapport à 1995 et correspondant à un apport de crédits supplémentaires de 65 millions de francs. Ceci doit permettre à hauteur de 23 millions de francs de faire face à l'évolution des dépenses de personnel et pour 42 millions de francs de financer 500 places supplémentaires de CHRS, par transformation de places d'asiles de nuit.

Evolution des crédits relatifs aux CHRS
(chapitre 46-23, article 22)

Année

1995

1996

1997

1998

Crédits inscrits en LFI
(en millions de francs)

2.129

2.222

2.347

2.412

Taux d'évolution en %

+ 10,53

4,33

5,65

2,77

Sommes consacrées à la création de places (en millions de francs)

38,5

38,5

84

42

Il n'est pas inutile de rappeler que le budget 1997 avait financé la transformation de 1.000 places supplémentaires dans le cadre de la première phase d'un plan de transformation de places d'asiles de nuit dont le nombre a été fixé initialement à 3.000 unités.

Ce programme a été lancé en 1997 par la création de 1.135 places nouvelles de CHRS se décomposant en :

- 130 places d'atelier de réinsertion rattaché à un CHRS ;

- 12 dispositifs d'accueil et d'orientation territorialisés assurant la régulation des places d'hébergement d'urgence après l'orientation des personnes accueillies ;

- 1.005 places résultant de la pérennisation de places de foyers d'accueil d'urgence en places d'hébergement et de réinsertion (CHRS).

La réponse au questionnaire budgétaire souligne que ce programme a pour vocation la pérennisation du financement et le renforcement qualitatif des prestations d'accueil d'hébergement d'accompagnement à la réinsertion et de suivi pour les plus démunies des personnes exclues, assurées par ces structures bénéficiant ainsi du statut de CHRS.

" Il importe en effet que ne se développe pas une prise en charge discriminante en fonction de difficultés apparentes de réinsertion. Pour cela, il convient de globaliser la prise en charge -de l'urgence sociale à la réinsertion- en visant à la resocialisation et la requalification professionnelle des personnes socialement exclues, quelle que soit la gravité de la désocialisation, à partir d'une orientation adaptée à leurs possibilités, en pariant sur la réversibilité des troubles. "

Le programme se poursuit en 1998 par l'inscription de 500 places supplémentaires pour un montant de 42 millions de francs.

Il peut sembler étonnant de ne pas continuer l'effort supplémentaire engagé en 1997, alors que la FNARS estime pour sa part que 2.000 à 3.000 places nouvelles seraient nécessaires pour mettre à niveau les CHRS et moderniser les lits existants.

En l'espèce, même dans un contexte de maîtrise budgétaire, il n'aurait pas été anormal de poursuivre la transformation de places d'asiles de nuit en places de CHRS, souvent matériellement dégradées et génératrices d'insécurité , voire de violences, pour les personnes hébergées. En outre, les établissements doivent parfois être transformés matériellement pour permettre l'accueil de familles entières dans des conditions acceptables.

Enfin, comme votre rapporteur aura l'occasion de le souligner dans la troisième partie de son avis, la mise en oeuvre d'un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses des CHRS apparaît aujourd'hui comme une réforme indispensable pour assurer au meilleur coût les prestations assurées par ces organismes.

b) Une diminution décevante des crédits d'action sociale de l'Etat en faveur de la lutte contre l'exclusion

Au-delà du ralentissement du rythme de création de places de CHRS, il est également décevant que le Gouvernement ait choisi, au cours de ses arbitrages, d'inscrire à la baisse les crédits d'action sociale décentralisée destinés à la lutte contre l'exclusion 6( * ) ( chapitre 46-23, article 70 ).

Ces crédits qui avaient été portés à 784 millions de francs en 1997, contre 708 millions de francs en 1996, sont abaissés à 760 millions de francs en 1998 , soit une baisse de 3 %.

Les crédits déconcentrés ne doivent pas être confondus avec les dépenses non déconcentrées qui permettent notamment de passer des conventions d'objectifs avec les grandes associations à vocation caritative et qui s'élèvent à 212 millions de francs dans le projet de loi de finances pour 1998.

Les crédits non déconcentrés qui font l'objet d'une baisse en 1998 sont consacrés pour une partie aux actions dites d'urgence sociale et pour une autre partie à des actions en faveur des jeunes en difficulté.

Le Gouvernement n'a pas précisé clairement sur quels postes serait imputée la baisse prévisible des moyens.

·  Le financement des dispositifs nouveaux en faveur des populations les plus fragiles (SAMU-Sociaux, Boutiques de solidarité, accompagnement social et logements d'urgence) relève particulièrement des actions d'urgence sociale.

Une progression des crédits alloués à ce type d'actions a été enregistrée ces dernières années : 231,71 millions de francs en 1994, 299,58 millions de francs en 1995, 328,81 millions de francs en 1996. En 1997, autour de 400 millions de francs ont été consacrés aux actions d'urgence sociale.

Les actions d'urgence sociale assurent en premier lieu l'accueil et l'hébergement d'urgence des sans-abri . Pendant l'hiver, 15.000 places d'hébergement d'urgence sont ouvertes, dont 5.000 en région parisienne. Un " volant " de places important est désormais également disponible toute l'année.

Il s'agit aussi d'aller au-devant des sans-abri et de leur proposer un hébergement . Suite à la création du " Samu-Social " de Paris, ce type d'équipement se généralise progressivement dans les plus grandes agglomérations de province et les départements de la région parisienne. Plus d'une trentaine de tels dispositifs (" SOS-Sans-abri " dans les Hauts-de-Seine, " Service ville sociale " à Lyon) ont vu le jour. Ce type d'équipement s'avère très utile, notamment vis-à-vis des personnes sans domicile qui ne se dirigent pas spontanément vers les centres d'accueil.

Par ailleurs, ont été créés ces dernières années quelque 200 lieux d'accueil de jour pour les personnes sans domicile fixe. Ces personnes peuvent y trouver chaque jour un accueil et divers services : boîtes aux lettres, machines à laver, douches, consignes, informations, aides à l'accès aux soins.

En matière d'accès aux soins , se sont mis en place des " lits infirmiers " et des permanences médico-sociales dans les centres d'accueil. Par " lits infirmiers  ", il convient d'entendre la mise à disposition de lits pour des personnes malades mais dont l'état ne nécessite pas une hospitalisation. Ont été également installées des permanences sociales d'accueil et d'orientation dans les hôpitaux.

Un programme de " points d'accueil jeunes " a été lancé à partir de 1996 dans un but de prévention et pour faire face aux problèmes que soulève notamment la présence de jeunes en errance au cours de la période estivale dans les villes touristiques et à l'occasion de festivals.

A l'automne 1997, un " numéro vert " d'appel téléphonique à trois chiffres, le 115, consacré à l'accueil des sans-abri a été ouvert. Ainsi 24 heures sur 24, une personne sans abri pourra accéder gratuitement par ce numéro, facile à mémoriser, au centre d'accueil départemental chargé de fournir une réponse fiable à quiconque en matière d'hébergement d'urgence.

L'opérationnalité de ce dispositif exigera une coordination permanente de l'ensemble des structures offrant localement un hébergement. Cette évolution va dans le sens de la création d'un véritable dispositif départemental d'information, d'accueil et d'orientation des personnes sans domicile.

·  Les crédits déconcentrés servent également à financer la participation de l'Etat aux Fonds d'aide aux jeunes (FAJ).
Généralisé sur tout le territoire par la loi du 29 juillet 1992 réformant le RMI, le dispositif des FAJ ouvre la possibilité de verser aux jeunes en situation de difficultés d'insertion sociale et professionnelle âgés de 18 à 25 ans des secours temporaires d'urgence et des aides financières destinées à soutenir un projet d'insertion, complétés le cas échéant, par des mesures d'accompagnement, afin de leur permettre d'accéder aux mesures de droit commun.

Le financement du dispositif est paritaire entre l'Etat (DDASS) et le conseil général . Une convention à laquelle peuvent également être associés les municipalités et les organismes concourant sur une base volontaire au financement du FAJ détermine les modalités et les conditions d'attribution des aides financières. Environ 500 comités d'attributions départementaux ou locaux couvrent le territoire national.

Il a été précisé à votre rapporteur que ce dispositif bénéficiait d'une forte adhésion des partenaires institutionnels : conseils généraux, réseau d'accueil jeunes et missions locales.

Trois qualités principales sont attribuées aux FAJ : souplesse, rapidité de paiement en cas d'urgence et proximité avec le secteur rural souvent démuni. Il reste que les actions d'accompagnement social n'ont pas connu un développement important : 20 % des départements seulement financeraient de telles mesures.

Il a été précisé à votre rapporteur que les crédits consommés par les FAJ estimés à 207 millions de francs en 1995, étaient passés à 158 millions de francs en 1996. Cette baisse s'expliquerait par " la pression exercée par d'autres besoins en matière d'urgence sociale dans le cadre d'une enveloppe de crédits globalisés " et par l'existence dans les FAJ de " réserves financières " dues à une montée en charge plus lente que prévue du dispositif.

Les FAJ visent à aider les jeunes les plus en difficulté qui ne sont sans doute pas susceptibles d'accéder directement aux emplois-jeunes, voire à un CES, compte tenu de leur degré de marginalisation et de désinsertion sociale. Il est pourtant essentiel de les aider à retrouver le chemin de l'intégration sociale et les FAJ constituent un instrument utile qu'il serait dangereux d'affaiblir.

C. LES DÉPENSES RELATIVES AU DÉVELOPPEMENT DE LA VIE SOCIALE

L'agrégat " développement de la vie sociale " forme un ensemble assez hétérogène qui regroupe des dépenses de nature diverses.

Il comprend notamment l'action en faveur des droits des femmes (72 millions de francs en 1998), les subventions aux établissements de formation des professions sociales (537,2 millions de francs en 1998), les bourses aux étudiants en travail social (324 millions de francs en 1998) et les crédits destinés aux objecteurs de conscience (118 millions de francs en 1998).

Cette année, votre rapporteur a souhaité mettre l'accent en particulier sur deux catégories des dépenses visées dans cet agrégat qui sont intéressantes du point de vue du souci d'une bonne gestion.

1. La dérive préoccupante de la dotation relative aux tutelles et curatelles d'Etat

Une dérive préoccupante s'instaure sur la dotation relative aux tutelles et curatelles d'Etat ( chapitre 46-23, article 60 ) qui passe de 435,5 à 515 millions de francs en 1998, soit une mesure nouvelle d'ajustement de 80 millions de francs environ, ce qui représente une hausse de 18 %.

La loi n° 68-5 du 3 janvier 1968 portant réforme du droit des incapables majeurs a institué trois régimes de protection des majeurs incapables qui se sont substitués aux régimes antérieurs tels que l'interdiction judiciaire ou le conseil judiciaire.

Il s'agit des régimes :

- de la sauvegarde de justice , régime de protection provisoire, destiné à prendre en urgence les mesures de sûreté indispensable ;

- de la tutelle , système de représentation dans lequel le majeur est frappé d'incapacité totale pour agir tant sur le plan patrimonial que dans le domaine de la vie civile ;

- de la curatelle , régime plus simple de protection, où le juge des tutelles peut limiter l'incapacité à certains actes et autoriser le majeur à en accomplir d'autres.

Deux systèmes de tutelle coexistent dans notre droit :

- la tutelle familiale qui fait reposer la charge tutélaire sur la famille, parents, enfants, collatéraux ;

- la tutelle publique qui consiste à confier à un organisme public ou privé ou à une personne physique la charge de la tutelle, sous le contrôle de l'Etat. La tutelle de l'Etat, la curatelle d'Etat et la tutelle en gérance appartiennent à cette catégorie.

Le décret n° 85-193 du 7 février 1985 a instauré une rémunération du tuteur ou du curateur d'Etat reposant à titre principal sur les ressources du majeur protégé et complétée sous certaines conditions par une rémunération financée par le budget de l'Etat.

L'arrêté du 15 janvier 1990 pris pour l'application de cette disposition prévoit des taux de participation progressifs applicables sur trois tranches de revenu au-dessous d'un rapport fixé par rapport au montant brut du SMIC majoré de 75 %, soit 11.661 francs. Au-dessus de ce montant, l'Etat n'assure aucun financement, mais le juge des tutelles peut autoriser des prélèvements supplémentaires si l'importance des biens à gérer le justifie.

Les conditions du transfert à l'Etat de la tutelle sont ainsi, en principe, très strictes : le vide de la famille restreinte et de la famille étendue doit être constaté (majeurs protégés n'ayant plus de famille ou membres de la famille demandant à être dispensés des charges tutélaires en raison d'un des motifs énumérés à l'article 428 du code civil : âge, maladie, éloignement, occupations professionnelles ou familiales exceptionnellement absorbantes, ...).

En réalité, on constate, depuis une dizaine d'années, une tendance de certains juges des tutelles à écarter la famille même dans des cas où les membres de celle-ci ne font pas preuve d'indifférence à l'égard de la protection de la personne .

Ainsi, le nombre brut de création de nouvelles mesures a été de 17.191 en 1996, soit 25,5 % d'augmentation du nombre de mesures en un an.

La Cour de cassation a ainsi été conduite à censurer certaines décisions de justice qui n'avaient pas tenu compte de la volonté de la famille d'assurer la charge de la tutelle ni constaté l'impossibilité de réunir un conseil de famille.

Les crédits prévus en loi de finances initiale pour 1998 s'élèveront à 515 millions de francs, ce qui devrait permettre d'assurer le financement des 87.400 mesures existantes et celui de nouvelles mesures que créeront les juges au cours de l'année 1998.

Votre commission s'est inquiétée de la forte progression non maîtrisée des dépenses de tutelle et de curatelle.

Si devait être créé de manière quasi systématique le principe d'une aide financière au conseil patrimonial et social auprès des personnes âgées à domicile, il s'agirait à l'évidence d'une question de société, qui ne saurait être décidée sous la seule impulsion des instances judiciaires et devrait relever d'un examen par le Parlement.

2. Le transfert des crédits relatifs aux rapatriés ne doit pas occulter les économies résultant de l'arrivée à échéance du calendrier d'indemnisation des rapatriés prévu par la loi du 16 juillet 1987

Le " bleu " budgétaire relatif à la santé, à la solidarité et à la ville comprend cette année différents crédits d'intervention (chapitre 46-03) en faveur des rapatriés rassemblés sous la dénomination " prestations sociales et actions culturelles ".

Ces crédits étaient inscrits au budget des services du Premier ministre et relevaient auparavant de la responsabilité de M. Roger Romani alors ministre délégué chargé des relations avec le Parlement. A l'occasion du changement du Gouvernement, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, s'est vu confier les questions relatives aux rapatriés.

Les crédits inscrits au budget de l'emploi et de la solidarité et concernant les rapatriés représentent au total 135 millions de francs en 1998. Ils s'inscrivent en baisse de 10 % par rapport aux crédits inscrits l'année précédente.

Ces crédits ont pour objet de financer diverses formes d'action sociale découlant soit de la loi du 26 décembre 1961 relative à l'accueil et à la réinstallation des Français d'outre-mer soit de la loi du 11 juin 1994 relatives aux anciens membres des formations supplétives ou victimes de la captivité en Algérie.

Le chapitre 46-03 précité ne constitue qu'une fraction des crédits prévus en faveur des rapatriés et inscrits au budget de différents ministères qui s'élèvent au total à 2 milliards de francs en 1998.

Crédits relatifs aux rapatriés dans le projet de loi de finances pour 1998

(En millions de francs)

LFI 97

PLF 98

Economie, Finances et Industrie

I - (Charges communes)

4.484,58

792,77

II - Services financiers

29

27

III - Industrie

186,49

182,69

Emploi solidarité et ville

II - Santé solidarité, ville

175

135

Anciens combattants

56,2

56,2

Affaires étrangères et coopération

0,14

0,14

Equipement, transports et logement

807,6

773,98

Agriculture et pêche

124,5

105

Dépenses fiscales

20

23

Total

5.859

2.067,21

Le présent rapport ne saurait présenter un commentaire exhaustif sur l'ensemble des crédits budgétaires prévus en faveur des rapatriés. En revanche, ces derniers appellent trois observations .

·  En premier lieu, le dispositif des Commissions départementales d'aide aux rapatriés réinstallés (CODAIR) créées par un décret du 28 mars 1994 afin d'assurer le traitement individualisé des dossiers de résorption du surendettement des rapatriés réinstallés relève du financement budgétaire des crédits du ministère de l'emploi et de la solidarité.

Les CODAIR ont traité à ce jour 1.225 dossiers à titre définitif. Plus de 200 dossiers de surendettement lourd demeurent à traiter. Pourtant aucun crédit n'a été reconduit en vue de financer l'aide au règlement de ces dossiers.

Le Gouvernement fait observer à cet égard que les reports au titre des exercices précédents avoisinerait 100 millions de francs, ce qui serait suffisant pour assurer le règlement des dossiers en cours.

En second lieu, la gestion par M. Guy Forzy, ancien délégué aux rapatriés, des crédits d'intervention prévus à l'article 46-03 a fait l'objet d'une polémique alimentée par des indiscrétions transmises à la presse sur le contenu d'une analyse de la Cour des Comptes.

Votre rapporteur ne peut que constater que la procédure suivie devant de la Cour des Comptes est contradictoire et qu'à ce jour, la procédure n'est pas achevée dans la mesure où la Cour doit prendre en compte les réponses de l'intéressé qui doivent être transmises à la Cour par l'intermédiaire de son ministre de tutelle.

Votre rapporteur souhaitera donc se prononcer au vu des conclusions définitives de la Cour.

·  Enfin, il est essentiel de noter que la sensible contraction du montant total des crédits relatifs aux rapatriés est due à l'achèvement de la procédure de remboursement des certificats d'indemnisation émis au titre de la loi du 16 juillet 1987 .
Il est utile de rappeler qu'en décembre 1992, de manière discrète, à l'occasion du vote de la loi du 27 janvier 1993, peu avant les élections législatives de mars, l'Assemblée nationale avait voté un raccourcissement sur quatre exercices au lieu de six de l'échéancier des certificats d'indemnisation des rapatriés émis au titre de la loi du 16 juillet 1987. Malgré un contexte budgétaire difficile, les gouvernements de MM. Edouard Balladur et Alain Juppé n'avaient pas remis en cause cet engagement et ce sont respectivement 4,3, puis 4,4 et 3,5 milliards de francs qui ont été inscrits dans les trois précédents budgets au titre de l'indemnisation des rapatriés.

Cette procédure étant parvenue à échéance, le nouveau Gouvernement a bénéficié automatiquement pour la préparation de ce budget d'un allégement significatif des dépenses au titre des charges communes. A cet égard, il n'est pas inutile d'effectuer une comparaison avec les dépenses supplémentaires relatives à la solidarité consenties dans ce budget, laquelle rend d'autant plus difficilement compréhensibles les baisses de crédit subies au titre de l'action sociale déconcentrée.

II. LA POLITIQUE EN FAVEUR DES PERSONNES HANDICAPÉES DOIT ÊTRE POURSUIVIE

Evolution des crédits en faveur des personnes handicapées depuis 1993

Prévisions (PLF 1998)

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Prise en charge par l'Etat des CAT 46-23 art. 10

4.658.584.192

4.889.859.225

5.293.974.045

5.590.197.045

5.844.777.365

6.039.500.000

Tutelle et curatelle d'Etat
46-23 art. 60

239.700.000

287.300.000

328.660.000

374.000.000

435.500.000

515.000.000

Allocations et prestations diverses en faveur des personnes handicapées
46-23 art. 70


82.355.000


71.502.000


65.446.200


63.900.000


52.200.000


50.000.000

Aide sociale en faveur des personnes handicapées 46-23 art. 90

84.475.000

75.331.000

84.418.000

85.750.000

98.000.000

102.100.000

Contribution de l'Etat au financement de l'AAH 46-92 art. 10

17.225.000.000

18.661.000.000

20.081.000.000

20.764.000.000

22.260.000.000

23.389.000.000

Actions sociales en faveur des personnes handicapées Actions nationales et déconcentrées 47-21 art. 30 et art. 50

150.250.940

151.695.940

151.965.940

164.615.940

147.075.000

145.850.000

Subventions d'équipement 66-20 art. 10

70.000.000

87.300.000

85.000.000

85.000.000

56.214.000

46.500.000

TOTAL

23.280.365.132

24.423.988.165

26.090.464.185

27.127.762.985

28.893.766.365

30.319.450.000

A. LES PERSONNES HANDICAPÉES DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

1. Plusieurs millions de personnes sont confrontées au handicap

La détermination du nombre de personnes handicapées en France dépend de la définition du handicap retenue.

Des enquêtes réalisées par l'INSEE en 1981 et 1991 ont permis d'estimer le nombre de personnes vivant à domicile ayant au moins une gêne ou une difficulté dans la vie quotidienne, liée à un problème de santé (ce qui correspond à une définition extensive de la notion de handicap) à près de 5,5 millions de personnes, soit 9,7 % de la population. Sur la base d'une définition plus stricte (personnes qui se déclarent handicapées), les enquêtes estiment la population handicapée à 3,2 millions de personnes, soit 6 % de la population.

Lorsque l'on considère les personnes atteintes d'un handicap sévère (de 50 à 100 % d'incapacité), on arrive à des estimations comprises entre 3,4 et 4,2 % de la population. L'ensemble de ces données démontre que la population handicapée est importante en France, ce qui justifie pleinement une politique globale mobilisant des moyens substantiels.

Les origines du handicap sont diverses. On peut toutefois considérer que les quatre principales causes sont dans un ordre décroissant : la maladie, la vieillesse, l'accident et la naissance.

Les origines du handicap
(enquête du CTNERMI, plus de 20 ans vivant à domicile)

Saône-et-Loire

Paris

1990 1

1994 2

1995

Origine en %

Naissance

12,9

14,5

10,1

Maladie

54,7

54,6

52,1

Accident

17,3

20,3

19,5

Maladie et accident

3,9

4,9

2,0

Vieillesse seule

3,2

1,4

6,7

(Vieillesse évoquée avec d'autres origines)

----

25,4

13,2

Autres

1,7

Inconnue

3,4

Non réponse

4,6

4,2

7,9

Ensemble

100,0

100,0

100,0

1) Enquête déjà évoquée ; sur un échantillon de 25.723 personnes handicapées de vingt ans et plus à domicile

2) Résultats extraits d'une enquête réalisée auprès de 2.523 personnes dont 1.815 de vingt ans et plus à domicile

2. La prévention doit devenir une véritable priorité

Les accidents de la circulation et de la vie domestique, de sports ou de loisirs sont impliqués dans 6,8 % des handicaps ou gênes (soit 370.000 des 5,5 millions de personnes souffrant de handicaps ou gênes vivant à domicile) et environ 11 % des handicaps au sens plus strict du terme (soit environ 380.000 des 3,5 millions de personnes handicapées vivant à domicile ou en institution).

Les accidents dans les origines du handicap

INSEE 1

CTNERHI

CTNERHI

Saône-et-Loire 2

Paris 3

1991

1990

1994

1995

Tous accidents dont :

11,8 %

17,5 %

21,6 %

21,5 %

travail (trajet exclu)

5,0 %

-

travail (trajet inclus)

-

7,4 %

circulation

3,9 %

-

(9,7 %)

8,0 %

sport ou loisirs

1,0 %

-

6,5 %

4,6 %

vie domestique

1,9 %

-

2,0 %

0,9 %

-

0,8 %

1,1 %

Autres

-

-

1,5 %

4,2 %

Non réponse

3,4 %

2,7 %

Total accidents hors travail

6,8 %

-

10,8 %

10,8 %

Sources :

1) Enquête réalisée par l'INSEE en 1991 auprès d'un échantillon de 8.235 ménages, soit 21.597 individus représentatifs de la population nationale des ménages ordinaires. (Définition large du handicap : handicap ou quelques gênes dans la vie quotidienne).

2) Enquête du Centre Technique National d'Etudes et de Recherches sur les Handicaps et les Inadaptations (CTNERHI) sur les personnes handicapées en Saône-et-Loire en 1990 ; réalisée par 1.200 enquêteurs bénévoles auprès de 20.000 personnes handicapées ; 1994 : enquête du CTNERHI réalisée avec le concours du Réseau national de la santé publique auprès d'un échantillon de 2.523 personnes handicapées recensées dans le cadre de l'enquête précédente (définition stricte du handicap).

3) Enquête du CTNERHI et de la DASES de Paris réalisée en 1995 auprès d'un échantillon de demandeurs de la carte d'invalidité (définition stricte du handicap).


Nombre de ces accidents qui bouleversent des vies entières pourraient être évités par une politique de prévention plus efficace. Ceci est d'autant plus important que la politique en faveur des personnes handicapées est coûteuse, elle mobilisera plus de 30 milliards de francs en 1998. Il est normal que la Nation soit solidaire des personnes handicapées. Toutefois, une politique de prévention plus dynamique permettrait de sauver des vies et des existences, d'économiser des crédits et d'augmenter les concours aux actions en faveur des personnes handicapées.

Pour illustrer ce propos, on peut rappeler que le coût global des accidents corporels de la circulation était estimé, en 1996, à 58 milliards de francs, auxquels il convient d'ajouter le coût des accidents matériels non corporels (évalués à 60 milliards de francs).

Coût de l'insécurité routière en 1996

Accidents corporels

Tués

Blessés graves

Blessés légers

Total coûts unitaires 1990

3.258.400

338.700

72.400

Actualisation en 1996

3.834.000

394.840

83.940

Population concernée en 1996

8.541

35.743

133.913

Coût estimé des accidents corporels

32,7 milliards

14,1 milliards

11,2 milliards

Le renforcement des politiques de prévention devrait concerner tous les espaces de la vie sociale et en particulier les accidents sur les lieux de travail et les difficultés lors des accouchements.

3. L'accessibilité des lieux publics aux personnes handicapées reste insuffisante

Alors que les services du ministère de l'emploi et de la solidarité ont pris conscience du fait que " l'aspiration à vivre chez soi sans y être confiné s'affirmait ", on observe la lente mise en oeuvre de la loi du 13 juillet 1991 portant diverses mesures destinées à favoriser l'accessibilité aux personnes handicapées des locaux d'habitation, des lieux de travail et des installations recevant du public.

Concernant les modalités du contrôle a priori de l'accessibilité pour les établissements recevant du public, il est à noter que depuis le 1 er août 1994, le dossier de demande d'autorisation ou de permis de construire concernant les bâtiments d'habitation collectifs neufs et des lieux de travail doit être accompagné d'un engagement du demandeur et d'une notice technique décrivant les moyens mis en oeuvre pour respecter les règles d'accessibilité. A défaut de ces deux documents, la demande d'autorisation de travaux ou de permis de construire ne pourra être instruite.

A propos de l'aménagement de la voirie et des transports en commun, force est de constater que les améliorations sont encore à venir et les besoins toujours aussi inégalement satisfaits.

B. LES RESSOURCES DES PERSONNES HANDICAPÉES

1. L'allocation aux adultes handicapés

L'allocation aux adultes handicapés (AAH), prestation non contributive, soumise à condition de ressources, est un minimum social garanti par la collectivité nationale à toute personne reconnue handicapée par la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel (COTOREP), l'allocataire devant justifier pour cela d'un taux d'incapacité permanente d'au moins 80 %. En application de l'article 95 de la loi de finances pour 1994, les personnes handicapées qui sont, en raison de leur handicap, dans l'incapacité de se procurer un emploi doivent également justifier d'un taux minimal d'incapacité de 50 %.

Les crédits budgétaires destinés au financement de l'allocation aux adultes handicapés s'élèvent dans le projet de loi de finances pour 1998 à 23,4 milliards de francs contre 22,3 milliards de francs en 1997.

L'AAH n'est pas encadrée par des critères de revalorisation propres, mais évolue, en application de l'article D. 821-3 du code de la sécurité sociale, comme le minimum vieillesse. Ainsi, au 1er janvier 1997, le montant de l'AAH a été porté à 3.433,08 francs soit une revalorisation de 1,2 %. L'allocation est versée par les CAF mais prise en charge par le budget de l'Etat.

L'AAH a été allouée à 630.500 bénéficiaires en 1996, ce nombre est en augmentation régulière. On peut rappeler que les bénéficiaires de l'AAH vivant de façon autonome, à leur domicile, peuvent également percevoir un complément d'AAH. Ce revenu complémentaire sert à financer le surcroît de dépenses engendré par les adaptations nécessaires à la vie autonome. Le complément représente 16 % du montant mensuel de l'AAH (549 francs) ce qui représentait une dépense de 746 millions de francs en 1996. Cette prestation a été accordée à 20 % des allocataires de l'AAH, soit 110.000 personnes handicapées.

Suppression de la condition de nationalité française
pour l'obtention de l'allocation aux adultes handicapés (AAH)

Le projet de loi relatif à l'entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d'asile (AN, XIème législature, n° 327) déposé par le gouvernement le 15 octobre 1997 comporte deux articles à caractère social, les articles 35 et 36. L'article 36 supprime l'obligation de nationalité française pour pouvoir bénéficier du minimum vieillesse et de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) ; on peut rappeler qu'actuellement, cette obligation de nationalité ne s'applique pas aux ressortissants européens.

Cette mesure, recommandée par le rapport Weil 7( * ) afin de prévenir une éventuelle condamnation par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE), aurait un coût important, estimé par l'étude d'impact du Gouvernement entre 520 et 638 millions de francs ; ce coût pourrait toutefois être minoré par des économies en matière de RMI. Cette évaluation doit être appréciée avec prudence, l'offre de prestation révélant généralement une demande latente supérieure aux prévisions, ce qui aurait pour conséquence de sous-estimer le coût final de la mesure.

Pour ce qui est du financement de cette disposition, il ne semble pas que le chapitre 46-92, art. 10 qui retrace la contribution de l'Etat au financement de l'AAH ait été majoré en conséquence. Des précisions sont nécessaires de la part du Gouvernement quant aux moyens du financement de cette mesure dans l'hypothèse où elle devrait être définitivement adoptée.

2. L'allocation compensatrice pour tierce personne

L'allocation compensatrice, instituée par l'article 39 de la loi du 30 juin 1975 d'orientation en faveur des personnes handicapées, est une prestation d'aide sociale attribuée pour compenser les dépenses supplémentaires occasionnées, pour les personnes handicapées, par le recours effectif à une tierce personne pour effectuer certains actes de la vie quotidienne. Le montant de cette prestation, modulable en fonction du degré de dépendance, est compris entre 40 et 80 % de la majoration pour tierce personne du régime général, soit entre 2.236,62 francs et 4.477,24 francs depuis le 1 er janvier 1997.

La loi n° 97-60 du 24 janvier 1997 a institué une prestation spécifique dépendance (PSD) qui devrait se substituer à l'ACTP pour les personnes dépendantes âgées de plus de 60 ans. Un régime d'option entre les deux prestations a été établi qui rend difficile toute estimation de cette réforme, qui reste de toute façon trop récente pour qu'un premier bilan soit disponible.

On peut rappeler que l'ACTP est attribuée par les COTOREP et que son montant est fixé par le président du conseil général du département de la résidence de la personne handicapée. L'ACTP est à la charge du département ; devant l'augmentation continue de ce poste budgétaire, les départements ont souhaité renforcer le contrôle de l'effectivité du recours à une tierce personne dans le strict respect de la loi.

Actuellement, le bénéficiaire de l'allocation doit adresser au président du conseil général une déclaration indiquant l'identité et l'adresse de la ou des tierces personnes qui lui apportent l'aide qu'exige son état, ainsi que les modalités de cette aide. Il doit joindre à cette déclaration, s'il a recours à une tierce personne rémunérée, des copies de justificatifs de salaires de la tierce personne et s'il a recours à une personne de son entourage qui, de ce fait, subit un manque à gagner, des justifications relatives à ce manque à gagner. Les départements ont l'obligation de demander ces justificatifs lorsque l'ACTP est accordée au taux de 80 % mais, sous réserve d'interprétation judiciaire contraire, il demeure qu'ils en ont également la faculté pour un taux inférieur dans le cadre du contrôle général de l'effectivité de l'aide.

On peut s'étonner dans ces conditions des reproches formulés par certaines associations sur ces contrôles. En effet, toute politique de " guichet ouvert " constituerait une menace pour la pérennité des aides issues de la solidarité nationale ou départementale. Les contrôles sont nécessaires parce qu'il y a eu des abus et que les départements doivent pouvoir maîtriser leurs dépenses, notamment sociales .

C. L'ACCUEIL DES PERSONNES HANDICAPÉES

1. L'accueil sur des lieux de travail adaptés

a) Les centres d'aide par le travail

Evolution des crédits budgétaires depuis 1994

Année

Dotation LFI (en francs)

dont dotation mesures nouvelles créations de places (en francs)

Evolution
(en %)

1994

4.889.859.225

110.000.000

- 5,09

1995

5.293.974.045

110.000.000

- 8,27

1996

5.590.197.045

151.250.000

+ 5,60

1997

5.844.777.365

135.000.000

- 4,55

1998

6.055.000.000

135.000.000

+ 3,60

La ligne 46-23, article 10, passe de 5.844 millions de francs en LFI 1997 à 6.055 millions de francs en PLFI 1998, soit + 3,60 %.

Cette évolution se décompose en :

- une mesure nouvelle d'ajustement à hauteur de 75,3 millions de francs pour couvrir l'évolution de la masse salariale en 1998 ;

- une mesure nouvelle complémentaire à hauteur de 135 millions de francs permettant la création de 2.000 places nouvelles de CAT en 1998 pour répondre aux besoins avérés.

On peut rappeler que les centres d'aide par le travail (CAT) sont des établissements qui offrent aux adultes handicapés qui ne peuvent, momentanément ou durablement, travailler ni dans les entreprises ordinaires, ni dans un atelier protégé ou pour le compte d'un centre de distribution de travail à domicile, ni exercer une activité professionnelle dépendante, des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, un soutien médico-social et éducatif et un milieu de vie favorisant leur épanouissement personnel et leur intégration sociale. On a constaté que certains handicapés travaillant dans les CAT bénéficiaient d'une bonne " employabilité ". Pour optimiser l'utilisation des structures, il conviendrait de favoriser l'insertion en milieu ordinaire de ces personnes afin de réserver les places de CAT aux personnes handicapées qui ne peuvent travailler en milieu ordinaire.

Les centres sont créés sur autorisation du préfet, donnée après avis du comité régional de l'organisation sanitaire et sociale. Ils sont habilités par le préfet à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale de l'Etat dans le cadre d'une convention.

L'accès d'un handicapé à un CAT est subordonné à trois conditions :

- être orienté par la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel (COTOREP) ;

- être âgé de plus de vingt ans : toutefois, les centres d'aide par le travail peuvent également accueillir les personnes handicapées dont l'âge est compris entre seize et vingt ans ; dans ce cas, la décision de la commission technique est prise après avis de la commission départementale de l'éducation spéciale ;

- avoir une capacité de travail inférieure à un tiers de la normale : toutefois, la commission technique peut orienter vers des centres d'aide par le travail des personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure ou égale au tiers de la capacité normale, lorsque leur besoin de soutien ou leurs difficultés d'intégration en milieu ordinaire de travail ou en atelier protégé le justifient. Elle peut prononcer pour les mêmes raisons le maintien en centre d'aide par le travail d'un travailleur handicapé qui aura manifesté, au terme de la période d'essai, une capacité de travail supérieure.

b) Les ateliers protégés

Le programme de création annuelle de 500 nouvelles places en ateliers protégés se poursuit, ce qui portera le nombre total de places créées à 13.600. Le coût de cette mesure inscrit sur les crédits du ministère du travail, est de 9,9 millions en 1998.

Il convient de rappeler que les ateliers protégés et les centres de distribution de travail à domicile constituent des unités économiques de production dépendant d'associations ou d'entreprises ordinaires. Ils mettent les travailleurs handicapés à même d'exercer une activité professionnelle salariée dans des conditions adaptées à leurs possibilités. Ils doivent, en outre, favoriser la promotion des travailleurs handicapés et leur accession à des emplois dans le milieu ordinaire du travail.

Les ateliers protégés ne peuvent embaucher que les travailleurs handicapés dont la capacité de travail est au moins égale au tiers de la capacité de travail d'un travailleur valide. Selon les nécessités de leur production, les ateliers protégés peuvent embaucher des salariés valides dans la limite de 20 % de leurs effectifs.

2. L'hébergement dans des structures adaptées

a) L'accueil des autistes

Chacun sait qu'il est très difficile pour les familles de garder un malade autiste, pourtant les structures d'accueil restent très insuffisantes. Pour mieux appréhender les besoins, des plans régionaux sur l'autisme ont été mis en oeuvre par une circulaire ministérielle d'avril 1995. En 1995 et 1997, ces plans ont été accompagnés d'une aide financière qui a permis la création de 1.171 places adaptées.

La loi du 11 décembre 1996 sur l'autisme a marqué un tournant dans la prise de conscience de cette maladie particulière qu'est l'autisme.

Il convient maintenant de se donner les moyens de donner vie à ce texte fondateur. Le ministre de la santé a reconnu que les crédits alloués à l'accueil des autistes ne seront pas, pour des raisons budgétaires, à la hauteur des besoins en 1998.

Le Gouvernement entend renforcer la formation initiale et continue des personnels médico-sociaux, poursuivre la mise en oeuvre des plans régionaux et mener des actions de prévention.

b) L'hébergement des adultes handicapés

Depuis plusieurs années, l'ensemble des structures d'hébergement pour adultes handicapés enregistre une progression du nombre des établissements comme des places installées.

Le nombre des foyers d'hébergement ouverts serait en 1996 proche de 1.250 pour plus de 38.000 places installées.

Le nombre de foyers occupationnels progresse (831 en 1996, soit une augmentation d'environ 16 % par rapport à janvier 1994). L'augmentation de places n'est pas aussi conséquente : 27.500 places en 1996 contre 24.400 en 1994 (+ 13 %). Il semblerait que les nouveaux établissements créés aient en moyenne des capacités inférieures à ce que l'on connaissait auparavant.

Les progressions sont aussi importantes en ce qui concerne les maisons d'accueil spécialisées (MAS) et les foyers à double tarification (FDT). Le nombre d'établissements ouverts en 1996 s'élèverait pour les MAS à 249 qui verraient leur capacité installée atteindre les 10.193 places et à 149 établissements et 4.860 places pour les FDT.

On doit noter que certaines associations souhaiteraient que les places en maisons d'accueil spécialisées soient maintenant privilégiées, un besoin particulier se faisant sentir pour cette forme d'accueil.


Nombre de structures (au 1er janvier)

1988

1990

1992

1994

1996

Foyers d'hébergement

936

1.019

1.096

1.152

1.210

Foyers occupationnels

347

472

606

718

831

Foyers à double tarification

-

-

61

102

149

Maisons d'accueil spécialisées

119

164

190

208

249

Nombre de places installées (au 1er janvier)

1988

1990

1992

1994

1996

Foyers d'hébergement

30.924

32.816

35.005

36.589

38.607

Foyers occupationnels

13.808

17.428

20.752

24.422

27.500

Foyers à double tarification

-

-

1.701

3.212

4.860

Maisons d'accueil spécialisées

4.726

6.322

7.534

8.469

10.193

Nombre de personnes accueillies (au 1er janvier)

1988

1990

1992

1994

1996

Foyers d'hébergement

30.155

31.941

33.698

35.678

37.451

Foyers occupationnels

13.459

17.073

20.464

23.939

27.024

Foyers à double tarification

-

-

1.653

3.219

4.740

Maisons d'accueil spécialisées

4.641

6.205

7.529

8.346

10.093

Source : Enquêtes ES 1996 - Ministère de l'emploi et de la solidarité - SESI - ST7 - Février 1997

Champ : France entière

c) L'" amendement Creton "

L'article 22 de la loi n° 89-18 du 13 janvier 1989 portant diverses dispositions d'ordre social, dit " amendement Creton ", a permis le maintien d'adultes handicapés dans des structures destinées à accueillir des enfants et des adolescents. Malgré la progression du nombre des places permettant l'accueil des adultes handicapés, 4.600 jeunes adultes se trouvaient encore début 1997 dans ces établissements dans l'attente d'une solution.

Cette situation pose un double problème : les établissements destinés aux jeunes handicapés ne peuvent pas eux-mêmes accueillir de nouveaux enfants dans les centres qui leur étaient destinés et un contentieux s'est développé entre les départements et les caisses d'assurance maladie sur la part du coût de maintien de ces adultes qu'il leur revenait respectivement de prendre en charge.

La circulaire n° 95-41 du 27 janvier 1995 avait permis de trouver un terrain d'entente entre la caisse nationale d'assurance maladie, l'Assemblée des présidents de conseils généraux et les associations représentatives des personnes handicapées pour résoudre la dimension financière du problème mais le Conseil d'Etat vient de l'annuler ( décision du 9 juillet 1997 - département des Vosges et département du Val-de-Marne ) pour défaut de base légale.

Cette circulaire prévoyait que le département verserait à l'établissement accueillant l'adulte handicapé une compensation " sur la base d'un tarif moyen d'hébergement constaté dans les foyers pour adultes lourdement handicapés du département ".

Le Conseil d'Etat a considéré que cette circulaire était contraire à la loi du 13 janvier 1989 qui dispose que la personne morale compétente supporte le coût " des frais d'hébergement et des soins effectivement occasionnés ".

Des discussions sont en cours entre le ministère de l'emploi et de la solidarité et l'APCG pour fixer les modalités de participation des conseils généraux aux frais de maintien dans les instituts médico-éducatifs des jeunes adultes au-delà de l'âge de 20 ans.

Dans le cadre de la réforme en préparation, il conviendra d'être précis sur " l'autorité tarifaire compétente ". En cas d'orientation en foyer de vie, c'est le président du conseil général qui est compétent pour assurer le financement considéré et doit être l'autorité tarifaire compétente. A l'inverse, si c'est une orientation en MAS ou en CAT, c'est le préfet qui est l'autorité tarifaire compétente en raison de sa compétence financière.

Par ailleurs, le coût moyen départemental des prestations d'hébergement dans les établissements pour personnes handicapées ne devrait concerner que les foyers d'hébergement, seule structure ayant à ce jour une base légale.

En tout état de cause, il faudrait préciser que le montant des frais d'hébergement est fixé forfaitairement chaque année par le président du conseil général, ce forfait étant égal au prix moyen départemental des foyers de vie, des foyers occupationnels et de la partie hébergement des foyers à double tarification autorisés par le président du conseil général dans son département. Lorsque le tarif de l'établissement considéré est inférieur au forfait moyen, c'est ce tarif qui devait servir de base au paiement des frais de séjour relevant de l'amendement Creton.

Enfin, il faudrait souligner que le dispositif prévu par l'amendement Creton est un dispositif par nature transitoire et il serait souhaitable d'engager dans toute la mesure du possible l'adaptation des structures existantes à l'évolution des besoins.

D. L'EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉES

1. Une population particulièrement touchée par le chômage

L'évolution du nombre de travailleurs handicapés demandeurs d'emplois de catégorie 1 (personnes sans emploi, immédiatement disponibles, tenues d'accomplir des actes positifs de recherche d'emploi à la recherche d'un emploi à durée indéterminée à plein temps) depuis 1990 est la suivante :

En juin 1995, la définition de la catégorie 1 des demandeurs d'emploi a été modifiée. Les personnes qui travaillent plus de 78 heures dans le mois ne sont plus enregistrées.

De 1990 à juin 1997, le nombre de travailleurs handicapés demandeurs d'emploi a augmenté de 101,8 % pour atteindre 119.236 personnes. Cette évolution tient à l'augmentation de l'ensemble des demandeurs d'emploi, mais aussi à celle du nombre de demandes de reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés par les COTOREP.

Le Gouvernement a maintenu ses efforts en matière de placement de personnes handicapées. L'effort financier de l'Etat en direction des équipes de préparation et de suite du reclassement (EPSR) qui a été de 50 millions de francs en 1997 sera porté à 53,38 millions de francs en 1998 (+ 6,76 %). Une convention nationale relative aux EPSR et aux autres organismes d'insertion et de placement (OIP), signée en 1994 entre l'Etat et l'AGEFIPH et renouvelée pour un an en 1997, a permis la couverture totale du territoire en 1995. 22.000 placements ont été réalisés par les EPSR et OIP en 1996 (65 EPSR privées, 43 EPSR publiques, 38 OIP).

En ce qui concerne l'action de l'ANPE, dans chaque département, un conseiller à l'emploi est plus particulièrement chargé d'informer le réseau des agences locales sur les aides à l'emploi publiques et privées dont bénéficient les travailleurs handicapés. De façon plus spécialisée, l'ANPE met à disposition des 43 EPSR de droit public un conseiller à l'emploi chargé du placement des travailleurs handicapés.

2. L'emploi des personnes handicapées dans la fonction publique

A l'identique de ce qui existe dans le secteur privé, les employeurs publics sont soumis à une obligation d'emploi des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de leurs effectifs. En 1995, le nombre des bénéficiaires de la loi du 10 juillet 1987 était de 69.934 sur un total de 2.184.682 agents dans la fonction publique d'Etat, soit un rapport de 3,2 % contre 2,9 % en 1993.

Cette légère augmentation devrait se poursuivre après l'adoption de la loi du 4 février 1995 qui a élargi la procédure de recrutement par la voie contractuelle ; une politique dynamique doit être menée pour favoriser le recrutement de personnes handicapées. On peut noter que le taux d'obligation d'emploi est de 5,79 % dans la fonction publique hospitalière et de 5 % pour la fonction publique territoriale.

3. Les personnes handicapées et les politiques de l'emploi

Les personnes handicapées relèvent des catégories prioritaires des politiques publiques d'insertion et d'emploi et, à ce titre, elles bénéficient des mesures les plus favorables de la politique de l'emploi.

Les personnes handicapées ont constamment fait partie des publics prioritaires pour l'accès aux contrats de retour à l'emploi (jusqu'en juin 1995), puis aux contrats initiative emploi, qui ont pris le relais à partir de juillet 1995.

Pour le seul second semestre 1995, 12.034 contrats initiative emploi ont été conclus en faveur de travailleurs handicapés.

La même dynamique a été constatée en 1996, 21.567 travailleurs handicapés ont été embauchés sous ce type de contrats. Ce chiffre est à rapporter aux 11.136 contrats de retour à l'emploi conclus en 1992.

Par ailleurs, 49.397 personnes handicapées ont été embauchées en CES en 1996. Le caractère de particulière fragilité du public handicapé, très peu formé en moyenne, très éloigné de l'emploi au point d'être fortement sur-représenté dans la catégorie des chômeurs de longue durée, explique le recours important à des contrats de travail aidés du type du CES. Par ailleurs, 7.833 travailleurs handicapés ont bénéficié d'un CEC pour cette même année.

La progression du nombre de travailleurs handicapés en CES a été soutenue et est illustrée par le tableau suivant :

1993

33.269

1994

40.042

1995

43.674

1996

49.397

De 1993 à 1996, il est ainsi enregistré une augmentation de 48,45 %.

4. L'effort d'insertion et de formation professionnelle doit être poursuivi

Le dispositif de formation professionnelle des personnes handicapées repose essentiellement sur :

- les centres de rééducation professionnelle (CRP) ;

- les centres de l'AFPA ;

- les schémas régionaux de la formation professionnelle (SRFP) mis en place à l'initiative de l'AGEFIPH.

On peut noter que l'AGEFIPH poursuit son programme des " 17 mesures pour l'emploi des personnes handicapées " qui vise à agir sur la qualification professionnelle, mobiliser le monde de l'entreprise, augmenter les moyens consacrés à l'insertion et répondre aux obstacles techniques rencontrés par les personnes handicapées. Le budget de l'AGEFIPH de 1997 repose sur l'équilibre des ressources et des emplois de l'exercice (les ressources collectées sont estimées à 1.730 millions de francs). Au 1er semestre 1997, on observe une nette augmentation des actions dans le domaine de l'apprentissage (463 contrats financés contre 201 au premier semestre 1996), de la formation professionnelle (4.360 dossiers contre 2.995) et de la création d'activités (1.020 dossiers financés contre 620 en 1996).

La seconde tendance est marquée par un plafonnement des embauches dans des emplois à durée indéterminée ou supérieure à un an. Sur huit mois, 15.271 dossiers de primes à l'embauche ont été financés, soit un recul de 2,9 % par rapport aux 15.711 dossiers financés en 1996. 82 % des dossiers sont éligibles simultanément à la prime travailleur handicapé et à la prime employeur, ce qui tend à montrer que le dispositif des primes de l'AGEFIPH traite en priorité le flux des travailleurs handicapés nouvellement reconnus par les COTOREP.

III. LA PROGRESSION TOUJOURS ÉLEVÉE DES DÉPENSES D'AIDE SOCIALE DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES RELANCE LA RÉFLEXION SUR UNE MEILLEURE GESTION DES DÉPENSES DU SECTEUR SOCIAL ET MÉDICO-SOCIAL

L'évolution des dépenses d'aide sociale transférées aux départements dans le cadre des lois de décentralisation, même si elle enregistre un infléchissement en 1996, continue à se poursuivre à un rythme sensiblement supérieur à l'inflation et au dynamisme intrinsèque des ressources locales.

C'est pourquoi il importe de redéfinir les conditions de gestion du secteur social et médico-social en mettant en place un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses de ce secteur.

A. LES DÉPENSES DE L'ACTION SOCIALE DÉCENTRALISÉE ÉVOLUENT À UN RYTHME TOUJOURS ÉLEVÉ

L'interprétation du budget de l'Etat consacré à l'action sociale et à la solidarité, soit 63,5 milliards de francs, ne prend tout son sens que si elle est resituée dans la perspective de l'évolution d'ensemble des dépenses d'aide sociale décentralisée.

En effet, aux termes de l'article 34 de la loi du 22 juillet 1983, le département s'est vu transférer une compétence de droit commun dans le domaine des prestations d'aide sociale légale . Sous réserve des compétences maintenues à l'Etat, les départements reçoivent donc la responsabilité de l'aide médicale ( art. 179 et suivant du CFAS ), de l'aide sociale à l'enfance ( art. 145 et suivant dudit code ), de l'aide sociale aux familles ( art. 150 et suivants dudit code ), de l'aide sociale aux personnes âgées ( art. 157 du CFAS ) et de l'aide aux personnes handicapées adultes qui, outre l'aide à domicile et l'hébergement en établissement, inclut le versement de l'aide compensatrice pour tierce personne (ACTP).

S'agissant des données chiffrées exposées, votre rapporteur tient tout particulièrement à saluer l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS) dont le sérieux et la qualité des travaux lui ont été précieux comme l'année dernière.

Il remercie également tout spécialement l'Association des Présidents de Conseils généraux (APCG) qui a bien voulu lui faire parvenir les éléments d'information dont elle disposait sur les comptes administratifs des départements en 1995 et 1996 et les budgets primitifs pour 1997 à partir des données du Centre d'échanges de données interdépartementales (CEDI), elles-mêmes tirées des documents votés par 99 départements (hors Paris).

Après avoir présenté l'évolution globale de la dépense sociale d'aide sociale décentralisée, nous reviendrons sur les diverses composantes de cette évolution.

1. Malgré un infléchissement en 1996, les dépenses nettes d'aide sociale augmentent toujours à un rythme soutenu

Selon l'enquête réalisée par le groupe permanent de l'ODAS composé des responsables des services financiers des services d'action sociale de 29 départements constituant un échantillon représentatif de la France métropolitaine, la dépense nette d'aide sociale s'est élevé à 76 milliards de francs en 1996, soit une augmentation de 4,1 % par rapport à l'année dernière où elle atteignait 73 milliards de francs.

Il convient d'apporter une précision terminologique.

Les dépenses nettes d'aide sociale sont égales aux dépenses brutes -c'est-à-dire au montant total des prestations versées par les départements- diminuées des recettes ultérieurement encaissées auprès des bénéficiaires de l'aide sociale, de leurs obligés alimentaires et des organismes de sécurité sociale.

C'est cette donnée qui est prise en compte par l'ODAS et qui apparaît comme le renseignement le plus révélateur sur la charge financière réelle qui pèse sur les départements.

Par ailleurs, les dépenses directes d'aide sociale ne comprennent que les prestations versées, tandis que les dépenses indirectes incluent les dépenses de fonctionnement liées à l'exercice de leurs compétences par les départements. Elles se composent essentiellement des dépenses de personnel ainsi que des dépenses d'équipement et de fonctionnement courant des services sociaux du conseil général.

Selon l'étude de l'APCG qui porte sur les données brutes en matière d'aide sociale inscrites au compte administratif de 99 départements, hors Paris, Saint-Pierre-et-Miquelon et Mayotte (72,7 milliards de francs de dépenses brutes en 1996), le taux de croissance pourrait être un peu plus élevé (+ 4,3 %) pour 1996 que celui observé par l'ODAS tout en restant comparable.

Les premières données sur les budgets primitifs de 1997 confirmeraient l'infléchissement de la hausse des dépenses qui s'établirait encore à 4,5 % en 1997 (75,9 milliards de francs de dépenses comptabilisés).

En tout état de cause, l'année 1996 apparaît donc comme une année de décélération apparente des dépenses , même si l'analyse des diverses composantes de la dépense, sur laquelle nous reviendrons, confirme le maintien des facteurs structurels de hausse .

L'ODAS souligne par ailleurs que cette progression moyenne de 4 % est liée à la faible progression des dépenses des départements très peuplés. Or, il faut souligner que les 20 départements les plus peuplés représentent 70 % de l'ensemble de la dépense nette d'action sociale des départements. Les dépenses de la majorité des départements progressent donc encore de beaucoup plus de 4 %.

L'ODAS estime donc qu'" il serait donc imprudent de tirer des enseignements définitifs d'une évolution assez contrastée, et probablement très influencée par les pratiques locales . "

Quoi qu'il en soit, la progression de la dépense d'aide sociale demeure impressionnante rapportée à d'autres indicateurs économiques.

a) La progression des dépenses demeure toujours sensiblement plus rapide que l'inflation

L'évolution de la dépense nette d'aide sociale a été particulièrement spectaculaire en 1990 et en 1993 où elle a frôlé les 10 % d'augmentation annuelle. En 1994 et 1995, la hausse a été quatre fois supérieure à l'inflation en moyenne.

Au cours des années 90, la faiblesse du taux d'inflation a clairement joué comme un " révélateur " de la progression considérable des dépenses d'aide sociale. La pression qui résulte sur les budgets locaux de la hausse des dépenses sociales n'est plus " masquée " artificiellement par l'évolution de la hausse des prix.

Evolution des dépenses nettes d'action sociale départementale

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Dépenses nettes
(en milliards de francs)

49,8

54,1

57,7

63

68,2

73

76

Evolution

+ 9,9 %

+ 8,6 %

+ 6,7 %

+ 9,2 %

+ 8,3 %

+ 7,0 %

+ 4 %

Prix à la consommation (moyenne annuelle)

3,4

3,2

2,4

2,3

2,1

1,7

2

Source : ODAS

L'année 1996 semble marquer un retour à la normale ; encore faut-il souligner que le taux de progression de 4 % est encore le double de celui de l'inflation et excède de 1,5 point le taux du produit intérieur brut en valeur qui ressort à 2,4 % dans les documents du projet de loi de finances pour 1998.

b) Les dépenses d'aide sociale représentent une part croissante des dépenses des départements

Les données fournies par l'APCG sur les comptes administratifs en 1995 montrent que si les dépenses totales d'aide sociale, c'est-à-dire les dépenses brutes versées au titre des prestations auxquelles s'ajoutent les dépenses indirectes de structure administrative, représentaient en moyenne 56 % des dépenses totales de fonctionnement des départements entre 1984 et 1989, ce taux a dépassé la barre des 60 % en 1995 .

Evolution de la part de la dépense totale d'aide sociale
de fonctionnement au sein des dépenses des départements

(en millions de francs)

Dépenses totales d'aide sociale (1)

% des dépenses

Montant

Evolution en %

de fonctionnement

1985

47.145

56,5

1986

48.981

3,9

55,3

1987

50.497

3,1

56,1

1988

52.106

3,2

55,5

1989

54.133

3,9

55,2

1990

58.339

7,8

55,5

1991

63.166

8,3

57,0

1992

68.295

8,1

57,7

1993

73.383

7,5

58,9

1994

77.949

6,2

59,6

1995

82.092

5,0

60,4

(1) Dépenses directes et indirectes, hors Paris Source : APCG-CEDI

L'action sociale demeure donc la cause principale de l'augmentation des dépenses de fonctionnement des départements, même si l'on a assisté en 1995 à une décélération du taux de progression de ces dépenses qui variait entre 6 % et 8 % au cours des six derniers exercices et qui est passé à 5 % en 1996.

Proportion des dépenses d'aide sociale au sein des dépenses des départements

c) Les dépenses d'aide sociale progressent toujours plus rapidement que les ressources transférées lors de la décentralisation

En compensation du transfert de compétence résultant de la loi du 22 juillet 1983, les départements se sont vu attribuer le produit de la vignette automobile, des droits de mutation et de la plus-value des recettes provenant de la réforme de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Le solde des sommes non couvertes par les transferts de fiscalité est en principe opéré au sein de la dotation générale de décentralisation (DGD).

Or, l'analyse montre que si les dépenses sociales ont progressé très régulièrement, les recettes de fiscalité indirecte transférées aux départements se sont contractées sous l'effet du ralentissement économique tandis que la DGD, indexée sur la dotation globale de fonctionnement (DGF), a subi également le contrecoup de la recherche d'une meilleure maîtrise des dépenses de l'Etat.

Il résulte de ces évolutions inverses un véritable " effet de ciseaux " illustré par le graphique ci-après, établi à partir des données définitives disponibles dans les comptes nationaux.

2. L'analyse des différentes composantes de la dépense d'action sociale des départements montre pour la première fois un ralentissement des dépenses liées à l'insertion

Le tableau ci-après, transmis par l'ODAS, permet d'analyser les différents " compartiments " de l'action sociale des départements.

Evolution des dépenses nettes d'aide sociale

(en milliards de francs)

Dépense nette 1995

Dépense nette 1996

Evolution 1995-1996

Bénéficiaires 1995

Bénéficiaires 1996

ASE

23,9

25,0

5 %

107.000

108.000

Dont placement familial

5,2

5,5

6 %

55.000

56.000

Dont placement en établissement

12,4

13,0

5 %

52.000

52.000

PERSONNES ÂGÉES

13,3

13,8

4 %

Aide ménagère

1,5

1,4

- 7 %

90.000

84.000

A.S. hébergement (2)

5,7

6,1

7 %

134.000

132.000

A.C.P.A. (1)

6,1

6,3

3 %

195.000

201.000

PERSONNES HANDICAPÉES

13,0

13,7

5 %

A.S. hébergement (2)

10,1

10,8

7 %

77.000

80.000

A.C.P.H. (1)

2,9

2,9

0 %

84.000

82.000

INSERTION

9,5

9,6

1 %

Aide médicale

6,4

6,3

- 2 %

RMI

3,1

3,3

6 %

840.000

904.000

AUTRES (solde)

13,3

13,9

4 %

TOTAL

73,0

75,8

4 %

Source : ODAS (juin 1997)

(1) Estimation du nombre de personnes âgées de plus de 60 ans bénéficiant de l'ACTP

(2) Aide sociale à l'hébergement

(3) Bénéficiaires de l'ACTP âgés de moins de 60 ans


Ces données devront être complétées par des aperçus sur les dépenses administratives indirectes des conseils généraux et sur les dépenses des communes au titre du contingent communal d'aide sociale.

a) L'aide sociale à l'enfance représente le premier poste de l'aide sociale des départements

L'aide sociale à l'enfance (ASE) représenterait environ 25 milliards de francs en 1996 . Il s'agit fonctionnellement du premier poste de dépenses du département (33 %).

Les dépenses résultent :

- des frais de prise en charge des enfants, faisant l'objet d'une décision de placement en établissement d'éducation spécialisé ou en famille d'accueil, financés par le département. En 1993, ces dépenses représentaient les trois-quarts des dépenses d'ASE ;

- des dépenses liées au soutien en milieu ouvert, qu'il s'agisse des mesures d'action éducative en milieu ouvert (AEMO), du recours aux travailleuses familiales ou des aides aux associations.

Comme le fait remarquer l'ODAS, " les dépenses de l'ASE progressent deux fois plus vite que l'inflation entre 1995 et 1996 (+ 5 %), alors que le nombre d'enfants placés semble stagner ".

Les causes de cette évolution mériteraient d'être mieux analysées dans un contexte où les mauvais traitements à enfant font l'objet d'une vigilance particulière.

b) Les dépenses d'aide sociale aux personnes âgées continuent leur augmentation

Les calculs de l'ODAS relatifs aux personnes âgées, qui représentent 13,8 milliards de francs au total en 1996, sont effectués en intégrant, par convention, le coût de l'allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP) lorsque celle-ci est versée à des personnes âgées de plus de 60 ans, soit une dépense de 6,3 milliards de francs en 1996.

L'aide sociale aux personnes âgées stricto sensu recouvre les dépenses d'aide financière au placement familial ou en établissement et l'aide à domicile.

· L'aide à l'hébergement qui a représenté 6,1 milliards de francs en 1995 était relativement stable depuis 1989, mais enregistre une forte augmentation en 1996 qui semble résulter de l'augmentation des prix de journée en établissements , en raison notamment du caractère plus coûteux des prises en charge pour des personnes dont le degré de dépendance est plus accentué.

· L'aide à domicile s'effectue sous la forme du versement de l'allocation représentative de services ménagers , réservée aux personnes dont les ressources ne dépassent pas le minimum vieillesse, soit 42.193 francs par an, et qui représente 60 % du coût des services ménagers ou 30 heures d'aide ménagère par mois. Cette aide est en diminution constante depuis plusieurs années et s'élève en 1996 à 1,4 milliard de francs .

Dépenses nettes d'aide sociale aux personnes âgées

En milliards de francs

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Aide sociale à l'hébergement

4,73

4,52

4,49

4,57

4,55

4,73

4,79

4,9

4,8

5,3

5,7

6,1

Aide ménagère

1,70

1,62

1,57

1,42

1,45

1,48

1,48

1,4

1,5

1,4

1,5

1,4

ACPA (1)

2,3

2,5

2,6

2,7

3,0

3,4

3,8

4,3

4,8

6

6,1

6,3

Total

8,73

8,64

8,71

8,69

9,00

9,61

10,07

10,60

11,1

12,7

13,3

13,8

(1) Part de l'ACTP versée à des personnes âgées de plus de 60 ans Source : ODAS

La dépense d'aide sociale aux personnes âgées enregistrera en 1997 les effets de la création de la prestation spécifique dépendance.

c) L'aide sociale aux personnes handicapées présente la progression de dépenses la plus significative

L'aide sociale aux personnes handicapées donne lieu à une répartition de compétence complexe entre l'Etat, l'assurance maladie et les départements. La prise en charge des enfants handicapés fait l'objet d'un financement intégralement assuré par la sécurité sociale tandis que celui-ci est partagé avec les départements pour l'hébergement des personnes handicapées adultes.

Le département assure les frais d'hébergement des handicapés adultes au sein de diverses structures telles que les foyers de vie, les foyers occupationnels et les hospices, à l'exception toutefois des maisons d'accueils spécialisés (MAS) qui, parce qu'elles sont réservées aux handicaps les plus lourds, sont financées par l'assurance maladie. Par ailleurs, les centres d'aide par le travail (CAT) et les ateliers protégés, comme on l'a vu plus haut, relèvent de la responsabilité de l'Etat.

De plus, les foyers dits à double tarification (FDT) connaissent, au sein d'un même établissement, un financement assuré par l'Etat pour la prise en charge des soins et par le département pour les frais d'hébergement.

Enfin, le département, comme on l'a vu, assume jusqu'en 1996, le coût de l'ACTP.

Par convention, pour cette partie de l'analyse, les crédits d'ACTP pris en compte par l'ODAS correspondent à la fraction versée aux personnes âgées de moins de soixante ans. Dans cette hypothèse, les dépenses d'aide sociale des départements aux personnes handicapées s'élèvent à 13,7 milliards de francs en 1996 en hausse de 5 % sur l'année dernière .

·  Les dépenses d'aide sociale à l'hébergement des handicapés représentent 10,8 milliards de francs en 1996 . Cette dépense représente 14 % de la dépense nette d'action sociale départementale contre 9 % en 1984. La dépense d'hébergement est le poste qui a le plus augmenté depuis la décentralisation avec une progression de 135 % en francs courants, soit 18,21 % par an.

Cette accélération s'explique à la fois par l'augmentation des prix de journée dans ces établissements et par la hausse du nombre de bénéficiaires constatée entre 1989 et 1993 en raison du vieillissement des générations d'adultes handicapés et de l'ouverture de nouvelles structures d'accueil.

·  S'agissant de l'ACTP versée aux moins de 60 ans , qui atteint 2,8 milliards de francs en 1995 , la progression est demeurée modérée de l'ordre de 1,5 % par an au cours de ces dernières années, tandis que la part relative des moins de 60 ans au sein des bénéficiaires de l'ACTP a tendu à se réduire.

L'aide sociale en direction des personnes handicapées

(France métropolitaine)

En milliards de francs

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

Hébergement

5,0

5,8

6,5

7,0

8,1

9,2

10,1

10,8

ACPH

2,5

2,5

2,5

2,6

2,8

2,8

2,9

2,9

Total

7,5

8,2

9,0

9,6

10,9

12,0

13,0

13,7

Evolution

11 %

9 %

9 %

14 %

11 %

8,3 %

5 %

Source : ODAS

L'ODAS fait remarquer que les dépenses d'aide sociale aux personnes handicapées continuent d'augmenter trois fois plus vite que l'inflation. Elle souligne que l'impact des accords Durieux-Durafour sur le prix des prestations s'atténue et qu'aujourd'hui l'augmentation des coûts en matière d'hébergement semble davantage liée à l'accroissement et à l'adaptation de l'offre de service -en raison notamment de l'âge croissant des personnes handicapées- plutôt qu'à l'accroissement des salaires des personnels des établissements d'accueil.

Par ailleurs, l'APCG observe que le développement de formules de prise en charge diversifiées du handicap adulte plus conformes aux souhaits des bénéficiaires, comme le maintien à domicile, a certainement contribué à limiter des frais de structure plus lourds. L'APCG note également que le contrôle de l'effectivité de l'ACTP a également été à l'origine d'une moindre progression de la dépense ces dernières années.

d) Une progression des dépenses d'insertion et d'intervention sociale en net ralentissement

Les dépense d'insertion et d'intervention sociale, entendues au sens large, correspondent en première analyse à 23,5 milliards de francs en 1996.

Cette dépense représente aujourd'hui 31 % de la dépense sociale du département, les dépenses liées au RMI représentant, à elles seules, 13 % de cette dépense sociale. En 1989, ces dépenses représentait 13,5 milliards de francs, soit 30 % des dépenses nettes d'action sociale, la part du RMI au sein des dépenses nettes d'action sociale ne représentant alors que 6 % des dépenses nettes d'aide sociale.

Trois postes doivent être analysés.

Ces dépenses se composent, tout d'abord, des dépenses des cotisations d'assurance personnelle des allocataires non affiliés à un régime de sécurité sociale et des dépenses financées dans le cadre des divers systèmes de " carte de santé " : ces dépenses s'élèvent à 6,3 milliards de francs en 1996.

Elles comprennent, ensuite, des dépenses d'insertion liées au RMI dans le cadre de l'obligation qui est faite au département d'inscrire annuellement à son budget un crédit au moins égal à 20 % des sommes versées, au cours de l'exercice précédent, par l'Etat au titre de l'allocation attribuée à des personnes résidant dans le département : le montant de ces dépenses est évaluée à 3,3 milliards de francs en 1995.

Enfin, ces dépenses intègrent celles de la rubrique " solde " du tableau précisé, soit 13,9 milliards de francs , qui recouvrent les frais liés aux services de la protection maternelle et infantile (PMI), du service social départemental (SSD), ainsi que les dépenses d'action sociale facultative.

Au total, ces dépenses font apparaître un taux d'évolution particulièrement modéré en 1996 de l'ordre de 3 % en 1996. Cette tendance est néanmoins difficile à interpréter.

La stabilisation des dépenses du RMI suit le " tassement " du nombre de bénéficiaires observé en 1995 comme le fait remarquer l'APCG.

En revanche, les données afférentes aux soins médicaux gratuits augmentent parfois fortement sous l'effet de la mise en place de la carte santé : les pratiques comptables semblent très diverses d'une collectivité à l'autre.

L'ODAS estime que les départements ont cherché un ralentissement des dépenses dans " les secteurs où ils conservaient une capacité d'action directe " et considère que " les logiques gestionnaires ont fortement pesé pour contenir les dépenses à un moment où le nombre de bénéficiaires du RMI progresse plus lentement que les années précédentes ".

e) La part non négligeable des dépenses indirectes

Les dépenses indirectes sont les dépenses de personnel et les frais de fonctionnement générées par la gestion de l'aide sociale. Ces dépenses sont relativement difficiles à évaluer en raison des différentes pratiques d'imputations retenues par les départements.

L'APCG-CEDI dans son étude sur les comptes administratifs pour 1996 évalue à 12,73 milliards de francs la part des dépenses indirectes (hors Paris), soit environ 12 % des dépenses brutes d'aide sociale.

f) L'intervention des communes, par l'intermédiaire des contingents communaux d'aide sociale, demeure sur un taux d'augmentation stable en 1996

Malgré l'objectif de la suppression des financements croisés, la loi du 7 janvier 1983 a maintenu le principe de la participation financière des communes. Ce principe semble trouver son origine dans le rôle des communes dans la mise en oeuvre de l'aide sociale légale, confirmé par la présence des maires au sein des commissions locales d'aide sociale compétentes pour examiner les demandes d'admission, par le rôle des services municipaux dans l'instruction des demandes déposées auprès d'eux et par les pouvoirs spécifiques conférés aux maires en matière d'admission d'urgence.

La participation des communes revêt la forme d'une contribution globale annuelle calculée par rapport aux dépenses totales supportées par le département en matière d'aide sociale dont l'augmentation ne peut, en règle générale, être supérieure à celle des dépenses départementales.

Dans son étude sur les comptes administratifs pour 1996, l'APCG évalue à 11 milliards de francs la contribution demandée en 1996 aux communes soit une stabilisation du rythme de croissance qui demeure néanmoins établi à 4 %.

Il convient de rappeler que l'ODAS a mené récemment une étude sur l'évolution des contingents communaux d'aide sociale. Il en ressort qu'en 1994, le montant moyen du contingent payé par les communes de près de 30.000 habitants était de 236 francs par habitant.

Cette dépense avait progressé de 28 % depuis 1991, évolution comparable à celle des dépenses d'aide sociale obligatoire départementale pendant la même période.

En moyenne le contingent départemental par habitant était deux fois plus élevé dans les communes de plus de 30.000 habitants que dans les autres.

Les différentes moyennes recouvrent de fortes disparités. Ainsi, en 1994, le montant du contingent payé au département par une ville de plus de 30.000 habitants pouvait varier, pour les deux extrêmes, de 30 francs par habitant à plus de 600 francs. Par ailleurs, on relevait qu'au sein d'un même département, les contingents payés par deux villes de population identique pouvaient varier du simple au double.

g) Les observations de votre rapporteur
·  Comme le fait remarquer l'APCG avec un taux compris entre 4 et 4,5 %, qui peut sembler plus satisfaisant que celui constaté les années précédentes, la dépense d'aide sociale départementale atteint ce qui semble pourtant être un " seuil minimal incompressible ".

Cette constatation, valable à condition que ne soient pas opérées de réformes structurelles, laisse ouverte une question cruciale : dès lors que les dépenses d'aide sociale continuent à augmenter plus vite que l'inflation et plus rapidement que la croissance du PIB, les départements seront encore dans l'obligation de poursuivre l'augmentation des prélèvements fiscaux : jusqu'à quel point de rupture la fiscalité locale, et notamment départementale, peut-elle continuer à se comporter en variable d'ajustement de la hausse des coûts sociaux ?

·  La seconde interrogation porte sur la fragilité de " l'accalmie " constatée en 1996 dans la dérive des dépenses sociales. Comme le fait remarquer M. Jean-Louis Sanchez, délégué de l'ODAS, " il serait prématuré d'y voir le signe d'un renversement de tendance durable ".

Comme on l'a vu plus haut, l'augmentation des effectifs des titulaires du RMI a repris sur un taux de 7 % en 1996 et rien ne permet de voir que les phénomènes d'exclusion ou de précarité vont se résorber. Le vieillissement démographique et le coût structurellement plus élevé de la prise en charge de personnes dépendantes font peser une menace sur le poste de l'aide sociale aux personnes âgées. La nette augmentation des situations " repérées " de maltraitance sur les enfants aura des conséquences sur les frais d'ASE.

Un certain nombre de facteurs lourds sont donc déjà à l'oeuvre pour pousser demain encore plus à la hausse des dépenses. Cela doit nous conduire à une réflexion sur une meilleure adaptation de l'appareil social et médico-social.

·  Cette réflexion est d'autant plus nécessaire que l'on voit bien en 1996 que, faute de pouvoir peser sur l'évolution des dépenses prises en charge par le secteur social et médico-social, les départements, pour réaliser des économies de gestion, font porter leur effort sur la PMI ou encore sur l'action sociale facultative.
Cette situation est doublement regrettable : tout d'abord, les économies sur l'action sociale facultative constituent, en quelque sorte, un " fusil à un coup " : elles ne sont pas indéfiniment reconductibles. Mais surtout les économies sur le secteur de la PMI frappent nécessairement les familles ou les femmes isolées les plus fragiles et les plus vulnérables.

Cela rend d'autant plus nécessaire une révision en profondeur du mode de fixation des dépenses du secteur social et médico-social qui assurent la part prépondérante des dépenses d'aide sociale départementale.

B. LA DÉTERMINATION DES DÉPENSES DU SECTEUR SOCIAL ET MÉDICO-SOCIAL DOIT SE FAIRE DANS DES CONDITIONS NOUVELLES QUI RESTAURENT LA COHÉRENCE DE L'ACTION PUBLIQUE

L'hébergement en établissement social représente plus de la moitié (56 %) des dépenses d'aide sociale des départements, qu'il s'agisse de l'aide sociale à l'enfance, des maisons de retraite pour personnes âgées ou de l'hébergement et des soins pour les personnes handicapées.

L'ensemble des établissements sous compétence tarifaire de l'Etat représentent, quant à eux, une dépense de 60,01 milliards de francs en 1996.

C'est dire l'utilité qu'il y a à assurer une régulation optimale de l'évolution des dépenses dans ce secteur qui n'a pas fait l'objet de réforme en profondeur depuis la loi du 30 juin 1975.

1. Un mode de financement insatisfaisant qui aboutit à la " déresponsabilisation " des parties prenantes au dispositif social et médico-social

Actuellement le financement et la tarification des établissements et services sociaux et médico-sociaux est fixé par la loi n° 75-535 du 30 juin 1975.

Il repose sur la reconnaissance par l'autorité tarifaire des recettes et dépenses prévisionnelles " justifiées et non excessives " présentées par les organismes et structures concernés.

Cette reconnaissance acquise, l'organisme dispose en quelque sorte d'une garantie de financement que l'on pourrait qualifier de " droit de tirage " sur la collectivité qui assure ce financement. Celui-ci est alors assuré, soit sous forme de prix de journée, pour les établissements relevant du département, soit de dotations mensuelles forfaitisées pour les établissements relevant de l'Etat.

Cette procédure est placée sous le contrôle d'un juge administratif spécialisé - les commissions du contentieux de la tarification - dont la jurisprudence est fondée sur des textes relevant d'une conception plus étroitement budgétaire qu'économique.

Les structures financées par l'Etat ou l'assurance maladie font l'objet d'une tarification par le préfet de département, après allocation de ressources par le préfet de région et cadrage préalable soit par la loi de finances de l'Etat, soit par le taux directeur médico-social fixé dans la loi de financement de la sécurité sociale.

Ainsi, par exemple en 1997, la progression des dépenses médico-sociales a été fixée à 3 % pour les dépenses d'assurance maladie des établissements médico-sociaux relevant de la compétence de l'Etat.

Ont été fixées alors, en valeur absolue, deux sous-enveloppes " personnes âgées " et " personnes handicapées ". S'agissant des personnes âgées, le taux de reconduction des moyens était fixé à 1,06 %, le solde étant réservé pour la création de places. S'agissant des personnes handicapées, la reconduction des moyens correspondait à un taux de 1,25 % et une enveloppe était réservée pour les personnes atteintes d'un syndrome autistique et les personnes lourdement handicapées.

Le problème est qu'aujourd'hui les établissements peuvent poursuivre leurs dépenses, même si l'enveloppe des prévisions initiales a été dépassée, puisque la jurisprudence ne reconnaît pas de caractère opposable aux enveloppes ou au taux d'évolution .

Les budgets notifiés par les autorités tarifaires sont régulièrement contestés par les établissements qui obtiennent alors des crédits supplémentaires de la part des commissions de la tarification sanitaire et sociale qui ne considèrent pas que les normes d'évolution revêtent dans ce cas un caractère juridiquement opposable.

Une enveloppe de 99 millions de francs a dû être ainsi prévue dans la loi de finances pour 1997 pour faire face aux contentieux engagés par les CAT.

Il devient essentiel de recentrer le contrôle du juge des tarifs qui devrait prendre ses décisions en fonction du montant des crédits alloués par l'Etat ou par le Conseil général.

Les dépenses évoluent finalement sans contrainte d'aucune sorte dans un contexte de forte pression de la demande ; les prévisions budgétaires annuelles sont erronées et la mise en paiement des sommes reconnues acquises à l'établissement après une décision de justice s'effectue avec retard, entraînant parfois au demeurant des charges de trésorerie pour les établissements concernés.

Chacune des parties prenantes au dispositif est donc poussée à une sorte de " déresponsabilisation " :

- l'Etat et les départements financent les établissements médico-sociaux mais ils ne maîtrisent pas les dépenses qui sont engagées par les gestionnaires des établissements ;

- les autorités responsables des établissements, même si elles sont soucieuses d'une bonne gestion, savent que leur financement sera assuré a posteriori en particulier pour faire face à des dépenses, telles que les dépenses de personnel, qui dépendent de décisions qui échappent à leur sphère de contrôle.

Dans cette structure, chaque acteur se renvoie mutuellement la responsabilité des dérives de coût, au détriment du contribuable qui finit par solder les dépenses non maîtrisées.

C'est pourquoi il faut stopper ce processus en instituant un taux directeur opposable aux dépenses des établissements sociaux et médico-sociaux financés par l'Etat ou par l'aide sociale départementale.

2. Instaurer un taux directeur pour rendre plus cohérentes les décisions de gestion de l'Etat et des établissements dans le secteur social et médico-social

Votre commission vous propose de mettre en oeuvre dès le 1 er janvier 1998 un taux directeur opposable à l'évolution des dépenses des établissements sociaux et médico-sociaux financés par le budget de l'Etat et par les départements.

Le but est de restaurer un cercle vertueux en matière de gestion où l'Etat assumera ses choix en toute cohérence et où les établissements eux-mêmes seront naturellement conduits à peser sur les facteurs externes d'évolution de leurs dépenses.

a) Restaurer la cohérence de l'action de l'Etat concernant toutes les mesures, notamment de revalorisation salariale, de nature à influer sur les dépenses du secteur

Les personnels des établissements et services sociaux et médico-sociaux (hors personnels des structures associatives) sont évalués à 421.000 personnes , ce qui correspond à 347.000 équivalents temps plein selon les enquêtes périodiques du ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Ils relèvent d'un régime de droit public pour 36 %, et d'un régime de droit privé pour 64%.

Les personnels de droit public (137.958 personnes, soit 123.787 équivalents temps plein) relèvent de trois références : la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale, la fonction publique hospitalière.

En revanche, les personnels de droit privé -283.042 personnes, soit 223.293 équivalents temps plein- relèvent majoritairement de conventions collectives.

La convention collective " des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées " de 1966 s'applique à 148.993 personnes, soit 114.776 équivalents temps plein.

La convention collective " des établissements privés d'hospitalisation et de soins, de cure et de garde à domicile à but non lucratif " dite FEHAP, de 1951, s'applique principalement aux établissements sanitaires privés participant au service public hospitalier, mais aussi de manière significative aux établissements et services sociaux et médico-sociaux. Sur ce seul champ, 69.373 personnes, soit 56.387 équivalents temps plein, sont concernées.

Trois autres conventions collectives sont appliquées: celle de la Croix Rouge française propre à cette association, celle de 1965 pour les établissements sociaux et médico-sociaux, et les " accords SOP " pour les centres d'hébergement et de réadaptation sociale concernent ensemble 7.106 personnes, soit 5.688 équivalents temps plein.

S'agissant des dépenses de personnel en particulier, le taux directeur va obliger l'Etat à trouver une cohérence entre les décisions qu'il prend en matière de rémunération de certaines catégories de personnels et les objectifs généraux qu'il s'impose en matière d'évolution de la dépense médico-sociale .

Il ne devrait plus être possible, comme cela a été le cas lors de l'extension du protocole Durieux-Durafour, qu'une simple circulaire prise en fin d'année, et confirmée ultérieurement par deux décrets, puisse bouleverser sensiblement l'équilibre des relations financières entre les établissements et les collectivités qui les financent.

La transposition des protocoles " Durieux-Durafour "

Une circulaire du 23 décembre 1991 et deux décrets du 2 janvier 1992 ont étendu aux agents du secteur social et médico-social le bénéfice du protocole " Durieux-Durafour " sur l'amélioration des conditions de vie et de travail des personnels de la fonction publique hospitalière.

Le but poursuivi était d'aligner le régime salarial des personnels des établissements sociaux et médico-sociaux avec celui des personnels salariés des établissements publics sanitaires.

Il convient de rappeler que les salariés des établissements privés assumant une mission de service public relèvent principalement de deux conventions collectives nationales (CCN) : la convention du 31 octobre 1951 des établissements privés d'hospitalisation, de soins, de cure et de garde à but non lucratif et la convention du 15 mars 1966 des établissements et services pour les personnes inadaptées et handicapées.

Cet objectif de parité entre le personnel de droit privé des institutions sociales et médico-sociales et celui du personnel sous statut de la fonction publique hospitalière est, au demeurant, reconnu par les conventions collectives. C'est ainsi que l'article 36 de la convention du 15 mars 1966 prévoit que " les organisations signataires se réuniront au moins chaque fois qu'interviendra une modification des traitements et classements du secteur public de référence, pour en déterminer obligatoirement les incidences sur la présente convention ".

Sur la base du décret de janvier 1992, les partenaires sociaux ont conclu en mars 1992 des avenants aux conventions collectives de 1951 et 1966, lesquels, conformément à l'article 16 de la loi du 30 juin 1975 ont obtenu un agrément du ministre en 1992 et 1993. Ces décisions semblent avoir été prises, selon la Cour des Comptes, sans que les services du ministère ne puissent appréhender l'incidence de cette extension du protocole " Durafour " sur les finances départementales et sans que les marges de manoeuvre budgétaires des départements ne soient prises en compte.

Ces accords ont un coût salarial direct auquel s'est surajouté le caractère rétroactif de certaines augmentations ce qui a conduit à creuser de soudains déficits dans le budget des établissements. La rétroactivité fonctionne comme un véritable piège budgétaire et comptable en conduisant à créer de soudains déficits dans la gestion du budget social des établissements.

Les accords Durafour sont largement à l'origine de la forte dérive des coûts dans le secteur social et médico-social constatée à partir de 1992.

La mise en place d'un taux directeur est d'autant plus urgente que le Gouvernement risque de se trouver confronté à des interprétations extensives de l'objectif de la semaine " de 35 heures " qu'il souhaite inscrire dans la loi.

Certes, comme M. Emile Zucarelli, ministre de la fonction publique, de la réforme de l'Etat et de la décentralisation, l'a encore rappelé devant le Sénat le 23 octobre 1997, le Gouvernement considère que " la question du temps de travail dans la fonction publique ne peut être abordée par la transposition pure et simple du régime applicable au secteur privé ".

Il reste que les " 35 heures ", comme l'ont reconnu certains de nos interlocuteurs au contact avec le secteur social et médico-social, pourraient bien se propager " par contagion " aux personnels du secteur social et médico-social, où les contraintes liées à des services à la personne se prêtent pourtant mal à une annualisation du temps de travail.

Si les 35 heures devaient être étendues au secteur social et médico-social, il en résulterait immédiatement un surcoût de 10 % environ, hors gains de productivité.

Or, on sait par ailleurs que les gains de productivité dans le secteur public ne générerait pas de recettes supplémentaires et que l'Etat ne pourrait " s'entraider " en se versant à lui-même des subventions à l'embauche comme il souhaite le faire au bénéfice du secteur privé.

Rien ne s'oppose aujourd'hui légalement à ce que l'Etat renouvelle, en appliquant les 35 heures au personnel du secteur social et médico-social, la même méthode que celle utilisée pour la transposition du protocole Durafour. Un texte réglementaire d'initiative purement ministérielle peut déclencher la signature d'un avenant sur lequel les départements qui sont des financeurs essentiels du système, ne seraient jamais consultés.

Le taux directeur obligera également l'Etat à être cohérent et à tirer les conséquences financières des décisions qui sont prises à son échelon en matière de renforcement des normes d'encadrement des établissements sociaux.

La même démarche doit être suivie pour la fixation des normes techniques de sécurité dont les révisions périodiques génèrent des coûts d'investissement importants dans ce secteur.

Il n'est pas inutile de rappeler que les dépenses de fonctionnement, hors dépenses de personnel, représentent 32,37 % de l'ensemble des dépenses générales dans les centres d'hébergement et de réadaptation sociale, 23 % dans les établissements pour enfants handicapés, 26 % dans les maisons d'accueil spécialisées et de 10 à 16,5 % dans les différents services de prise en charge à domicile.

Il est tout à fait souhaitable que les taux directeurs d'évolution des dépenses prévoient, en toute clarté et préalablement, des marges spécifiques de financement pour mettre en oeuvre la rénovation des normes techniques dans les diverses catégories d'établissements.

b) Inciter les établissements sociaux et médico-sociaux à relever le défi du glissement-vieillesse-technicité

Les associations gestionnaires des établissements sociaux et médico-sociaux, elles-mêmes, sous l'effet du taux directeur, seront incitées à une meilleure gestion et prendront conscience de la nécessité de peser sur l'évolution de leurs facteurs structurels de dépenses.

S'agissant des coûts de fonctionnement, comme votre rapporteur l'avait souligné dans son avis de l'année dernière, les institutions médico-sociales, qui ont été mises en place dans les années 70, comprennent souvent des personnels qui arrivent maintenant à maturité dans leur carrière et induisent une forte progression des rémunérations du fait du glissement-vieillesse-technicité.

Les effets du glissement-vieillesse-technicité

D'une manière générale, le coût des mesures individuelles, c'est-à-dire des mesures d'ancienneté et de promotion des agents est mesuré par le glissement-vieillesse-technicité.

La masse des rémunérations évolue en raison des variations des caractéristiques des personnes employées ; ce phénomène est connu sous le nom de glissement-vieillesse-technicité (GVT), qui se compose :

- d'un effet de carrière (ou GVT positif), qui retrace l'incidence positive sur la masse salariale des avancements et promotions dont bénéficient régulièrement les fonctionnaires ;

- d'un effet de noria (ou GVT négatif) qui traduit l'incidence généralement négative sur la masse salariale du jeu des entrées-sorties.

La somme algébrique des deux effets constitue l'effet de structure (ou GVT solde) : il permet d'apprécier l'évolution effective de la masse salariale due aux variations de structure de la population étudiée.

Il est frappant de constater que de 1991 à 1996, le GVT " positif " de la fonction publique de l'Etat n'est jamais inférieur à 1,8 % et que de 1993 à 1996 il a toujours été supérieur à la hausse de l'indice des prix à la consommation.

L'effet " GVT positif " est également non négligeable dans le secteur couvert par les conventions collectives du secteur social et médico-social puisque la rémunération moyenne des personnels en place (RMPP) varie ces dernières années entre 0,8 % et 1,3 %.

Il apparaît aujourd'hui que pour les prochaines années même en tenant compte de " l'effet de noria " c'est à dire du GVT négatif résultant de l'économie à la suite des départs à la retraite, le GVT ne saurait descendre en dessous de 1%, ceci avant même toute augmentation du pouvoir d'achat des agents.

Cette constatation est encore plus vraie pour les agents des institutions sociales et médico-sociales qui forment un corps plus jeune dans lequel les départs sont moins fréquents que dans la fonction publique de l'Etat. Il en résulte donc une contrainte mécanique pour les budgets des établissements.

Evolution de la rémunération moyenne des personnels en place

- du personnel relevant de la convention collective du 31 octobre 1951

1991

1992

1993

1994

1995

G.V.T. positif

1,30

1,30

1,10

0,80

0,80

Autres mesures

3,31

3,16

6,75

2,21

2,98

R.M.P.P.

4,61

9,46

7,85

3,01

3,78

- du personnel relevant de la convention collective du 15 mars 1996

G.V.T. positif

1,30

1,30

1,10

0,80

0,80

Autres mesures

5,67

5,89

5,22

2,95

3,70

R.M.P.P.

6,97

7,19

6,32

3,75

4,50

Le taux directeur devra intégrer les effets du GVT qui continuera à évoluer sous l'effet du vieillissement des personnels et de la poursuite des effets des revalorisations indiciaires prévues par les accords Durafour.

A terme, la mise en place du taux directeur ouvre la voie à une réflexion d'ensemble sur les conventions collectives qui régissent le secteur.

Sans doute des progrès pourraient être accomplis en termes de déroulement des carrières, d'effectif des établissements et d'horaires, tout en assurant une meilleure formation des agents et en favorisant le recours à de nouveaux recrutements plus homogènes dès lors que la décision serait prise de " remettre à plat " les conventions actuelles.

3. Les amendements proposés par votre commission

Votre commission vous présente deux amendements rattachés à ce budget.

Le premier amendement institue un taux directeur opposable pour l'ensemble des établissements médico-sociaux financés par le départements.

Il prévoit expressément que ce taux directeur peut être modulé par la collectivité en fonction des diverses catégories d'établissements.

Le second amendement concerne les établissements médico-sociaux financés sur crédits d'Etat, c'est-à-dire les CAT et les CHRS. Cet amendement est la stricte reprise de celui qui avait été prévu dans le projet de loi de finances pour 1997 et avait été supprimé à l'époque par l'Assemblée nationale en premier lecture, le Gouvernement s'étant alors donné pour objectif de mettre en place ce dispositif dans le cadre de la réforme de la loi du 30 juin 1975 qui devait être présentée au printemps 1997, et a été ajournée du fait de la dissolution.

Il est à noter que notre collègue, M. Charles Descours, a proposé et fait adopter par le Sénat un dispositif analogue pour les institutions médico-sociales dépendant d'un financement de l'assurance maladie lors de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale.

A cette occasion, le Gouvernement a proposé de reporter au printemps 1998, lors de la discussion de la nouvelle réforme de la loi du 30 juin 1975, l'institution du taux directeur, alors que l'administration a maintenant clairement eu plus d'un an pour préparer la réforme.

C'est pourquoi votre commission vous propose de poursuivre une démarche devenue indispensable pour appliquer la réforme du taux directeur à tous les établissements sociaux et médico-sociaux et ceci dès le 1er janvier 1998.

En tout état de cause, le but de votre commission n'est pas de mettre en oeuvre un taux unique d'évolution qui s'appliquerait de manière aveugle d'un établissement à un autre. Cela figerait les situations acquises, donnerait une prime aux mauvais gestionnaires et pénaliserait au contraire les bons gestionnaires.

Le taux directeur sera adapté à la situation et aux besoins de chaque établissement après évaluation.

*

* *

Votre commission a émis un avis défavorable à l'adoption des crédits relatifs aux affaires sociales dans le projet de loi de finances pour 1998.

ANNEXE N° 1
-
AMENDEMENTS ADOPTÉS PAR LA COMMISSION

Projet de loi de finances pour 1998

Articles deuxième partie

emploi et solidarité

Amendements présentés par M. Jean Chérioux, rapporteur
au nom de la commission des Affaires sociales


Article additionnel après l'article 66

Après l'article 66, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Le deuxième alinéa de l'article 11-1 de la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales, est ainsi rédigé :

" Il en est de même lorsqu'ils sont susceptibles d'entraîner pour les budgets des collectivités territoriales des charges injustifiées ou excessives compte tenu d'un objectif annuel ou pluriannuel d'évolution des dépenses délibéré par la collectivité concernée en fonction de ses obligations légales, de ses priorités en matière d'action sociale et des orientations des schémas visés à l'article 2-2 de la présente loi. La collectivité locale concernée peut moduler l'objectif précité en fonction des catégories d'établissements visées à l'article 3 de la présente loi "

Après l'article 66, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

I. Il est inséré, dans la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales, un article 27-2 ainsi rédigé :

" Art. 27-2 - Le montant total annuel des dépenses des établissements et services visés aux 6° et 8° de l'article 3 de la présente loi, imputables aux prestations prises en charge par l'aide sociale de l'Etat et, corrélativement, le montant total annuel des dépenses prises en compte pour le calcul des dotations globales de fonctionnement de ces établissements ou services, est déterminé par le montant inscrit à ce titre dans la loi de finances initiale de l'exercice considéré.

" Ce montant total annuel est constitué en dotations régionales limitatives. Le montant de ces dotations régionales est fixé par le ministre chargé de l'action sociale, en fonction des priorités en matière de politique sociale, compte tenu des besoins de la population, de l'activité et des coûts moyens des établissements ou services, et d'un objectif de réduction des inégalités d'allocation des ressources entre départements et établissements ou services.

" Chaque dotation régionale est répartie par le préfet de région, après avis des préfets de département, en dotations départementales, dont le montant tient compte des priorités locales, des orientations des schémas prévus à l'article 2-2 de la présente loi, de l'activité et des coûts moyens des établissements ou services, et d'un objectif de réduction des inégalités d'allocation des ressources entre départements et établissements ou services.

" Pour chaque établissement ou service, le préfet de département compétent peut modifier le montant global des recettes et dépenses prévisionnelles visées au 5° de l'article 26-1 de la présente loi, imputables aux prestations prises en charge par l'aide sociale de l'Etat, compte tenu du montant des dotations régionales ou départementales définies ci-dessus ; la même procédure s'applique en cas de révision, au titre du même exercice, des dotations régionales ou départementales initiales.

" Le préfet de département peut également supprimer ou diminuer les prévisions de dépenses qu'il estime injustifiées ou excessives compte tenu, d'une part, des conditions de satisfaction des besoins de la population, telles qu'elles résultent notamment des orientations des schémas prévus à l'article 2-2 de la présente loi, d'autre part, de l'évolution de l'activité et des coûts des établissements et services appréciés par rapport au fonctionnement des autres équipements comparables dans le département ou la région.

" Des conventions conclues entre le préfet de région, les préfets de départements, les gestionnaires d'établissement ou service et, le cas échéant, les groupements constitués dans les conditions prévues à l'article 2 de la présente loi, précisent, dans une perspective pluriannuelle, les objectifs prévisionnels et les critères d'évaluation de l'activité et des coûts des prestations imputables à l'aide sociale de l'Etat dans les établissements et services concernés. "

II. Le dernier alinéa de l'article 27 de la même loi est abrogé.

III. Au deuxième alinéa de l'article 11-1 de la même loi, les termes " à l'article 27-1 " sont remplacés par les termes " aux articles 27-1 et 27-2 ".

ANNEXE N° 2
-
RÉPARTITION EN DENSITÉ DES TITULAIRES DU RMI
NOMBRE D'ALLOCATAIRES POUR 1.000 HABITANTS




1 En compensation du taux inférieur du RMI dans les DOM, l'Etat participe dans ces départements au financement d'actions d'insertion au profit des bénéficiaires du RMI, en plus de celles de droit commun déjà financées. Ces crédits appelés " créances de proratisation du RMI " représentent la différence entre les allocations versées dans les DOM chaque année, et le montant qu'elles auraient atteint, en prenant en compte le nombre de personnes qu'elles auraient concernées, si le barème métropolitain avait été appliqué.

2 La loi de 1992 réformant le RMI et l'aide médicale a permis aux départements d'effectuer, sur les crédits d'insertion affectés au titre de l'obligation légale des 20 %, une imputation forfaitaire au titre de l'aide médicale de 3 points de ces 20 % en métropole (3,75 % dans les DOM). Une fraction des sommes identifiées au titre de l'aide médicale des départements est donc prise en charge dans le cadre des crédits d'insertion.

3 Enquête menée par le Service des Statistiques, des Etudes et des Systèmes d'information (SESI) du ministère des Affaires sociales : " Profils des signataires et nature des contrats d'insertion du RMI. Résultats sur les signataires de premier contrat d'insertion en 1994 ".

4 Annexe B : mise en oeuvre des dispositions de la loi de financement de la sécurité sociale pour 1997.

5 Les rappels sont des versements aux allocataires à la suite d'un non-paiement pour erreur de calcul.

6 Certes, il est fait état d'une provision de 225 millions de francs au budget des charges communes (chapitre 44-75, art. 10) en vue de la préparation de la loi contre les exclusions. Mais en l'état actuel des choses, il est impossible de porter un jugement sur la ventilation de ces crédits, qui ont valeur de provision, et peuvent être affectés au financement de dépenses purement structurelles. Au demeurant, il convient de rappeler que le Gouvernement de M. Alain Juppé avait prévu une somme de 470 millions de francs sur le même poste pour 1997.

7 Pour une politique de l'immigration juste et efficace, Patrick Weil, Rapport au Premier Ministre 1997.


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