D. DANS LES AUTRES SOCIÉTÉS DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC, DES SITUATIONS INÉGALES MAIS DES CAS DE VALORISATION DES OUTRE-MER MONTRANT LA VOIE

France Télévisions retient le coeur de l'attention de ce rapport du fait de l'appartenance du réseau ultramarin de radios et télévisions au groupe d'une part mais aussi, d'autre part, du fait de sa place prépondérante sur un média de masse, la télévision, et, enfin, en raison des obligations réglementaires qui pèsent sur elle.

Les rapporteurs ont cependant souhaité dresser un état des lieux des situations des autres sociétés de l'audiovisuel public. Aussi, sans exigence aussi stricte que celles de France Télévisions, certains traitements réguliers des outre-mer ou plages dédiées apparaissent comme autant d'exemples mais aussi comme preuves d'une capacité de certaines sociétés publiques à répondre spontanément à leur mission de service public de représentation de l'ensemble des territoires de la République, sans nécessité d'exigences formalisées .

1. Le cas de Radio France

La présidente-directrice générale de Radio France indique 90 ( * ) en réponse aux sollicitations de la délégation que « Radio France a toujours eu à coeur de représenter l'ensemble des territoires de métropole ou des outre-mer, dans leurs diversités et leurs cultures. Cette promesse éditoriale se concrétise sur chacune de nos antennes qui toutes parlent, en tenant compte bien sûr de sa singularité, des outre-mer ».

La société nationale de radiodiffusion précise 91 ( * ) que « Radio France estime à plus de 600 les sujets et rendez-vous qui ont été consacrés à l'outre-mer, à son actualité, à la promotion des cultures ultramarines, mais aussi aux questions économiques, écologiques ou sur tout autre sujet permettant le dialogue avec les autres parties du territoire en 2018 sur l'ensemble de ses antennes ». Ces chiffres permettent à Radio France d'estimer que « la prise en compte des outre-mer est une réalité sur toutes nos antennes puisqu'ils sont une composante de la communauté nationale et de la vie politique, économique, artistique, musicale et culturelle ».

a) Une attention revendiquée au traitement de l'information ultramarine

Outre l'exigence satisfaite relative aux bulletins météorologiques, les antennes de Radio France répondent également à l'exigence de programmes réguliers dédiés aux outre-mer sur deux des principales radios que sont France info et France inter.

Deux programmes sont ainsi diffusés :

- « le journal des outre-mers » sur France info , programmé le dimanche sur 4'30 et diffusé à 4 reprises sur l'antenne chaque semaine : il propose une synthèse hebdomadaire de l'actualité ultramarine ;

- dans les « chroniques littorales » programmées en semaine à 5 h 12 sur France inter , trois sont habituellement consacrées à l'actualité ultramarine, en coopération avec le réseau des stations La 1 ère .

Un autre programme exclusivement dédié aux outre-mer a été signalé, non exigé par le cahier des charges : « Voyage en terre d'Outre-mer », sur la grille d'été de France inter le dimanche à 14 h.

France info, relais des actualités des outre-mer

Pour ce qui est du traitement de l'information, Radio France indique que « France lnfo couvre par ailleurs naturellement les éléments d'actualité, y compris en envoyant des reporters » même si la société précise que, n'ayant pas d'équipe de journalistes sur place, les journaux relatifs aux outre-mer sont réalisés en étroite collaboration avec les journalistes du réseau La 1 ère .

Des exemples récents du traitement des actualités ultramarines réalisé sur l'antenne de France info ont été signalés :

- une journée spéciale à Saint-Martin, un an après l'ouragan, en traitant également la crise des sargasses ;

- une semaine et un week-end sur la Nouvelle-Calédonie pour le référendum historique sur l'indépendance ;

- un reportage en Nouvelle-Calédonie pour la Cop24 (début novembre 2018) ;

- les manifestations des gilets jaunes à La Réunion ;

- la présence régulière d'Annick Girardin, ministre des outre-mer, sur l'antenne.

Preuve de la mobilisation de Radio France à destination des outre-mer, il est en outre rappelé que la société a également su organiser en septembre 2017 une radio d'urgence, « Urgence lnfo Îles du Nord », pour les populations de Saint-Martin et Saint-Barthélemy confrontées à deux ouragans majeurs, Irma et José, qui se sont succédés en moins d'une semaine 92 ( * ) , Radio France considérant que « fidèle à notre mission de service public et en concertation avec les autorités, Radio France a proposé de développer ce programme spécifique, opéré par les équipes de France info depuis Paris et avec ses envoyés spéciaux sur place ». La radio avait permis de relayer en continu, durant douze jours, des informations sûres, fournies par les autorités, et essentielles aux populations sur la situation météo, la sécurité, la distribution des rations alimentaires et de l'eau, l'état du réseau électrique, le rétablissement des liaisons commerciales.

Source : Réponse de Radio France au questionnaire des rapporteurs

Différents exemples récents transmis rendent compte du traitement des informations des outre-mer en dehors des deux programmes dédiés, sur France inter mais aussi France culture ou Mouv.

b) Une présence sur l'ensemble des antennes et pour tous les types de contenus

Radio France a fourni en réponse aux questions des rapporteurs une liste d'exemples de programmes diffusés sur l'ensemble de ses antennes : France inter, France info, France culture, France musique, Fip, Mouv et les antennes du réseau France bleu.

Les exemples transmis montrent également la présence des outre-mer 93 ( * ) dans des programmes réguliers des différentes radios mais aussi sur l'ensemble des types de contenus , notamment musicaux sur France musique, Fip et Mouv.

En matière musicale, il est à souligner que les outre-mer entrent régulièrement dans l'émission « Ocora » sur France musique, dont le nom est hérité justement de l'ancienne société de rattachement des stations ultramarines.

Différents partenariats sont également signalés entre la radio Mouv et France Ô , dont sur la saison 2018 un documentaire « le bruit de nos silences » mais aussi des collaborations régulières sur les émissions Riding zone et Vinyle.

Les contenus répertoriés pour l'antenne de France culture sont enfin également intéressants, en cela qu'ils comportent de nombreux enregistrements d'oeuvres littéraires d'écrivains des outre-mer , dont Aimé Césaire ou Saint-John Perse, qui font l'objet de rediffusions mais sont aussi disponibles en podcasts , assurant une disponibilité permanente de ces contenus hors de la diffusion en linéaire.

2. Le cas d'Arte

La chaîne culturelle franco-allemande indique dans sa réponse au questionnaire des rapporteurs ne pas faire de traitement différencié pour les outre-mer sur son antenne, « Dans toutes leurs richesses et dans toutes leurs diversités, les Outremers ont ainsi toute leur place sur ARTE au même titre que les autres cultures et territoires européens » 94 ( * ) .

Ainsi, en 2018, la chaîne revendique une représentation des outre-mer dans tous les genres 95 ( * ) :

- la fiction : avec la série policière « Maroni » au coeur de la forêt amazonienne guyanaise, rediffusée en 2019 ;

- le cinéma avec « Dilili à Paris », film de Michel Ocelot, sorti le 10 octobre 2018 ;

- l'histoire avec la série documentaire « Les routes de l'esclavage » ;

- la découverte avec « 700 requins dans la nuit » dans l'atoll polynésien de Fakarava, décliné en 360°, et la rediffusion de la série de cinq documentaires « D'Outremers » mettant en avant la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion ;

- la culture avec un documentaire sur la Martinique, pays natal d'Aimé Césaire dans l'émission « Invitation au Voyage » ;

- le reportage avec le documentaire « Guyane, les Jardiniers de l'exil » ;

- l'information avec régulièrement des reportages sur les outre-mer dans « 28 Minutes » et dans le « Journal ».

3. Le cas de France Médias Monde

Si aucune mention des outre-mer n'est faite dans ses contrats, l'audiovisuel extérieur de la France réuni au sein de la société France Médias Monde a également précisé le traitement que pouvaient faire les antennes du groupe. La présidente Marie-Christine Saragosse 96 ( * ) considère ainsi que « par leur distribution mondiale, nos médias sont accessibles et très significativement suivis dans les outre-mer. En outre, notre mission d'assurer le rayonnement de la France nous conduit à traiter régulièrement de ces territoires dans notre quota d'information nationale ».

Les réponses aux questions adressées à la présidente du groupe précisent que RFI et France 24 évoquent ainsi les outre-mer dans leurs pages d'actualité, à partir des contenus du réseau des stations La 1 ère dans le cadre des accords avec France Télévisions. Les événements majeurs d'actualité comme les ouragans de 2017, les violences à Mayotte en 2018 ou le référendum calédonien ont également fait l'objet de couvertures particulières, comme les déplacements de l'exécutif.

Des exemples, non exhaustifs, de traitement de sujets ultramarins dans les émissions régulières de France 24 ont été présentés, comme :

- une émission de « Billet Retour » tournée à Saint-Martin en septembre 2018 « Un an après l'ouragan Irma, Saint-Martin peine à se relever » ;

- l'émission de « Ici l'Europe » avec en décembre 2018 un numéro sur « Les îles européennes, loin des yeux et du coeur ? » ou encore un reportage sur l'agriculture insulaire avec l'exemple de la Martinique ;

- de nombreux sujets et reportages ultramarins dans « C'est en France » et « Focus ».

Il en va de même pour RFI avec :

- plusieurs sujets de « Grand reportage », format long d'information, comme « Les enfants volés de La Réunion » en novembre 2018 ou « Les sargasses, problème toxique en Martinique » ;

- des émissions entières dédiées à des personnalités historiques issues des outre-mer ;

- des entretiens avec des personnalités faisant l'actualité.

Le groupe a également insisté sur l'attention particulière portée aux cultures ultramarines avec comme exemples pour France 24 :

- la délocalisation du « Paris des Arts » de France 24 en Guadeloupe en avril 2017 avec le chanteur du groupe Kassav' et Jacob Desvarieux ;

- des invitations dans l'émission culturelle « À l'affiche ».

Pour RFI, ont été citées :

- des émissions de « Musiques du Monde » entièrement dédiées à des événements en outre-mer, en juin 2018 ;

- plusieurs sessions musicales accueillant des artistes ultramarins tout au long de l'année pour RFI Musique.

Un créneau dédié aux outre-mer est par ailleurs prévu sur RFI qui prévoit trois fois par jour des séquences produites par les stations La 1 ère , avec une cible Caraïbes à la mi-journée à Paris, et une cible océan Indien diffusée en soirée (23 h) avec rediffusion en matinale.

Il est cependant enfin utile de signaler que si France 24 est pour le moment présente dans les territoires ultramarins, la chaîne mettra fin à sa diffusion sur la TNT le 8 avril 97 ( * ) . Elle sera remplacée ce jour par France info, qui, durant la nuit en heure de Paris, reprend le signal de France 24.

4. Le cas des chaînes parlementaires

Si les deux sociétés de programmes du canal parlementaire n'appartiennent pas aux « sociétés de l'audiovisuel public » détenues par l'État, les rapporteurs ont considéré qu'elles ne devaient pas être exclues de cette étude, les chaînes parlementaires se devant tout autant de représenter l'ensemble des territoires et de la population.

Les deux chaînes présentent des stratégies différentes et des efforts nuancés de mise en valeur des outre-mer. Aussi, il a été rappelé lors des auditions que les invitations des parlementaires ultramarins dans le cadre des émissions politiques ne devaient pas être réservées à des interventions sur des sujets exclusivement propres aux outre-mer.

a) LCP Assemblée Nationale

L'audition du président de LCP AN, le canal de l'Assemblée nationale, a permis de constater que les outre-mer ne faisait pas l'objet, sur cette antenne, de programmes dédiés et le COM de la chaîne n'en fait pas mention.

Si le président de la chaîne défend une conception de suivi exclusif des travaux parlementaires en opposition avec une ligne éditoriale proche de celle d'une chaîne d'information 98 ( * ) , il a ainsi expliqué que les outre-mer se trouvaient traités dans les émissions de la chaîne quand une actualité ultramarine relevant du champ parlementaire intervient , à savoir essentiellement des textes de lois relatifs aux outre-mer. Cela a ainsi été le cas avec le référendum en Nouvelle-Calédonie qui a fait l'objet d'une émission spéciale.

Aussi, si les sénateurs de la délégation ont relevé que tout texte de loi ou débat relatif à une politique publique donne matière à évoquer les spécificités ultramarines , le degré de complexité des sujets ultramarins est selon Bertrand Delais un frein à ce que les particularités propres aux outre-mer soient systématiquement abordées dans l'ensemble des travaux parlementaires traités sur la chaîne.

Il a été rappelé que les députés ultramarins avaient pour leur part la même visibilité a priori que leurs collègues, notamment dans des émissions comme « Circo » ou « Émois et moi », même si les coûts de production des émissions sur les députés d'outre-mer sont élevés en raison des déplacements parfois nécessaires.

Le président de LCP AN a enfin évoqué une émission coproduite avec France Ô, « Flash Talk » qui n'était pas exclusivement dédiée aux outre-mer. La diffusion de l'émission sur LCP AN a cessé en janvier 2019 du fait d'une modification du format.

b) Public Sénat

Le COM de la chaîne Public Sénat contient pour sa part une mention des outre-mer puisque le document prévoit que « la présence de Public Sénat dans les territoires est assurée par le biais de ses partenariats et reportages », dont l'exigence de recensement vise l'hexagone et les outre-mer.

Il apparaît que la chaîne du Sénat, fidèle à la mission de représentation des collectivités territoriales de l'institution et à sa nouvelle signature « Au coeur des territoires », a su faire une juste place aux outre-mer sur son antenne.

Le président de la chaîne, Emmanuel Kessler, précisait ainsi que, pour la saison 2017-2018, une quarantaine de reportages avaient été consacrés aux outre-mer dans les différentes émissions d'actualité, particulièrement la matinale « Territoires d'infos » où Luc Laventure, président d'Outremers 360°, intervient régulièrement. Des duplex sont également ponctuellement organisés avec des médias locaux ultramarins. Les actualités propres aux outre-mer ou des événements comme la journée des maires dédiée aux outre-mer sont ainsi couverts.

Les outre-mer ont également eu leur place dans des formats réguliers de la chaîne, comme la collection documentaire « Sénat en action » avec un numéro consacré en 2017 à Saint-Martin et en Guadeloupe pour suivre les défis de la reconstruction des territoires après le passage de cyclones, et un en 2018 sur le référendum en Nouvelle-Calédonie.

Deux documentaires de format long (52') relatifs aux outre-mer ont également été diffusés, « Césaire, le prix de la liberté », qui revient sur le parcours du poète martiniquais, et « Les enfants de La Réunion, un scandale d'État oublié » sur les enfants réunionnais transférés dans l'hexagone entre 1963 et 1981. Enfin, en 2019, un épisode de 26 minutes de la collection « C'est vous la France » sera consacré à Tony Mango, un enseignant de créole.

Au-delà du traitement dans les émissions régulières, la chaîne Public Sénat a lancé en décembre 2017 un format dédié spécifiquement aux outre-mer, la collection « Positive Outre-mer » . Emmanuel Kessler expliquait ainsi que « nous sommes partis du constat suivant : en métropole, nous entendons seulement parler de l'outre-mer lorsqu'il y a une crise sociale ou des dégâts dus à une tempête. À Public Sénat, nous voulons mettre en avant les richesses économiques, patrimoniales, culturelles et touristiques des outre-mer ». Le président de la chaîne expliquait que ce choix du format court permet une meilleure exploitation des multidiffusions tout au long de l'année. Une deuxième saison a été produite pour 2019.


* 90 Courrier de Mme Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France à M. Michel Magras, président de la délégation.

* 91 Réponse de Radio France au questionnaire des rapporteurs.

* 92 Le contexte et les modalités de mise en oeuvre ont été décrits dans le rapport « Risques naturels majeurs : urgence déclarée outre-mer », rapport d'information n° 688 tomes I et II (2017-2018) du 24 juillet 2018 fait au nom de la Délégation sénatoriale aux outre-mer, par MM. Guillaume Arnell, rapporteur coordonnateur, Mathieu Darnaud et Mme Victoire Jasmin, rapporteurs.

* 93 Des précisions sur les différents programmes sont disponibles en annexe du présent rapport.

* 94 Réponse au questionnaire des rapporteurs.

* 95 Des précisions et les audiences de ces différents programmes sont disponibles en annexe.

* 96 Courrier de Mme Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France Médias Monde à M. Michel Magras, président de la délégation.

* 97 Réponses de France Médias Monde au questionnaire des rapporteurs et communiqué de presse de France info du 5 avril 2018. La chaîne demeure accessible en continu par diffusion satellitaire.

* 98 Audition de M. Bertrand Delais, président de La chaîne parlementaire (LCP AN) le 7 mars 2019.

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