2. La marine

L'entraînement opérationnel des unités de la marine vise à permettre d'atteindre, par étapes, la pleine capacité opérationnelle au sein d'un dispositif ou dans un environnement complexe. L'aptitude aux opérations est sanctionnée par l'attribution de la qualification opérationnelle à l'issue d'un stage de mise en condition opérationnelle (MECO). Cette qualification est entretenue et complétée lors des exercices mais également dans le cadre de l'activité normale ou en opérations.

Les objectifs de la LPM sont les suivants :

Stages MECO

1 tous les 2 ans

Maintien de la capacité opérationnelle dans des domaines spécifiques (nombre d'exercices/an)

4 « amphibie ».

3 « guerre des mines ».

2 x 6 semaines pour le groupe aéronaval.

Exercices interalliés et interarmées (nb/an)

1 exercice OTAN majeur.

1 exercice européen majeur tous les 2 ans.

5 exercices interarmées.

Ces objectifs sont dépassés s'agissant de la participation aux exercices OTAN, pour les forces déclarées au titre des NRF (NATO Response Force).

Globalement, l'entretien de la qualification opérationnelle des formations de la marine est équivalent à celui des pays étrangers comparables.

Le tableau suivant récapitule l'activité totale par type d'unité:

Année

Jours de mer par bâtiment

(bâtiment de haute mer)

Heures de vol par pilote de chasse

Heures de vol par pilote d'hélicoptère

Heures de vol par équipage de patrouille maritime

2009 (RAP 2009)

87 (97)

195 (199)

188

324

2010 (RAP 2010)

91 (103)

199(224)

218

318

Prévision 2011 (PAP 2010)

88 (97)

180 (220)

220

350

Prévision actualisée 2011 (PAP 2012)

94 (104)

203(224)

220

320

Rappel Objectifs LPM 2009-2014

100 (110)

180 (220)

220

350

L'objectif plafond de la LPM 2009-2014 - soit 100 jours de mer pour l'ensemble de la flotte et 110 jours de mer pour les bâtiments de haute mer (plus de 1 000 tonnes) n'ont pu être atteints en 2009, mais ont progressé en 2010 à 91 jours et 103 jours . En 2011, l'opération Harmattan en Libye induit une activité supérieure aux normes fixées, même si elle a, de facto, entraîné l'annulation de certains exercices nationaux et interalliés. La priorité a été donnée aux qualifications opérationnelles, notamment pour les unités déployées en opérations. Cependant, il ne faudrait pas que le déploiement des unités les plus expérimentées lors des opérations extérieures entraîne une baisse trop importante des activités d'entraînement des personnels les plus jeunes. La formation des jeunes recrues doit être une priorité pour 2012 et un point de vigilance.

Lors de son audition par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, le 12 octobre 2011, l'amiral Bernard Rogel, chef d'état-major de la marine, a précisé que :

« Ce fort engagement en Libye a conduit à effectuer un certain nombre d'arbitrages entre les opérations. Toutes les demandes, notamment certaines prévues au contrat opérationnel de la marine, n'ont pu être honorées, dont l'interruption ou l'annulation d'exercices interalliés ou nationaux.

Outre le contrat opérationnel, c'est la préparation des forces qui peut être affectée par l'absence de moyens disponibles. Même si l'effet n'est pas immédiat, 9 exercices dits de « savoir-faire supérieur » ont ainsi été annulés cette année, dont un exercice majeur de lutte anti-sous-marine, un exercice majeur amphibie et un exercice de certification OTAN, alors que celle-ci est essentielle à la qualification de nos états-majors embarqués, précisément pour leur permettre de remplir leurs fonctions dans une force interalliée. »

Les arbitrages évoqués portent sur l'annulation de ces neufs exercices, et, surtout, sur le retrait des SNA engagés en Libye d'autres zones stratégiques.

Pour 2012, les objectifs restent ceux de la LPM.

Pour les pilotes et équipages de l'aéronautique navale, en 2010, les objectifs ont été atteints ou légèrement dépassés, à l'exception des équipages de patrouille maritime qui restent en deçà des objectifs LPM en raison de la faible disponibilité du parc.

La pression opérationnelle du premier semestre 2011 s'est traduite par une activité soutenue pour les équipages opérationnels les plus qualifiés. Parallèlement, l'activité d'entraînement des bases arrière a pâti d'un encadrement réduit compte tenu du fort engagement en opérations des pilotes et des équipages les plus qualifiés.

Eléments de comparaison :

TYPE D'ACTIVITE

(par unité 2009/2010)

Etats-Unis

Allemagne

Royaume-Uni

Russie

Jours de mer par bâtiment

(Bâtiments de haute mer)

n.c.

115

106

50

Heures de vol par pilote de chasse (qualifié nuit)

n.c.

Pas de d'aviation de chasse au sein de la marine

180

n.c.

Heures de vol par pilote d'hélicoptère

n.c.

120

180

n.c.

Heures de vol par équipage de patrouille maritime

n.c.

160

240

n.c.

La marine allemande :

Tout en diminuant son format, la marine allemande a renouvelé sa flotte en renforçant ses capacités de déploiements lointains. Très impliquée au sein des forces navales de l'OTAN (SNMG 17 ( * ) 1 et 2, SNMCMG 18 ( * ) 1 et 2), la marine participe également aux opérations Enduring Freedom (TF 150) et Active Endeavour, et est engagée dans la mission européenne de lutte contre la piraterie Atalanta. En ayant assuré, de septembre 2006 à février 2008, le commandement de la composante maritime de la FINUL (TF 448), et en y ayant déployé jusqu'à huit bâtiments simultanément, elle a fait la démonstration de sa capacité à mener des opérations loin de ses bases et à assurer efficacement le commandement tactique d'une force navale multinationale . La marine allemande possède une valeur opérationnelle qui est jugée bonne, estimée au niveau des meilleures marines des pays occidentaux. Cependant, une capacité amphibie et de transport maritime stratégique, qui lui permettrait d'être une marine dotée de moyens navals de projection, fait encore défaut à la marine allemande.

La Royal Navy :

Très ancrée au sein de l'Alliance atlantique, elle fournit des éléments au profit des forces permanentes de l'OTAN que sont la SNMG 2 et la SNMCMG 1. La SNMG2 (alternativement avec la SNMG1) est également engagée dans la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes (opération Ocean Shield).

La Royal Navy est très présente dans le golfe Arabo-persique (GAP), le golfe d'Oman et le golfe d'Aden, où les bâtiments britanniques sont intégrés aux différentes Task Forces impliquées dans le volet maritime des opérations Iraqi Freedom (OIF) ou Enduring Freedom (OEF).

Présente dans l'opération européenne Atalanta de lutte contre la piraterie, elle participe également à la lutte contre la piraterie au sein de la TF 151 (en soutien associé) et assure aussi une présence dans un cadre purement national.

Reconnue pour sa valeur opérationnelle et son adaptabilité, elle reste l'une des rares forces navales à disposer d'une capacité d'engagement dans tout le spectre opérationnel . Cependant, elle est fragilisée, depuis quelques années, par un contexte budgétaire contraint, du fait des coûts induits par les opérations extérieures.

La marine russe :

Les données sur l'activité de la marine russe ne sont pas encore disponibles pour 2010. Si l'activité reste encore inégale selon les formations (Flottes du Nord, Flotte du Pacifique, Flotte de mer Noire et Flotte de la Baltique), la marine russe maintient depuis 2008 une importante activité navale . Après le déploiement de deux groupes navals en océan Atlantique, mer Méditerranée et océan Indien au cours du premier trimestre 2009, cette hausse de l'activité de la marine russe s'est confirmée par une reprise des patrouilles de sous-marins nucléaires en dehors de la mer de Barents (mer de Norvège et océan Atlantique-ouest notamment), et par le tenue d'exercices interarmées majeurs au cours de l'automne 2009 sur les théâtres de la mer Baltique et de la zone Arctique (exercices Zapad et Ladoga-2009).

La marine russe devrait avoir maintenu un niveau d'activité important au cours de l'année 2010. A l'instar du déploiement du croiseur lance-missiles à propulsion nucléaire Piotr Velikiy (navire-amiral de la Flotte du Nord), plusieurs exercices navals d'envergure ont été conduits (exercice Vostok-2010 sur le théâtre de l'Extrême-Orient russe notamment).

Au travers de ces déploiements et exercices largement médiatisés, la Russie confirme son retour à une politique navale héritée de l'ex-URSS, politique d'affichage consistant à multiplier des déploiements dans les mers dites « chaudes » et les régions éloignées, via l'octroi de facilités navales par des pays « alliés ». Toutefois, du fait de la vétusté d'une grande partie de ses équipements et des retards importants dans les programmes d'acquisition, la marine russe ne saurait maintenir à long terme son niveau actuel d'activité en l'absence d'un renouvellement rapide et important de ses moyens navals, principalement pour la flotte de surface.


* 17 SNMG : Standing NATO Maritime Group

* 18 SNMCMG : Standing NATO Mine Countermeasures Group

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