Séance du 2 juin 1998







M. le président. La parole est à M. Duffour, auteur de la question n° 260, adressée à Mme le ministre de la culture et de la communication.
M. Michel Duffour. Madame la ministre, je souhaite vous interroger sur la conduite que vous comptez tenir dans le bref avenir à l'égard du théâtre des Amandiers.
Cette scène, avec des hauts et des bas comme partout, est depuis quinze ans un des joyaux du théâtre français.
L'apport de Patrice Chéreau, puis celui de Jean-Pierre Vincent ont beaucoup marqué ce lieu.
Peu après votre arrivée rue de Valois, vous avez été amenée, pour aider, a-t-on dit, de nouveaux espaces de création, à proposer des coupes budgétaires sévères pour quelques grandes scènes nationales. Nanterre a fait partie du lot.
L'avenir de ce théâtre, j'entends bien de son rayonnement, est désormais menacé. Les deux millions de francs manquants peuvent déstabiliser cette aventure théâtrale.
Je ne pense pas, madame la ministre, qu'il soit juste de vous tourner unilatéralement vers les collectivités locales qui ont beaucoup fait. La ville de Nanterre, avec l'accord et l'appui de vos prédécesseurs, a déployé sa politique sur d'autres champs culturels, convergeant certes avec le théâtre, mais eux-mêmes coûteux. Dans l'étude faite par vos services en mars 1998, le travail effectué est d'ailleurs salué.
Cela étant dit, la commune comme le département, je pense pouvoir l'affirmer, sont prêts à un effort pour soutenir le théâtre. Mais il est nécessaire que l'Etat revienne sur sa décision et fixe son niveau d'intervention en référence à l'effort engagé en 1997 en francs constants. Ce seuil est obligatoire.
Nul ne nie les difficultés passées.
Mais ce sont là les aléas des expériences théâtrales. Ne faites pas payer les prises de risques passées aux Amandiers. Il y en aura nécessairement d'autres.
Les Amandiers, qui ont toujours fait preuve de rigueur budgétaire, sont repartis aujourd'hui de l'avant. Le succès du Jeu de l'amour et du hasard est là pour le prouver. La baisse de fréquentation est enrayée.
Certes, rien n'est gagné d'avance. Chaque théâtre a sa vocation, sa façon d'attirer et d'entraîner le public. Celui des Amandiers est implanté en Ile-de-France, où il est ardu d'entretenir des relations de voisinage avec les publics. Pourtant un travail de terrain est mené. J'en suis, madame la ministre, le témoin. Mais rien ne peut suppléer l'excellence de gestes théâtraux. La création authentique ne se dilue pas. Cela exige du talent - il y en a - et un effort financier pour lui permettre de se déployer.
Le ministère est-il prêt à consentir un effort aussi important que naguère ?
M. le président. La parole est à Mme le ministre.
Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication. Monsieur le sénateur, vous avez bien voulu attirer mon attention sur les intentions du ministère de la culture et de la communication à l'égard du théâtre des Amandiers de Nanterre.
Je partage votre appréciation sur la qualité du travail de Jean-Pierre Vincent, dont la récente création, Le Jeu de l'amour et du hasard, nous a offert, en effet, une lecture tout à fait innovante de Marivaux.
Le ministère de la culture ne s'est pas désengagé financièrement de cette institution. Vous savez que Stanislas Nordey, qui était associé au théâtre des Amandiers, a été nommé à la direction du centre dramatique de Saint-Denis, et que la dotation qui avait été ajoutée à celle du théâtre des Amandiers était liée à cette association. En bonne logique, les moyens financiers qui permettaient à Stanislas Nordey de faire vivre sa propre troupe de comédiens ont donc été transférés de Nanterre à Saint-Denis.
Il n'en est pas moins vrai que l'analyse des comptes du théâtre des Amandiers fait apparaître un déficit important.
Je souhaite contribuer à l'apurement de ce déficit, mais mon ministère ne pourra pas le faire sans la participation financière de la ville de Nanterre et du conseil général, dont, je tiens à le souligner, la contribution est importante et qui m'ont rappelé tout récemment encore leur motivation.
Au sein du réseau des centres dramatiques, les Amandiers de Nanterre bénéficient de la plus forte subvention de l'Etat, qui apporte 80 % du total des apports publics. La ville de Nanterre apporte 4 millions de francs, le conseil général des Hauts-de-Seine, 3 millions de francs, et l'Etat 29 millions de francs, ce qui représente 11 % du total des subventions du ministère destinées aux vingt-sept centres dramatiques nationaux.
L'existence du théâtre des Amandiers n'est pas menacée, mais le directeur considère qu'il n'a pas les moyens de mener le projet artistique qu'il souhaitait mettre en place, à l'occasion de son nouveau contrat de décentralisation dramatique.
Une mission d'évaluation a été menée par le service de l'inspection de la direction du théâtre et des spectacles ; elle a abouti à la mise au point d'un schéma financier visant à répartir les efforts nécessaires entre tous les partenaires, le théâtre réduisant ses dépenses d'ordre de marche et les collectivités publiques - Etat, ville de Nanterre et conseil général des Haut-de-Seine - revalorisant leur participation.
Ces propositions ont été soumises aux collectivités territoriales, et je recevrai très prochainement leurs représentants pour que nous puissions arrêter ensemble une position définitive sur cette question.
M. Michel Duffour. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Duffour.
M. Michel Duffour. Je vous remercie, madame la ministre, de ces précisions.
Vous l'avez dit, chaque théâtre a son histoire locale et, dans l'effort accompli par les collectivités publiques, la participation de la ville de Nanterre à l'entretien du théâtre compte énormément. C'est un des atouts de la réussite.
En tout cas, j'accueille avec satisfaction la décision que vous avez prise de rencontrer très prochainement les responsables des collectivités territoriales. Nous souhaitons vivement qu'un accord intervienne rapidement de façon que le projet artistique de M. Jean-Pierre Vincent ne soit pas amputé.

FORCES DE SÉCURITÉ PUBLIQUE
DANS LE DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT