DEUXIÈME PARTIE -

LA FILIÈRE : UNE MODERNISATION EN MARCHE ?
L'exemple de la rénovation du vignoble

M. Philippe de Guénin, directeur de l'Office national interprofessionnel des vins (ONIVINS)7 ( * )

En contrepoint des précédentes remarques, je souhaiterais présenter un exemple de la modernisation de la viticulture et de l'adaptation aux nouvelles attentes. Les mesures d'intervention structurelle sur le vignoble sont anciennes en France et en Europe.

L'arrachage primé

Dès 1976, une politique d'arrachage définitive a été mise en oeuvre. L'objectif consistait à adapter structurellement une offre excédentaire, compte tenu de l'évolution de la consommation.

L'arrachage primé a permis de réduire la surface plantée en vigne (1.070.000 hectares) de 220.000 hectares, soit 20 % de la surface totale. L'outil a donc été efficace. Cette politique a particulièrement concerné le Languedoc-Roussillon, où 100.000 hectares ont été arrachés. L'amélioration de la qualité et la baisse des rendements ont également été utilisées, mais de façon secondaire, pour l'objectif de réduction globale de la production.

Le nombre d'exploitations cultivant des vignes est passé de 405.000 en 1979 à 144.000 en 2004. La superficie de ces exploitations est passée de 2,6 à 6,2 hectares.

La réglementation a donc permis la réduction de la production.

La restructuration des vignobles

Par ailleurs, une politique de restructuration du vignoble a été mise en place de façon complémentaire. Elle a été mise en oeuvre dès 1973 dans le sud de la France. Le financement a d'abord été français, avant d'être partiellement pris en charge par le FEOGA. Il est principalement communautaire depuis 1999.

L'organisation commune de marché a mis en place cette mesure à la suite du constat que le cycle de vie de la vigne ne correspondait plus à la variation rapide des modes de consommation. Il fallait donc accompagner l'évolution des vignes pour que le décalage diminue. Cette politique a permis d'adapter le vignoble à la baisse de la consommation des vins de table et à la montée parallèle des vins de pays puis des vins de cépage.

200.000 hectares de vignes ont été transformés dans ce cadre, dont la moitié en Languedoc-Roussillon.

Il ne faut donc pas croire que la viticulture ne s'adapte pas. C'est un processus lent, car le changement des cépages est long à mettre en oeuvre, mais néanmoins continu. Il permet de satisfaire les nouveaux désirs des consommateurs et de conquérir des marchés à l'export, au moins sur quelques créneaux.

Les résultats

Les vignobles produisant des vins de table ont évolué vers les vins de pays et les vins de cépage.

Les cépages choisis sont ceux qui ont actuellement du succès au niveau international, comme le merlot et le cabernet-sauvignon. Les cépages productifs destinés à l'assemblage des vins de table disparaissent (carignan, aramon). L'évolution est la même pour les vins blancs.

Cette évolution est visible dans la croissance des AOC et des vins de pays et dans la baisse des vins de table. Depuis 1997, les volumes de vins de cépage ont considérablement crû.

Les outils sont utilisés à parts égales dans les vins de pays et dans les AOC. Ils servent, par exemple, à faire évoluer les proportions de cépages ou à déplacer les vignes de la plaine vers les coteaux. L'objectif demeure le même : se recentrer sur la demande qualitative du consommateur.

La France a donc bien bénéficié des outils communautaires. Elle en a profité davantage que d'autres pays européens en raison du dynamisme existant dans leur mise en oeuvre. La restructuration représente un budget annuel de 100 millions d'euros en France. Les outils peuvent paraître coûteux mais, en fait, ils sont bon marché par rapport à la production. Ils représentent seulement 2 ou 3 % des coûts, ce qui est bien moins élevé que dans d'autres filières agricoles.

* 7 Voir en annexe VII les documents projetés lors de l'intervention de M. Philippe de Guénin.

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