LE CONTROLE DE LA SECURITE ALIMENTAIRE

Table des matières




NOTE DE SYNTHESE

La loi n° 98-535 du 1 er juillet 1998 " relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité alimentaire des produits destinés à l'homme " a notamment créé un établissement public national, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), qu'elle a chargée d'une mission d'expertise de la sécurité sanitaire de l'ensemble de la chaîne alimentaire. En effet, aux termes de la loi, l'AFSSA " évalue les risques sanitaires et nutritionnels que peuvent présenter les aliments destinés à l'homme ou aux animaux ".

Placée sous la triple tutelle des ministères chargés de la santé, de l'agriculture et de la consommation, l'AFSSA remplace les structures d'expertise qui existaient précédemment et englobe certaines des structures de recherche antérieures à la loi de 1998. En revanche, sauf dans le domaine particulier du médicament vétérinaire, l'AFSSA ne dispose pas d'outils de contrôle propres, la loi prévoyant que, " pour l'accomplissement de ses missions, les laboratoires des services de l'Etat chargés du contrôle de la sécurité sanitaire des aliments et ceux qui leur sont rattachés sont mis à disposition de l'agence en tant que de besoin ". En pratique, les contrôles continuent à être assurés essentiellement par les services de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, par ceux du ministère de l'Agriculture ainsi que du secrétariat d'Etat à la Santé, et les trois ministères chargés de la consommation, de l'agriculture et de la santé prennent les décisions relatives à la gestion du risque.

Confrontés au même problème que la France, plusieurs pays européens ont également réformé récemment leur dispositif de contrôle de la sécurité alimentaire et créé un organisme comparable à l'AFSSA. La présente étude cherche donc à analyser l'organisation et les missions des homologues étrangers de l'AFSSA. Sans présenter la totalité des dispositifs de contrôle de la sécurité alimentaire dans les pays retenus, c'est-à-dire l' Allemagne , la Belgique , le Danemark , l' Espagne , les Pays-Bas et le Royaume-Uni , elle s'efforce cependant de décrire les missions et les moyens d'action des nouvelles entités de contrôle de la sécurité alimentaire par rapport aux acteurs traditionnels.

Cette étude fait apparaître que :

- la compétence des Länder et des communautés autonomes n'empêche pas l'apparition d'un pôle national de contrôle de la sécurité alimentaire en Allemagne et en Espagne ;

- la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont récemment regroupé les compétences relatives au contrôle de la sécurité alimentaire au sein d'une instance unique.

1) En Allemagne et en Espagne, la compétence des Länder et des communautés autonomes n'empêche pas l'apparition d'un pôle national de contrôle de la sécurité alimentaire

Dans ces deux pays, le contrôle de la sécurité alimentaire est assuré au niveau
régional .

En effet, la loi fédérale allemande de 1993 sur les denrées alimentaires précise que le contrôle de la sécurité alimentaire est organisé dans chaque Land et, en Espagne, le décret de 1996 sur la sécurité des produits de consommation prévoit que chaque communauté autonome désigne une instance qui vérifie que l'obligation de commercialiser des produits sûrs est respectée. Malgré cette régionalisation du contrôle de la sécurité alimentaire, un regroupement des compétences au niveau national se dessine.

En Allemagne, il existe depuis 1994 un Institut fédéral pour la protection sanitaire des consommateurs et pour la médecine vétérinaire , qui est chargé de garantir la sécurité sanitaire dans tous les domaines sauf celui du médicament. Doté d'une certaine autonomie, cet organe, qui est rattaché au ministère de la Santé, ne dispose pas de la personnalité morale. Il a essentiellement un rôle d'évaluation et d'expertise . Cependant, la loi fédérale sur les denrées alimentaires le charge d'exécuter, conjointement avec les Länder, le " programme de surveillance " qu'elle définit comme un dispositif d'observation, de mesure et d'évaluation des substances nocives présentes dans les aliments.

En Espagne, la compétence des communautés autonomes n'empêche pas que le ministère national de la Santé puisse prendre, en cas de danger, toutes les mesures qui lui semblent nécessaires pour les faire exécuter par les communautés autonomes. De plus, le décret sur la sécurité des produits de consommation prévoit que l'Etat et les communautés autonomes coordonnent leurs actions au sein d'une commission ad hoc . Par ailleurs, le gouvernement envisage depuis quelques mois la création d'une Agence pour la sécurité alimentaire , qui serait essentiellement chargée d'une mission d'expertise et de coordination de l'action des différentes administrations compétentes, sans que les compétences des communautés autonomes soient modifiées .

2) Dans les quatre autres pays étudiés, les compétences relatives au contrôle de la sécurité alimentaire ont été récemment regroupées

a) La Belgique et le Royaume-Uni ont institué des agences

En Belgique, la loi du 4 février 2000 relative à la création de l' Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire charge cette dernière d'instituer un système unifié qui intègre et coordonne tous les services d'inspection et de contrôle qui existent.

Au Royaume-Uni, le Food Standards Act de 1999, promulgué le 11 novembre 1999, confie la responsabilité nationale du contrôle de la sécurité alimentaire à la Food Standards Agency .

Malgré des statuts comparables, ces deux agences ont des missions différentes . L'agence belge est un établissement public, et l'agence britannique, que la loi qualifie de " département gouvernemental non ministériel ", peut être assimilée à un établissement public. Chacune des deux agences est placée sous l'autorité du ministre national de la Santé.

L'agence belge n'a pas encore commencé à fonctionner, car la loi qui l'institue est une loi-cadre, et les compétences actuellement exercées par les différents services de contrôle du ministère de l'Agriculture (essentiellement pour ce qui concerne les animaux vivants) et du ministère de la Santé publique (pour les autres aliments) devront lui être transférées par arrêté. En effet, l'agence belge doit reprendre aux deux ministères précités la totalité du contrôle des produits alimentaires et des activités économiques relatives aux aliments . Par ailleurs, la loi la charge d'une mission générale d'expertise et d'information . En revanche, en ce qui concerne l'établissement de la réglementation relative aux denrées alimentaires, sa compétence n'est que consultative.

A l'opposé, l'agence britannique n'est pas responsable des opérations de contrôle, celles-ci continuant à être assurées par les services d'inspection des collectivités locales et des autorités portuaires . Tout comme l'AFSSA, l'agence britannique est surtout un organe d'analyse et d'évaluation du risque. Cependant, comme l'agence responsable du contrôle de l'abattage des animaux de boucherie (qui avait été instituée en 1995 au moment où les collectivités locales avaient été dessaisies de cette question) a été intégrée à l'agence britannique, cette dernière dispose, dans le domaine particulier de l'abattage des animaux de boucherie et de leur transformation, de la maîtrise du contrôle.

b) Au Danemark et aux Pays-Bas, des services administratifs maîtrisent le contrôle de la sécurité alimentaire

Au Danemark, le dispositif de contrôle de la sécurité alimentaire a été réformé par étapes à partir du début de l'année 1997.

L'ensemble des tâches relatives au contrôle de la sécurité alimentaire a été regroupé au sein d'un seul ministère, le ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche. A l'intérieur de ce ministère, la direction de l'alimentation est seule compétente . Elle maîtrise tous les aspects du contrôle de la sécurité alimentaire, les opérations d'inspection étant assurées par onze unités régionales Celles-ci n'assurent pas elles-mêmes tous les contrôles, mais vérifient que les entreprises respectent leurs propres programmes de contrôle et que ceux-ci sont adaptés.

Les Pays-Bas se sont également engagés dans un processus de rationalisation en 1998, en regroupant les deux services du ministère de la Santé compétents respectivement pour l'inspection des animaux de boucherie et celle des autres aliments au sein d'un seul service, l' Inspection pour la protection de la santé, pour les marchandises et pour les questions vétérinaires . Ce service, qui relève du ministère de la Santé, dispose de l'autonomie comptable depuis le 1 er janvier 2000. Grâce à sa direction générale et à ses cinq services régionaux, l'Inspection assure toutes les fonctions du contrôle de la sécurité alimentaire, à l'exception de l'établissement de la réglementation.

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Seuls la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont institué un organisme plus ou moins comparable à l'AFSSA.

Au Danemark, il s'agit de la direction de l'alimentation, qui relève du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, tandis que, dans les autres pays, cet organisme est rattaché au ministère de la Santé.

De plus, à la différence de ses homologues étrangers, qui ne maîtrisent qu'une partie du contrôle de la sécurité alimentaire, la direction danoise de l'alimentation en maîtrise tous les aspects, sans toutefois que ses unités régionales pratiquent elles-mêmes tous les contrôles, car l'administration encourage l'autocontrôle.

UNION EUROPEENNE

Les crises alimentaires récentes ont révélé certaines faiblesses des systèmes de sécurité alimentaire de l'Union européenne et des Etats membres, et ont conduit les autorités européennes à réagir. La Commission européenne a donc adopté, le 12 janvier 2000, un livre blanc sur la sécurité alimentaire , qui présente les éléments qui devraient permettre, d'une part, d'atteindre le niveau le plus élevé possible de sécurité alimentaire et, d'autre part, de renforcer la compétitivité de l'industrie alimentaire européenne. Ce livre blanc repose sur une conception globale de la sécurité alimentaire, qui s'applique à toute la chaîne alimentaire animale et humaine " de la ferme à la table ". Il propose la création d'une autorité alimentaire européenne et un programme de réformes législatives relatives à la sécurité alimentaire. La Commission souhaite que cette autorité soit instituée dès 2002. Elle a donc fixé le terme de la période de consultation à avril 2000, afin de présenter une proposition législative définitive en septembre 2000.

L'autorité alimentaire européenne, dont les conditions de saisine restent à définir, devrait être une instance indépendante et transparente, reconnue comme " un centre d'excellence et de référence scientifiques " travaillant en étroite collaboration avec les agences et organismes scientifiques nationaux. Sa mission devrait consister à évaluer les risques et à en informer les intéressés . Pour cela, elle collecterait et analyserait l'information disponible, formulerait des avis, et informerait les consommateurs et les autres parties prenantes. En revanche, la gestion des risques devrait rester du ressort des institutions européennes , puisque la Commission, le Parlement et le Conseil continueraient à définir la législation, tandis que l'Office alimentaire et vétérinaire de la Commission continuerait à assurer la fonction de contrôle. Toutefois, il est prévu que la mise en oeuvre du système d'alerte rapide fasse partie des compétences de l'autorité alimentaire européenne.

En outre, le livre blanc propose un plan de plus de quatre-vingts actions, qui vise à améliorer et à rendre cohérent la législation communautaire applicable à tous les aspects de la production alimentaire " de la ferme à la table ", et dont la réalisation s'étalera sur les trois prochaines années.

ALLEMAGNE



Les règles relatives au contrôle de la sécurité alimentaire ont été profondément modifiées en 1993 et 1994.

La loi du 8 juin 1993 sur les produits alimentaires
, amendée par la suite, a réformé le droit de l'alimentation. Une délimitation nette du droit de l'alimentation et du droit des médicaments a alors été réalisée. Cependant, la loi de 1993 n'a pas modifié le principe selon lequel le contrôle de l'application du droit de l'alimentation incombe aux Länder.

La loi du 24 juin 1994 sur la réorganisation de certaines institutions fédérales compétentes en matière de santé
a notamment supprimé l'Office fédéral pour la santé, auquel elle a substitué trois organismes :

- l'Institut fédéral pour la protection sanitaire des consommateurs et pour la médecine vétérinaire, qu'elle charge de garantir la sécurité sanitaire dans tous les domaines, sauf dans celui du médicament ;

- l'Institut fédéral pour les médicaments et les produits médicaux,
responsable en particulier de délivrer les autorisations de mise sur le marché et d'évaluer les risques liés à l'utilisation des médicaments et des produits médicaux ;

- l'Institut fédéral pour les maladies infectieuses et pour les maladies non contagieuses.

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

D'après la Loi fondamentale, la " protection relative aux produits alimentaires " relève de la compétence législative concurrente de la Fédération. Ceci signifie que les Länder peuvent légiférer dans cette matière seulement dans la mesure et aussi longtemps que la Fédération ne l'a pas fait.

La loi fédérale du 8 juin 1993 sur les produits alimentaires laisse au ministère de la Santé le soin d'édicter tout règlement destiné à prévenir une menace pour la santé publique provoquée par des denrées alimentaires, que ce soit au moment de leur production, de leur conditionnement, de leur transport ou de leur commercialisation, ou de n'importe quelle autre opération. Pour cela, le ministère doit, sauf en cas d'urgence, recueillir l'assentiment du Bundesrat.

La loi fédérale, qui comporte plusieurs articles consacrés à la surveillance, ne modifie pas la règle traditionnelle selon laquelle le contrôle de la sécurité alimentaire est organisé par chaque Land. La loi se limite à énoncer quelques principes généraux (nécessité que les opérations de contrôle soient réalisées de façon régulière à l'aide de prélèvements d'échantillons et d'examens systématiques, exécution par du personnel qualifié, droit d'accès aux locaux où les produits sont fabriqués ou commercialisés et, en cas de danger grave, à d'autres locaux, droit de consultation de tous les documents intéressants...) et laisse aux Länder le soin de les compléter.

Au niveau fédéral, à l'exception de l'établissement de la réglementation, toutes les compétences relatives à la sécurité alimentaire sont assumées par l'Institut fédéral pour la protection sanitaire des consommateurs et pour la médecine vétérinaire ( Bundesinstitut für gesundheitlichen Verbraucherschutz und Veterinärmedizin : BgVV). Il s'agit d'une entité administrative autonome qui dépend du ministère de la Santé et qui n'est pas dotée de la personnalité morale. Le BgVV emploie presque 1000 personnes.

2) Les compétences de l'Institut fédéral pour la protection sanitaire des consommateurs et pour la médecine vétérinaire

a) Le champ d'action

Alors que les instances de contrôle de la sécurité alimentaire créées dans chaque Land ont une compétence territoriale limitée, le BgVV exerce ses activités sur la totalité du territoire fédéral .

En matière de sécurité alimentaire, la compétence du BgVV s'étend à la totalité des aliments, que la loi de 1993 définit comme des substances destinées à être mangées par l'homme, à l'état brut, après préparation ou après transformation. La compétence du BgVV s'étend donc à la totalité de la chaîne alimentaire . De plus, la loi assimile les emballages aux aliments.

b) Les missions et les pouvoirs

L'évaluation et l'expertise

La loi du 30 juin 1994 qui créée le BgVV lui assigne comme missions :

- la sécurité sanitaire, pour ce qui concerne les produits alimentaires, les produits dérivés du tabac, les cosmétiques et les autres produits de consommation courante (1( * )) , les produits phytosanitaires et insecticides, ainsi que les produits chimiques ;

- la protection de l'homme et de l'animal à l'égard de tout risque susceptible d'être provoqué par des additifs alimentaires ou par des matières dont la présence dans des aliments pour animaux n'est pas souhaitable ;

- l'évaluation des dangers que présentent pour la santé les produits chimiques et la mise en garde contre ces dangers, comprenant notamment leur classification et leur identification, la documentation et l'information ;

- le maintien de l'état sanitaire des animaux qui servent à la production de denrées alimentaires ;

- la protection de l'homme contre les maladies susceptibles d'être transmises par l'intermédiaire des animaux ;

- l'autorisation et l'enregistrement des médicaments vétérinaires ;

- l'étude des méthodes susceptibles de remplacer et de compléter l'expérimentation animale ;

- la préparation, la centralisation, l'évaluation, la documentation et le compte rendu des résultats de la " surveillance des aliments ", définie par l'article 46d-5 de la loi sur les aliments, ainsi que la réalisation d'inspections des laboratoires ;

- la prise en charge du rôle de laboratoire national ou communautaire de référence pour les denrées alimentaires, dans la mesure où des actes de l'Union européenne le citent ou citent l'ancien Office fédéral pour la santé ;

- les questions de diététique ;

- l'étude et l'évaluation du risque provoqué par des aliments génétiquement modifiés ;

- les questions sanitaires liées au transport de matières dangereuses.

L'information

La loi du 30 juin 1994 prévoit que le BgVV assure l'information du public dans son domaine de compétences.

La coordination de l'action des Länder

Conformément à l'article 46d-5 de la loi fédérale sur les produits alimentaires, le BgVV est chargé d'exécuter, conjointement avec les Länder, le programme de " surveillance alimentaire ", que la même loi définit comme un dispositif d'observation, de mesure et d'évaluation des substances nocives (métaux lourds, insecticides...) présentes dans et sur les aliments .

Dans le cadre de ce programme, les organismes de contrôle des Länder sont, en plus de leurs tâches habituelles d'inspection, chargés de prélever des échantillons et de les analyser.

Les données ainsi rassemblées sont transmises au BgVV qui les centralise et les exploite, et diffuse les résultats ainsi obtenus. Ces derniers font l'objet d'un rapport annuel, que le BgVV tient à la disposition des organes européens et internationaux concernés.

Concrètement, chaque année depuis 1995, les Länder et la Fédération établissent un programme précisant les aliments et les substances nocives qui doivent être contrôlés.

Par ailleurs, tout comme l'ancien Office fédéral pour la santé le faisait depuis 1989, le BgVV coordonne le programme de contrôle des résidus dans les aliments d'origine animale . Il s'agit d'un programme européen exécuté par les organismes de contrôle des Länder, mais que le BgVV établit chaque année et pour lequel il recueille, centralise et communique les données obtenues au niveau régional.

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Ainsi, le BgVV a essentiellement un rôle d'évaluation, d'expertise et de coordination tandis que le contrôle du risque alimentaire est effectivement assuré au niveau régional par des organismes créés par les Länder.

BELGIQUE



La crise de la dioxine en mai 1999, qui avait été précédée de plusieurs autres contaminations et de la révélation de fraudes dans le secteur de la viande, a fait apparaître les carences d'un système de surveillance de la sécurité alimentaire reposant principalement sur deux ministères : celui de la Santé publique et celui de l'Agriculture , le second surtout compétent pour le contrôle des animaux vivants.

Le secteur des denrées alimentaires est régi par une quinzaine de lois, générales ou sectorielles, assorties d'un grand nombre d'arrêtés d'exécution. Tous ces textes prévoient des mesures de contrôle, dont ils confient l'exécution à divers services et organismes administratifs. Ainsi, le morcellement et le chevauchement des compétences ont rendu malaisé le contrôle de la chaîne alimentaire, la détection des problèmes et leur règlement. A ceci, s'ajoute le partage des compétences entre l'Etat fédéral et les régions, qui se traduit par l'attribution du contrôle de la collecte et du traitement des déchets d'origine animale aux régions.

Le gouvernement a donc déposé, en urgence, le 5 novembre 1999, un projet de loi relatif à la création d'une Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. La loi, adoptée le 20 janvier 2000 et promulguée le 4 février 2000, prévoit la création, à compter du 1 er janvier 2000, d'une agence fédérale chargée de mettre en place un système de contrôle unifié et de gérer les risques en matière de production alimentaire . Il s'agit d'une loi-cadre qui renvoie à de nombreux arrêtés et confère à l'exécutif un pouvoir réglementaire exceptionnellement étendu.

Actuellement, l'Agence n'a qu'une compétence consultative, car un arrêté royal délibéré en conseil des ministres doit fixer les dates auxquelles elle exercera les compétences que les ministères de la Santé publique et de l'Agriculture lui transféreront.

En attendant que l'Agence soit opérationnelle, le ministre de l'Agriculture a présenté au conseil des ministres du 3 mars 2000 son projet CONSUM, (système de surveillance de la contamination), qui vise à mettre en place une surveillance permanente ainsi qu'à établir la traçabilité des matières premières et des aliments du bétail et des autres animaux destinés à la consommation humaine.

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

La loi du 4 février 2000 relative à la création de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire cherche à centraliser le contrôle de la sécurité alimentaire, en intégrant et en coordonnant tous les services d'inspection et de contrôle existants.

Ainsi, cinq services des deux ministères de la Santé publique et de l'Agriculture (trois relevant du premier et deux du second) seront, totalement ou partiellement, transférés à cette structure unique :

- l'Institut d'expertise vétérinaire, établissement public créé en 1981 et qui est responsable de l'état sanitaire des établissements travaillant dans le secteur de la viande et du poisson (abattoirs, ateliers de découpe, points de vente...) ;

- l'Inspection générale des denrées alimentaires, compétente pour les autres aliments ;

- au sein de l'Inspection générale de la pharmacie, chargée de l'application de toutes les règles relatives au médicament (enregistrement, publicité, fabrication...), les services responsables des médicaments vétérinaires ;

- la direction du ministère de l'Agriculture compétente pour la qualité des matières premières et du secteur végétal, et dont l'inspection générale des matières premières et des produits transformés est chargée de l'agrément des entreprises du secteur de l'alimentation animale, ainsi que des contrôles de la qualité des aliments pour animaux ;

- la direction du ministère de l'Agriculture compétente pour la santé animale et la qualité des produits animaux, qui comporte une inspection générale de la qualité des produits animaux (responsable du contrôle de la qualité de la viande dans les abattoirs) et une inspection générale des services vétérinaires (chargée de la prévention, de la détection et de l'éradication des maladies des animaux, ainsi que du contrôle de l'utilisation des médicaments vétérinaires).

Les services d'inspection qui dépendent du ministère de l'Agriculture interviennent essentiellement dans la filière de la production de la viande, jusqu'au stade de l'abattage.

L'article 5 de la loi prévoit que les compétences, institutions, services et organismes correspondant aux missions de l'Agence seront transférés par arrêté royal délibéré en conseil des ministres. Le Roi est habilité, pendant une durée d'un an, à " abroger, compléter, modifier, remplacer et coordonner " les quinze lois en vigueur régissant le secteur alimentaire et dont l'application incombe à l'Agence (loi relative à la protection des consommateurs en ce qui concerne les denrées alimentaires, loi relative à l'expertise et au commerce des viandes, loi relative aux pesticides...), ainsi qu'à prendre toutes les mesures visant " à réaliser le transfert, à rendre l'Agence opérationnelle, à éviter les conflits de compétences, à rendre le contrôle le plus efficace possible et à utiliser de façon optimale les moyens disponibles ". Les arrêtés pris dans le cadre de cette habilitation devront être validés par voie législative dans les dix-huit mois.

a) Le statut

La loi du 4 février 2000 précise, dans son article 2, que l'Agence est un établissement public doté de la personnalité morale et classé en catégorie A. En tant que tel, son projet de budget est établi par le ministre dont elle relève et les pouvoirs de gestion sont confiés à ce ministre. En application de l'article 13 de la loi, l'Agence est placée sous l'autorité du ministre de la Santé publique , auquel elle présente des rapports trimestriels ainsi qu'un rapport annuel de ses activités. Elle rend également compte de l'exécution de son budget à son ministre de rattachement et à celui des Finances.

L'Agence remet au Parlement un rapport annuel de ses activités, comprenant le bilan des résultats atteints au regard de ses missions.

Par ailleurs, la loi institue, auprès de l'Agence, deux organes consultatifs qui rendent des avis, de leur propre initiative ou sur demande du ministre de la Santé publique ou de l'Agence elle-même.

L'article 7 de la loi crée un comité consultatif chargé de la conseiller " à propos de toutes les matières relatives à la politique suivie et à suivre ". Il est composé de représentants de l'Etat fédéral, des régions et des communautés, des associations de consommateurs, des professions agro-alimentaires, ainsi que d'experts.

L'article 8 met en place un comité scientifique chargé de rendre des avis " sur toutes les matières relevant de la compétence de l'Agence et relatives à la politique suivie et à suivre ". Ses avis relatifs à la réglementation ont un caractère obligatoire. Il est composé d'experts nationaux et internationaux.

Un arrêté royal délibéré en conseil des ministres déterminera la composition de chacun de ces comités, leur mode de fonctionnement, leur date d'installation ainsi que le régime des incompatibilités professionnelles. Le conseil des ministres du 31 mars 2000 a approuvé deux projets d'arrêtés portant sur la composition et le fonctionnement de ces deux comités.

b) Le personnel

La direction de l'Agence est confiée à un administrateur délégué . Titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, il est chargé de la gestion et exerce l'autorité hiérarchique sur les membres du personnel.

Un arrêté royal délibéré en conseil des ministres fixera les conditions de désignation et d'exercice de la fonction, ainsi que les conditions contractuelles et le statut pécuniaire. Le 22 mars 2000, le conseil des ministres a adopté un projet d'arrêté royal relatif aux conditions de désignation et à la procédure de sélection de l'administrateur délégué.

L'administrateur délégué n'est pas obligatoirement un fonctionnaire, mais il doit avoir des compétences dans les domaines des " modifications organisationnelles et de la sécurité de la chaîne alimentaire ".

Le personnel de l'Agence proviendra principalement du transfert, d'office ou volontaire, d'agents des ministères et des organismes publics, et sera organisé par un arrêté royal pris en conseil des ministres.

Un arrêté royal délibéré en conseil des ministres fixera les conditions de recrutement du personnel statutaire et contractuel afin d'assurer " son objectivité, son indépendance et sa compétence " et déterminera le cadre et le statut de celui-ci, ainsi que les règles de mobilité. L'Agence devrait compter environ 1 200 personnes.

La loi oblige tous les membres de l'Agence à déclarer les intérêts qu'ils détiennent dans des entreprises de la chaîne alimentaire.

c) Le financement

Afin de rendre l'opération neutre sur le plan budgétaire, la création de l'Agence sera financée par les moyens des services actuellement compétents en matière de sécurité alimentaire. Il s'agira principalement des droits et redevances que l'Agence sera autorisée à percevoir en vertu des dispositions des lois relevant de sa compétence. Ces moyens lui seront affectés par arrêtés royaux.

Dans l'énumération des sources de financement de l'article 10 de la loi, figure également la possibilité de créer par arrêté royal délibéré en conseil des ministres " des redevances et des rétributions (...) à charge des personnes physiques et morales participant à la chaîne alimentaire ". Ces redevances seront établies notamment en fonction des risques sanitaires liés aux activités de ces personnes. L'Agence pourra donc en partie être financée par les contributions des établissements qu'elle contrôle.

2) Les compétences

a) Le champ d'action

La compétence de l'Agence s'étend à tous les aliments et à la totalité de la chaîne alimentaire, " de la ferme à la table ".

b) Les missions et les pouvoirs

L'article 4 de la loi assigne une double mission à l'agence : veiller à la sécurité de la chaîne alimentaire et garantir la qualité des aliments, afin de protéger la santé du consommateur.

En outre, l'alinéa 2 du même article précise que l'Agence " est chargée de l'élaboration, de l'application et du contrôle des mesures qui concernent l'analyse et la gestion des risques susceptibles d'affecter la santé des consommateurs ". Les alinéas 3 et 4 de l'article 4 précisent les pouvoirs de l'Agence :

- le contrôle, l'examen et l'expertise des produits alimentaires et de leurs matières premières ;

- le contrôle et l'expertise de toutes les activités économiques relatives aux aliments, depuis la production jusqu'à la vente ;

- l'octroi des autorisations nécessaires à la production et la commercialisation des denrées alimentaires ;

- l'élaboration et le contrôle de systèmes d'identification et de traçage des produits alimentaires et de leurs matières premières ;

- la collecte et gestion de l'information ;

- l'élaboration et la mise en oeuvre d'une politique de prévention et d'information ;

- la surveillance du respect de la législation ;

- la communication d'avis relatifs à la réglementation existante et future, y compris la transposition en droit interne de la réglementation internationale.

Dans le cadre de sa politique d'information, la loi institue " auprès de l'agence un point de contact permanent où le consommateur peut obtenir des informations objectives et déposer des plaintes individuelles concernant la qualité et la sécurité alimentaire ".

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L'Agence doit remplir complètement les missions d'évaluation des risques et d'information. En revanche, la gestion des risques ne lui revient que partiellement, puisque, si elle assure en totalité le contrôle, l'établissement de la réglementation relative à la sécurité alimentaire lui échappe, sa compétence dans ce domaine n'étant que consultative.

La régionalisation presque complète de l'agriculture, contenue dans le projet de réforme de l'Etat actuellement en préparation, risque d'empêcher l'Agence fédérale de remplir toutes les fonctions que la loi lui assigne.

DANEMARK



Le dispositif de contrôle de la sécurité alimentaire a été réformé au cours des dernières années : ses structures administratives ainsi que le cadre normatif dans lequel il s'exerce ont été modifiés. La réforme s'est réalisée en quatre étapes.

Un ministère unique, compétent pour l'ensemble des questions relatives au contrôle des denrées alimentaires a été créé le 30 décembre 1996 . Il s'agit du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, qui assume des compétences auparavant partagées entre le ministère de la Santé et celui de l'Agriculture et de la Pêche, ce dernier résultant d'un précédent regroupement entre le ministère de l'Agriculture et celui de la Pêche.

Au sein du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, la direction vétérinaire et l'Agence pour les produits alimentaires ont été regroupées en une seule direction, la direction de l'alimentation , le 1 er juillet 1997.

Une nouvelle loi sur les produits alimentaires a été adoptée le 1 er juillet 1998.

Un système décentralisé de contrôle, qui repose sur onze unités régionales, a ensuite été mis en place.

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

La réforme entreprise depuis le début de l'année 1997 a regroupé l'ensemble des tâches relatives au contrôle de la sécurité alimentaire au sein d'un seul ministère, le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche.

A l'intérieur de ce ministère, la direction de l'alimentation est seule compétente. Elle se subdivise en quatre sous-directions chargées respectivement des questions vétérinaires, de la législation sur les aliments, du contrôle des aliments, ainsi que des questions administratives et des unités de recherche.

La direction emploie environ 2 000 personnes . En 1998, on estimait à 870 millions de couronnes (soit environ 750 millions de francs) le montant des ressources affectées au contrôle de la sécurité alimentaire.

2) Les compétences de la direction de l'alimentation

a) Le champ d'action

La compétence de la direction de l'alimentation s'étend à la totalité de la chaîne alimentaire , " de la terre à la table " d'après les documents administratifs.

La loi sur les produits alimentaires s'applique à toutes les denrées alimentaires , alors que, traditionnellement, la législation était organisée par produits de base (lait, oeufs, viande...). En revanche, la loi précise qu'elle ne s'applique pas aux produits alimentaires fabriqués à l'intérieur des foyers familiaux, à l'eau potable, au tabac, aux substances utilisées pour lutter contre la dépendance à l'égard du tabac ou de l'alcool, aux produits cosmétiques, aux médicaments, ainsi qu'aux substances qui sont vendues avec un objectif thérapeutique plus ou moins direct.

b) Les missions et les pouvoirs

La direction de l'alimentation a pour missions principales :

- la protection des consommateurs contre les risques sanitaires et contre les informations erronées, ainsi que la promotion d'une bonne hygiène alimentaire ;

- la garantie d'une production animale saine et sûre, ainsi que le maintien d'un niveau vétérinaire élevé.

Ses objectifs essentiels sont les suivants :

- promouvoir le développement durable ;

- garantir des produits alimentaires sains et sans danger, et favoriser le développement d'aliments de qualité  ;

- garantir la transparence de ses activités et fournir des explications aux consommateurs sur les aliments ainsi que sur la nourriture ;

- assurer une régulation et un contrôle cohérents et efficaces de toute la chaîne alimentaire ;

- renforcer la capacité d'expertise de ses unités de recherche et d'étude ;

Pour atteindre ces objectifs, la direction de l'alimentation dispose des moyens d'action suivants :

- le contrôle et la veille sanitaire ;

- l'analyse du risque ;

- la recherche et le développement ;

- l'établissement de la réglementation ;

- l'information, notamment par la publication des résultats des contrôles.

La direction de l'alimentation insiste sur l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de contrôler elle-même toutes les denrées alimentaires. Elle précise que ce contrôle doit être réalisé par les producteurs et que le contrôle public de l'administration doit consister à vérifier que les entreprises respectent leurs propres programmes de contrôle et que ceux-ci sont adaptés.

La loi indique par ailleurs que le ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche peut par exemple prendre des mesures réglementaires relatives aux conditions dans lesquelles des aliments touchés par une pollution peuvent être vendus, ou à l'utilisation de substances ou de méthodes facilitant la production et le traitement des denrées alimentaires. Il peut aussi interdire ou limiter la culture de certaines plantes, l'élevage du bétail, la chasse, la pêche, la cueillette des fruits et des champignons.

La loi précise que, lorsque le ministère utilise son pouvoir réglementaire, les organisations nationales professionnelles et les associations de consommateurs doivent être préalablement consultées.

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La direction de l'alimentation regroupe donc les trois éléments caractéristiques du contrôle de la sécurité alimentaire : l'évaluation, la gestion du risque et la communication.

ESPAGNE



Le dispositif de contrôle de la sécurité alimentaire, qui est actuellement régi par le décret n° 44 du 19 janvier 1996 portant mesures pour garantir la sécurité des produits mis à la disposition des consommateurs, devrait être prochainement modifié.

En effet, la création d'une Agence pour la sécurité alimentaire, chargée de superviser et de coordonner les différents acteurs dans ce domaine, est envisagée depuis quelques mois.

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

Le décret de 1996 sur la sécurité des produits de consommation, qui s'applique à tous les produits destinés aux consommateurs ou susceptibles d'être utilisés par eux (2( * )) , prévoit que chaque communauté autonome désigne une instance chargée de contrôler que l'obligation de commercialiser des produits sûrs est respectée et communique sa décision au ministère de la Santé et de la Consommation.

Ainsi, dans la communauté autonome de Madrid, le ministère régional responsable de la santé dispose d'un corps d'environ 300 inspecteurs, spécialisés par groupes d'aliments. Toutes les communautés autonomes ont lancé récemment des campagnes de promotion de l'auto-contrôle de la part des professionnels du secteur agro-alimentaire.

La compétence des communautés autonomes n'est pas exclusive. En effet, si le ministère national de la Santé a connaissance d'un " risque grave et imminent pour la santé et la sécurité des consommateurs " , il prend toutes les mesures qu'il juge utiles et les fait exécuter par les communautés autonomes.

Le décret prévoit aussi la création d'une " commission de coordination et de coopération en matière de sécurité alimentaire ", qui permet à l'Etat et aux communautés autonomes de coordonner leurs actions. Il existe par ailleurs un système coordonné d'échange rapide d'informations, qui, en période de crise, fonctionne sous la direction du ministère de la Santé.

2) Les compétences de la future Agence pour la sécurité alimentaire

La création de l'Agence pour la sécurité alimentaire ne modifiera en rien les compétences des communautés autonomes en matière de sécurité alimentaire , car l'Agence devrait essentiellement  :

- coordonner l'action des différentes administrations compétentes, c'est-à-dire les deux ministères de la Santé et de l'Agriculture, ainsi que les communautés autonomes ;

- mener des expertises scientifiques et, dans ce cadre, constituer des bases de données ;

- proposer l'adoption d'actes normatifs susceptibles d'améliorer la situation sanitaire.

Souhaitée par tous (professionnels de l'industrie agro-alimentaire, monde politique, associations de consommateurs), la création de l'Agence a été annoncée en juin 1999 au Congrès des députés par le ministre de la Santé. Au mois de novembre 1999, le ministre de l'Agriculture a annoncé la constitution d'une commission interministérielle chargée de présenter un projet précis de création d'une telle agence.

PAYS-BAS



Née de la fusion, en septembre 1998, de l'Inspection pour la protection de la santé et de l'Inspection vétérinaire, qui dépendaient toutes les deux du ministère de la Santé, l'Inspection pour la protection de la santé, pour les marchandises et pour les questions vétérinaires est chargée de l'ensemble du contrôle de la sécurité alimentaire.

Elle relève du ministère de la Santé. Auparavant service administratif, elle a le statut d'agence depuis le 1 er janvier 2000.

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

L'Inspection pour la protection de la santé, pour les marchandises et pour les questions vétérinaires ( Inspectie Gezondheidsbescherming, Waren en Veterinaire Zaken , abrégée en Inspectie W & V ) est, depuis le 1 er janvier 2000, une agence , c'est-à-dire un service doté de l'autonomie comptable.

D'après les explications fournies par le ministre à la Chambre des députés (3( * )) ce changement de statut ne correspond pas à la recherche d'une plus grande indépendance mais au souci d'une gestion plus transparente et moins administrative. En lui permettant notamment d'échapper aux règles de la comptabilité publique et d'évaluer ainsi ses prestations à leur coût réel, le nouveau statut doit améliorer l'efficacité de l'Inspection. Le ministère souhaite aussi qu'elle s'engage chaque année sur des objectifs chiffrés (nombre de prestations, prix moyen d'une prestation...).

L'inspection W & V emploie environ 900 personnes et a un budget annuel de 120 millions de florins, soit 350 millions de francs.

Elle se compose d'une direction générale à La Haye et de cinq services régionaux . Ces derniers disposent d'une compétence générale à l'intérieur de leur région. De plus, chacun d'eux est spécialisé pour une catégorie de produits.

2) Les compétences de l'Inspection pour la protection de la santé, pour les marchandises et pour les questions vétérinaires.

a) Le champ d'action

L'Inspection W & V fait partie du dispositif national de contrôle de la santé publique, prévu par la loi sur la santé publique. Un arrêté de novembre 1998 décrit les trois composantes de ce dispositif :

- l'Inspection pour la santé publique, dont les compétences sont limitées au milieu de la santé stricto sensu (professionnels et institutions spécialisées, statistiques médicales, médicaments, produits sanguins, appareils médicaux...) ;

- l'Inspection pour la sécurité sanitaire environnementale ;

- l'Inspection W& V, dont les attributions sont définies par rapport à celles des deux précédentes et qui est donc compétente dans les matières qui ne leur sont pas attribuées. Plus précisément, l'Inspection W& V est chargée de contrôler et de favoriser l'application de plusieurs lois, parmi lesquelles celle sur le contrôle de la qualité des produits, celle sur l'inspection des animaux de boucherie, celle sur le bétail et celle sur les établissements du secteur de l'hôtellerie et de la restauration.

Sa compétence s'étend donc à la totalité de la chaîne alimentaire.

b) Les missions et les pouvoirs

Pour mener à bien sa mission générale de protection de la santé de la population et de défense des consommateurs, l'Inspection W & V :

- examine les situations qui lui paraissent dangereuses pour la santé ;

- étudie les plaintes reçues des consommateurs ;

- conseille les instances politiques ;

- publie les résultats de ses enquêtes.

Pour cela, l'Inspection W & V dispose de nombreuses prérogatives, dont les plus importantes sont les suivantes :

- accès aux locaux ;

- examen sur place et prélèvement d'échantillons ;

- consultation et copie de documents ;

- rédaction de procès-verbaux ;

- saisie des produits défectueux.

De plus, chacun des cinq services régionaux dispose de ses propres laboratoires pour analyser les échantillons prélevés par les contrôleurs.

* *

*

L'inspection W & V a donc essentiellement une mission d'expertise, de contrôle et d'information , l'établissement de la réglementation relevant de la compétence du ministère de la Santé.

ROYAUME-UNI



Le dispositif de contrôle de la sécurité alimentaire a été profondément réformé par le Food Standards Act de 1999 , promulgué le 11 novembre 1999 et qui a créé la Food Standards Agency .

Si ce texte ne modifie pas la règle, énoncée par la loi de 1990 sur la sécurité alimentaire, selon laquelle les opérations de contrôle sont essentiellement réalisées par les collectivités locales , il confie la responsabilité nationale du contrôle de la sécurité alimentaire à la Food Standards Agency .

L'essentiel du Food Standards Act de 1999 est entré en application le 1 er avril 2000, date à laquelle l'Agence a été officiellement créée. Cependant, certaines dispositions de la loi sont entrées en vigueur en janvier 2000, comme celles concernant la nomination des membres de l'Agence et celles relatives aux modifications réglementaires que le transfert de compétences à l'Agence entraînait.

En effet, jusqu'à sa réforme, le système reposait sur un partage des responsabilités entre le ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, qui assurait le rôle principal tout en étant chargé de promouvoir les intérêts de l'industrie agro-alimentaire, le ministère de la Santé, ainsi que les administrations régionales du Pays de Galles, d'Ecosse et d'Irlande du Nord. En outre, les deux ministères coordonnaient les activités d'un grand nombre de services administratifs plus ou moins indépendants. Dès septembre 1997, les deux ministères s'étaient rapprochés et avaient regroupé certaines de leurs activités au sein du Joint Food Safety and Standards Group .

1) L'organisation du contrôle de la sécurité alimentaire

L'application des règles relatives au contrôle de la sécurité alimentaire incombe principalement aux collectivités locales et aux autorités portuaires s'il s'agit de produits importés.

Leur action est coordonnée par le LACOTS ( Local Authorities Co-ordinating Body on Food and Training Standards ), qui leur fournit aussi aide et conseil.

En Angleterre -car l'organisation administrative est légèrement différente dans les autres parties du Royaume-Uni-, les collectivités locales confient le contrôle de la sécurité alimentaire à deux catégories de personnel distinctes, qui ont par ailleurs d'autres attributions (4( * )) :

- les Training Standards Officers vérifient la qualité, la composition, l'étiquetage et la publicité des produits alimentaires ;

- les Environmental Health Officers surveillent uniquement l'hygiène des produits alimentaires.

De plus, la loi de 1990 sur la sécurité alimentaire oblige les collectivités locales à recruter des analystes chimistes, qui examinent la composition des échantillons prélevés.

En 1995, les collectivités locales ont été dessaisies du contrôle de l'abattage des animaux de boucherie . La responsabilité de cette mission a été transférée au MHS ( Meat Hygiene Service ), Service pour l'hygiène de la viande, agence " exécutive " (5( * )) créée à cette date et alors placée sous l'autorité du ministère de l'Agriculture. Le MHS vérifie que les abattoirs agréés respectent les règles de sécurité alimentaire. Il emploie des vétérinaires et des inspecteurs sanitaires.

a) Le statut de la Food Standards Agency

Aux termes de la loi de 1999, la Food Standards Act est un non-ministerial government department , c'est-à-dire qu'elle appartient à l'exécutif sans pour autant faire partie d'un ministère . Elle est cependant rattachée au ministère de la Santé . Ce statut a été choisi, de préférence à celui d'agence " exécutive " d'un ministère, car il lui assure un plus grande indépendance. On peut assimiler la Food Standards Agence à un établissement public.

Ce statut justifie qu'elle rende compte de ses activités et de ses dépenses au Parlement de Westminster, ainsi qu'aux trois Parlements régionaux (6( * )) . Elle doit ainsi leur déposer son rapport annuel. De plus, elle est soumise au contrôle financier du National Audit Office , qui est l'instance supérieure de contrôle du bon emploi des fonds publics.

Par ailleurs, c'est l'Agence elle-même qui définit ses relations avec les autres intervenants dans le domaine de la sécurité alimentaire. L'article 22 de la loi de 1999 l'oblige à préparer et à publier une déclaration relative à ses objectifs généraux et à ses méthodes. Cette déclaration doit notamment contenir des dispositions sur ses rapports avec les ministères et les services administratifs nationaux, avec leurs homologues régionaux, avec les collectivités locales et avec les autres autorités.

Le projet de déclaration est soumis à l'approbation conjointe des instances dont relève l'Agence (c'est-à-dire le ministre de la Santé et le ministre pour les questions écossaises du gouvernement du Royaume-Uni, l'Assemblée nationale du Pays de Galles, et le département de la Santé et des Services sociaux d'Irlande du Nord), qui peuvent l'amender. La déclaration définitive est déposée devant le Parlement de Westminster ainsi que devant les Parlements régionaux. Elle fait l'objet d'une publication. La loi prévoit que la première déclaration doit être soumise aux autorités précitées dans un délai de trois mois à compter de la première réunion de l'Agence. Dans l'exercice de ses fonctions, l'Agence doit, aux termes de l'article 23 de la loi de 1999, respecter sa déclaration d'objectifs.

En cas de manquements graves de l'Agence, l'article 24 de la loi de 1999 prévoit que les quatre autorités dont elle dépend peuvent lui donner des instructions adéquates, après s'être mutuellement concertées et l'avoir consultée. Si l'Agence ne se conforme pas à ces instructions, le ministère de la Santé (7( * )) peut, avec l'accord des autres autorités dont dépend l'Agence, destituer tous ses membres.

b) La composition de la Food Standards Agency

L'article 2 de la loi de 1999 prévoit que l'Agence est composée d'un président, d'un vice-président et de plusieurs membres, dont le nombre peut varier entre huit et douze.

Le président et le vice-président sont nommés conjointement par les quatre autorités dont dépend l'Agence.

Les autres membres sont nommés après consultations mutuelles de ces dernières de la manière suivante :

- un par l'Assemblée nationale du Pays de Galles ;

- deux par le ministère chargé des questions écossaises dans le gouvernement du Royaume-Uni ;

- un par le département de la Santé et des Services sociaux d'Irlande du Nord ;

- les autres par le ministère de la Santé du gouvernement du Royaume-Uni.

Les membres de l'Agence devraient rester en fonction trois ans et leur mandat devrait être renouvelable. Cependant, cette règle ne s'applique pas aux premières nominations, pour éviter le renouvellement simultané de tous les membres.

Ces nominations sont faites selon les critères suivants :

- l'équilibre entre les compétences et expériences des différents membres ;

- leur indépendance, aucun des membres de l'Agence ne devant être le porte-parole d'intérêts particuliers . C'est pourquoi les participations, financières ou non, des membres à des groupes de pression ou à des entreprises doivent être mentionnées et rendues publiques.

Les nominations ont eu lieu en janvier et mars 2000, et l'Agence compte actuellement, outre le président et le vice-président, douze membres. Le président de l'Agence est un scientifique, spécialiste de zoologie et le vice-président dispose d'une expérience d'environ vingt ans dans le domaine de la protection des consommateurs. Le premier reçoit un salaire annuel de 96 000 livres (soit environ un million de francs) pour un poste à temps plein, tandis que le second reçoit 30 000 livres (soit environ 330 000 francs) pour un poste à mi-temps.

Pour l'aider dans ses fonctions, l'Agence peut, en application de l'article 5 de la loi de 1999 et après avis des autorités dont elle dépend, créer des comités consultatifs spécialisés, ou se rapprocher d'une autorité publique pour établir avec elle un comité consultatif commun. Les ministres de la Santé et de l'Agriculture peuvent, quant à eux, décider de lui adjoindre des comités consultatifs déjà existants.

c) Le personnel de la Food Standards Agency

L'article 3 de la loi prévoit la nomination d'un directeur administratif, qui a sous sa responsabilité les directeurs pour le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande du Nord.

Lors de la mise en place de l'Agence, le directeur principal est nommé conjointement par les quatre autorités dont dépend l'Agence, et les autres directeurs par celle qui est territorialement compétente. Par la suite, tous seront nommés par l'Agence, avec, pour le premier, l'approbation des autorités dont dépend l'Agence et, pour les seconds, l'approbation de la seule autorité territorialement compétente.

Le personnel de l'Agence sera constitué de fonctionnaires, dont la plupart seront pris dans les administrations existantes. Les besoins sont estimés à un peu plus de 500 personnes. En outre, le Service pour l'hygiène de la viande doit être intégré à l'Agence avec ses 1 650 personnes. Toutefois, ce service doit conserver son organisation propre.

d) Le financement de la Food Standards Agency

La proposition initiale du gouvernement de financer l'Agence par une redevance payée par les commerces et les entreprises du secteur agro-alimentaire a été abandonnée, car très contestée.

L'article 39 de la loi de 1999 prévoit que l'Agence est financée par des fonds publics votés par le Parlement de Westminster et par les trois Parlements régionaux.

Il est envisagé d'affecter les sommes allouées par le Parlement de Westminster au siège de l'Agence, à son personnel et à ses activités en Angleterre. Les sommes votées par les Parlements régionaux devraient financer les trois antennes administratives régionales et les activités régionales de l'Agence.

Le budget annuel de l'Agence est estimé à 125 millions de livres sterling (soit environ 1 360 millions de francs), dont une très grande part servira au fonctionnement du Service pour l'hygiène de la viande. Pour l'année 2000, l'essentiel de cette somme est fourni par une nouvelle répartition des fonds nationaux déjà affectés à la sécurité alimentaire.

2) Les compétences de la Food Standards Agency

a) Le champ d'action

La compétence de l'Agence s'étend à la totalité de la chaîne alimentaire , " de la ferme à la table " d'après les documents administratifs.

Les aliments visés sont ceux destinés à la consommation humaine et animale. En outre, selon l'article 29 de la loi de 1999, le ministère de l'Agriculture et les autres ministères concernés devront consulter l'Agence sur la politique générale qu'ils entendent mener en matière de produits vétérinaires.

L'Agence est compétente sur l'ensemble du Royaume-Uni .

Cependant, l'article 34 de la loi de 1999 lui fait obligation de coopérer avec le Food Safety Promotion Board , organisme de coopération entre l'Irlande du Nord et la République irlandaise. Cet organisme, qui devrait bientôt être institué, est chargé de la promotion de la sécurité alimentaire, de la recherche dans ce domaine, de la communication des alertes et de la surveillance des maladies liées à l'alimentation. De plus, l'Ecosse et l'Irlande du Nord peuvent, par une loi votée par leur Parlement respectif, décider de se retirer totalement ou partiellement de l'Agence, pour créer leur propre agence. La loi prévoit que dans ce cas, les modifications nécessaires seront prises par un règlement.

b) Les missions et les pouvoirs

L'article 1 er de la loi définit la mission principale de l'Agence : protéger la santé de la population contre tous les risques liés à la consommation de produits alimentaires, y compris les risques liés à leur production et à leur distribution. Plus généralement, l'Agence doit défendre les intérêts des consommateurs.

Les missions de l'Agence en matière d'alimentation humaine ou animale sont précisées aux articles 6, 7, 8 et 9 de la loi de 1999 :

- participer à l'élaboration des actes normatifs, y compris les textes européens et internationaux ;

- conseiller, informer et assister toutes les instances publiques, l'Agence ayant obligation de remplir sa mission si la demande émane d'un ministère ou de l'une des autorités régionales dont elle dépend ;

- conseiller et informer l'ensemble des citoyens, ou certains groupes bien définis, comme des associations de consommateurs ou des représentants de l'industrie agro-alimentaire ;

- recueillir les données utiles.

Pour mener à bien les missions qui lui sont assignées l'Agence dispose de nombreux pouvoirs .

- Elle conduit des observations, directement ou non, à n'importe quel stade de la production ou de la distribution et met en oeuvre des programmes de contrôle et de surveillance. Pour ce faire, elle bénéficie d'un droit d'accès aux locaux, de prélèvement d'échantillons, de consultation des dossiers, y compris des dossiers médicaux du personnel si besoin est. Les entraves qui lui sont opposées sont sanctionnées pénalement.

- Elle contrôle les activités des collectivités locales et des autorités portuaires, chargées de faire respecter la réglementation régissant les normes et la sécurité alimentaires.

- Elle publie les avis qu'elle rend.

- Elle élabore, à destination des collectivités locales, des instructions sur la gestion et le contrôle des risques liés à l'alimentation

- Elle propose au Parlement national l'adoption de mesures susceptibles d'améliorer la sécurité alimentaire. Ainsi, dès le début du mois d'avril 2000, elle a proposé l'adoption d'un plan concernant les 12 000 boucheries du pays et subordonnant l'agrément des magasins à la formation de leur personnel aux questions sanitaires. Ces licences devraient être renouvelées chaque année.

- Par délégation du ministre de la Santé, elle peut déclencher une procédure d'urgence en cas de menace pour la santé publique.

- Elle mène des campagnes d'information et d'éducation.

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*

La Food Standards Agency est cependant plus qu'un organe d'analyse et d'évaluation du risque car, dans la mesure où elle englobe le Service pour l'hygiène de la viande, elle dispose de la maîtrise du contrôle de l'abattage des animaux de boucherie et de leur transformation et dispose, dans ce domaine, d'un pouvoir de répression.



(1) Tels qu'ils sont définis dans la loi de 1993 sur les denrées alimentaires, c'est-à-dire tous les articles susceptibles d'entrer en contact avec des aliments (vaisselle, emballages, articles utilisés pour la fabrication des aliments...), les produits d'entretien, les jouets, les produits de l'hygiène corporelle et, de façon générale, tout ce qui peut se trouver durablement en contact avec une partie du corps humain (vêtements, draps, lunettes...).

(2) Ce texte ne s'applique donc pas aux animaux de boucherie avant leur abattage.

(3) La transformation d'un service ministériel en agence est décidée par le ministre concerné en accord avec le ministre des Finances. Elle doit être portée à la connaissance de la seconde chambre, qui peut requérir des explications supplémentaires et même s'opposer à cette décision.

(4) Les premiers doivent aussi vérifier l'application de nombreuses autres règles intéressant les consommateurs, comme celles relatives au crédit à la consommation, ainsi qu'aux poids et mesures, tandis que les seconds contrôlent notamment l'application par les employeurs des normes concernant la médecine du travail.

(5) Les agences " exécutives ", qui se sont multipliées à partir du début des années 90, font partie de la fonction publique, mais jouissent d'une grande autonomie en matière budgétaire et pour ce qui concerne le recrutement et les rémunérations de leur personnel.

(6) Le Food Standards Act de 1999 organise le statut de l'Agence en tenant compte des lois de dévolution de 1998, qui accordent une semi-autonomie à l'Ecosse, au Pays de Galles et à l'Irlande du Nord et qui attribuent notamment la responsabilité de la sécurité et des normes alimentaires aux nouvelles administrations écossaise, galloise et irlandaise. Dans chacune de ces régions, l'Agence a des antennes.

(7) Sans autre précision, " ministre de la Santé " et " ministre de l'Agriculture " signifient ministres du gouvernement du Royaume-Uni.



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