Allocution du Président du Sénat, M. Gérard Larcher,

à l’occasion du lancement

des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes

Sénat, le 24 mai 2023, à 12 heures 30

 

 

Seul le prononcé fait foi

 

Monsieur l’Ambassadeur de Cuba, qui assurez la présidence pro tempore du Grulac,

Madame la Secrétaire générale du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur Jean-Pierre Bel, ancien Président du Sénat,

Monsieur le Premier Vice-président du Sénat,

Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, mes chers collègues : je tiens en particulier à saluer les Présidents des groupes d’amitié du Sénat pour les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes,

Monsieur le Président de la Maison de l’Amérique latine, cher Alain Rouquié,

Mesdames et Messieurs,

Un double anniversaire. Voici ce qui nous réunit aujourd’hui : le XIIe anniversaire de l’instauration de la Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes, et la Xe édition des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Les deux sont désormais confondues, et la Journée est devenue Semaines au pluriel, grâce à votre mobilisation, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, et grâce au succès partout rencontré. Vous avez gravé dans un plateau d’argent offert au Sénat ce succès, et je tiens à vous en remercier : il est notre œuvre commune.

Tout est parti de ce jour fondateur, le 16 février 2011, lorsque le Sénat a adopté, à l’unanimité, une résolution instaurant la Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes, résolution qui doit beaucoup à Jean-Marc Pastor et à l’ancien Président du Sénat Jean-Pierre Bel. Ils sont parmi nous, et je tiens à les saluer et à rendre hommage à leur clairvoyance et leur initiative.

Depuis 2011, que de chemin parcouru ! La Journée s’est muée en plus de 400 événements, en 250 lieux différents, sur 15 jours ! Tel est le programme de cette année. Elle a essaimé dans tous les territoires.

Depuis 2016, les distinctions accordées par le Sénat à ceux d’entre vous qui œuvrez le plus au renforcement des liens entre la France, l’Amérique latine et les Caraïbes, obéissent à des choix thématiques.

Ils illustrent à la fois la richesse de nos relations et la variété de vos talents : le développement durable, la culture de la paix, les défis de la globalisation, l’éducation, les nouvelles solidarités dans un monde ébranlé par le Covid, les tensions, la guerre parfois …

Pour ce double anniversaire, nous avons souhaité innover. Comme de coutume, je remettrai, après le déjeuner, la médaille d’or du Sénat à chacune des personnalités que les Ambassadeurs de vos pays respectifs ont tenu à distinguer.

Mais je suis heureux d’accueillir, pour la première fois, l’ensemble des personnes distinguées depuis 2011 par le Sénat. Vous avez répondu massivement à cet appel, et je vous en remercie. C’est dire votre attachement aux liens entre nos pays et avec le Sénat.

Vous constituez, Mesdames et Messieurs, chacun d’entre vous, un maillon unique de la longue chaîne humaine qui nous unit par-delà les mers, dans l’action et autour de valeurs qui nous sont communes : la liberté, l’égalité, la justice. Ce sont les liens les plus solides. Je souhaite que nous vous applaudissions.

Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’une invitation tous les 10 ou 12 ans de l’ensemble des lauréats !

Au-delà de l’engagement qui est le vôtre, à titre individuel, vous pouvez devenir des acteurs collectifs de la relation entre la France, l’Amérique latine et les Caraïbes.

C’est le sens de votre présence ici et le projet que je vous propose : que vous vous rencontriez, en lien avec vos Ambassades, de façon régulière et collégiale, afin d’apporter une contribution nouvelle au développement de nos relations - vous qui êtes au carrefour de toutes nos identités.

Le Sénat serait honoré, à ce titre, de vous accueillir chaque année, en marge des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes, en une forme d’agora, d’amicale, d’association, de réseau - à vous d’en établir la forme et la dénomination. Et d’écrire votre devenir.

Car nous avons besoin, je crois, d’un regard neuf, critique parfois, constructif toujours, sur ce que nous pouvons faire et mieux faire. Afin d’octroyer un nouveau souffle à nos relations, riches d’entreprises et de succès individuels, mais auxquelles il manque peut-être une vision d’ensemble, un sens retrouvé. Je sais que la Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères y est attentive, Madame la Secrétaire générale.

À l’heure où la France est parvenue à partager avec l’Union européenne une stratégie indo-pacifique, il est temps de construire, avec toutes les bonnes volontés, une stratégie avec l’Amérique latine et les Caraïbes, et surtout de l’élever au même rang de priorité politique.

 

Mesdames et Messieurs,

Il y a plus d’un an déjà, la Russie agressait, une fois de plus, l’Ukraine, après avoir soigneusement entretenu les tensions pendant des mois et planifié une guerre qu’elle croyait mener avec succès et de façon éclaire, certaine qu’elle était de sa supériorité.

Mais la raison du plus fort a ses limites : celle des peuples souverains, refusant la domination impérialiste, l’occupation, la barbarie, et résistant aux bombardements des villes et villages, aux exactions de toutes sortes commises par une puissance se croyant dominante. Dont le dessein est d’annihiler un pouvoir - le pouvoir ukrainien, élu, démocratique.

Cette description de ce que subit le peuple ukrainien depuis l’agression russe trouvera, j’en suis sûr, par certains aspects, un écho dans nombre de vos pays, meurtris par le passé dans leur chair.

Cette Amérique latine « les bras en croix », « crucifiée », chantée par Mercedes Sosa. Mais seule la poésie a le pouvoir de magnifier ainsi la souffrance, pour faire entendre un cri : résister !

Aujourd’hui, comme hier, prenons garde de ne pas céder aux fauteurs de guerre, qui sont aussi des marchands d’illusions.

Pouvons-nous croire un instant qu’il s’agit d’une guerre idéologique, du Nord contre le Sud, de l’Est contre l’Ouest, quand il s’agit, purement et simplement, d’une guerre d’agression impérialiste ? Un seul civil russe, un seul cm² de la Russie, a-t-il jamais été attaqué, et c’est heureux, par l’Ukraine ?

Pouvons-nous croire que les sanctions à l’encontre de la Russie seraient à l’origine des pénuries de denrées alimentaires, quand la même Russie a pris le contrôle de grands ports et des voies maritimes d’exportation ? Pouvons-nous croire que les sanctions européennes sont la cause de l’inflation mondiale ?

Pouvons-nous, au nom de la real politik, accepter les déplacements forcés de populations, des enfants séparés de leurs parents, les bombardements de civils chaque jour et chaque nuit par des missiles ou des drones meurtriers ? Et l’occupation d’un pays souverain ?

Ce sont toutes ces questions, graves, que nous devons encore et encore nous poser, au moment de prendre des décisions politiques.

La guerre qui se joue sur le sol ukrainien peut paraître à certains lointaine par la géographie ; elle nous est proche par ses enjeux et les valeurs. Les combats d’hier pour la liberté, la démocratie, la souveraineté, ont aujourd’hui le visage de l’Ukraine. Ils avaient hier, dans un autre contexte, le visage de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Paraguay et de tant d’autres pays.

Nous devons ensemble être au rendez-vous. Chacun avec ses possibilités. Il n’y a pas d’équidistance qui tienne entre un agresseur et un agressé.

Bien-sûr, le désir de paix est dans tous nos esprits. Mais, vos sociétés le savent plus que d’autres : le temps de la justice doit précéder le temps de la paix.

 

Mesdames et Messieurs,

L’amitié qui unit la France, l’Amérique latine et les Caraïbes se classe parmi les amitiés authentiques. Les amis véritables ne sont pas toujours ceux qui se présentent sous le jour le plus alléchant. En général, plus les offres sont alléchantes, et moins elles sont généreuses !

Mais le succès des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes montre que l’amitié et la générosité sont également partagées par nos pays, et que l’appétit de relations demeure grand ! Avec une ambition chevillée au corps : mieux faire ensemble !

Vous pouvez compter sur le Sénat pour qu’il soit, non une 2nde maison de l’Amérique latine et des Caraïbes, elle est unique, mais une enceinte toujours ouverte à vos pays, et à votre écoute.

En formant le vœu que, l’année prochaine, nous puissions porter sur les fonts baptismaux l’agora de l’ensemble des personnalités distinguées par la médaille du Sénat, je souhaite à nouveau un plein succès à l’édition des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes qui s’ouvre aujourd’hui, ici au Sénat.

Vive l’Amérique latine ! Vive les Caraïbes ! Et vive la France !