SEANCE DU 19 DECEMBRE 2000


M. le président. Par amendement n° 73 rectifié, M. Charasse et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent d'insérer, après l'article 27, un article additionnel ainsi rédigé :
« A compter du 1er janvier 2002, l'article 302 bis ZA du code général des impôts est ainsi modifié :
« 1° Le premier alinéa constitue un 1 et le deuxième alinéa constitue un 3 ;
« 2° Dans le premier alinéa :
« a) Les mots : "8 000 kilovoltampères" sont remplacés par les mots : "100 000 kilowatts" ;
« b) Les mots : "implantés sur les voies navigables" et la dernière phrase sont supprimés ;
« 3° Il est inséré, après le premier alinéa, un alinéa ainsi rédigé :
« 2. Le tarif de la taxe est de 6 centimes par kilowattheure produit par les ouvrages hydroélectriques implantés sur les voies navigables et de 4 centimes par kilowattheure produit par les autres ouvrages hydroélectriques. »
La parole est à M. Massion.
M. Marc Massion. L'article 10 bis du projet de loi de finances pour 2001 a pour objet de modifier l'assiette et le taux de la taxe sur les ouvrages hydroélectriques concédés. Il vise essentiellement à permettre à la Compagnie nationale du Rhône de poursuivre son développement et d'améliorer sa compétitivité.
Afin de ne pas affecter le rendement de la taxe - 1,7 milliard de francs en 2001 -, il a été procédé à une extension de son assiette à l'ensemble des ouvrages hydroélectriques. Toutefois, les ouvrages autres que ceux qui sont implantés sur des voies navigables bénéficient d'un taux moindre, 1,5 centime. Pour tous les ouvrages, le seuil de taxation a été relevé de 8 000 kilovoltampères à 20 000 kilowatts.
Malgré ce relèvement du seuil de taxation, une exonération plus large est souhaitable, afin de ne pas pénaliser les installations de montagne et de ne pas décourager des investissements particulièrement utiles, s'agissant d'une énergie non polluante et renouvelable.
L'amendement vise donc de porter le seuil de taxation à 100 000 kilowatts et, afin de ne pas porter atteinte au rendement de la taxe, d'augmenter de 1,5 à 4 centimes le taux de la taxe sur les ouvrages autres que ceux qui sont implantés sur les voies navigables.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Bien que cet amendement soit quelque peu exceptionnel, puisqu'il revient sur un texte adopté dans les mêmes termes par les deux assemblées, au surplus sur une initiative gouvernementale, cette précision paraît utile.
M. Michel Charasse. C'est pour 2002 !
M. Philippe Marini, rrapporteur général. La commission a bien noté le libellé vertueux de l'amendement sur ce point, mon cher collègue !
Cet amendement apportant une précision utile et venant sans doute régler des problèmes bien réels, la commission n'y est pas opposée.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. Mesdames, messieurs les sénateurs, le Gouvernement partage évidemment votre souci de ne pas pénaliser les ouvrages existants ni les nouveaux projets.
Le seuil d'exonération qui existe actuellement, et qui est fixé à 20 000 kilowatts, permet d'ores et déjà de ne pas soumettre à la taxe la plupart de ces ouvrages. Il semble que la disposition que vous proposez, si elle devait être adoptée, conduirait à une élévation substantielle du taux de taxation sur certains ouvrages existants.
J'avoue que je ne comprends pas très bien les raisons pour lesquelles la Haute Assemblée reviendrait, pour la seule année 2002, je l'ai bien noté, sur un texte voté conforme par ailleurs.
Pour ces raisons, je m'en remets à la sagesse du Sénat.
M. Pierre Lefebvre. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Lefebvre.
M. Pierre Lefebvre. Monsieur le président, madame la secrétaire d'Etat, mes chers collègues, nous n'étions pas favorables à l'adoption de l'article 10 bis de la loi de finances pour 2001 et nous ne sommes pas non plus favorables à l'adoption de cet amendement n° 73 rectifié.
Selon nous, il s'agit tout simplement de créer les conditions d'un alourdissement de la charge fiscale pesant sur l'établissement public Electricité de France, qui a déjà maintes fois été mis à contribution dans le passé par l'Etat et cela pour boucler un budget mal agencé, avec pour motif exclusif un renforcement de l'attractivité de la Compagnie nationale du Rhône.
La loi sur la modernisation du service public de l'électricité, c'est-à-dire, pour l'essentiel, la transposition en droit national d'une directive européenne, offre en effet l'opportunité à la Compagnie nationale du Rhône de devenir un opérateur indépendant de ses missions d'origine et déconnecté de son alliance stratégique essentielle avec Electricité de France.
Il s'agit en quelque sorte de rendre la mariée, la CNR, encore plus belle pour tout prétendant - ils sont nombreux ! - qui se présenterait et ferait sa demande.
L'amélioration de la situation financière de la compagnie, c'est un peu la dot que l'on offre au fiancé, et c'est EDF qui va payer la facture.
En disant cela, nous ne faisons ni plus ni moins que décrire une réalité qui va conduire à accroître artificiellement le coût de production de l'énergie hydroélectrique de l'établissement public et donc à augmenter la facture pour le client captif de l'opérateur historique, c'est-à-dire le particulier.
Qui plus est, on rompt ainsi la coopération naturelle entre EDF et la CNR, qui a permis, depuis la Libération, de mener, en termes d'indépendance énergétique, d'aménagement du territoire et de développement économique, une politique efficace, vérifiable sur le terrain et porteuse de potentialités.
Cet amendement n° 73 rectifié nous semble donc particulièrement mal venu, et nous ne le voterons pas.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 73 rectifié, accepté par la commission et pour lequel le Gouvernement s'en remet à la sagesse du Sénat.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 27.

Articles additionnels avant l'article 33