TRAITÉ AVEC L'ALLEMAGNE RELATIF
À LA CONSTRUCTION D'UN PONT ROUTIER
SUR LE RHIN

Adoption d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi (n° 304, 1996-1997) autorisant la ratification du traité entre le Gouvernement de la République française et la République fédérale d'Allemagne relatif à la construction d'un pont routier sur le Rhin entre Eschau et Altenheim (ensemble une annexe). [Rapport n° 337 (1996-1987).]
Dans la discussion générale, la parole est à M. le ministre.
M. Pierre Moscovici, ministre délégué, auprès du ministre des affaires étrangères, chargé des affaires européennes. Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, la construction d'un ouvrage sur le Rhin pour délester le pont de l'Europe est prévue depuis 1973, et son principe a été approuvé par la commission intergouvernementale de voisinage franco-germano-suisse en 1977.
Les négociations du traité relatif à la construction de ce pont ont été entreprises sur l'initiative du ministère des transports en 1993 et relancées en 1995 par le ministère des affaires étrangères. Elles ont permis de surmonter deux types d'obstacles particuliers.
Les premiers étaient de nature fiscale : en effet, la France assumant la maîtrise d'oeuvre des travaux de construction et d'entretien du pont, ceux-ci seront logiquement soumis à la seule TVA française pendant les travaux. Afin de prévenir l'apparition de différends entre la France et l'Allemagne sur le calcul des montants de TVA à partager, des procédures de contrôle et d'échanges de données ont dû être prévues. Les Allemands ont souhaité assortir le texte d'une annexe relative à la protection des données à caractère personnel échangées.
Ensuite, se sont posées des difficultés relatives au droit d'entrée des travailleurs du chantier ressortissants d'Etats non membres de l'Union européenne ou de l'espace économique européen sur le territoire des parties contractantes. Une solution équilibrée a été trouvée : ces travailleurs n'auront pas à solliciter d'autorisation de travail s'ils sont employés par une entreprise ayant son siège dans l'Union européenne ou l'espace économique européen. Un titre de séjour temporaire sera cependant demandé pour un séjour de plus de trois mois.
Ce traité constitue l'aboutissement de négociations reprises en 1995 par la France et l'Allemagne, lors du sommet de Baden-Baden. Le traité a été signé lors du sommet de Dijon, le 5 juin 1996, par les ministres français et allemand des affaires étrangères et des transports.
Ce second pont sur le Rhin à Strasbourg doublera au sud le pont de l'Europe. Relié aux grands axes routiers alsaciens, cet ouvrage permettra un délestage du pont de Kehl, notamment pour le transport de marchandises, de l'ordre de 10 000 véhicules par jour. La construction de cet ouvrage, attendue depuis très longtemps, améliorera donc de façon décisive, pour l'ensemble de la région, les liaisons avec l'Allemagne.
En ce qui concerne plus particulièrement Strasbourg, le pont facilitera le développement de la plate-forme aéroportuaire de Strasbourg-Entzheim et du port autonome en améliorant les liaisons avec l'Allemagne. Il accroîtra également la qualité de vie des riverains en détournant le trafic de transit des zones urbaines.
Le coût de ce projet est estimé à 146 millions de francs et sera supporté à parts égales par les deux partenaires français et allemand, soit 73 millions de francs pour la France. Il convient d'y ajouter l'accès au pont par un viaduc dont le coût s'élève à 128 millions de francs environ.
Le projet appelle donc un financement de 200 millions de francs pour la partie française, l'Etat assurant 50 % de l'investissement et les collectivités locales le reste, à savoir 20 % pour la région Alsace et 30 % pour le département du Bas-Rhin. Le projet contribuera ainsi également à la stimulation de l'activité économique régionale.
Ce pont constituera une contribution concrète à l'accroissement des échanges entre les régions frontalières française et allemande, qui constituent l'un des piliers de la relation d'amitié franco-allemande. En jetant un nouveau pont sur le Rhin, la France et l'Allemagne témoignent de façon symbolique, mais aussi tangible, de leur volonté de resserrer encore leur relation d'amitié, par le renforcement des liens humains et économiques transfrontaliers.
Tels sont, monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, les principales dispositions du traité entre la République française et la République fédérale d'Allemagne relatif à la construction d'un pont routier sur le Rhin entre Eschau et Altenheim.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur.
M. Hubert Durand-Chastel, rapporteur de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le traité relatif à la construction d'un second pont sur le Rhin, signé lors du sommet franco-allemand de Dijon, le 5 juin 1996, permet de lancer la réalisation d'un équipement majeur, planifié depuis plusieurs années dans les documents d'urbanisme de l'agglomération de Strasbourg.
Je rappellerai tout d'abord que, sur les quelque 180 kilomètres formant frontière avec l'Allemagne, dix ouvrages routiers permettent actuellement de franchir le Rhin, mais qu'un seul d'entre eux dessert l'agglomération de Strasbourg : le pont de l'Europe, entre Strasbourg et Kehl.
Il apparaît clairement, depuis plusieurs années, que cet unique pont ne peut répondre aux besoins générés par le développement de l'agglomération strasbourgeoise et par l'intensification des échanges avec l'Allemagne. Le pont de l'Europe reçoit actuellement un trafic supérieur à 30 000 véhicules par jour en moyenne, ce qui provoque de fréquents engorgements du pont lui-même et de ses voies d'accès.
Un projet de second pont, situé à 10 kilomètres au sud environ, a été étudié dès le milieu des années soixante-dix.
Ce projet s'intègre dans une réalisation plus vaste, tendant à créer un nouvel axe transversal franco-allemand à la périphérie sud de l'agglomération, qui relierait les deux « épines dorsales » routières de l'Alsace et du Bade-Wurtemberg : l'autoroute Strasbourg - Mulhouse et l'autoroute Bâle - Francfort.
Cet axe transversal est déjà en cours de construction côté français, sous la forme d'une rocade sud de Strasbourg, dont la mise en service est prévue pour 1999. Le nouveau pont devrait être réalisé dans le même temps. Côté allemand, des aménagements sont envisagés pour rallier la ville d'Offenburg et le grand axe autoroutier Bâle - Francfort que je viens d'évoquer.
L'intérêt socio-économique de ce second pont sur le Rhin est évident. Il permettra de délester le pont de l'Europe, d'améliorer les conditions de circulation et de réduire la pollution en centre d'agglomération, mais aussi d'assurer une excellente desserte des zones industrielles, du port autonome et de l'aéroport de Strasbourg.
Ce second franchissement du Rhin ne peut que renforcer l'attractivité et les débouchés de la grande métropole alsacienne.
Signé le 5 juin 1996 lors du sommet franco-allemand de Dijon, le traité permet désormais à ce projet d'entrer dans sa phase concrète.
Sur le plan juridique, le traité est tout à fait proche d'accords analogues conclus pour la construction d'ouvrages similaires. Si le coût de l'opération - soit près de 150 millions de francs - est réparti par moitié entre les deux pays, c'est néanmoins la France qui en assurera la construction.
Le traité comporte un certain nombre de stipulations classiques pour la construction des ouvrages transfrontaliers, notamment en matière fiscale, et pour l'accès et le séjour des travailleurs étrangers durant la construction. Il instaure également une commission mixte franco-allemande chargée de superviser la réalisation et le financement de l'ouvrage.
En ce qui concerne le pont lui-même, le traité en définit les caractéristiques précises : une longueur totale de 457 mètres, une travée centrale de 205 mètres qui permettra de dégager un gabarit navigable de 150 mètres de large, une chaussée routière à deux voies et une piste cyclable.
J'ajoute que chaque Etat supportera pleinement le coût de réalisation des voies d'accès au pont, ce qui représente, côté français, près de 130 millions de francs pour relier le pont à la rocade sud de Strasbourg.
Il s'agit donc d'une opération globale de l'ordre de 200 millions de francs pour notre pays. L'Etat prend en charge 50 % de l'opération et les collectivités locales l'autre moitié, répartie entre le département du Bas-Rhin, pour 30 %, et la région Alsace, pour 20 %.
Tels sont, mes chers collègues, les principaux éléments de ce traité, qui permettra la réalisation d'un équipement très attendu par la population ainsi que par les responsables politiques et économiques de l'Alsace.
Je vous invite, en conséquence, à adopter le présent projet de loi.
M. le président. Personne ne demande la parole dans la discussion générale ?...
La discussion générale est close.
Nous passons à la discussion de l'article unique.
« Article unique. - Est autorisée la ratification du traité entre la République française et la République fédérale d'Allemagne relatif à la construction d'un pont routier sur le Rhin entre Eschau et Altenheim (ensemble une annexe), signé à Dijon le 5 juin 1996 et dont le texte est annexé à la présente loi. »