Discours du Président du Sénat, M. Gérard Larcher

jeudi 21 octobre 2021

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Monsieur le Président de la Délégation sénatoriale aux entreprises, cher Serge Babary,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, mes chers collègues,

Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir pour cette cinquième Journée des entreprises organisée au Sénat par notre Délégation aux entreprises dont je salue le Président, Serge Babary, et les membres.

Comme cela vous a été rappelé dans la vidéo de présentation, nous avons créé cette Délégation en 2014 dans le souci d’enrichir les réflexions et les travaux du Sénat par une approche très concrète et pragmatique de la vie des entreprises dans leur diversité. Il s’agit d’informer le Sénat sur la situation et les perspectives de nos PME et PMI, d’identifier les obstacles à leur développement et, bien sûr, de proposer des évolutions du cadre législatif et réglementaire en s’inspirant de bonnes pratiques et d’expériences locales réussies afin d’encourager la croissance et l’emploi au cœur des territoires.

Aller à la rencontre des entrepreneurs partout en France, observer le tissu économique local pour mieux comprendre les problématiques de terrain font partie des fondamentaux de la Délégation. Grâce au partenariat que nous avons noué en 2017 avec le réseau des Chambres de commerce et d’industrie, les Sénateurs qui le souhaitent ont la possibilité de passer quelques journées en immersion dans des entreprises. Le Président de CCI France, Pierre Goguet, nous a rappelé l’intérêt de ces échanges croisés. Les contacts directs, étroits et approfondis permettent une meilleure compréhension des enjeux économiques locaux et des attentes des entreprises qui irrigue ensuite les réflexions et les propositions du Sénat.

La Délégation participe ainsi activement aux travaux de contrôle de l’action du Gouvernement, qui est l’une des missions essentielles du Parlement et à l’examen des projets de lois intéressant les entreprises, que ce soit par le biais de rapports d’information, de propositions de résolution, d’amendements ou de projets de loi.

Pour être bref, je ne mentionnerai que deux exemples récents et particulièrement significatifs.

Faisant suite aux retours de terrain récurrents et lancinants, la Délégation a adopté au printemps 2020 le rapport de Michel Canévet et Guy-Dominique Kennel sur le manque de compétences et les difficultés de recrutement dans un contexte de forte évolution des métiers.

Ce rapport et les recommandations qu’il contient sont aujourd’hui encore plus au cœur de l’actualité. Alors que la France enregistre toujours le 5e taux de chômage le plus élevé de l’Union européenne, plusieurs centaines de milliers d’emplois ne sont pas pourvus et une proportion croissante d’entreprises, notamment de l’industrie et du bâtiment, ne trouvent pas les compétences dont elles ont besoin ! Nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire d’un taux de chômage structurel qui reste aux alentours de 7 %, alors que certains de nos voisins, notamment l’Allemagne, se situent plutôt entre 3 et 4 %.

Un autre exemple concret concerne l’évolution des modes de travail qui se caractérise notamment par l’essor du télétravail, la fragmentation des parcours professionnels, le développement des microentreprises et l’apparition de nouvelles formes d’emploi à la frontière entre travail indépendant et salariat. Le rapport d’information présenté par Martine Berthet, Michel Canévet et Fabien Gay, a analysé tous ces phénomènes qui transforment profondément le monde du travail. Ils constituent un véritable défi pour les managers et les chefs d’entreprise et sont également porteurs de nouveaux risques pour les travailleurs auxquels nous devons être particulièrement attentifs.

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L’édition 2020 de la Journée des entreprises avait dû être annulée en raison de la crise sanitaire. Malgré ce contexte difficile, le dialogue établi sur le terrain entre les Sénateurs et les entreprises s’est poursuivi sous d’autres formes grâce à l’engagement personnel d’Élisabeth Lamure, puis du Président Serge Babary.

La Délégation a maintenu régulièrement informés les Sénateurs ainsi que les acteurs locaux soucieux d’orienter les entreprises vers les mesures mises en place pour les aider à traverser la crise : le dispositif d’activité partielle, le fonds de solidarité, les prêts garantis par l’État ou les aides à la numérisation des TPE, PME et ETI.

Elle s’est également mobilisée au service de toutes les entreprises du pays en relayant leurs craintes, leurs difficultés et leurs attentes ainsi que les initiatives et les bonnes pratiques mises en place dans les territoires.

Les entreprises ont traversé une période particulièrement difficile parce que totalement inédite et imprévisible. Grâce aux mesures d’urgence déployées par l’État que le Sénat a soutenues, et à celles apportées par les collectivités territoriales, elles ont dans l’ensemble plutôt bien résisté. Nombre de faillites ont ainsi été évitées et l’emploi a été globalement préservé.

Confrontées à un contexte à la fois évolutif et très incertain, les entreprises ont fait preuve d’une grande agilité et ont su adapter en permanence leur mode d’organisation et de fonctionnement. Le télétravail s’est, par la force des circonstances, considérablement développé. Cette période a été également marquée par l’accélération de la digitalisation et de la numérisation des entreprises qui renforce leur compétitivité et leur ouvre de nouvelles perspectives. Une traduction visible a été l’essor très significatif du e-commerce sous différentes modalités : vente en ligne sur des plateformes spécialisées ou directement sur le site internet des entreprises. Alors qu’il ne représentait que 9,8 % du commerce de détail en 2019, la part du e‑commerce dépasse aujourd’hui 13 % : une augmentation de plus de 30 %.

Cette crise sanitaire a ainsi accéléré certaines évolutions, ouvert de nouvelles opportunités mais elle nous a aussi fait toucher du doigt nos fragilités, voire nos vulnérabilités.

Ce matin, vos débats porteront sur deux de ces fragilités qui se trouvent au cœur de la vie des entreprises : la cybersécurité et la santé au travail.

La cybersécurité sera l’objet de la première table ronde.

Nous ne le répéterons jamais assez, la cybercriminalité peut être mortelle pour les entreprises, et tout particulièrement pour les PME.

La généralisation des usages numériques - que ce soit l’internet des objets, le e-commerce ou le télétravail - s’accompagne d’une hausse vertigineuse des actes de piratage, principalement sous forme de « rançonnage numérique ». Chaque jour, des centaines d’entreprises sont victimes de telles attaques qui consistent à bloquer leur système informatique et exiger une rançon pour débloquer les données. Elles doivent donc mettre en place des mesures de protection efficaces et les adapter en permanence à une menace évolutive, sans cesse plus sophistiquée, qui se professionnalise et s’internationalise fortement.

La Délégation aux entreprises du Sénat a lancé dès le mois de février une mission sur les enjeux de la cybersécurité dans les entreprises.

À la suite de ses travaux ponctués par plusieurs tables rondes, visites sur le terrain et de nombreuses auditions, elle a adopté à l’unanimité le rapport de MM. Sébastien Meurant et Rémi Cardon qui formule un certain nombre de propositions pour mettre la cybersécurité à la portée de toutes les entreprises.

Vos échanges de ce matin permettront de poursuivre la réflexion sur les dispositifs à mettre en place en matière de prévention, de protection publique et privée, de prise en charge des victimes mais aussi de répression de la cybercriminalité.

La seconde table ronde sera consacrée à la prévention en santé et au bien-être au travail.

En tant qu’ancien ministre du travail, ce thème m’est tout particulièrement cher.

En 2005, nous avions lancé le premier plan santé au travail. Ce plan reposait sur une approche positive du travail et visait à réconcilier progrès social et progrès économique. C’est cette société de participation qui peut aussi être une des réponses à la crise sociale et sociétale que notre pays traverse depuis plusieurs années.

C’est un objectif de société que chefs d’entreprise et responsables politiques partagent, car une économie compétitive est aussi une économie où les salariés se réalisent au travail.

La Vice-présidente du Sénat, Pascale Gruny, vous présentera la loi d’août 2021 « pour renforcer la prévention en santé au travail » dont elle a été co‑rapporteur avec Stéphane Artano. Issu d’un accord national interprofessionnel, ce texte est la manifestation de la vitalité du dialogue social et de l’intérêt accru porté aux conditions de travail. Elle devrait permettre d’afficher une véritable priorité en faveur de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Elle va aussi améliorer les dispositifs existants en matière de gouvernance et d’offre de services par les services de santé au travail, notamment en ce qui concerne les PME. Enfin, elle garantira un meilleur accompagnement des publics les plus vulnérables.

Il s’agit ainsi, nous l’espérons, d’une réelle avancée de nature à mieux intégrer les actions de santé au travail dans la politique générale de santé publique.

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Comme vous pouvez le constater, le Sénat porte une attention toute particulière à la vie et au développement des entreprises. Celles-ci, installées au cœur de nos territoires, font la force de notre pays à la fois productif et solidaire.

Recenser les obstacles à leur développement et proposer des mesures pour favoriser l’esprit d’entreprise, la croissance et l’emploi dans les territoires, telle est la raison d’être de notre Délégation aux entreprises. Vous allez en avoir une nouvelle démonstration ce matin au cours de ces échanges que je souhaite riches et fructueux.

Je sais que le Président Babary et les Sénateurs de la Délégation veilleront à ce que les idées que vous ferez éclore aujourd’hui soient bien intégrées et suivies d’actions concrètes.

Je vous souhaite une très belle et agréable Journée des entreprises au Sénat !

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi