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Ouverture de la rencontre avec des femmes élues
Jeudi 8 mars 2018 – 9 heures 30

Madame la Présidente de la délégation aux droits des femmes, Chère Annick Billon,
Madame la Vice-Présidente du Sénat,
Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, Chers collègues,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, vous avez souhaité mettre à l’honneur et en lumière les femmes élues locales en consacrant une matinée de rencontre et d’échanges au rôle des femmes dans la vie politique de notre pays. Ainsi, deux thématiques importantes animeront vos débats, les besoins de formation des élues et la mise en œuvre des politiques d’égalité dans les territoires.

Votre initiative, chers collègues membres de la Délégation aux droits des femmes, s’affiche avec une double ambition. D’abord, elle offre à un large panel de femmes élues sur l’ensemble du territoire et dans les différentes assemblées territoriales de partager leur expérience et de confronter leurs points de vue, mais aussi elle permet de donner une visibilité concrète et personnalisée au travail que mène au Sénat la Délégation sur les sujets les plus divers, souvent très en phase avec l’actualité et les questions de société.

En effet, le travail conduit par la Délégation aux droits des femmes contribue à enrichir le débat, en particulier le débat parlementaire, et à fédérer tout un réseau autour des thématiques abordées dans le cadre de ses travaux. Je sais, par exemple, que les débats qui ont animé le colloque de l’an dernier sur les Femmes agricultrices se sont prolongés dans les territoires.

En tant que représentant des collectivités territoriales, le Sénat est particulièrement heureux de vous accueillir ce matin, chères collègues élues locales. Vous êtes venues d’un grand nombre de départements et régions de France. A cette diversité géographique s’ajoute celle des fonctions électives puisque tous les mandats locaux – conseillères municipales, maires, conseillères départementales et régionales – sont représentés à travers votre présence, auxquels il faut également associer nos collègues élues du Conseil supérieur des Français de l’étranger.

Je tiens aussi à saluer avec une amitié particulière deux anciennes sénatrices qui ont répondu à l’invitation de la Délégation, Mme Hélène Luc, qui fut la deuxième femme à présider un groupe parlementaire, le groupe communiste. Mme Jacqueline Panis, ancienne sénatrice de Meurthe-et-Moselle, nous fait également l’amitié d’être présente parmi nous.

Votre présence dans cette salle Clemenceau, pour cette matinée d’échanges, traduit aussi les évolutions qu’a connues notre pays au cours de ces dernières années en matière de participation des femmes à la vie politique. Il faut reconnaître, même si cela a un peu bousculé à l’époque, que les lois sur la parité en matière électorale ont permis une meilleure représentation des femmes dans la vie publique et politique et tout particulièrement au sein de nos collectivités territoriales. Elles ont été accompagnées, avec un léger décalage, par ce qui avait été engagé par François Mitterrand et Gaston Deferre en termes de décentralisation. C’est aussi ce que j’ai vécu dans ma ville de Rambouillet.

Les femmes sont devenues des acteurs incontournables de la vie politique locale, puisque parmi les élus locaux, on compte désormais quatre femmes sur dix élus.

Comme vous l’expliquez très justement, Madame Michelle Perrot, le rapport des femmes à la vie publique a toujours été ambivalent. Sans exercer le pouvoir, leur influence a été certaine dans l’histoire de notre pays même si la science historique a longtemps fait preuve d’une certaine cécité à leur égard. Certes, la loi salique les exclut du trône contrairement au Royaume-Uni, aux pays du Nord de l’Europe et à la Russie. Il ne leur revient que d’assurer la régence, qui n’est pas sans danger pour elles comme en témoigne l’histoire de ce Palais avec la reine Marie de Médicis, au destin deux fois tragique. Les mondanités, les actions de charité et de philanthropie, le travail, les activités commerciales sont pourtant autant d’occasions pour les femmes d’être présentes, depuis longtemps, dans l’espace public. La citoyenneté sociale a incontestablement précédé la citoyenneté politique.

C’est surtout, comme vous l’indiquez, le développement du travail salarié qui a constitué le principal levier d’indépendance pour les femmes et d’intégration dans la cité, et par conséquent dans la vie politique.

Femmes citoyennes, femmes élues, femmes à l’exécutif, telle est l’évolution qui s’est dessinée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Les femmes sont aujourd’hui représentées dans les différentes instances de la vie politique française.

Et pourtant la Chambre bleu horizon de 1919 n’a pas tiré les conséquences de l’engagement assez exceptionnel des femmes dans la vie économique et sociale et leur contribution à l’effort de guerre.

Nous avons tous pour référence l’acte fondateur de cette évolution, l’octroi par le Général de Gaulle du droit de vote aux femmes en 1944, même si ce débat avait été très prégnant et avait donné lieu à des échanges incroyables, y compris dans le Sénat de la IIIe République. Cette reconnaissance de leurs droits politiques est indissociable de l’engagement des femmes dans la Résistance. D’ailleurs, la composition du Sénat et de l’Assemblée nationale en ces temps où il n’y avait pas de texte sur la parité atteste de cet engagement.

Je reviens à ce qui vous réunit aujourd’hui au Sénat. Vous êtes d’abord des élus, chères collègues. C’est cette reconnaissance par le suffrage universel qui vous vaut d’être présentes aujourd’hui, de débattre avec les élus des élus que sont les sénatrices et sénateurs.

Vous, femmes élues locales, maires, conseillères municipales, conseillères départementales, conseillères régionales, vous êtes un atout pour notre démocratie, pour le lien social et pour le maintien de la cohésion de notre territoire.

Je voudrais me tourner vers vous, chère Annick Billon, et vers toutes celles qui vous ont précédé à la présidence de cette délégation. Je ne les citerai pas là, mais souvent elles nous ont bousculés hors des chemins habituels, elles nous ont aiguillonnés. Cette délégation joue un rôle un peu particulier. J’ai le souvenir de notre première rencontre en tant que présidente de la délégation au cours de laquelle vous m’avez fait part de vos projets. Je dois dire qu’ils sont utiles et salutaires pour la vie de nos institutions et pour la vie de tout le pays, même si vous dérangez parfois.

Permettez-moi d’avoir un clin d’œil pour nos collègues qui vous accompagnent au sein de cette délégation. Leur présence est aussi une richesse et pas simplement un témoignage.

Je voudrais conclure par ce qui pourrait s’appeler chez un grand philosophe l’éloge de la proximité. Je crois que plus nous vivons la réalité de la mondialisation, plus nous avons besoin de proximité. Chacun connaît ma formule parlant des élus locaux. Or aujourd’hui ce sont les élus locaux qui ont la confiance majoritaire de nos compatriotes alors que cette question est une des ambitions que j’ai en partage avec tous mes collègues quel que soit leur sensibilité, pour trouver meilleure rencontre, meilleure confiance, meilleure conciliation entre nos concitoyens et élus politiques. Vous êtes les élus du territoire, ceux qui avaient encore la confiance majoritaire de nos concitoyens. Ma formule est simple, c’est parce que vous êtes à portée « d’engueulade ». Vous êtes à portée d’une capacité à répondre aux attentes des citoyens dans leur vie quotidienne.

Qu’il s’agisse des intervenantes qui vont se succéder à la tribune ou du public présent dans cette salle, le Sénat ne peut que se réjouir d’accueillir aujourd’hui, à travers vous, les femmes élues de nos territoires dans leur diversité. Je vous souhaite, tout au long de cette matinée, de fructueux et stimulants échanges.


Seul le prononcé fait foi