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Allocution du Président du Sénat, M. Gérard Larcher,
à la communauté française
(N’Djaména, le 26 février 2018)

Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Madame la Conseillère consulaire,
Mes chers compatriotes,


Je suis heureux de conclure cette première journée de mon déplacement officiel au Tchad avec vous, grâce à l’hospitalité de notre Ambassadeur, que je remercie vivement.

Nous sommes en période de vacances scolaires et je sais que plusieurs d’entre vous sont, en ce moment même, en France. Mais vous êtes venus nombreux malgré tout. C’est la première visite au Tchad d’un Président du Sénat français, dans l’histoire de nos deux pays. Ne pas aller à votre rencontre était, pour moi, inenvisageable ! Je ne voulais pas manquer une telle occasion d’échanger avec vous !

Je suis accompagné par une délégation nombreuse de sénateurs, qui marque tout l’intérêt que nous portons au sein de cette Assemblée à votre situation et à celle du pays dans lequel vous vivez.

Autour de moi, sont présents Christophe-André Frassa, Sénateur des Français établis hors de France et Président du groupe d’amitié France-Afrique centrale, Jean-Pierre Grand, Sénateur de l’Hérault, Président délégué pour le Tchad du même groupe d’amitié, André Reichardt, Sénateur du Bas-Rhin, Président du groupe d’amitié France-Afrique de l’Ouest, Michèle Vullien, Sénatrice du Rhône, Présidente déléguée pour le Niger, Fabienne Keller, Sénatrice du Bas-Rhin, Présidente déléguée pour la République démocratique du Congo, et Jacques Legendre, Sénateur honoraire, fin connaisseur de l’Afrique, qui fut un éminent responsable de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Vous vivez, aux côtés des Tchadiens, dans un environnement régional compliqué. A peu de distance de N’Djaména, sur les rives du Lac Tchad où nous nous rendrons demain, la secte Boko Haram continue de menacer les habitants. Des moyens importants ont certes été débloqués pour renforcer la sécurité de nos emprises à l’étranger, mais le niveau de menace demeure élevé. L’enlèvement de l’un de nos compatriotes à la frontière du Soudan il y a moins d’un an ou les actions de harcèlement de la secte djihadiste dans la région du Lac, y compris en territoire tchadien, nous rappellent avec acuité que nous ne devons pas baisser la garde.

Ce danger, vous avez appris à vivre avec, et votre détermination à poursuivre vos activités dans ce contexte difficile mérite d’être saluée. Que vous soyez militaires déployés dans le cadre de l’opération Barkhane, fonctionnaires de l’État attachés à votre mission de service public, chefs d’entreprises résolus à développer votre activité dans ce pays, personnels d’ONG ou membres de l’une des multiples agences de l’ONU engagés au plus près des populations, je souhaite saluer votre courage.

Vous portez haut les couleurs de la France par votre présence résolue, par votre confiance envers le Tchad et sa stabilité, dans un environnement régional qui cumule les périls.

Alors que l’attention est accaparée par une partie plus occidentale de l’Afrique, c’est l’une des convictions que je suis venu partager avec vous : la stabilité du Tchad est essentielle, votre sécurité en dépend. L’Afrique centrale doit aussi capter toute notre attention et bénéficier, davantage encore, de notre mobilisation et de notre engagement.

Mes chers compatriotes,

Je souhaite, devant vous, rendre un hommage particulier aux soldats français présents au Tchad et dans la région. Je tiens à dédier cet hommage au sergent-chef Emilien Mougin et au brigadier-chef Timothé Dernoncourt, tombés dans la région de Ménaka au Mali, ce 21 février au matin. Je présente à leur famille et à leurs proches toutes nos condoléances. 22 soldats français ont trouvé la mort au Mali depuis 2013. Nous ne les oublions pas.

J’aurai mercredi, sur la base Kosseï, l’occasion de m’exprimer plus longuement devant nos forces et de leur témoigner, avec respect, gratitude et compassion, le soutien de la Nation tout entière.

Avec le lancement de l’Opération Barkhane en 2014, leur mission a connu des évolutions profondes. Son but est aussi de mieux vous protéger : si la France n’était pas intervenue au Mali en 2013, qui peut dire que nous n’aurions pas aujourd’hui, dans cette région de l’Afrique, à proximité immédiate du Tchad, un califat en pleine expansion, comparable à la situation que nous avons connue en Irak et en Syrie ?

Respect et gratitude, c’est ce que nous devons à nos soldats.

Je souhaite aussi rendre hommage aux Tchadiens qui combattent avec courage les terroristes islamistes, et qui unissent leurs forces aux nôtres dans ce combat sans merci. La fraternité d’armes et de sang qui unit les soldats de nos deux pays est un exemple rare dans l’histoire, et de la France, et de l’Afrique. Elle puise ses racines dans la mobilisation et l’engagement qui ont conduit à la libération de notre sol national.

Je suis accompagné, vous l’aurez noté, par deux sénateurs du Bas-Rhin. Ce n’est pas un hasard : car c’est aussi ici, à N’Djaména, autrefois Fort Lamy, qu’est née la France Libre, grâce à des compatriotes qui vivant comme vous en ces lieux, ont défié le totalitarisme nazi et sont partis à son assaut, avec des Tchadiens. Je fais référence au serment solennel, que vous connaissez tous, fait le 2 mars 1941, dans la cour de la garnison de Koufra prise aux Italiens par les troupes venues du Tchad et emmenées par celui qui était encore le Colonel Leclerc : « Nous sommes en marche, nous ne nous arrêterons que lorsque le drapeau français flottera sur la cathédrale de Strasbourg ».

Ce qui pouvait ressembler à une aventure audacieuse s’est muée en destin et en gloire.

Mes chers compatriotes,

La France ici, c’est vous. C’est la vie que vous y menez, ce sont les activités que vous avez développées, malgré une perception du Tchad vue d’Europe trop souvent dégradée. Votre présence est en soi un témoignage. Avec vous, à travers vous, par le biais de votre activité, de votre engagement humanitaire parfois, par le biais d’investissements ou d’entreprises, grandes ou petites, solidement implantées, vous démontrez que l’histoire des relations entre la France et le Tchad est faite pour durer et qu’à la différence d’autres pays, elle n’est pas sujette à des conjonctures fragiles et réversibles. J’ai l’habitude de rappeler que les amis, c’est comme les étoiles : « C’est pendant la nuit que l’on peut les compter ».

Dans un contexte de difficultés économiques et sociales, je tiens à saluer particulièrement patrons et entrepreneurs français qui continuent, au-delà du court terme, de miser sur le Tchad et contribuent à son développement, par l’emploi et la formation de Tchadiens. Ils ont en partage une vision de l’avenir du pays, avec les Tchadiens, et à l’horizon la venue de temps meilleurs pour son économie.

Les investissements français sont toujours - toujours - assortis d’effets positifs pour les pays qui les accueillent et leurs populations. Ce sont des investissements durables et non pas de simples opportunités d’affaires temporaires, comme pour certaines grandes nations. C’est d’abord cela la spécificité de la France en Afrique : une présence de long terme. J’ai eu l’occasion ce matin de le souligner auprès des plus hautes autorités tchadiennes.

Après la conférence à Bruxelles qui a permis de mieux préciser les contours de la nouvelle Alliance Sahel, je veux aussi rappeler le rôle central de notre pays en matière d’aide au développement et d’assistance humanitaire. Je pense, par exemple, à nos actions pour lutter contre la mortalité maternelle et infantile, qui demeure trop élevée. Je pense aussi à nos aides budgétaires, un instrument que nous n’employons plus beaucoup, mais qui s’est avéré nécessaire pour aider le Tchad à honorer une partie de ses obligations dans un contexte financier très tendu.

L’Agence française de développement, qui est le pivot de notre coopération, augmentera son engagement pour atteindre un montant total de 146 M€ sur les 5 prochaines années. Des projets seront poursuivis et amplifiés, en matière de développement agricole, de lutte contre les effets du changement climatique ou de formation professionnelle.

Il s’agit d’un effort significatf de la France. Il a pour ambition de marquer notre confiance dans l’avenir du Tchad et d’inciter les autres partenaires à le soutenir.

Mes chers compatriotes,

Je souhaiterais enfin aborder l’un des fleurons de notre présence ici à N’Djaména : le lycée français, où je me suis rendu aujourd’hui. Vous lui avez donné le beau nom de Montaigne. Qui mieux que Montaigne peut à la fois incarner la formation d’esprits libres, autonomes, et la tolérance ? Montaigne fut l’un des premiers, en France, à établir une distance entre le religieux et la gouvernance de l’État. « Il n’y a pas une croyance qui vaille qu’on tue un homme », énonçait-il dans les Essais, en pleine guerre de religions. Remarquable sagesse qui trouve une résonance singulière dans le monde d’aujourd’hui !

Le budget de la France pour 2018 s’est accompagné, contre l’avis des sénateurs, d’une diminution des moyens de l’AEFE qui a aussi des conséquences ici : renchérissement des frais de scolarisation, réductions de dépenses. Le Président de la République a annoncé, à Dakar, le 3 février dernier, pour l’été prochain, un projet de réforme en profondeur de l’AEFE, avec des offres – je cite – « formidablement innovantes ».

Les sénateurs, dans leur diversité partisane, seront extrêmement vigilants pour éviter des hausses des coûts de scolarisation qui pénalisent les familles, fragilisent les établissements et entravent notre attractivité. Ils seront vigilants pour pérenniser à la fois les moyens et la qualité de l’enseignement dispensé. La qualité de l’enseignement, on la doit aux enseignants. Je leur renouvelle ma confiance. On ne peut à la fois annoncer un grand soir pour le renouveau, indispensable, de notre politique en faveur de la Francophonie et affaiblir l’un de ses vaisseaux amiraux, lieu d’échanges et de coopération par excellence avec le pays d’accueil.

Telle est ma conviction.

Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes,

Ayez confiance ! Ayez confiance en la France et en ses institutions, qui sont présentes à vos côtés ! Ayez confiance dans le pays qui vous accueille, le Tchad, et qui, dans une région difficile, a fait la preuve de sa capacité à faire face !

Vive l’amitié entre le Tchad et la France ! Vive la République ! Vive la France !

Seul le prononcé fait foi