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Intervention du Président du Sénat, M. Gérard LARCHER
lors de la réunion des Présidents des Parlements de l’Union européenne à l’occasion du 60e anniversaire des Traités de Rome
le 17 mars 2017
       

Madame la Présidente,
Mes chers collègues,

Permettez-moi tout d’abord de remercier la Présidente de la Chambre des députés et le Président du Sénat italiens pour la parfaite organisation de cette réunion.

Elle intervient à un moment où beaucoup s’interrogent sur le sens du projet européen. Cette interrogation est légitime, mais elle ne doit pas nous faire oublier les acquis.

La construction européenne nous a aidés à préserver la paix. « Faire l’Europe, c’est faire la paix » disait Jean Monnet. Elle a scellé la réconciliation des peuples. En quelques décennies, nous avons bâti une Union politique de 500 millions d’habitants, un vaste marché unique et un espace de libre circulation, fondés sur les valeurs de la démocratie et du respect des droits fondamentaux.  

Malgré les crises – et elles furent nombreuses – l’Union européenne a toujours su rebondir. Pour autant, jamais la construction européenne n’a semblé aussi fragile qu’aujourd’hui, jamais la désaffection des citoyens à l’égard de l’Europe n’a été aussi grande, comme l’a montré le vote britannique.   

Le Président Jean-Claude Juncker a parlé d’une crise existentielle de l’Europe. Je partage son diagnostic.

Je crois que cette défiance tient au sentiment que les institutions européennes paraissent éloignées des citoyens, et que l’efficacité des politiques européennes reste insuffisante. Dans le même temps, les citoyens ont souvent l’impression que l’Union européenne est synonyme d’excès de réglementation.

Notre priorité doit être de réconcilier l’Europe avec les citoyens. Ceux-ci attendent à la fois « plus d’Europe » dans certains domaines et « moins d’Europe » dans d’autres.  

Les citoyens veulent d’abord une « Europe qui protège », une « Europe puissance ». Dans un contexte géopolitique imprévisible et incertain, face à la menace terroriste, il nous faut progresser en matière de défense et de sécurité intérieure, de protection des frontières.

La deuxième priorité est l’Europe de la croissance et de l’emploi. Cela passe notamment par un renforcement de la gouvernance de la zone euro et par une plus grande convergence fiscale et sociale.

La relance de l’Union européenne devrait donc être centrée autour d’initiatives concrètes. Ne perdons pas de temps à rouvrir les débats sur une révision des traités !

Ces avancées devraient idéalement être réalisées à vingt-sept. Mais, le pragmatisme doit conduire à envisager si nécessaire le recours à des « groupes pionniers », naturellement ouverts à tous les pays désireux de s’y associer.

Je suis aussi convaincu que les Parlements nationaux, qui représentent les Peuples, ont un rôle essentiel à jouer pour rapprocher l’Europe et les citoyens.

Je pense en particulier au renforcement de leur rôle en tant que gardiens du respect du principe de subsidiarité afin que l’action de l’Union européenne se concentre sur l’essentiel.

Enfin, nous devons mobiliser la jeunesse autour du projet européen. L’Europe doit leur apparaître comme un continent tout aussi prometteur que l’Amérique et l’Asie pour ceux qui veulent chercher, innover, entreprendre.

Ernest Renan écrivait qu’« une nation est une âme, un principe spirituel ». Tout en respectant les identités nationales, sachons faire émerger une identité européenne, fruit de notre héritage et de nos valeurs communes.

L’Europe doit avant tout retrouver un avenir. Pour cela, nous devons renouer avec l’audace et le pragmatisme des auteurs du traité de Rome, « retrouver l’esprit de Rome » !