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Séance du 2 avril 2019 (compte rendu intégral des débats)

M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. Très bien !

M. Claude Haut. Enfin, la Commission appelle chaque État membre à réaliser une évaluation nationale des risques liés aux infrastructures des réseaux 5G d’ici à la fin du mois de juin.

Comment le Gouvernement compte-t-il procéder pour opérer cette évaluation ?

À nous, parlements nationaux, de nous saisir également de tous ces enjeux géostratégiques et de cybersécurité ; aux États, la responsabilité de contribuer à bâtir une cohésion européenne. N’ayons pas peur d’affirmer nos convictions, de bâtir une Union européenne solide et suffisamment protectrice. N’ayons pas peur d’affirmer nos valeurs européennes de démocratie, de liberté et de paix, tout comme nos intérêts européens ! (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et du groupe socialiste et républicain.)

M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. Très bien !

M. le président. La parole est à M. Pierre Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, quelle que soit l’issue des négociations en cours à Londres ou à Bruxelles, quelles que soient les conditions de la sécession du Royaume-Uni, avec ou sans traité, avec ou sans accord commercial, au sein ou à l’extérieur de l’Union douanière, le moment que nous vivons est historique et nous devons nous interroger, en toute honnêteté, sur les conséquences de cette scission pour une Europe qui se questionnait, jusqu’à présent, sur les conditions de ses élargissements successifs.

Il serait trop simple et trop commode d’expliquer ce repliement par l’isolationnisme atavique d’une nation insulaire ou, comme je l’ai entendu dans cette enceinte, par l’irrationalité d’un peuple et de sa classe politique offrant à une Europe sage et raisonnable le spectacle du « suicide d’une nation ».

Je suis consterné aussi par les déclarations de celles et de ceux qui souhaitent que cette sortie de l’Union pénalise le peuple qui s’est détourné du droit chemin, et je déplore que le marasme attendu dissuade, à l’avenir, toutes nouvelles tentations de séparatisme. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la situation que d’opposer aux Britanniques la fameuse formule d’une de ses dirigeantes : « Il n’y a pas d’alternative. » M. Jean-Claude Juncker en propose une autre formulation quand il déclare : « Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens. »

Dans l’esprit et la parole de ces contempteurs se déploie l’idée pernicieuse selon laquelle, finalement, le problème de la démocratie serait le peuple et que tout deviendrait plus simple et plus efficient si la politique était l’affaire des seuls spécialistes. Aux passions barbares et irrationnelles des multitudes incapables d’apprécier la justesse des moyens destinés à leur prospérité, il faudrait substituer le gouvernement des experts, détenteurs de la seule vérité et agissant pour le seul bien de l’humanité selon des règles économiques inspirées du seul bon sens.

En comparaison, la rationalité d’un peuple est peut-être sommaire. Elle n’en repose pas moins sur la perception quotidienne de ses moyens d’existence, sur l’appréciation de ses conditions de vie et sur l’espoir d’offrir à ses enfants un monde meilleur. Tels étaient d’ailleurs les desseins constitutifs du traité de Rome de 1957.

Je vous en rappelle deux motifs, issus de son préambule : les États membres déclarent avoir pour but essentiel « l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi de leurs peuples », et ils souhaitent « renforcer l’unité de leurs économies et en assurer le développement harmonieux, en réduisant l’écart entre les différentes régions et le retard des moins favorisées ».

Les États de 1957 formaient un ensemble relativement homogène par les niveaux de vie de leurs populations et les objectifs sociaux qu’ils s’étaient imposés au sortir de la guerre. L’élargissement de l’Europe à la Grèce, à l’Espagne, au Portugal et à l’Irlande a été accompagné par des aides structurelles destinées à renforcer la cohésion économique et sociale de ce nouvel espace. Cette ambition a été abandonnée lors de l’adhésion des pays de l’est de l’Europe, alors même que leur situation économique et sociale aurait exigé un accroissement considérable de ces politiques de développement.

Au contraire, dans ce nouvel ensemble très hétérogène, les disparités économiques et sociales ont entretenu des processus de mise en concurrence des individus, des entreprises et des territoires qui ont, in fine, considérablement accru ces inégalités.

Tout s’est passé comme si les mécanismes économiques déstabilisateurs inhérents au processus de la mondialisation avaient été introduits au sein de l’Union européenne. Soumises à ces pressions intérieures et extérieures, des régions entières de l’Europe ont subi un déclassement social et économique sans précédent ; ce sont leurs populations qui, au Royaume-Uni, ont voté massivement pour la sortie de l’Union.

Ainsi, la rationalité du peuple britannique s’est exprimée pour condamner une dégradation de ses conditions d’existence, qu’elle attribue à l’Europe, parce qu’elle a bien perçu que sa logique économique obéissait aux mêmes dogmes que celle que leur avaient imposée les gouvernements de Margaret Thatcher. Le Président de la République a bien résumé cette profonde désaffection en déclarant, le 6 novembre 2018 : « Il faut entendre les peurs face à une Europe ultralibérale qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre. »

Ce que nous disent aujourd’hui ces peuples qui se dressent contre l’Europe et dont nous devons absolument entendre les appels de détresse, c’est que les promesses du traité de Rome n’ont pas été tenues et que les engagements pris alors devant les nations ont été progressivement abandonnés. En réclamant le retour des frontières, ils souhaitent confusément que l’Europe, refondée sur son projet initial, organise notre espace commun sur d’autres règles que celles que tentent de nous imposer les États qui nous livrent une guerre commerciale totale.

Nous ne pourrons poursuivre la construction de l’Europe contre les peuples. Les habitants de Stoke-on-Trent, près de Stafford, ont voté à plus de 60 % pour la sortie de l’Europe. Leurs raisons sont multiples, mais tous partagent le même désespoir devant la fermeture des dernières industries et le déclin inexorable de leur territoire. Il est grand temps d’entendre leur souffrance si nous voulons continuer à espérer dans l’Europe ! (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

M. le président. La parole est à M. Simon Sutour.

M. Simon Sutour. Madame la secrétaire d’État, je me joins au concert de félicitations au sujet de votre nomination, en souhaitant que nous puissions travailler ensemble pour le bien de l’Europe.

Monsieur le président, mes chers collègues, le dernier Conseil européen s’est situé, beaucoup l’ont dit, dans le contexte du Brexit et des différents votes de la Chambre des communes. Ces votes, qui ont toujours recueilli la majorité, ont un point commun : refuser l’accord avec l’Union européenne et rejeter, dans le même temps, toute autre solution.

Le Conseil européen exceptionnel du 10 avril prochain sera déterminant pour la suite, mais quelle tristesse ! Rappelons que les conséquences d’un Brexit dur ou d’un Brexit mou ne seront bonnes pour personne, pas plus pour l’Union européenne que pour le Royaume-Uni.

Le Conseil des 21 et 22 mars a aussi été l’occasion d’aborder largement la croissance, l’emploi et la compétitivité. Approfondir l’Union économique et monétaire, mettre en œuvre une politique industrielle volontariste, développer l’économie numérique ou encore se doter enfin d’une politique commerciale ambitieuse et protectrice : tels sont, avec les relations extérieures et le changement climatique, les principaux points qui ont été évoqués.

Au-delà de ce qui peut apparaître comme un catalogue de bonnes intentions, on doit se féliciter du retour à une politique active et volontariste. L’Europe doit effectivement tracer des perspectives de développement, tout en assurant un haut niveau de protection.

La Chine et les États-Unis sont, certes, des partenaires économiques de première importance, mais nous devons protéger nos entreprises de la concurrence déloyale de ces pays et leur permettre de se développer dans une économie désormais mondialisée.

De ce point de vue, le Conseil européen des 20 et 21 juin prochain jouera un rôle majeur. Je me permets d’en parler aujourd’hui un peu en avance puisque, compte tenu des nouvelles règles, nous ne pourrons plus aborder ces questions avant cette échéance, tout comme je signale à mon tour le Conseil exceptionnel du 9 mai à Sibiu. On sortira alors des bonnes intentions pour entrer dans le concret, notamment avec des discussions concernant les perspectives budgétaires pour la période 2021-2027.

Un nouveau Parlement européen aura été élu, et il sera temps d’avancer enfin sur l’avenir de l’Union pour les prochaines années : budget, politique agricole commune – PAC –, fonds de cohésion, Schengen, zone euro. S’agissant de la PAC, madame la secrétaire d’État, le Gouvernement assure qu’il fait tout pour maintenir son niveau au profit de notre pays. L’ancienne ministre, désormais candidate, a indiqué que la baisse pourrait être de 15 %, tandis que le ministre de l’agriculture parle, lui, d’au moins 5 %, mais il est dans son rôle. Peut-être pourriez-vous nous donner votre point de vue sur ce dossier majeur ?

Il est un autre dossier majeur sur lequel je voudrais insister tout particulièrement, mes chers collègues. On en parle peu, mais il devrait nous inquiéter : il s’agit de l’avenir de la politique de cohésion.

Cette politique est un marqueur fondamental pour l’Europe, car elle permet de réduire les écarts de richesse entre les pays de l’Union européenne, ainsi qu’entre les différents territoires au sein de ces pays. Or le flou le plus total règne sur le budget qui sera alloué dans le cadre financier pluriannuel ; et vous le savez, quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup et qu’un mauvais coup se prépare !

Mme Loiseau, désormais candidate aux élections européennes, vient de déclarer qu’elle ne voulait plus que l’argent de l’Europe serve, à l’avenir, à construire des autoroutes en Slovaquie. C’est un peu désobligeant pour ce pays, mais c’est surtout inquiétant pour le nôtre. Nous voulons en effet, et je pense que nous serons tous d’accord dans cette assemblée, que l’argent de l’Europe continue de servir à construire des routes et à les aménager en France.

M. André Gattolin. Et des trains !

M. Simon Sutour. Pour ma part, je trouve absurde d’opposer solidarité avec les territoires et compétitivité. L’une ne va pas sans l’autre, et il suffit de regarder le chemin parcouru par l’Espagne, le Portugal ou la Grèce pour se convaincre que l’aide apportée par l’Europe au développement, entre autres, d’infrastructures de transport n’a pas été, en définitive, une si mauvaise chose. L’Espagne, notre grand voisin, est, je le rappelle, notre deuxième partenaire commercial.

Vous m’excuserez de citer un exemple que je connais bien dans mon département, mais chacun d’entre nous, dans le sien, pourrait évoquer des cas similaires : la première phase du désenclavement du bassin d’Alès, par la construction d’une 2x2 voies grâce à des fonds structurels, a permis à l’industrie de gagner en compétitivité et a attiré de nouvelles activités, notamment dans les services.

Depuis maintenant plus de vingt ans, les conservateurs et libéraux n’ont eu de cesse que de vouloir modifier cette politique de cohésion, qui est une politique de solidarité, pour aller vers une politique de compétitivité. Mes chers collègues, l’idée qui circule actuellement – j’en parle aujourd’hui parce que, s’il est bon que nous parlions de la PAC, il ne faudrait pas que celle-ci nous fasse oublier les fonds structurels – et qu’avait déjà avancée la Commission européenne en mai 2018 serait de créer une enveloppe dédiée aux 19 membres de la monnaie unique au sein du fonds de soutien pour les réformes structurelles qu’elle a proposé en mai 2018. Ce fonds contient d’ailleurs déjà une ligne réservée aux pays hors zone euro.

Trois pistes de financement sont évoquées par la Commission, et c’est là que cela devient intéressant : l’utilisation des 25 milliards d’euros déjà prévus pour ce fonds de soutien aux réformes structurelles ; le « refléchage » d’une partie des fonds européens prévus pour les 27 membres de l’Union européenne ; ou encore un prêt garanti par le budget européen.

Ce projet a été discuté le 28 février et le 1er mars derniers par des représentants des ministères des finances des 19 pays, en même temps que la proposition franco-allemande sur le sujet. Dans ce document, les deux capitales conviennent de placer, comme le voulait Berlin, le budget de la zone euro au sein du cadre financier pluriannuel. Paris a obtenu, de son côté, que la gouvernance de cet instrument soit régie par un accord intergouvernemental.

Le compromis contente les deux parties sur la nature des projets à cofinancer : ils seront liés aux recommandations de réformes – point cher à l’Allemagne, vous le savez – et d’investissements – point important pour la France –, identifiées lors du semestre européen.

Donc, si la proposition de la Commission européenne est approuvée, cela valide le principe d’une porosité des fonds vers les réformes structurelles qui seraient financées dans le cadre d’un budget de la zone euro.

Je tiens à vous alerter tout particulièrement sur ce point, car, si on conjugue la conditionnalité des aides version allemande et Commission européenne à la création d’une enveloppe dédiée pour les pays de la zone euro, les fonds européens tels que nous les connaissons dans nos régions vont disparaître. Le groupe Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen propose d’ailleurs le maintien et le développement de cette politique, si utile à nos territoires.

De plus, le refus clair du Parlement européen, il y a quelques semaines, de l’application du principe de macro-conditionnalité doit être entendu et pris en compte. Nous l’avons déjà dit ici, voilà près d’un an, il n’est pas acceptable que la Commission européenne puisse intervenir au niveau des régions lorsqu’un État membre ne respecte pas les règles du pacte de stabilité et de croissance. Si nous validons dans le dur ce lien, cela ira irrémédiablement à l’encontre du développement de nos territoires, à l’échelle européenne.

Madame la secrétaire d’État, la conditionnalité des aides, c’est faire payer aux citoyens européens les éventuelles turpitudes de leurs dirigeants, pour lesquels ils n’ont pas toujours voté.

Pouvez-vous nous indiquer de manière claire et précise, si cela est aujourd’hui possible, quelle est la position du Gouvernement sur l’avenir des fonds structurels européens ? Je tiens à vous alerter : la politique de cohésion est menacée, car ces fonds risquent d’être supprimés ; et l’on n’en parle pas. Le groupe socialiste et républicain se battra pour son maintien et son développement et, j’en suis sûr, sera rejoint par beaucoup d’autres groupes et nombre de nos collègues au sein de notre assemblée. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – MM. Pierre Ouzoulias et Jean-Claude Requier applaudissent également.)

M. le président. La parole est à M. Franck Menonville.

M. Franck Menonville. Madame la secrétaire d’État, je voudrais à mon tour, au nom du groupe du RDSE, vous féliciter pour votre prise de fonctions et vous souhaiter une pleine et entière réussite.

Monsieur le président, messieurs les présidents de commission, mes chers collègues, alors qu’il n’était pas initialement à l’ordre du jour du Conseil européen, le Brexit a naturellement accaparé la rencontre.

Le terme du 29 mars est échu, et le Royaume-Uni n’est bien évidemment toujours pas sorti de l’Union européenne. Malgré la détermination de Theresa May, les différents accords n’ont pas été adoptés par le Parlement britannique, d’où cet allongement de délai. Dans ses conclusions, le Conseil européen a pris acte de la nouvelle échéance du 12 avril, un report que l’on ne peut qu’approuver sur le principe.

Toutefois, le flou règne toujours, si ce n’est qu’en mettant sa démission dans la balance la Première ministre a quelque peu changé la donne.

En attendant, la France et ses partenaires ne doivent pas relâcher leurs efforts pour parvenir à un accord de retrait, quitte à accepter un long report en respectant les deux conditions fixées par l’Union européenne, à savoir une participation des Britanniques aux prochaines élections européennes et un plan de renégociation clair.

J’ajouterai que les Britanniques, en cas d’impasse persistante, doivent clarifier leurs positions politiques, au travers soit des élections législatives anticipées, soit d’un nouveau référendum : c’est la seule alternative acceptable pour repousser la date du Brexit et ne pas risquer un no deal désastreux.

Nous connaissons en effet les enjeux de cette sortie dont nous examinons les contours depuis bientôt trois ans. Même si les États membres se préparent au pire des scénarios, comme notre pays l’a fait avec l’adoption d’une loi d’habilitation, est-on certain d’avoir cerné toutes les difficultés que pourrait engendrer la fin brutale d’une relation qui dure tout de même depuis 1973 ? Plusieurs millions de citoyens européens sont inquiets.

Madame la secrétaire d’État, votre prédécesseur nous a apporté, le 14 mars dernier, quelques précisions sur la question de la circulation des personnes, des marchandises et des capitaux.

Avez-vous aujourd’hui de nouveaux éléments de réponse sur le niveau des moyens de contrôle qui pourraient être rapidement mis en œuvre aux frontières ferroviaires, maritimes et aériennes que nous partageons avec le Royaume-Uni ?

Au-delà de la sécurité technique et juridique du Brexit, la sortie du Royaume-Uni est bien entendu une affaire politique qui laissera des traces.

Alors que des pays des Balkans se pressent aux portes de l’Europe, nous sommes en train de perdre l’une des plus anciennes démocraties parlementaires d’Europe, avec laquelle la France partage le même socle de valeurs, des valeurs qui nous poussent à bien des combats communs, par exemple en matière de sécurité et de défense.

Je pense également aux accords de Lancaster House, pour lesquels plusieurs programmes sont en cours, notamment en matière de coopération dans le domaine des missiles. Si ces accords, de nature bilatérale, ne devraient théoriquement pas souffrir du Brexit, je m’interroge quant à la future place du Royaume-Uni dans la politique de sécurité et de défense.

D’une façon plus globale, sans accord, que va-t-il advenir du cadre des relations futures entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, cadre que nous avions ébauché au travers de la « déclaration politique » approuvée lors du sommet extraordinaire du 25 novembre 2018 ?

Mes chers collègues, je veux être optimiste. J’appartiens à une formation pour laquelle la construction européenne demeure fondamentale malgré bien des aspects certes encore perfectibles. L’Europe s’est construite sur l’idée d’une paix partagée et, en cela, elle garde tout son sens.

Comme l’a rappelé en forme d’adieu l’eurodéputé conservateur Richard Ash, « le Brexit représente un avertissement pour le peuple d’Europe. Nous ne devons jamais prendre pour acquis la paix et la prospérité ».

Aussi, dans cette perspective, l’Union européenne a encore de nombreux défis à relever. Il faut le faire avec plus de célérité et plus d’audace !

Sur la crise financière, sur la crise migratoire, nous avons eu des réussites, mais les atermoiements et la lenteur des décisions ont ouvert la brèche à une contestation permanente de l’Europe par les partis populistes.

Dans un monde plus ouvert, dans lequel de nouvelles puissances s’affirment et de grands ensembles se constituent, l’Union européenne doit conforter son projet. Il y va de nos souverainetés futures.

Je dirai encore quelques mots sur le numérique, qui était à l’agenda du Conseil européen.

Sur la taxation de Google, Apple, Facebook et Amazon, les GAFA, l’Europe doit montrer un visage uni. C’est une question d’équité et de justice fiscale. Je félicite en tous cas le Gouvernement français pour son volontarisme dans ce domaine.

Sur le plan de la sécurité numérique, soyons vigilants sur la régulation de l’économie en ligne. C’est un sujet essentiel dont l’Europe doit se saisir dès maintenant, comme celui de la lutte contre la désinformation.

Enfin, l’enjeu est de taille sur le dossier « Huawei ». Bruxelles souhaite « une démarche coordonnée de sécurisation des futurs réseaux 5G et “une évaluation” des fournisseurs de la future infrastructure ».

Tout cela vous semble-t-il suffisant, madame la secrétaire d’État, alors que les États-Unis nous mettent en garde ?

Mes chers collègues, à quelques semaines des élections européennes, bien que la question du Brexit hante les esprits, de nombreux dossiers méritent notre attention, tels que la PAC, la politique de défense et de sécurité, les enjeux d’innovation et de recherche, la politique industrielle. Notre engagement doit être total pour approfondir le projet européen et rappeler à nos concitoyens qu’il doit rester notre horizon. (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. – M. Bernard Lalande applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. Jean Louis Masson.

M. Jean Louis Masson. Monsieur le président, madame le secrétaire d’État, mes chers collègues, je l’ai déjà dit à cette tribune : pour ce qui concerne les difficultés que l’on rencontre actuellement avec la Grande-Bretagne, on peut estimer que les torts sont partagés.

Évidemment, le Parlement britannique, c’est un peu la foire d’empoigne…

M. Loïc Hervé. Il faut le respecter lui aussi : il est souverain !

M. Jean Louis Masson. Je ne suis pas là pour dire que le Parlement britannique a tout à fait raison. Mais il faut quand même le reconnaître : certains dirigeants européens, notamment M. Barnier, ont tout fait pour mettre de l’huile sur le feu.

Mme Amélie de Montchalin, secrétaire dÉtat. Oh !

M. Jean Louis Masson. Quand on dit : « On va s’entendre avec un pays » et que, parmi les conditions, on impose la création d’une frontière à l’intérieur de ce pays, on ne peut pas dire que l’on est de bonne foi !

Je n’aime pas le terme backstop, qui n’a rien à voir avec la langue française : mais, puisque tout le monde l’utilise, je vais l’employer moi aussi… L’affaire dite « du backstop » est un scandale absolu. Tout le monde le sait : jusqu’à présent, la population de l’Irlande du Nord, dans sa majorité, souhaite rester attachée à la Grande-Bretagne. Or on lui répond : « On va créer une frontière douanière entre la Grande-Bretagne et vous. » C’est quand même se moquer du monde ! Et ce n’est là qu’une des sources de difficultés constatées au Parlement européen. Dans cette affaire-là, les dirigeants européens ont une attitude totalement machiavélique. (Murmures sur plusieurs travées.)

M. Didier Rambaud. Caricature !

M. Jean Louis Masson. Ils voulaient que le Brexit se passe plus ou moins bien, et plutôt mal que bien. Ils voulaient imposer à la Grande-Bretagne des contraintes absolument inacceptables, moyennant quoi on en est où l’on en est.

De son côté, le Parlement britannique s’est, malheureusement, discrédité pour toute une série de raisons ; à présent, on a tous l’impression que les torts reviennent aux seuls Anglais. Mais, si l’on remonte un petit peu le fil, si l’on regarde la situation bien en détail, on s’aperçoit que les torts sont pour le moins partagés.

Madame le secrétaire d’État, je tiens à vous poser une question, que j’ai déjà posée à votre prédécesseur sans obtenir de réponse bien sérieuse. Si les Anglais abandonnent le Brexit, quelles seront les conséquences pour la répartition des sièges au Parlement européen ? La ministre qui vous a précédée m’a répondu tout et son contraire. En somme, c’est du grand n’importe quoi. (Protestations.)

Le traité de Lisbonne…

M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes. On vous a déjà répondu, mon cher collègue !

M. Jean Louis Masson. Monsieur le président, j’aimerais bien que l’on ne m’interrompe pas. Je n’ai pas beaucoup de temps de parole : si, en plus, on m’interrompt,…

M. Loïc Hervé. Vous l’avez largement cherché !

M. Jean Louis Masson. … je ne peux plus parler. C’est scandaleux ! (Protestations ironiques.) Cela ne me fait pas rire ! Certes, je suis le seul ici à parler au nom des non-inscrits. Nous n’avons que très peu de temps,…

M. le président. Monsieur Masson, le temps imparti est épuisé.

M. Jean Louis Masson. Monsieur le président, je m’y attendais : pour ceux qui m’ont interrompu, c’était le but de l’opération ! (Mêmes mouvements.) Ceux qui veulent donner des leçons de démocratie…

M. le président. Merci de conclure !

M. Jean Louis Masson. … sont franchement mal placés pour le faire !

M. le président. La parole est à M. Pascal Allizard. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe Union Centriste.)

M. Pascal Allizard. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, ce débat est l’occasion d’aborder le sommet Union européenne-Chine, sujet qui m’apparaît extrêmement important dans le contexte actuel.

En effet, en quelques années, la Chine est devenue un acteur global, et plus seulement économique, une véritable puissance qui a su se construire patiemment, à bas bruit, au point d’être aujourd’hui omniprésente en Europe comme sur les autres continents. Le bras de fer économique entre les États-Unis et la Chine illustre combien, même pour l’hyperpuissance américaine, il est difficile de résister à l’avancée chinoise ou de trouver un terrain d’entente.

Beaucoup découvrent, tantôt avec intérêt, tantôt avec stupeur, les tentaculaires nouvelles routes de la soie. Connues désormais sous le nom de Belt and Road Initiative, elles visent à bâtir des routes commerciales terrestres, ferroviaires, maritimes et numériques jusqu’à l’Europe, l’Afrique et plus loin encore. Ces différents projets, qui traversent de nombreux pays, mobilisent des milliards de dollars d’investissements dont la réalisation s’étale sur plusieurs décennies, bien qu’avançant à grands pas.

Les conséquences économiques et géopolitiques de ce programme seront très importantes dans les prochaines années, d’autant que ces « routes » s’accompagnent d’un retour de la puissance militaire chinoise, destinée en partie à les sécuriser, c’est-à-dire à assurer la sécurité des ressortissants chinois et de leurs entreprises mobilisés en faveur de ces nombreux projets.

Portée par les nouvelles routes de la soie et par une multitude d’accords bilatéraux, la Chine tisse un vaste réseau à travers le monde jusqu’en Europe, et même jusqu’à sa périphérie. Mais rien n’est le fait du hasard : qui se souciait du port du Pirée lorsque les Chinois en ont pris progressivement le contrôle ?