SEANCE DU 28 NOVEMBRE 2000


SOMMAIRE

PRÉSIDENCE DE M. JEAN-CLAUDE GAUDIN

1. Procès-verbal (p. 0 ).

2. Loi de finances pour 2001. - Suite de la discussion d'un projet de loi (p. 1 ).

Articles additionnels après l'article 11 (suite) (p. 2 )

Amendement n° I-217 de M. Bernard Barraux. - MM. Jacques Machet, Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ; Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. - Retrait.
Amendements identiques n°s I-175 rectifié de M. Joseph Ostermann et I-218 de M. Bernard Barraux ; amendement n° I-174 rectifié de M. Joseph Ostermann. - MM. Denis Badré, Gérard Cornu, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Rejet des trois amendements.
Amendement n° I-216 de M. Philippe Arnaud. - MM. Denis Badré, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-173 de M. Joseph Ostermann. - MM. Gérard Braun, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-176 de M. Joseph Ostermann. - MM. Gérard Braun, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, M. Denis Badré. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendements n°s I-177 de M. Joseph Ostermann et I-220 de M. Bernard Barraux. - MM. Gérard Braun, Jacques Machet, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait des deux amendements.
Amendements identiques n°s I-97 de M. Francis Grignon et I-264 de M. Bernard Joly ; amendement n° I-225 de M. Bernard Angels. - MM. Denis Badré, Bernard Joly, Jean-Pierre Demerliat, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption des amendements n°s I-97 et I-264 insérant un article additionnel, l'amendement n° I-225 devenant sans objet.
Amendement n° I-178 de M. Joseph Ostermann. - MM. Gérard Braun, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-282 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-235 de M. François Marc. - Mme Maryse Bergé-Lavigne. - Retrait.
Amendements n°s I-219 de M. Bernard Barraux et I-283 de la commission. - MM. Jacques Machet, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait de l'amendement n° I-219 ; adoption de l'amendement n° I-283 insérant un article additionnel.
Amendement n° I-284 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, M. Denis Badré. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Articles 11 bis et 11 ter. - Adoption (p. 3 )

Articles additionnels avant l'article 12 (p. 4 )

Amendement n° I-237 rectifié de Mme Danièle Pourtaud. - Mme Danièle Pourtaud, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-238 rectifié de Mme Danièle Pourtaud. - Mme Danièle Pourtaud, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, M. Michel Caldaguès. - Retrait.

Article 12 (p. 5 )

Amendement n° I-193 rectifié de Mme Lucette Michaux-Chevry, repris par la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-74 rectifié bis de M. Claude Lise. - Mme Maryse Bergé-Lavigne, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Amendement n° I-41 rectifié de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Amendement n° I-194 rectifié de Mme Lucette Michaux-Chevry, repris par la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Adoption de l'article modifié.

Articles additionnels après l'article 12 (p. 6 )

Amendements identiques n°s I-42 de la commission et I-88 de M. Denis Badré ; amendements n°s I-179 de M. Joseph Ostermann et I-262 rectifié de M. Georges Othily. - MM. le rapporteur général, Denis Badré, Gérard Braun, Bernard Joly, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait des amendements n°s I-179 et I-262 rectifié ; adoption des amendements n°s I-42 et I-88 insérant un article additionnel.
Amendement n° I-196 rectifié de M. Joseph Ostermann, repris par la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article 12 bis (p. 7 )

Amendement n° I-43 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat.

Suspension et reprise de la séance (p. 8 )

PRÉSIDENCE DE M. JEAN FAURE

3. Conférence des présidents (p. 9 ).

4. Loi de finances pour 2001. - Suite de la discussion d'un projet de loi (p. 10 ).

Article 12 bis (suite) (p. 11 )

Amendement n° I-43 rectifié bis de la commission. - M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ; Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. - Adoption.
Adoption de l'article modifié.

Articles 12 ter à 12 quinquies. - Adoption (p. 12 )

Articles additionnels après l'article 12 quinquies (p. 13 )

Amendements n°s I-166 de M. Joseph Ostermann et I-268 de M. Bernard Joly. - MM. Bernard Murat, Bernard Joly, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement n° I-166 insérant un article additionnel, l'amendement n° I-268 devenant sans objet.
Amendement n° I-197 de M. Joseph Ostermann. - MM. Alain Joyandet, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-210 de M. Philippe Adnot. - MM. Jacques Donnay, le rapporteur général, le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-124 rectifié de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, MM. Alain Lambert, président de la commission des finances ; Bernard Angels. - Rejet.
Amendements n°s I-125 de Mme Marie-Claude Beaudeau, I-269 de M. Bernard Joly ; amendements identiques n°s I-66 rectifié ter de M. Michel Pelchat et I-198 de M. Joseph Ostermann ; amendements n°s I-89 (priorité) de M. Denis Badré et I-199 de M. Joseph Ostermann. - MM. le rapporteur général, Denis Badré, Mme Marie-Claude Beaudeau, MM. Bernard Joly, Michel Pelchat, Bernard Murat, Mme le secrétaire d'Etat. - Demande de priorité de l'amendement n° I-89 ; retrait de l'amendement n° I-198 ; adoption de l'amendement n° I-89 insérant un article additionnel, les autres amendements devenant sans objet.

DÉBAT SUR LES RECETTES
DES COLLECTIVITÉS LOCALES (p. 14 )

MM. Alain Lambert, président de la commission des finances ; Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ; Louis de Broissia, Yves Fréville, Joël Bourdin, Jean-Pierre Fourcade, Thierry Foucaud, Gérard Miquel, Bernard Murat, Philippe Richert, Paul Girod, Paul Loridant, Pierre Jarlier.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget.

5. Souhaits de bienvenue à une délégation du Kazakhstan (p. 15 ).
M. le président, Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget.

6. Loi de finances pour 2001. - Suite de la discussion d'un projet de loi (p. 16 ).

DÉBAT SUR LES RECETTES
DES COLLECTIVITÉS LOCALES (suite) (p. 17 )

Article 5 (p. 18 )

Amendements n°s I-81 de M. Roland du Luart, I-212, I-213 de M. Denis Badré, I-156 de M. Joseph Ostermann, I-13 à I-17 de la commission, I-233 de M. Bernard Angels, I-116 et I-117 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. James Bordas, Jacques Machet, Joseph Ostermann, Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ; Gérard Miquel, Thierry Foucaud, Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget ; MM. Louis de Broissia, Michel Mercier, Jean-Pierre Fourcade, Yves Fréville. - Retrait des amendements n°s I-81, I-212, I-156 et I-213 ; adoption de l'amendement n° I-13, les amendements n°s I-233 et I-116 devenant sans objet.

Suspension et reprise de la séance (p. 19 )

PRÉSIDENCE DE M. JACQUES VALADE

Adoption des amendements n°s I-15, I-14, I-16 et I-17, l'amendement n° I-117 devenant sans objet.
Adoption de l'article modifié.

Article additionnel après l'article 5 ou avant l'article 26 bis (p. 20 )

Amendements n°s I-138 rectifié bis de Mme Marie-Claude Beaudeau et I-157 rectifié de M. Joseph Ostermann. - MM. Thierry Foucaud, Joseph Ostermann, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Rejet de l'amendement n° I-138 rectifié bis ; adoption de l'amendement n° I-157 rectifié insérant un article additionnel après l'article 5.

Article additionnel après l'article 12 (p. 21 )

Amendement n° I-141 rectifié quater de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. Thierry Foucaud, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Rejet.

Article additionnel après l'article 15 (p. 22 )

Amendement n° I-87 de M. Jean-Claude Carle. - MM. Jean-Claude Carle, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article additionnel avant l'article 26 (p. 23 )

Amendements n°s I-52 de la commission et I-137 rectifié de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. le rapporteur général, Thierry Foucaud, Mme le secrétaire d'Etat, M. Yves Fréville. - Adoption de l'amendement n° I-52 insérant un article additionnel, l'amendement n° I-137 rectifié devenant sans objet.

Article 26 (p. 24 )

Amendements identiques n°s I-53 de la commission et I-221 de M. Pierre Jarlier ; amendement n° I-136 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. le rapporteur général, Pierre Jarlier, Thierry Foucaud, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption des amendements n°s I-53 et I-221, l'amendement n° I-136 devenant sans objet.
Amendement n° I-222 de M. Pierre Jarlier. - MM. Pierre Jarlier, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, MM. Yves Fréville, Patrick Lassourd, Philippe Nogrix.

Suspension et reprise de la séance (p. 25 )

MM. Alain Lambert, président de la commission des finances ; Michel Sergent, Jean-Paul Delevoye, Mme le secrétaire d'Etat, MM. le rapporteur général, PierreJarlier. - Retrait de l'amendement.
Adoption de l'article modifié.

Articles additionnels après l'article 26 (p. 26 )

Amendement n° I-54 rectifié de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-190 rectifié bis de M. Jacques Valade, repris par la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendements n°s I-183 rectifié bis à I-189 rectifié bis de M. Jacques Valade, repris par la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, MM. Jean-Paul Delevoye, Yves Fréville. - Retrait des amendements n°s I-186 rectifié bis à I-189 rectifié bis et I-184 rectifié bis ; adoption des amendements n°s I-183 rectifié bis et I-185 rectifié bis insérant deux articles additionnels.

Article 26 bis (p. 27 )

M. Yves Fréville.
Amendement n° I-55 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Amendements n°s I-56 de la commission et I-139 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. le rapporteur général, Thierry Foucaud, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement n° I-56, l'amendement n° I-139 devenant sans objet.
Amendement n° I-57 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Adoption de l'article modifié.

Article additionnel après l'article 26 bis (p. 28 )

Amendement n° I-191 rectifié bis de M. Bernard Murat. - MM. Joseph Ostermann, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, MM. Jean-Paul Delevoye, Gérard Miquel, Paul Loridant, Patrick Lassourd. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article 26 ter (p. 29 )

Amendement n° I-140 rectifié de Mme Marie-Claude Beaudeau. - MM. Paul Loridant, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Amendement n° I-58 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Adoption de l'article modifié.

Article 27 (p. 30 )

Amendement n° I-59 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Amendement n° I-60 de la commission. - M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption.
Adoption de l'article modifié.

Articles additionnels après l'article 27 (p. 31 )

Amendement n° I-102 rectifié bis de M. Michel Mercier. - MM. Michel Mercier, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-103 rectifié de M. Michel Mercier. - MM. Michel Mercier, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-104 rectifié de M. Michel Mercier. - MM. Michel Mercier, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
M. le rapporteur général.
Clôture du débat sur les recettes des collectivités locales.

Articles additionnels après l'article 12 quinquies (suite) (p. 32 )

Amendement n° I-126 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Rejet.
Amendement n° I-200 de M. Joseph Ostermann. - MM. Gérard Braun, le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, M. Denis Badré. - Retrait.
Amendement n° I-201 de M. Joseph Ostermann. - Retrait.
Amendement n° I-202 de M. Alain Joyandet. - Retrait.
Amendement n° I-127 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat, MM. Denis Badré, Paul Loridant. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-128 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.
Amendement n° I-130 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Rejet.
Amendement n° I-129 de Mme Marie-Claude Beaudeau. - Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Retrait.
Amendement n° I-134 de Mme Marie-Claude Beaudeau ; amendements identiques n°s I-64 (priorité) de M. Denis Badré, I-84 rectifié (priorité) de M. Roland du Luart et I-203 rectifié (priorité) de M. Joseph Ostermann ; amendements n°s I-65 de M. Denis Badré et I-86 de M. Roland du Luart. - MM. Denis Badré, James Bordas, Gérard Braun, Mme Marie-Claude Beaudeau, M. le rapporteur général, Mme le secrétaire d'Etat. - Demande de priorité des amendements n°s I-64, I-84 rectifié et I-203 rectifié ; retrait des amendements n°s I-84 rectifié, I-203 rectifié, I-65 et I-86 ; adoption de l'amendement n° I-64 insérant un article additionnel, l'amendement n° I-134 devenant sans objet.
Renvoi de la suite de la discussion.

7. Transmission d'un projet de loi (p. 33 ).

8. Dépôt d'un rapport (p. 34 ).

9. Ordre du jour (p. 35 ).



COMPTE RENDU INTÉGRAL

PRÉSIDENCE DE M. JEAN-CLAUDE GAUDIN
vice-président

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à neuf heures quarante-cinq.)

1

PROCÈS-VERBAL

M. le président. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.
Il n'y a pas d'observation ?...
Le procès-verbal est adopté sous les réserves d'usage.

2

LOI DE FINANCES POUR 2001

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi de finances pour 2001 (n° 91, 2000-2001), adopté par l'Assemblée nationale. [Rapport n° 92 (2000-2001).]
Dans la discussion des articles de la première partie, nous avons entamé l'examen des amendements tendant à insérer un article additionnel après l'article 11.

Articles additionnels après l'article 11
(suite)



M. le président.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-170, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le 5°, sont insérés dans l'article 39 du code général des impôts deux alinéas ainsi rédigés :
« ...° Les sommes déposées dans une banque ou un établissement financier, par les groupements d'employeurs fonctionnant dans les conditions prévues aux articles L. 127-1 à L. 127-9 du code du travail, afin de prévenir la mise en oeuvre de la responsabilité solidaire prévue au dernier alinéa de l'article L. 127-1 précité.
« Les sommes ainsi versées sont déductibles dans la mesure où le montant des sommes déposées à ce titre à la banque ou l'établissement financier n'excède pas 8 % du chiffre d'affaires.
« Les conditions d'application des présentes dispositions sont déterminées par décret. »
« II. - Les pertes pour l'Etat résultant de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-217, MM. Barraux, Bernardet, Amoudry, Dériot, Deneux, Faure, Souplet, Moinard, Louis Mercier, Jarlier, Huchon, Le Breton, Machet, Badré et Fréville proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le 5° de l'article 39 du code général des impôts, sont insérés trois alinéas ainsi rédigés :
« ...° Les sommes déposées dans une banque ou un établissement financier, par les groupements d'employeurs fonctionnant dans les conditions prévues aux articles L. 127-1 à L. 127-9 du code du travail afin de prévenir la mise en oeuvre de la responsabilité solidaire prévue au dernier alinéa de l'article L. 127-1 précité.
« Les sommes ainsi versées sont déductibles dans la mesure où le montant des sommes déposées à ce titre auprès de la banque ou l'établissement financier n'excède pas 8 % du chiffre d'affaires du groupement.
« Les conditions d'application des présentes dispositions sont précisées par décret. »
« II. - Cette disposition est applicable pour la détermination des résultats des exercices clos à compter du 1er janvier 2000.
« III. - La perte de recettes pour l'Etat est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
L'amendement n° I-170 est-il soutenu ?...
La parole est à M. Machet, pour défendre l'amendement n° I-217.
M. Jacques Machet. Les membres d'un groupement d'employeurs sont solidairement responsables des dettes du groupement à l'égard des salariés du groupement et des organismes créanciers des cotisations obligatoires.
Cette responsabilité étendue est ressentie comme un frein à la création et au développement des groupements d'employeurs, alors même que leur contribution au développement de l'emploi salarié est indiscutable.
Pour prévenir les conséquences de la mise en oeuvre de cette responsabilité, les groupements d'employeurs constituent des provisions qui ont le caractère de réserves mais qui ne sont pas déductibles fiscalement et qui subissent donc l'impôt sur les sociétés au taux de droit commun.
Cette pratique est à rapprocher de l'obligation incombant aux entreprises de travail temporaire d'obtenir une caution bancaire afin de garantir le paiement des sommes dues aux salariés et aux organismes de sécurité sociale. Cette garantie est calculée de manière à assurer approximativement aux salariés le paiement d'un mois de salaire, ce qui représente 8 % du chiffre d'affaires de l'entreprise.
Ce mécanisme de caution est difficilement transposable aux groupements d'employeurs, compte tenu notamment de leur petite taille économique, du caractère non lucratif de leur activité et, par conséquent, de leur faible capacité financière.
Afin d'assurer aux salariés et aux organismes de sécurité sociale la mise en oeuvre des garanties prévues par la loi, un dispositif incitatif, à la fois plus simple et mieux adapté, paraît envisageable. Les groupements d'employeurs pourraient être incités à accroître leurs réserves par la constitution d'une provision comptabilisée en franchise d'impôt sur les sociétés et représentant une somme correspondant à un mois de salaire. Ils pourraient ainsi assurer à leurs salariés une garantie susceptible de pallier une éventuelle insolvabilité des membres du groupement.
Cette mesure permettrait également de conforter le développement des groupements d'employeurs en organisant la responsabilité solidaire de ses membres.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. La commission partage bien entendu les préoccupations exprimées par M. Machet. Elle estime toutefois qu'il faudrait se donner un petit peu de temps pour étudier la mesure car le dispositif ne lui semble pas assez encadré. En effet, les employeurs concernés pourraient immobiliser des sommes pour un montant et une durée qu'ils choisiraient librement.
Sans doute serait-il préférable de définir des critères, des montants et des délais de sorte que la mesure préconisée en matière de déduction des provisions constituées par les groupements d'employeurs puisse être plus opérationnelle.
Voilà pourquoi nous souhaitons le retrait de l'amendement.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. Monsieur le président, la mesure proposée serait en contradiction avec l'ensemble des principes comptables et fiscaux en vigueur, selon lesquels un dépôt ou un placement s'analyse comme un élément du patrimoine de l'entreprise, qui ne peut donc pas être déduit du résultat en tant que charge.
Si les auteurs de l'amendement proposent la constitution d'une réserve en franchise d'impôts, leur proposition se heurte à un certain nombre d'objections techniques.
En effet, une provision n'est admise fiscalement que pour autant qu'elle est constituée en vue de faire face à des pertes ou à des charges nettement identifiées et que des événements en cours rendent possibles. Or, en l'état actuel de la législation, aucune perte ne sera supportée par le groupement en cas de défaillance de l'un de ses membres, dès lors que les autres membres du groupement ont l'obligation juridique d'intervenir. Par conséquent, la provision ne paraît pas se justifier.
En outre et surtout, elle ne semble pas nécessaire pour atteindre les objectifs que vous cherchez à atteindre, monsieur Machet, car, pour les salariés comme pour les organismes sociaux, plus qu'une provision constituée par le groupement lui-même, c'est la solidarité de l'ensemble des membres du groupement qui constitue la première des garanties. Il n'apparaît donc pas nécessaire de l'assortir d'un avantage fiscal qui pourrait, de surcroit, fausser le jeu de la concurrence dans les secteurs d'intervention des groupements.
Pour toutes ces raisons, je vous demande de bien vouloir retirer l'amendement.
M. le président. L'amendement n° I-217 est-il maintenu ?
M. Jacques Machet. A la demande de M. le rapporteur général et de Mme le secrétaire d'Etat, je retire cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-217 est retiré.
Je suis saisi de trois amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Les deux premiers sont identiques.
L'amendement n° I-175 rectifié est présenté par MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin.
L'amendement n° I-218 est déposé par MM. Barraux, Bernadet, Deneux, Machet, Amoudry, Dériot, Faure, Souplet, Moinard, Louis Mercier, Jarlier, Huchon,Herment, Lebreton, Badré et Fréville.
Tous deux tendent à insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le sixième alinéa du I de l'article 151 octies du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Lorsque l'activité de l'apporteur ne relève pas de l'article 63, les profits afférents aux stocks ne sont pas imposés en son nom si la société bénéficiaire de l'apport inscrit ces stocks à l'actif de son bilan à la valeur comptable pour laquelle ils figurent au dernier bilan de l'entreprise apporteuse. »
« II. - Le premier alinéa du III de l'article 72 B du même code est ainsi rédigé :
« Lorsqu'un exploitant agricole fait apport de son exploitation à une société ou un groupement dans les conditions définies à l'article 151 octies , le bénéfice correspondant à l'apport des stocks peut être rattaché aux résultats de cette société ou de ce groupement selon les modalités prévues au d du 3 de l'article 210 A. »
« III. - La perte de recettes pour l'Etat est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-174, rectifié, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat,Neuwirth, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans le troisième alinéa du b du I de l'article 151 octies du code général des impôts, après le mot : "apporteur" sont insérés les mots : "autre qu'un exploitant agricole".
« II. - Les pertes pour l'Etat sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Badré, pour présenter l'amendement n° I-218.
M. Denis Badré. Cet amendement s'appuie sur le fait que l'apport des exploitations individuelles à une société entraîne la cessation d'activité de l'exploitant apporteur.
Des modifications successives ont été apportées par l'article 151 octies du code général des impôts pour proposer des aménagements fiscaux permettant de tenir compte de cette situation. Ces dispositions visaient à permettre, sous certaines conditions, d'étaler et de reporter la taxation des plus-values dégagées et de reporter l'imposition des bénéfices réalisés lors de l'apport des stocks.
Ce dernier mécanisme est totalement inapplicable du fait de difficultés d'ordre juridique et comptable sur le détail desquels je ne reviens pas sinon pour dire que, pour que le bénéfice dégagé lors de l'apport des stocks puisse être reporté au moment où la société bénéficiaire de l'apport le liquidera, ces stocks doivent être inscrits en valeur comptable au bilan de la société bénéficiaire de l'apport.
Cette obligation est contraire aux règles classiques d'évaluation des apports à une société, elle diminue les droits de l'apporteur dans la société, qui n'utilise donc pas ces dispositions.
Afin de rendre ces dispositions opérationnelles, nous proposons que les stocks des exploitants agricoles puissent être apportés en valeur vénale et que les profits qui découlent de cet apport soient taxés comme un élément du résultat de la société par cinquième sur les cinq premiers exercices sociaux.
Ainsi, on simplifie également le traitement comptable de ces opérations.
Je précise enfin qu'un tel mécanisme existe déjà pour les stocks à rotation lente.
M. le président. La parole est à M. Cornu, pour présenter les amendements n°s I-175 rectifié et I-174 rectifié.
M. Gérard Cornu. L'apport d'une exploitation individuelle à une société entraîne les mêmes conséquences qu'une cessation d'activité pour l'exploitant.
Il est possible d'étaler et de reporter la taxation des plus-values dégagées et de reporter l'imposition des bénéfices réalisés lors de l'apport des stocks. Ce dernier mécanisme soulève des difficultés d'application d'ordre juridique et comptable qui l'ont rendu inapplicable dans les faits.
Il convient donc que le bénéfice dégagé lors de l'apport du stock puisse être reporté au moment où la société bénéficiaire de l'apport le liquidera, ce même stock devant être inscrit en valeur comptable au bilan de la société bénéficiaire. Tel est l'objet de l'amendement n° I-175 rectifié.
J'en viens à l'amendement n° I-174. L'apport d'une exploitation individuelle à une société entraîne une cessation d'activité pour l'exploitant.
L'article 151 octies du code général des impôts autorise l'étalement et le report sous certaines conditions de la taxation des plus-values dégagées et le report de l'imposition des bénéfices réalisés lors de l'apport des stocks. L'application de cet article est rendue impossible par des difficultés d'ordre juridique et comptable.
Cet amendement vise donc à rendre ces dispositions plus opérationnelles par l'apport des stocks des exploitants agricoles en valeur vénale, afin de dégager les profits qui en découlent et de les taxer comme un élément du résultat de la société. Ainsi, le traitement comptable de ces opérations sera simplifié et rendu juridiquement cohérent.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-218, I-175 rectifié et I-174 rectifié ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il s'agit d'amendements techniques assez complexes sur lesquels la commission souhaiterait connaître l'avis du Gouvernement.
M. le président. Quel est, donc, l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La proposition qui est formulée à travers ces trois amendements serait motivée par le fait, comme l'a dit l'un des orateurs, que le dispositif actuel, qui prévoit l'apport des stocks pour leur valeur comptable, soulèverait des difficultés dans la mise en oeuvre d'une répartition équitable du capital de la société bénéficiaire des apports dès lors que l'apporteur souhaite être rémunéré d'après la valeur réelle des apports et non d'après leur valeur comptable.
Or, de l'avis même de la Chancellerie, cette difficulté n'est pas réelle car le capital peut être réparti entre les différents apporteurs selon un rapport d'échange indépendant de la valeur des apports. D'ailleurs, une prime d'apport peut être créée pour équilibrer les apports.
Les dispositions de l'article 151 octies du code général des impôts qui prévoient un sursis d'imposition des profits sur stocks constatés lors d'un apport en société sont déjà applicables aux stocks agricoles, et ce quelle que soit leur nature. Il n'y a pas lieu, me semble-t-il, de mettre en place un dispositif équivalent réservé aux seuls agriculteurs.
Par ailleurs, l'amendement n° I-175 rectifié aurait pour conséquence de supprimer le système d'étalement propre aux stocks à rotation lente, qui est prévu par l'article 72 B du code général des impôts, ce qui reviendrait à priver les agriculteurs qui apportent leurs stocks en société de la possibilité de choisir entre l'un et l'autre de ces dispositifs.
Pour toutes ces raisons, je vous demande, messieurs les sénateurs, de bien vouloir retirer ces amendements.
M. le président. Quel est, maintenant, l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il s'agit là - il convient de le rappeler - des modalités d'apport d'une entreprise individuelle agricole à une société d'exercice agricole. Avec cet amendement, nous abordons des sujets qui sont à la jonction du droit, de la comptabilité et de la fiscalité.
Sur le plan du droit, il faut s'interroger sur les évaluations et sur les parités au sein de la nouvelle société d'exercice agricole. De ce point de vue, on peut se demander s'il est vraiment logique et normal de promouvoir un dispositif spécifique pour des apports de biens concourant à des exploitations agricoles par rapport à tous autres biens concourant à la formation de toutes autres sociétés. Une société, quelle que soit la branche d'activité dont elle relève, doit demeurer, si l'on veut que les choses soient compréhensibles, soumise à un minimum de règles de base.
Dans le cas d'espèce, on nous propose un dispositif qui est d'abord fiscal, mais qui aurait une conséquence importante sur la définition des droits juridiques, donc sur la pondération des parts au sein de la société qui va être constituée. Au sein de la commission des finances, nous comprenons, bien entendu, la motivation des auteurs de ces amendements, mais nous n'avons pas été en mesure de les examiner de façon suffisamment détaillée. De plus, sur des sujets de ce genre, qui nécessitent une approche technique complexe, il est vraiment difficile de se faire une opinion à partir d'éléments parcellaires présentés, de toute bonne foi, sous forme d'amendements aux articles du projet de loi de finances initiale.
Il serait préférable - monsieur le président de la commission des finances, ce serait une initiative intéressante - de nous faire une opinion globale sur l'ensemble de ces questions à partir du rapport récemment rédigé à la demande du Gouvernement par deux collègues députés sur l'évolution de la fiscalité agricole et après consultation des milieux professionnels et des intéressés. Le fait de travailler en amont et méthodiquement nous permettrait une meilleure approche de toutes ces questions, qui sont mêlées, pour faire évoluer non seulement la fiscalité agricole, mais surtout le droit des sociétés appliqué à l'agriculture et la comptabilité de ce secteur.
En outre, dans ce domaine comme dans bien d'autres, nous avons des approches trop fiscales du fait des demandes des professionnels qui sollicitent de l'administration, selon la tradition, dérogations et traitements spécifiques. Tout cela aboutit au code général des impôts que nous connaissons et qui n'est pas un modèle de clarté et de lisibilité !
La commission des finances est bien évidemment tout à fait prête à faire ces études, tant avec vous, madame le secrétaire d'Etat, qu'avec les représentants des milieux professionnels. Dans cette perspective, je me permets de suggérer à nos collègues de bien vouloir retirer les amendements n°s I-75 rectifié, I-218 et I-74 rectifié.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je suis en complet accord avec la méthode proposée par M. le rapporteur général, qui a bien voulu souligner l'existence d'un rapport important rédigé entre autres parMme Béatrice Marre sur les adaptations à apporter à la fiscalité et au mode de calcul des cotisations sociales agricoles, rapport dans lequel sont analysés de manière globale les prolèmes posés par la fiscalité agricole.
C'est bien volontiers que nous nous livrerons conjointement, si la commission des finances le désire, à ce travail d'approfondissement.
M. le président. Monsieur Badré, maintenez-vous votre amendement ?
M. Denis Badré. Je réponds à l'appel lancé par M. le rapporteur général et par Mme le secrétaire d'Etat, et je retire cet amendement, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-218 est retiré.
Monsieur Cornu, acceptez-vous de retirer vos amendements ?
M. Gérard Cornu. Oui, monsieur le président.
M. le président. Les amendements n°s I-175 rectifié et I-174 rectifié sont retirés.
Par amendement n° I-216, MM. Arnaud, Grignon, Machet, Richert, Fréville et Badré proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 72 B bis du code général des impôts, il est inséré un article additionnel ainsi rédigé :
« Art. ... - Sur option de l'exploitant, les stocks d'eaux-de-vie et de spiritueux peuvent être comptabilisés en immobilisation à compter de leur sixième année de détention. »
« II. - La perte de recettes pour l'Etat est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Nul ne contestera que le vieillissement des eaux-de-vie exige une immobilisation. Cet amendement, qui tend à ce que les stocks d'eau-de-vie et de spiritueux puissent être comptabilisés en immobilisations à compter de leur sixième année de détention, met donc le droit en accord avec la réalité.
Je pourrais en rester là dans l'exposé de cet amendement, mais je pense qu'il est utile d'entrer dans le détail dans la mesure où ce vieillissement se réalise de façon équilibrée entre la viticulture et le négoce, la répartition entre ces deux types de stocks s'étant progressivement déséquilibrée en faveur du stock détenu au niveau du négoce.
Or l'expansion du cognac s'est toujours réalisée grâce à la détention d'un stock à la production. Celui-ci comporte deux composantes : la première constitue le stock normal tournant et je n'y insiste pas ; la seconde, plus intéressante, correspond à un stock d'assurance ou de précaution destiné à faire face à des besoins qualitatifs particuliers et éventuellement à répondre à une demande exceptionnelle du négoce. La vente de ce stock revêtant un caractère très aléatoire, vous comprendrez qu'un producteur ne puisse rester dépendant de cette vente.
La nécessité de ce dernier type de stock a été pleinement démontrée à la fin des années quatre-vingt, quand il s'est agi de répondre au développement du marché asiatique notamment, alors que le cognac traversait une crise depuis près de quinze ans.
Pendant la période qui a suivi, la viticulture a pu satisfaire les besoins du négoce, mais, en contrepartie, elle a dû subir des prélèvements fiscaux qui ont quasiment anéanti les efforts qui avaient été engagés pour sortir de cette crise.
Cet amendement vise donc à régler cette difficulté de manière pérenne et à permettre au cognac de vivre encore de beaux jours, sans avoir besoin de recourir à l'idée de transformer le cognac en apéritif, laquelle ne serait qu'un expédient !
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est un exercice difficile que celui auquel nous convie notre collègue M. Badré et qui nous « plonge », dès le début de la matinée, dans les stocks d'eau-de-vie et de spiritueux (Sourires)...
M. Denis Badré. C'est un peu tôt dans la journée !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... qui ont au moins six ans et qui se sont donc déjà bien bonifiés !
M. Denis Badré. Ce sont les meilleurs !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Absolument !
La proposition que vous faites et qui est récurrente tend à permettre à l'exploitant de choisir de comptabiliser ses stocks en immobilisations pour bénéficier du régime des plus-values et ne pas être imposé au titre de l'impôt sur le revenu pour ces stocks.
Il s'agit d'une exception aux principes généraux de la fiscalité, et d'autres solutions peuvent être trouvées au problème, notamment la possibilité pour les exploitants soumis au régime simplifié de constituer des provisions.
A ce titre, a été adopté hier, présenté par la commission des finances, l'amendement n° I-35 à l'article 11 permettant la création d'un système de réserve spéciale d'autofinancement destiné aux exploitants agricoles et répondant donc bien à la préoccupation des producteurs d'eau-de-vie et de spiritueux, en particulier ceux de la Charente, si j'ai bien noté le nom du premier signataire de l'amendement, notre collègue Arnaud. Les producteurs de la région de Cognac, qui ont été confrontés à de graves crises de production, peuvent se considérer satisfaits par cette adoption et, votre demande ayant dès lors satisfaction, je sollicite de votre part, cher collègue, le retrait de l'amendement.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il ne serait pas justifié d'appliquer le régime des plus-values au bénéfice que peut procurer la cession de stocks, car ceux-ci, quelle que soit leur durée de détention, constituent par nature des biens destinés à la vente, à la différence des moyens de production. Ils ne constituent donc pas des immobilisations et le produit qui est retiré, en l'occurrence, de la vente des stocks d'eau-de-vie doit être considéré comme un revenu ordinaire. Cela est d'autant plus vrai que ces stocks se bonifient et se valorisent en vieillissant.
La mesure serait, par ailleurs, d'autant moins justifiée que les charges qui contribuent à la valorisation de ces stocks sont déductibles du bénéfice imposable aux taux de droit commun. En outre, la conservation des stocks sur une longue période n'est pas une contrainte particulière aux producteurs d'eau-de-vie.
En tout état de cause, si elle devait être retenue, cette mesure constituerait une aide de l'Etat au secteur de l'agriculteur au sens de la réglementation européenne. L'application d'une telle mesure dérogatoire serait d'autant plus difficile à justifier que les contribuables concernés bénéficient déjà de tous les allégements propres à la fiscalité agricole. Nous en avons évoqué un tout à l'heure avec le blocage de la valeur des stocks à rotation lente.
Enfin, des mesures spécifiques ont été mises en place pour tenir compte de la situation difficile que vous avez rappelée et dans laquelle se trouvent actuellement les producteurs de cognac, notamment grâce à l'évaluation des stocks de spiritueux au prix de revient ou à la constitution de provisions pour dépréciation de ces stocks.
Pour toutes ces raisons, je souhaite, monsieur le sénateur, que vous retiriez votre amendement.
M. le président. Monsieur Badré, maintenez-vous votre amendement ?
M. Denis Badré. Madame la secrétaire d'Etat, j'ai un respect au moins aussi grand pour le vieux cognac que pour les principes de la fiscalité que vous venez de rappeler ! (Sourires.) Vous m'avez laissé entendre que vous aviez un tout petit peu compris que se posait un vrai problème pour le cognac. Notre rapporteur général a été un peu plus loin, puisqu'il a rappelé que l'amendement de la commission des finances adopté hier permettait déjà d'apporter une assez large solution aux préoccupations exprimées par notre collègue.
Compte tenu de ces éléments, je pense que M. Philippe Arnaud, dont nous connaissons l'attachement à la défense du cognac - lequel connaît bien des difficultés en ce moment -, m'autorisera à retirer cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-216 est retiré.
Par amendement n° I-173, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth,Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - A la fin de la troisième phrase du premier alinéa du I de l'article 72 D du code général des impôts, les mots : "et à 20 % pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 1999" sont remplacés par les mots : "et pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 1999 la déduction est plafonnée à 30 % dans la limite de 1 000 000 francs de bénéfices.
« II. - La perte de recettes pour le budget annexe des prestations agricoles résultant de l'application du I ci-dessus est compensée à due concurrence par un relèvement des droits visés à l'article 1609 unvicies du code général des impôts.
« III. - Les pertes pour l'Etat sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droit visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun.
M. Gérard Braun. Les exploitants agricoles soumis au régime réel d'imposition peuvent déduire chaque année de leur bénéfice une somme plafonnée, soit à 15 000 francs, soit à 35 % de ce bénéfice, dans la limite de 52 500 francs. Ce plafond est majoré de 10 % de la fraction de bénéfice comprise entre 150 000 francs et 500 000 francs. Ce plafond a été majoré à plusieurs reprises depuis 1997.
Cet amendement tend, pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 1999, à plafonner la déduction à 30 % dans la limite de 1 million de francs de bénéfices.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je souhaite connaître l'avis du Gouvernement, monsieur le président.
M. le président. Quel est, donc, l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons déjà eu l'occasion, hier soir, de débattre d'un amendement similaire, à propos duquel j'ai eu l'occasion de dire qu'il ne pouvait pas être accepté par le Gouvernement, car il tendait à doper un dispositif déjà très dynamique.
En effet, la déduction pour investissement constitue un moyen spécifique de renforcement de la capacité d'autofinancement des agriculteurs. Elle leur permet de déduire, chaque année, de leur assiette imposable, en prévision du financement d'immobilisation amortissable de parts de sociétés coopératives ou de stocks à rotation lente, comme les vins ou les animaux, une somme qui peut atteindre 122 500 francs pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 1999. L'avantage qui en résulte est loin d'être négligeable, d'autant que cet avantage est définitif lorsque la déduction est affectée à la création ou à l'acquisition de stocks à rotation lente.
Permettre une déduction qui pourrait atteindre annuellement 300 000 francs ne serait pas raisonnable, compte tenu du coût qui résulterait d'une telle mesure. Ce ne serait pas non plus équitable, car la disposition que vous proposez remettrait en cause, pour des sommes très importantes, le principe de la progressivité de l'impôt sur le revenu en faveur d'une catégorie particulière de contribuables et procurerait un avantage d'autant plus important que les revenus de l'exploitant seraient élevés.
A l'inverse, cette mesure serait non seulement inopérante pour les exploitants dont les bénéfices sont peu élevés, mais aussi pénalisante puisqu'elle conduirait à plafonner à 30 % la déduction qui peut actuellement être pratiquée au taux de 35 % sur la fraction du bénéfice qui n'excède pas 150 000 francs.
Enfin, porter à un tel niveau un avantage qui, dans le cas d'une utilisation de la déduction pour l'acquisition ou la production de stocks à rotation lente, constitue une véritable aide à la production, nécessiterait un accord préalable des instances communautaires.
Pour toutes ces raisons, je vous demande donc, monsieur le sénateur, de bien vouloir retirer cet amendement.
M. le président. Quel est, maintenant, l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je pourrais faire à nos collègues auteurs de l'amendement n° I-173 la même réponse que celle que j'ai faite s'agissant des autres amendements relatifs à la fiscalité agricole.
Il serait bon que nous puissions remettre tout cela en perspective. Il est difficile, aujourd'hui, de se faire une opinion vraiment fondée et donc de pouvoir répondre aux objections du Gouvernement. Nous avons besoin d'avoir une vue de l'ensemble du panorama pour déterminer quelle juste place donner à chaque dispositif, en particulier au dispositif de déduction fiscale pour investissement dont on se propose de modifier le plafond en taux et en valeur absolue.
Mes chers collègues, dans l'attente de l'étude de fond qui doit être réalisée par la commission, étude à laquelle Mme le secrétaire d'Etat propose d'associer ses services, selon des modalités à déterminer entre nous, il me semble préférable que cet amendement soit retiré.
M. le président. Monsieur Braun, maintenez-vous l'amendement ?
M. Gérard Braun. Je le retire.
M. le président. L'amendement n° I-173 est retiré.
Par amendement n° I-176, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« Le I de l'article 151 octies du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Les sanctions prévues à l'alinéa précédent s'appliquent aux opérations placées sous le régime de l'article 151 octies et réalisées avant le 1er janvier 1996. »
La parole est à M. Braun.
M. Gérard Braun. La résiliation des baux ou des conventions de mise à disposition, successivement prescrites par l'article 151 octies du code général des impôts, peut entraîner deux régimes de sanction qui diffèrent en fonction de la date de conclusion du bail ou de la convention.
Il conviendrait de lever toute ambiguïté sur les conséquences de la rupture des baux et mise à disposition en unifiant le régime des remises en cause sur ce régime.
Une telle modification simplifierait grandement la gestion des dossiers.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. L'adoption de cet amendement conduirait à simplifier les modalités selon lesquelles il est mis fin au report d'imposition des plus-values qui est prévu à l'article 151 octies du code général des impôts lorsque cesse la mise à disposition d'immeubles affectés à l'exploitation de la société bénéficiaire de l'apport dont le contribuable a conservé la propriété.
Il est en effet possible aux agriculteurs de bénéficier de ce régime de faveur, tout en conservant certains immeubles, sous réserve que ceux-ci soient mis à disposition.
Les conséquences de la fin de cette mise à disposition ont été plusieurs fois modifiées, notamment à la demande des organisations professionnelles.
Aujourd'hui, vous souhaitez, monsieur le sénateur, dans un souci de simplicité, que ces conséquences demeurent toujours les mêmes, quelle que soit la date à laquelle a eu lieu l'opération d'apport initial et, donc, le report d'imposition.
Cependant, les modalités d'imposition consécutives à la fin de la mise à disposition étaient profondément différentes avant 1996 de ce qu'elles sont désormais et sur lesquelles vous souhaitez un alignement.
L'ensemble des conséquences de la remise en cause du report d'imposition étaient à la charge de la société bénéficiaire. Il est très probable - pour ne pas dire tout à fait certain - que les parties au traité d'apport ont tenu compte de cet état du droit en fixant les termes de leur accord, notamment la rémunération de ces apports.
Je ne peux donc adhérer à cette réforme, même si son objet - louable - est de simplifier la législation dans la mesure où elle viendrait bouleverser de manière rétroactive l'équilibre de ces accords.
Comme ni vous ni moi ne sommes capables de nous assurer avec certitude que la mesure proposée n'aurait pas - ne serait-ce qu'une seule fois - ces conséquences dommageables, je vous suggère d'y renoncer, monsieur le sénateur, en retirant cet amendement.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-176.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Je soutiendrai pour ma part l'amendement déposé par M. Braun, parce que je pense que les bouleversements que redoute Mme la secrétaire d'Etat sont tout à fait mineurs, alors que la simplification apportée par l'amendement serait considérable.
M. Jacques Machet. Très bien !
M. Gérard Braun. Tout à fait !
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-176, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-177, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le premier alinéa de l'article 154 bis -OA du code général des impôts est ainsi modifié :
« 1° A la fin de la première phrase, les mots : "dans la limite de 7 % des revenus professionnels qui servent de base, en application de l'article 1003-12 du code rural, aux cotisations dues pour le même exercice au régime social des membres non salariés des professions agricoles" sont supprimés.
« 2° A la fin de la seconde phrase du même alinéa, le mot : "due" est remplacé par le mot : "versée".
« II. - Les dispositions du I sont applicables pour la détermination du résultat des exercices clos en 1999. »
Par amendement n° I-220, MM. Barraux, Bernardet, Deneux, Machet, Amoudry, Dériot, Faure, Souplet, Moinard, Louis Mercier, Jarlier, Huchon, Herment, Le Breton, Fréville et Badré proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 154 bis -OA du code général des impôts est ainsi modifié :
« A. - Après les mots : "déductibles du revenu imposable", la fin de la première phrase du premier alinéa est supprimée.
« B. - A la fin de la deuxième phrase du premier alinéa, le mot : "due" est remplacé par le mot : "versée".
« II. - La perte de recettes pour l'Etat est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun, pour défendre l'amendement n° I-177.
M. Gérard Braun. En 1997, a été mis en place un nouveau régime complémentaire facultatif d'assurance vieillesse des exploitants agricoles, dont les cotisations sont déductibles fiscalement dans des conditions rendant ce régime d'une application fastidieuse, voire impossible, lorsque l'exploitant cotise sur une base annuelle de revenus professionnels.
Le texte gagnerait nettement en simplicité dans sa mise en oeuvre pratique si l'on supprimait le plafond de déduction, fixé à 7 % des revenus professionnels.
M. le président. La parole est à M. Machet, pour exposer l'amendement n° I-220.
M. Jacques Machet. L'article 55 de la loi n° 97-1051 du 18 novembre 1997 d'orientation sur la pêche maritime et les cultures marines a mis en place un nouveau régime complémentaire facultatif d'assurance vieillesse des exploitants agricoles, dont les cotisations sont déductibles fiscalement dans la double limite de 7 % des revenus professionnels qui servent d'assiette aux cotisations dues pour le même exercice au régime social des membres non salariés des professions agricoles, et de 7 % d'une somme égale à trois fois le plafond visé à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale en vigueur au 1er janvier de l'année au titre de laquelle la prime ou cotisation est payée.
Ce régime s'est révélé d'une application fastidieuse, voire impossible, lorsque l'exploitant cotise sur une base annuelle de revenus professionnels, étant donné le calcul itératif qu'emportent les principes retenus.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-177 et I-220 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. L'ensemble des personnes qui connaissent bien la fiscalité agricole et les questions sociales en matière agricole peuvent, je le suppose, se rejoindre sur un dispositif de cette nature. Or les deux amendements qui nous sont soumis, qui sont semblables sur le fond et diffèrent légèrement sur la forme - l'amendement n° I-220 étant un peu plus complet que l'amendement n° I-177 -, ont une portée identique au nouvel article 48 octies du projet de loi de finances, article voté à l'Assemblée nationale dans les mêmes intentions.
Il serait toutefois utile qu'avant l'éventuel retrait de ces amendements Mme le secrétaire d'Etat confirme que les dispositions votées à l'Assemblée nationale permettront de résoudre les problèmes analysés par nos collègues des groupes de l'Union centriste et du RPR. De la sorte, nous aurons l'assurance que les cotisations versées par les chefs d'exploitation ou d'entreprises agricoles au titre des contrats d'assurance de groupe sont bien « déductibles du revenu professionnel imposable dans la limite de 7 % de trois fois le plafond visé à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale... », selon la formule consacrée, naturellement un peu complexe puisque telle est, hélas ! la tradition de notre réglementation fiscale et sociale ; et cela ne s'arrange pas ! (Sourires.)
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s I-177 et I-220 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je confirme tout à fait ce que vient de dire M. le rapporteur général : les amendements n°s I-177 et I-220 visent à introduire une mesure nécessaire et opportune, mais ils sont déjà satisfaits par l'article 48 octies.
M. le président. Monsieur Braun, l'amendement n° I-177 est-il maintenu ?
M. Gérard Braun. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-177 est retiré.
Monsieur Machet, l'amendement n° I-220 est-il maintenu ?
M. Jacques Machet. Je le retire aussi, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-220 est retiré.
Je suis maintenant saisi de trois amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Les deux premiers sont identiques.
L'amendement n° I-97 est présenté par MM. Grignon, Arnaud, Badré, Barraux, Bécot, Franchis, Fréville, Hérisson, Hoeffel, Huchon, Machet, Moinard et Richert.
L'amendement n° I-264 est déposé par MM. Joly et Othily.
Tous deux tendent à insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans le III de l'article 302 bis ZD du code général des impôts, après les mots : "valeur ajoutée", sont insérés les mots : "ainsi que les entreprises qui réalisent plus de 70 % de leur chiffre d'affaires dans la vente de produits carnés et leurs dérivés".
« II. - La perte de recettes résultant du I ci-dessus est compensée à due concurrence par l'augmentation du taux de la taxe sur les achats de viande, prévu au V de l'article 302 bis ZD. »
Par amendement n° I-225, M. Angels, Mme Bergé-Lavigne, MM. Charasse, Demerliat, Haut, Lise, Massion, Miquel, Moreigne, Sergent et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« A. - Au III de l'article 302 bis ZD du code général des impôts, après les mots : "valeur ajoutée", sont insérés les mots : "ainsi que les entreprises qui réalisent plus de 70 % de leur chiffre d'affaires dans la vente de produits carnés. »
« B. - La perte de recettes résultant du A est compensée à due concurrence par une augmentation du taux de la taxe prévue au V de l'article 302 bis ZD du code général des impôts. »
La parole est à M. Badré, pour défendre l'amendement n° I-97.
M. Denis Badré. Cet amendement vise à exonérer de la taxe d'équarrissage les artisans bouchers et les bouchers-charcutiers dont l'activité principale est de transformer et de vendre des produits carnés et leurs dérivés.
Jusque-là, rien que de très classique, et nous avons déjà expliqué lors de la session précédente combien cela nous paraissait important. J'ajoute que, par les temps qui courent, un tel signal paraît particulièrement opportun pour soutenir l'activité de professionnels en réelle difficulté.
MM. Gérard Braun et Jacques Machet. Très bien !
M. le président. La parole est à M. Joly, pour défendre l'amendement n° I-264.
M. Bernard Joly. La crise de l'ESB, l'encéphalopathie spongiforme bovine, a entraîné l'interdiction d'utilisation des farines d'origine animale dans l'alimentation du bétail. Cela a eu pour conséquence une modification substantielle de la profession d'équarrisseur, laquelle ne pouvait alors plus valoriser économiquement les carcasses collectées.
La loi du 26 décembre 1996 a procédé à une réforme en profondeur du secteur de l'équarrissage, au travers de deux mesures relatives, l'une au régime de l'équarrissage, à savoir l'institution d'un service public, et l'autre au financement de l'équarrissage à travers la création d'une taxe.
La loi de 1996 institue une taxe sur la vente de viande et de charcuterie au détail. Celle-ci abonde un fonds finançant la collecte et l'élimination des cadavres d'animaux et des saisies d'abattoirs reconnus impropres à la consommation humaine et animale.
L'amendement qui vous est proposé, mes chers collègues, a pour objet d'exclure du champ d'application de la taxe sur les achats de viande, dite taxe d'équarrissage, tous les artisans bouchers et bouchers-charcutiers dont l'activité principale est de transformer et de vendre des produits carnés et leurs dérivés.
Les professionnels condamnent depuis le début le principe de cette taxe, unique en Europe, qui consiste à faire financer le service public de l'équarrissage par l'aval de la filière et par une profession qui a toujours refusé et condamné la logique industrielle à l'origine de la crise actuelle de la filière viande.
La solution proposée ne repose ni sur la surface de vente, ni sur une catégorie juridique d'entreprise, ni sur un relèvement du chiffre d'affaires, solutions successivement rejetées par les différents gouvernements.
Le coût de cette mesure est estimé à 350 millions de francs, qu'il vous est proposé de compenser par une augmentation de la taxe sur la grande distribution.
S'il était adopté, cet amendement permettrait d'exclure du paiement de la taxe d'équarrissage les entreprises qui vivent de la vente et de la transformation de produits carnés et qui non seulement subissent les crises de l'ESB et de la dioxine, mais se sont vu également taxer à trois reprises pour financer le service public de l'équarrissage, l'élimination des farines animales - taxe additionnelle - et l'enlèvement des os et suifs.
M. le président. La parole est à M. Demerliat, pour défendre l'amendement n° I-225.
M. Jean-Pierre Demerliat. La crise de l'encéphalopathie spongiforme bovine a entraîné l'interdiction d'utilisation des farines d'origine animale dans l'alimentation du bétail. Cela a eu pour conséquence une modification importante de la profession d'équarrisseur. Il n'est plus possible aujourd'hui de valoriser économiquement les carcasses collectées.
La loi du 26 décembre 1996 a réformé en profondeur le secteur de l'équarrissage. Elle dispose - cela figure désormais dans le code rural - que l'équarrissage, la collecte et l'élimination constituent dorénavant une mission de service public relevant de la compétence de l'Etat.
L'amendement que nous défendons a pour objet d'exclure du champ d'application de la taxe sur les achats de viande, dite taxe d'équarrissage, tous les artisans bouchers et bouchers-charcutiers dont l'activité principale est de transformer et de vendre des produits carnés et leurs dérivés.
Les professionnels condamnent depuis le début le principe de cette taxe, unique en Europe, qui consiste à faire financer le service public de l'équarrissage par l'aval de la filière et par une profession qui a toujours refusé et condamné la logique industrielle productiviste à l'origine de la crise de la filière viande.
Le coût de cette mesure est estimé à 350 millions de francs, qu'il vous est possible de compenser, mes chers collègues, par une augmentation de la taxe sur la grande distribution.
Les éleveurs vivent aujourd'hui, d'une manière dramatique, la crise de la vache folle. Les conséquences de cette dernière sur l'avenir de la filière bovine et de ses sous-traitants sont catastrophiques. Dans ces heures sombres, il serait bon que le Gouvernement fasse aussi un geste envers les artisans bouchers et charcutiers qui commercialisent des produits issus des bassins dits « race à viande » et donc réputés sains. Ces artisans bouchers et charcutiers contribuent aujourd'hui largement à rassurer les consommateurs qui les connaissent et leur font confiance. La filière viande bovine a besoin, aujourd'hui, d'être confortée.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-97, I-264 et I-225 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nous avons déjà abordé, au cours des années précédentes, cette question de la taxe d'équarrissage et de son impact financier sur la distribution de viande, tout particulièrement sur la profession des artisans bouchers. A plusieurs reprises, le Sénat a ainsi soutenu des mesures visant à reporter cette charge sur des formes de distribution qui disposent d'une envergure économique leur permettant de mieux la supporter.
L'action du Sénat a donc fortement contribué à ce que les artisans bouchers soient déjà, dans une large mesure, exonérés d'un poids peu compatible avec les exigences de leurs comptes d'exploitation.
Il est proposé ici d'aller un peu plus loin, et la conjoncture actuelle, marquée par le drame de la filière viande, ne peut que conduire à soutenir cette démarche.
Toutefois, avant d'exprimer de façon précise et définitive l'avis de la commission sur ce sujet qui est particulièrement sensible pour la profession concernée, et qui touche aussi au problème majeur de la gestion des déchets, pour laquelle il faut prévoir un financement, je souhaiterais entendre l'avis du Gouvernement.
M. le président. Quel est, donc, l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le Gouvernement est évidemment très sensible à la situation des artisans et commerçants de ce secteur, notamment dans le contexte actuel de crise de la viande bovine. C'est pourquoi il comprend et partage le souci exprimé par les parlementaires à travers ces amendements, même si le texte actuel permet d'ores et déjà à 90 % des artisans bouchers et bouchers-charcutiers de ne pas être redevables de la taxe sur les achats de viande.
Cela étant, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer récemment à l'Assemblée nationale, le Gouvernement proposera au Parlement, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative - nous aurons donc très prochainement à revenir sur cette question -, de réformer cette taxe et, notamment, de porter de 2,5 millions de francs à 5 millions de francs hors TVA le seuil d'exonération de cette taxe. Cela devrait rassurer les auteurs de ces amendements en garantissant que plus aucun artisan boucher ou boucher-charcutier ne sera assujetti à cette taxe sur les achats de viande.
Dans ces conditions, je demande aux uns et aux autres de bien vouloir retirer ces amendements.
M. le président. Quel est, maintenant, l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame le secrétaire d'Etat, vraiment, vous me surprenez beaucoup : vous nous dites d'abord que vous êtes d'accord avec nous, et puis vous demandez aux auteurs de ces amendements de les retirer !
M. Michel Sergent. Oui, puisque le problème sera traité dans le projet de loi de finances rectificative !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mais c'est une question de respect du Parlement !
Ces amendements sont déposés à l'occasion de la discussion du projet de loi de finances. Les sénateurs qui les ont déposés ont-ils, oui ou non, le droit d'amendement ? A quoi ça sert, le droit d'amendement ? A quoi sert-il de venir nombreux en séance pour participer à la discussion de la première partie du projet de loi de finances ? On peut se poser la question ! Ne vaut-il pas mieux être administrateur civil dans un bureau de l'administration du budget pour avoir une influence sur la législation fiscale ?
Il y a bien là un problème de respect de la Constitution.
Madame le secrétaire d'Etat, vous venez en fait de nous dire : « Vous avez une très bonne idée mais nous avons la même. Attendez donc que nous l'ayons inscrite dans la loi. »
Eh bien, je crois que, si les choses étaient à leur place, si le Parlement était à vos yeux autre chose qu'une sorte de théâtre d'ombres clientéliste, en d'autres termes, si l'on respectait le Parlement,...
M. Daniel Eckenspieller. Absolument !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... l'Assemblée nationale et le Sénat, nos concitoyens auraient peut-être une idée différente de la vie politique, voire du personnel politique, qu'il relève de l'exécutif ou du législatif.
Bien sûr, il s'agit ici d'un sujet de portée limitée, qui est certes important pour la profession concernée, mais qui n'est évidemment pas central à l'échelle de l'Etat. Cela étant, après tout, il en vaut bien d'autres et il me paraît digne de me conduire à vous poser de manière un peu solennelle cette question : quelle utilité y a-t-il, à vos yeux, à exercer un mandat parlementaire ?
Puisque vous êtes d'accord sur le fond, ne pourriez-vous pas faire un geste, non pas seulement d'ouverture, mais de considération...
M. Dominique Braye. De respect !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... vis-à-vis d'une assemblée parlementaire, en tout cas des trois groupes parlementaires qui ont déposé ces amendements ?
Car, vous l'aurez noté, ce ne sont pas des amendements partisans. Ce n'est pas uniquement le « club des vieux réacs » qui s'est exprimé, madame le secrétaire d'Etat ! (Sourires.) Cette proposition est partagée par trois groupes : l'Union centriste, le RDSE et le groupe socialiste. Et ceux qui n'ont pas déposé d'amendement similaire n'ont péché que par oubli, parce que je suis sûr qu'ils auraient été prêts à le faire : n'est-ce pas, chers collègues du RPR et des Républicains et Indépendants ? (Tout à fait ! sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. Dominique Braye. Il lit dans nos pensées ! (Sourires.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vous voyez que cette préoccupation est très largement partagée, madame le secrétaire d'Etat. Ne pourriez-vous pas faire un beau geste vis-à-vis de l'ensemble de ces sénateurs qui travaillent dur et qui essaient d'être au contact des réalités des professions ? Ne pourrait-on pas gagner quelques semaines sur l'adoption d'une mesure qui est une mesure de justice pour une profession artisanale et commerciale vraiment digne de considération, notamment au moment où la filière viande traverse une crise très grave ?
La commission est évidemment très favorable à l'adoption de ces différents amendements. Nous aurions simplement aimé que vous puissiez également les soutenir puisque vous êtes du même avis que nous. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je suis un peu étonnée par les propos de M. le rapporteur général. Je ne comprends vraiment pas !
De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un dispositif qui figure d'ores et déjà dans le projet de loi de finances rectificative, dont vous avez pu prendre connaissance puisqu'il vous a été transmis. Il ne s'agit donc pas d'un engagement pris à la légère par le Gouvernement, qui promettrait de déposer un amendement sans que l'Assemblée nationale et le Sénat aient quelque certitude à cet égard, sans que les parlementaires sachent quelle sera exactement la substance de cet amendement : l'article figure dans le projet de loi de finances rectificative.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Raison de plus ! Cela en fera un de moins à voter !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je comprends d'autant moins votre réaction, monsieur le rapporteur général, qu'à l'Assemblée nationale les groupes de l'opposition, qui avaient déposé un amendement du même type, l'ont retiré. Je ne comprends donc pas le procès qui est fait au Gouvernement ce matin sur cette question. Permettez-moi d'avoir un doute sur les intentions qui vous animent. On comprend bien que, sur un sujet aussi sensible que l'encéphalite spongiforme bovine, certains puissent avoir envie de s'exprimer en faisant des procès qui n'ont vraiment pas lieu d'être. (Applaudissements sur les travées socialistes.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je ne sais pas à qui vous pensez !
M. le président. Je vais mettre aux voix les amendements identiques n°s I-97 et I-264.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Madame le secrétaire d'Etat, il n'est pas interdit aux deux assemblées de s'exprimer de manière différente, voire complémentaire : c'est même tout l'intérêt et la richesse du bicamérisme. Nous ne sommes pas obligés de réagir exactement comme l'Assemblée nationale.
Vous nous avez expliqué que nous aurions très prochainement l'occasion de reparler de cette question, lors de l'examen du projet de loi de finances rectificative. Mais, madame le secrétaire d'Etat, ainsi que notre rapporteur général vous l'a rappelé, le Parlement peut aussi s'exprimer, même si le Gouvernement a la capacité de le faire plus directement et plus souvent. Nous nous exprimons aujourd'hui à travers trois groupes du Sénat.
Au-delà du respect dû au Parlement que M. le rapporteur général vous demandait de manifester, il y a aussi le respect dû aux professionnels concernés. Vous affirmez qu'ils ont raison, que leurs demandes vont dans le bon sens et que, d'ailleurs, vous allez bientôt prendre une mesure en leur faveur. Mais il se trouve que c'est aujourd'hui qu'ils subissent une crise.
Madame le secrétaire d'Etat, par respect pour les artisans bouchers, apportez-leur aujourd'hui ce signal qu'ils attendent avec impatience ! Ne les faites pas attendre un mois de plus ! (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Dominique Braye. Le plus vite sera le mieux !
Mme Danièle Pourtaud. L'amendement voté aujourd'hui ne s'appliquera pas demain matin !
M. Michel Sergent. La mesure s'appliquera au 1er janvier, de toute façon !
M. Bernard Joly. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Joly.
M. Bernard Joly. La parole de Mme le secrétaire d'Etat aurait pu me suffire, mais, d'une part, il y a véritablement urgence et, d'autre part, ce n'est pas tous les jours qu'une unanimité se dessine sur toutes les travées du Sénat. Rien que pour cette raison, les amendements qui sont proposés auraient pu être acceptés. (Applaudissements sur les mêmes travées.)
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix les amendements identiques n°s I-97 et I-264, acceptés par la commission et repoussés par le Gouvernement.

(Les amendements sont adoptés.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11, et l'amendement n° I-225 n'a plus d'objet.
Par amendement n° I-178, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, César, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans le sixième alinéa du 4° du I de l'article 793 du code général des impôts, les mots : "ou qui ont été détenues" sont supprimés.
« II. - Les pertes pour l'Etat résultant du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun.
M. Gérard Braun. Les particuliers titulaires de parts de GFA, groupement foncier agricole, bénéficient sous certaines conditions d'un régime d'exonération partielle sur les droits de mutation à titre gratuit. Cette exonération ne s'applique pas quand le titulaire de la part est une personne morale. Mais il est anormal qu'une personne physique ayant acheté ses parts de GFA à une personne morale se voit exclue du régime de l'exonération partielle précité. Cette législation constituant un frein réel à la reprise de ces parts par des particuliers, il convient de la modifier.
Cet amendement aura pour conséquence de favoriser le portage du foncier par des capitaux extérieurs et de permettre aux agriculteurs de conserver les moyens nécessaires à leurs investissements productifs.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le Gouvernement est défavorable à cet amendement parce que, en 1980, lors de la mise en place du dispositif tendant à permettre, à titre dérogatoire, aux groupements fonciers agricoles de faire publiquement appel à l'épargne en autorisant notamment les SCPI à acquérir une fraction du capital de ces groupements, le gouvernement de l'époque avait estimé que cette mesure ne devait pas s'accompagner de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit en faveur des parts de GFA.
En effet, assortie d'une telle exonération, l'acquisition de ces parts détenues dans de telles conditions aurait été réservée à une clientèle exclusivement soucieuse de faire échapper son patrimoine à l'impôt.
Par ailleurs, limiter l'exclusion de l'exonération aux parts détenues par les SCPI ou autres investisseurs institutionnels aurait eu pour conséquence de favoriser les opérations intercalaires. Ainsi aurait-il suffi de procéder à une acquisition intermédiaire pour recouvrer le bénéfice de l'exonération.
Même si je comprends l'objectif visé à travers cet amendement, qui tend à redonner une certaine liquidité à ces parts et à faciliter le désengagement d'investisseurs institutionnels, les préoccupations exprimées à l'époque me paraissent toujours d'actualité.
Sous le bénéfice de ces explications, je souhaite, monsieur Braun, que vous retiriez votre amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-178, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11.
Par amendement n° I-282, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le premier alinéa de l'article 1137 du code général des impôts est ainsi modifié :
« A. - Après les mots : "les acquisitions", sont insérés les mots : "à titre onéreux ou à titre gratuit".
« B. - Après les mots : "non frappés d'interdiction de boisement", sont insérés les mots : "ainsi que de parts de groupement forestier représentatives des biens précités".
« C. - Les mots : "avant le 1er janvier 2003" sont remplacés par les mots : "avant le 1er janvier 2005".
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement a trois objets.
Tout d'abord, il tend à inclure dans le dispositif d'exonération temporaire des droits sur les acquisitions de propriétés en nature de bois et forêts celles qui ont été réalisées à titre gratuit. Actuellement, les bénéficiaires de donation jouissent d'une exonération de droits à concurrence des trois quarts du montant de la donation. Il semble légitime d'appliquer aux bénéficiaires de donation ce mécanisme d'exonération totale et temporaire.
Ensuite, cet amendement vise à étendre ce dispositif d'exonération des droits sur les acquisitions de bois et forêt aux parts de groupement forestier.
Enfin, il a pour objet de prolonger de deux ans l'application du dispositif d'exonération. En effet, la date prévue par le droit en vigueur, à savoir le 1er janvier 2003, est trop raprochée de celle de la tempête de la fin de l'année 1999 pour permettre une restructuration des parcelles sinistrées. Chacun sait que l'exploitation forestière s'inscrit dans la durée et que la reconstitution des plantations ne peut être lancée dans un délai aussi bref.
Les sylviculteurs sinistrés ainsi que les organismes de gestion de la forêt privée et l'administration forestière ont actuellement des préoccupations à court terme liées à l'urgence de l'exploitation, au stockage des bois et à la reconstitution des peuplements. Ce n'est qu'ensuite qu'ils pourront envisager d'accomplir un effort soutenu de restructuration foncière et forestière.
Le délai d'application de la mesure prévu à l'article 1137 du code général des impôts doit, dès lors, être prolongé de deux ans, à savoir jusqu'au 1er janvier 2005.
Je rappellerai enfin, madame le secrétaire d'Etat, que ce dispositif résulte de l'analyse effectuée par la commission des finances du Sénat juste après les tempêtes de l'hiver 1999. Il s'agit d'une mesure fortement incitative pour un certain nombre de propriétaires forestiers, en vue de conduire à la reconstitution de notre patrimoine forestier.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Avec le présent amendement, M. le rapporteur général cherche à atteindre trois objectifs : d'abord, étendre l'exonération de toute perception au profit du Trésor prévue sous certaines conditions en faveur des acquisitions de bois et forêts et de terrains nus destinés à être reboisés aux transmissions à titre gratuit intéressant ces mêmes biens ; ensuite, étendre ce dispositif aux parts de groupements forestiers ; enfin, allonger de deux années la durée de celui-ci.
En premier lieu, je souhaite rappeler à M. le rapporteur général que les dispositions de l'article 793-2 (2°) du code général des impôts dispensent, sous certaines conditions, de droits, à concurrence des trois quarts de leur montant, les mutations à titre gratuit qui intéressent les propriétés en nature de bois et forêts. Le dispositif actuellement applicable me paraît donc répondre d'ores et déjà en grande partie à ses préoccupations. Ce dispositif est d'autant plus intéressant que les valeurs vénales des parcelles de forêts sur lesquelles sont assis ces droits sont fortement dépréciées du fait même des sinistres qui ont été subis lors des tempêtes de 1999.
En deuxième lieu, je ne suis pas favorable à l'extension que vous proposez aux groupements forestiers, monsieur le rapporteur général, dès lors que ceux-ci, donc leurs membres, bénéficient du dispositif que le Parlement a adopté lors de la loi de finances rectificative du printemps dernier. Je vous rappelle, en effet, que l'exonération mise en place par ce dispositif repose sur l'état actuel des parcelles destinées à être reboisées ; elle est donc indépendante de la qualité de leur acquéreur.
Enfin, en troisième lieu, vous proposez d'allonger de deux ans l'exonération qui a été adoptée au printemps dernier. Comme j'ai eu l'occasion de l'indiquer à votre Haute Assemblée, il s'agit d'un dispositif temporaire dont l'efficacité sera d'autant plus significative que sa période d'application sera brève. Compte tenu des délais qui sont nécessaires pour permettre le reboisement de nos forêts particulièrement touchées par les intempéries de décembre dernier, il me paraît important d'inciter les personnes qui souhaitent participer à la reconstitution du domaine forestier à agir vite.
Sous le bénéfice de ces explications, je souhaite, monsieur Marini, que vous retiriez cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-282, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11.
Par amendement n° I-235, M. Marc, Mme Bergé-Lavigne, M. Moreigne proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - A la fin de la première phrase du 3° bis de l'article 1469 du code général des impôts, les mots : "est diminuée d'un tiers" sont remplacés par les mots : "est prise en compte à raison d'un cinquième de leur montant pour l'établissement de la taxe professionnelle des entreprises de travaux agricoles."
« II. - Les pertes de recettes résultant pour les collectivités de l'application du I sont compensées chaque année soit par une majoration des attributions de la dotation générale de décentralisation, soit par des diminutions des ajustements prévus au deuxième alinéa de l'article L. 1614-4 du code général des collectivités territoriales.
« III. - Les augmentations de dépenses pour l'Etat résultant du II sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à Mme Bergé-Lavigne.
Mme Maryse Bergé-Lavigne. Je retire cet amendement, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-235 est retiré.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-219, MM. Barraux, Amoudry, Bernardet, Dériot, Deneux, Faure, Souplet, Machet,Moinard, Louis Mercier, Jarlier, Huchon, Herment, Le Breton, Badré et Fréville proposent d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le quatrième alinéa (3°) de l'article L. 731-14 du code rural, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« A compter des revenus de l'année 2000, les chefs d'exploitation à titre individuel relevant d'un régime réel sont autorisés, sur option, à déduire des revenus mentionnés au 1° le montant de la valeur locative des terres qu'ils mettent en valeur et dont ils sont propriétaires ou usufruitiers. La valeur locative retenue est égale à la moyenne des minima et maxima fixés en application des dispositions de l'article L. 411-11. Le cas échéant, cette valeur locative est majorée des frais financiers exposés pour l'acquisition des terres en cause et déduits des revenus mentionnés au 1°. »
« II. - Dans la première phrase du cinquième alinéa du même article, après les mots : " à titre individuel ", sont insérés les mots : " soumis à un régime forfaitaire d'imposition ".
« III. - Le début du sixième alinéa du même article est ainsi rédigé : " Les dispositions des deux précédents alinéas sont applicables... (le reste sans changement.) "
« IV. - Dans le dernier alinéa du même article, les mots : " au deuxième alinéa " sont remplacés par les mots : " aux cinquième et sixième alinéas ".
« V. - Dans le deuxième alinéa de l'article L. 731-15 du même code, les mots : " deuxième alinéa " sont remplacés par les mots : " sixième alinéa ".
« VI. - La perte de recettes pour le budget de l'Etat est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
« VII. - Les pertes de recettes pour le BAPSA sont compensées par un relèvement des droits prévus à l'article 1609 unvicies du code général des impôts. »
Par amendement n° I-283, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le cinquième alinéa de l'article L. 731-14 du code rural est ainsi rédigé :
« Les chefs d'exploitation agricole à titre individuel sont autorisés, sur option, à déduire des revenus mentionnés au 1° le montant de la valeur locative des terres mises en valeur par ladite exploitation et dont ils sont propriétaires. La valeur locative retenue est égale à la moyenne des minima et maxima fixés en application des dispositions de l'article L. 411-11 du code rural. Ces dispositions s'appliquent à compter des revenus de l'année 2000. »
« II. - La perte de recettes résultant pour le budget de l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
« III. - La perte de recettes résultant pour le budget annexe des prestations sociales agricoles des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus à l'article 1609 unvicies du code général des impôts. »
La parole est à M. Machet, pour présenter l'amendement n° I-219.
M. Jacques Machet. Le rapport rédigé par Mme Béatrice Marre et M. Jérôme Cahuzac sur l'adaptation des charges fiscales et sociales en agriculture envisage la création d'un patrimoine d'affectation et la possibilité de déduire des bénéfices agricoles une rémunération du capital engagé dans l'entreprise. Cette proposition répond à une préoccupation professionnelle maintes fois formulée : asseoir les cotisations sociales sur une base plus proche du revenu du travail de l'exploitant, et ce quelle que soit la forme juridique de l'entreprise.
Cependant, ce dispositif suppose la mise en oeuvre d'une réforme de grande ampleur, laquelle n'est envisagée qu'à une échéance lointaine, alors que nos préoccupations sont immédiates.
Par conséquent, afin de ne pas différer indéfiniment une réforme nécessaire, il est proposé une mesure simple, limitée à la seule législation sociale, et dont la mise en place pourrait être immédiate.
La loi de modernisation de l'agriculture du 1er février 1995 a autorisé la déduction du revenu cadastral des terres en propriété de l'assiette des cotisations sociales. Cette mesure aurait dû trouver sa pleine efficacité avec la révision, à l'époque annoncée, des valeurs locatives cadastrales. Malheureusement, la mise en place de cette révision a été plusieurs fois différée et, finalement, abandonnée.
Dans ces conditions, il est proposé qu'à la déduction du revenu cadastral des terres en propriété soit substituée la possibilité, pour le propriétaire exploitant relevant d'un régime réel, de déduire de ses revenus professionnels une somme égale à un fermage moyen, dans les limites prévues dans chaque département par arrêté préfectoral.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général, pour présenter l'amendement n° I-283 et pour donner l'avis de la commission sur l'amendement n° I-219.
M. Philippe Marini, rapporteur général. L'amendement n° I-283 a pour objet de modifier la détermination de la rente du sol en permettant à un propriétaire exploitant de déduire de ses revenus professionnels soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles une somme égale au fermage dans les limites fixées pour chaque département et chaque nature de culture par un arrêté préfectoral.
En effet, la loi de modernisation de l'agriculture du 1er février 1995 a institué la possibilité, pour les chefs d'exploitation agricole, de déduire de l'assiette de leurs cotisations sociales la rente du sol correspondant aux terres qu'ils exploitent en qualité de propriétaire. Le montant de cette rente avait alors été déterminé par référence au revenu cadastral. Cette mesure aurait pu trouver sa pleine efficacité avec la révision, qui était à l'époque annoncée, des valeurs locatives cadastrales.
Or ces nouvelles bases cadastrales ne sont jamais entrées en vigueur, ce qui ôte toute efficience au dispositif prévu en matière de cotisations sociales. Il me paraît donc souhaitable de modifier la détermination de la rente du sol en se référant désormais aux arrêtés préfectoraux qui fixent, par département et par nature de culture, les fermages applicables.
L'objectif de l'amendement n° I-219 est le même que celui de l'amendement de la commission, cher collègue Jacques Machet. La seule différence, c'est que l'amendement de la commission est un peu plus bref, car nos vaillants services y ont travaillé avec beaucoup de précision. Je pense que vous pouvez leur faire confiance et, par conséquent, vous rallier à l'amendement n° I-283 après avoir retiré votre amendement n° I-219, qui se trouvera ainsi satisfait.
M. le président. Monsieur Machet, l'amendement n° I-219 est-il maintenu ?
M. Jacques Machet. Je remercie M. le rapporteur général de ses explications et je retire mon amendement au bénéfice de celui de la commission.
M. le président. L'amendement n° I-219 est retiré.
Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° I-283 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le dispositif proposé, qui tend à modifier l'article L. 731-14 du code rural, a pour objet d'autoriser l'exploitant agricole à déduire, comme il a été indiqué, de ses revenus professionnels le revenu cadastral correspondant aux terres qu'il met en valeur et dont il est propriétaire.
L'amendement tire argument d'une absence de révision des bases cadastrales pour substituer une nouvelle référence à celle du revenu cadastral. Il convient de rappeler qu'en application de l'article 1518 et suivants du code général des impôts une mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties et non bâties intervient périodiquement par application de coefficients forfaitaires qui sont fixés chaque année dans la loi de finances. Cette revalorisation permet de prendre en compte l'évolution de la valeur implicite du capital foncier de l'exploitant.
Au travers de cet amendement, il est proposé de faire référence aux arrêtés préfectoraux qui fixent des minima et des maxima de loyers pour la détermination du prix des baux. Or, ceux-ci sont établis sur la base du loyer non seulement des terres, mais aussi des bâtiments d'exploitation. Il ne me paraît donc pas possible de retenir ces arrêtés préfectoraux pour déterminer la valeur de la seule rente du sol.
Par conséquent, je souhaite le retrait de cet amendement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame le secrétaire d'Etat, de deux choses l'une : ou bien la révision des valeurs locatives cadastrales intervient ou bien elle n'intervient pas ! Mais on ne peut pas vivre dans une fiction permanente ! En 1995, le Parlement a voté une loi, celle du 1er février 1995, qui fait référence à cette révision des valeurs locatives cadastrales. Le décret d'application n'a jamais été publié ! Par conséquent, une mesure prétendument favorable pour certaines catégories d'exploitants agricoles ne peut trouver à s'appliquer.
Le présent amendement tend à trouver un substitut à une révision qui n'est pas réalisée. Nous proposons de renvoyer chaque année aux arrêtés préfectoraux la détermination de la rente du sol. Sans doute doivent-ils être rédigés différemment : qui peut le plus peut le moins. Puisque les directions départementales de l'agriculture ont les éléments pour le faire, l'arrêté préfectoral pourrait, par nature de culture, dans chaque département, décomposer entre la rente du sol et les autres éléments.
Ne serait-il pas plus simple de donner chaque année instruction aux préfets de définir, par circulaire, la valeur des fermages en décomposant cette valeur en deux parts, le sol et les bâtiments, plutôt que de demander au Parlement de se contenter de la loi de 1995 ? Cette loi est fictive, chacun en convient, et vous aussi, madame le secrétaire d'Etat ! Mais vous nous assurez qu'un jour, l'administration, dans sa grande sagesse, procédera à la révision... Nous sommes ainsi censés nous satisfaire d'un texte dont la seule vertu est de figurer au code général des impôts. Qu'il soit inapplicable, nous dit-on, n'a aucune importance. Un jour, le temps administratif n'ayant pas de limite, peut-être la révision interviendra-t-elle...
Je caricature à peine votre réponse, madame le secrétaire d'Etat. Il faut vous rendre compte que des sujets concrets suscitent des attentes concrètes. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner si certaines catégories de professionnels perçoivent un décalage grandissant entre elles et l'« Administration » qui, enfermée dans sa tour d'ivoire, ne voit pas l'évolution des choses. (Applaudissements sur les travées du RPR et de l'Union centriste.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?... Je mets aux voix l'amendement n° I-283, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11.
Par amendement n° I-284, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose d'insérer, après l'article 11, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Un arrêté conjoint du ministre chargé des forêts et du ministre chargé des finances fixe par région le barème déterminant forfaitairement à l'hectare la valeur des charges exceptionnelles d'exploitation des bois supportées par les propriétaires de parcelles en nature de bois et forêts sinistrées par les ouragans de décembre 1999, lorsque le volume des bois cassés ou renversés est supérieur à 25 % du volume de bois existant sur pied précédemment.
« Pour le calcul de l'impôt sur le revenu des producteurs forestiers concernés, par dérogation au 1° du I de l'article 156 du code général des impôts, le déficit correspondant à la valeur forfaitaire des charges exceptionnelles ainsi fixée est déductible, dans la limite de 500 000 francs de déduction par an, du revenu global de l'année 2000 et des neuf années suivantes.
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mes chers collègues, nous revenons aux forêts, nos pauvres forêts sinistrées. Cet amendement a pour objet de permettre la déduction fiscale des charges exceptionnelles d'exploitation des bois et forêts, charges exceptionnelles supportées par les propriétaires de parcelles en nature de bois et forêts qui ont été sinistrées par les tempêtes de la fin de l'année 1999. Il s'agit d'autoriser le report de ce droit à déduction sur dix ans, comme cela est déjà prévu pour les déficits fonciers.
Le plan national d'urgence pour la forêt décidé le 12 janvier 2000 prévoit la déduction fiscale des charges exceptionnelles d'exploitation des bois sinistrés par les tempêtes de décembre 1999. Actuellement, pour l'application de cette mesure, le ministère de l'économie n'envisage d'autoriser que la déduction d'un surcoût de frais d'exploitation des chablis, que le ministère de l'agriculture estimerait à 60 francs par mètre cube. Ces charges ne pourraient être déduites que du revenu agricole, avec éventuellement une possibilité de report sur dix ans, mais sans possibilité d'imputer le déficit sur d'autres revenus.
Le présent amendement vise donc à autoriser la déduction desdites charges exceptionnelles sur l'ensemble du revenu et le report de ce droit à déduction sur dix ans.
Cette mesure, mes chers collègues, la commission des finances l'avait préconisée dès le début de l'année 2000, à la suite des tempêtes et il semble toujours aussi important qu'elle soit adoptée.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. M. le rapporteur général a fort bien rappelé les mesures que le Gouvernement a prises à la suite des tempêtes qui ont porté lourdement atteinte à notre patrimoine forestier.
Pour ma part, je ne suis pas d'avis d'autoriser une imputation sur le revenu global d'une somme forfaitaire représentative des charges exceptionnelles liées aux tempêtes. En effet, l'ensemble de ce plan a bien pour objet, d'abord, de soutenir la filière du bois en favorisant la reconstitution des forêts qui ont été touchées par ces intempéries, et non pas de mettre en place un dispositif d'imputation sur le revenu global. Cette mesure, d'une part, ne garantirait pas que les travaux soient effectivement entrepris et, d'autre part et surtout, profiterait prioritairement aux contribuables les plus fortunés. Fixer, comme il est proposé, une limite de 500 000 francs par an de déduction sur le revenu global illustre parfaitement, je crois, le propos que je viens de tenir.
Je vous prie donc, monsieur le rapporteur général, de bien vouloir retirer cet amendement.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-284.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Mme la secrétaire d'Etat s'inquiétait à l'instant du montant de 500 000 francs de déduction possible. S'il faut s'inquiéter, c'est de l'importance des travaux qui sont à réaliser. C'est tout simplement de cela qu'il s'agit !
Quant à savoir, madame la secrétaire d'Etat, qui profite de cette mesure, je crois que celle qui attend cette mesure, c'est la forêt française, et personne d'autre !
M. Jacques Machet. Très bien !
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-284, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 11.

Articles 11 bis et 11 ter



M. le président.
« Art. 11 bis . - L'article 730 bis du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Art. 730 bis. - Les cessions de gré à gré de parts de groupements agricoles d'exploitation en commun, d'exploitations agricoles à responsabilité limitée mentionnées au 5° de l'article 8 et de sociétés civiles à objet principalement agricole sont enregistrées au droit fixe de 500 francs. » - (Adopté.)
« Art. 11 ter . - I. - L'article 15 de la loi de finances rectificative pour 2000 (n° 2000-656 du 13 juillet 2000) est abrogé.
« II. - 1. L'article L. 3334-2 du code de la santé publique est ainsi rédigé :
« Art. L. 3334-2 . - Les personnes qui, à l'occasion d'une foire, d'une vente ou d'une fête publique, établissent des cafés ou débits de boissons ne sont pas tenues à la déclaration prescrite par l'article L. 3332-3, mais doivent obtenir l'autorisation de l'autorité municipale.
« Les associations qui établissent des cafés ou débits de boissons pour la durée des manifestations publiques qu'elles organisent ne sont pas tenues à la déclaration prescrite par l'article L. 3332-3 mais doivent obtenir l'autorisation de l'autorité municipale dans la limite de cinq autorisations annuelles pour chaque association.
« Dans les débits et cafés ouverts dans de telles conditions, il ne peut être vendu ou offert, sous quelque forme que ce soit, que des boissons des deux premiers groupes définis à l'article L. 3321-1.
« Dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique, le représentant de l'Etat dans le département peut autoriser, par voie d'arrêté, la vente des boissons de quatrième groupe, dont la consommation y est traditionnelle, dans la limite maximum de quatre jours par an.
« 2. L'article 502 du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Les personnes ou associations qui établissent des débits de boissons temporaires vendant des boissons des deux premiers groupes en vertu d'une autorisation municipale, ou du préfet de police à Paris, délivrée au titre des articles L. 3334-2 et L. 3335-4 du code de la santé publique ne sont pas soumises à l'obligation déclarative prévue par le présent article.
« III. - Le dernier alinéa de l'article L. 3335-4 du code de la santé publique est remplacé par quatre alinéas ainsi rédigés :
« Sous réserve des décisions de justice passées en force de chose jugée, le maire peut, par arrêté, et dans les conditions fixées par décret, accorder des autorisations dérogatoires temporaires, d'une durée de quarante huit heures au plus, à l'interdiction de vente à consommer sur place ou à emporter et de distribution des boissons des deuxième et troisième groupes sur les stades, dans les salles d'éducation physique, les gymnases et les établissements d'activités physiques et sportives définies par la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 relative à l'organisation et à la promotion des activités physiques et sportives, en faveur :
« a) Des groupements sportifs agréés dans les conditions prévues par la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 précitée et dans la limite des dix autorisations annuelles pour chacun desdits groupements qui en fait la demande ;
« b) Des organisateurs de manifestations à caractère agricole dans la limite de deux autorisations annuelles par commune ;
« c) Des organisateurs de manifestations à caractère touristique dans la limite de quatre autorisations annuelles, au bénéfice des stations classées et des communes touristiques. » - (Adopté.)

Articles additionnels avant l'article 12



M. le président.
Par amendement n° I-237 rectifié, Mmes Pourtaud, Bergé-Lavigne, MM. Angels, Charasse, Demerliat, Haut, Lise, Massion, Miquel, Moreigne, Sergent et les membres du groupe socialiste proposent d'insérer, avant l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Il est institué une contribution sur les ventes en France de supports numériques vierges utilisables pour la reproduction de contenus protégés par la Propriété littéraire et artistique ainsi que sur la vente de matériels d'enregistrement sur ces supports.
« La contribution est due par les fabricants de ces matériels, leurs importateurs ou les personnes qui en réalisent des acquisitions intracommunautaires, au sens du 3° du I et du 2° du II de l'article 256 bis du code général des impôts.
« Est assimilée à un fabricant de supports vierges numériques toute personne physique ou morale commercialisant de tels supports et soumise à l'obligation prévue à l'article 66 bis du code des douanes ainsi que toute personne physique ou morale d'un autre Etat membre de l'Union européenne qui y réalise des livraisons de ces produits dans les conditions prévues à l'article 258 B du code général des impôts.
« II. - La base d'imposition est constituée par le montant hors taxe sur la valeur ajoutée de toutes sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir par les redevables en contrepartie des opérations visées au I.
« La contribution est exigible à l'encaissement des acomptes ou du prix perçu pour les ventes de support numérique vierge.
« Son montant est fixé à 3 centimes par méga-octet.
« Les opérations soumises à la contribution sont déclarées et liquidées chaque mois par les redevables sur un imprimé fourni par les services du recouvrement de la taxe sur la valeur ajoutée.
« La contribution est contrôlée selon les mêmes procédures et sous les mêmes sanctions, garanties et privilèges que la taxe sur la valeur ajoutée.
« III. - Le produit de la contribution sur les supports numériques vierges est porté en recettes au compte d'affectation spéciale : " financement de l'activité anti-contrefaçon et du recours empêchant la contrefaçon ".
« Le produit de la contribution est attribué aux titulaires de droits de propriété littéraire et artistique qui ne bénéficient pas de la répartition du produit de la redevance pour copie privée de phonogrammes ou de vidéogrammes et aux organismes conduisant pour leur compte la lutte contre la contrefaçon et finance le recours par ces titulaires aux protections techniques tendant à empêcher la contrefaçon.
« Ce produit est inscrit à un compte d'affectation spéciale ouvert dans les écritures du Trésor et intitulé "fonds de soutien au recours aux protections techniques pour les éditeurs de contenus protégés par la propriété littéraire et artistique", qui a pour ordonnateur principal un établissement public ou une association désignée en ce sens.
« Le produit est attribué à la société civile des titulaires de droits concernés en vue de sa répartition chaque trimestre entre eux.
« IV. - Les dispositions du présent article entrent en vigueur le 1er janvier 2001. »
La parole est à Mme Pourtaud.
Mme Danièle Pourtaud. Cet amendement vise à créer une taxe parafiscale sur les ventes en France de supports numériques vierges - DVD-R ou CD-ROM - et de matériels d'enregistrement sur ces supports.
Ce dispositif répond à la nécessité de rééquilibrer la vente de supports numériques vierges et la vente de produits ayant un contenu original. Qu'il s'agisse de la musique, de l'audiovisuel ou des logiciels de loisir, c'est toute l'industrie culturelle d'édition de contenus qui est menacée par la vente de supports vierges permettant le copiage, même quand celui-ci est interdit par la loi.
Permettez-moi de vous rappeler, mes chers collègues, que certains graveurs de DVD sont annoncés à moins de 4 000 francs et les supports pour les copier entre 150 et 300 francs, avec des capacités comprises entre 2 et 9,4 giga-octets.
Pour donner une échelle de grandeur, je rappelle que, moyennant une compression efficace, on peut aujourd'hui enregistrer un film de cinéma - contenu considéré comme le plus gourmand en capacité - en 700 à 800 méga-octets, soit une douzaine de films sur un seul DVD-R !
En proposant au public d'aussi considérables capacités de captation, et à des prix aussi bas, l'industrie des « contenants » ne peut qu'attiser l'envie de s'emparer des contenus, audiovisuels mais aussi musicaux et interactifs, par le copiage et mettre ainsi en péril la notion même de droit de propriété intellectuelle.
Autre exemple, on peut acquérir aujourd'hui un graveur de disques compact et de CD-ROM pour environ 1 500 francs. Il se vendra, cette année, plus de 200 millions de CD-ROM, entre 5 francs et 10 francs, soit le double de 1999, dont 40 % sont utilisés pour copier des contenus interactifs issus de CD-ROM. Parallèlement, il ne s'est vendu, en 1999, dans ce domaine, que 22 millions de supports édités. Bref, pour un CD-ROM acheté en 2000, quatre supports vierges destinés à le copier sont vendus en même temps.
J'ajouterai que, à la différence de ce qui prévaut pour les vidéogrammes ou les phonogrammes, le copiage de logiciel n'est pas autorisé, même à titre privé. L'industrie des logiciels, notamment celle des logiciels de loisirs, ne bénéficiera donc pas de la redevance pour copie privée, dont le niveau devrait être rendu public avant la fin de l'année.
Il nous a ainsi semblé plus juste que le produit de cette nouvelle taxe lui soit reversé. Le secteur a besoin de cette contribution pour financer le recours aux protections techniques permettant d'empêcher le copiage et faire ainsi respecter la loi.
J'espère, mes chers collègues, que vous voterez cet amendement.
M. le président. Monsieur le rapporteur général, nous devons reconnaître à Mme Pourtaud sa belle constance : elle nous présente cet amendement à chaque projet de loi de finances, et ce depuis déjà plusieurs années ! (Sourires.)
Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il est de la vocation de la Haute Assemblée de faire preuve de constance, monsieur le président !
M. Jacques Machet. Voilà !
Mme Maryse Bergé-Lavigne. Y compris pour la taxe Tobin !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Sur tous les sujets, en effet !
La commission, mes chers collègues, fait aussi preuve de constance en faisant voter des amendements de principe, et en les faisant revoter, et revoter encore ! Un jour ou l'autre, elle y arrivera ! Vous savez, c'est comme les murailles de Jéricho ! (Sourires.)
L'amendement n° I-237 rectifié a pour objet d'instaurer une contribution sur les ventes en France de supports numériques vierges ou de matériels d'enregistrement utilisables pour la reproduction de contenus protégés par les règles de la propriété intellectuelle. Cet amendement précise l'assiette des modalités de recouvrement et le montant de la contribution, qui serait de 3 centimes par méga-octet.
Malheureusement, et sans que la commission ait quoi que ce soit à redire sur le fond de l'amendement, il semble bien qu'il y ait un problème de recevabilité, car vous préconisez, madame Pourtaud, une affectation qui nous semble relever du pouvoir réglementaire. Telle est l'analyse que nous faisons de cette proposition sur laquelle il serait intéressant, bien sûr, d'entendre le Gouvernement.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La question soulevée par Mme Pourtaud est tout à fait légitime, mais il me semble que le moyen proposé, c'est-à-dire l'instauration d'une taxe frappant tous les supports et tous les usages, ne paraît pas tout à fait adapté.
D'abord, il existe un régime particulier qui permet de rémunérer les ayants droit pour les actes de copie privée. A la demande de la ministre chargée de la culture et de la communication, une commission travaille actuellement avec l'ensemble des acteurs concernés pour étendre ce régime aux supports numériques, y compris aux CD-ROM.
Ce régime particulier n'est évidemment pas applicable aux logiciels, dont la copie privée est interdite. Il ne peut pas, non plus, prévoir de compenser les conséquences des actes de piratage, qui sont des actes illicites. De ce point de vue, instaurer une taxe pour compenser les conséquences d'une activité illicite serait sans précédent.
Les lois existant en France offrent aux acteurs de la filière de nombreuses voies de recours qui permettent, dans le cadre notamment des procédures de saisie - contrefaçon, d'attaquer les pirates. Il convient, en effet, de se prémunir contre les risques de piratage en mettant en oeuvre des solutions techniques permettant de lutter de manière efficace contre de tels actes.
Le Gouvernement soutient d'ores et déjà les acteurs de la filière dans la mise en oeuvre de systèmes de protection technique efficaces. Le secrétariat d'Etat à l'industrie et le ministère de la culture et de la communication, au travers d'un programme dénommé « Priam », programme qui est doté de 115 millions de francs en 2000 et qui sera reconduit en 2001, ont prévu des aides qui permettent de soutenir la filière dans cette lutte. On peut d'ailleurs regretter que peu de projets aient été déposés à ce stade.
Le Gouvernement est conscient des difficultés réelles rencontrées par ce secteur. Je comprends de l'interpellation du Sénat, d'une part, qu'il nous faut peut-être mieux faire connaître les actions que nous menons, en particulier dans le cadre du programme Priam, et, d'autre part, que les résultats des travaux de la commission pour la copie privée sont très attendus. Je ferai part de ces attentes aux ministres concernés.
En conséquence, madame la sénatrice, je souhaiterais que vous retiriez votre amendement.
M. le président. Madame Pourtaud, l'amendement est-il maintenu ?
Mme Danièle Pourtaud. Monsieur le président, je vais retirer cet amendement, après avoir eu confirmation de Mme la secrétaire d'Etat que la commission dite « commission Brun-Buisson », qui travaille sur ces problèmes de redevance pour copie privée, rendra ses conclusions prochainement.
M. le président. L'amendement n° I-237 rectifié est retiré.
Par amendement n° I-238 rectifié, Mme Pourtaud et les membres du groupe socialiste proposent d'insérer, avant l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans le premier alinéa de l'article 80 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986, après les mots : "services de radiodiffusion sonore", sont insérés les mots : "et de télévision".
« II. - Le financement de cette aide est assuré par un relèvement à due concurrence du prélèvement prévu au deuxième alinéa de l'article 80 de la loi précitée. »
La parole est à Mme Pourtaud.
Mme Danièle Pourtaud. Cet amendement prévoit d'élargir le bénéfice du fonds de soutien des radios associatives, créé en 1989, aux télévisions associatives conventionnées par le CSA.
Dans la loi sur la liberté de communication, adoptée définitivement le 1er août 2000, nous avons reconnu le droit à l'existence du tiers secteur audiovisuel, comme nous l'avions fait pour les radios en 1982. Les télévisions associatives peuvent désormais être autorisées à émettre sur le réseau hertzien. Toutefois, je l'ai indiqué à maintes reprises dans cet hémicycle, il y a une forme d'hypocrisie à donner le droit à l'existence au tiers secteur audiovisuel sans lui en donner les moyens.
M. Michel Caldaguès. Si on va par là !
Mme Danièle Pourtaud. Si un certain nombre de responsables de télévisions associatives ont affiché qu'ils peuvent travailler avec un budget minimum d'environ 1 million de francs par an, étant donné l'importance du bénévolat, il sera néanmoins très difficile pour ces structures, par nature non commerciales, de survivre sans l'apport d'un financement public important.
Nous devons tirer les leçons de l'histoire des radios libres créées par la loi de 1982 sur la liberté de communication qui, faute de financements, ont pendant des années été la proie des réseaux commerciaux.
Grâce au fonds de soutien à l'expression radiophonique, doté de 106 millions de francs par an, ce sont aujourd'hui entre quatre cents et cinq cents radios associatives qui, sur l'ensemble de notre territoire, contribuent à la vie culturelle et à l'animation sociale, en milieu rural comme en milieu urbain.
Pour ma part, j'aurais préféré créer une aide spécifique pour les télévisions associatives ; j'avais d'ailleurs déposé à deux reprises, dans le projet de loi sur la liberté de communication, un amendement tendant à la création d'un fonds de soutien à l'expression télévisuelle associative. Le Parlement ne peut malheureusement pas être l'initiateur en ce domaine, c'est pourquoi nous proposons d'élargir le bénéfice du fonds des radios aux télévisions associatives.
Je tiens à rassurer les opérateurs des radios associatives. Il ne saurait être question de diminuer leur financement au profit des télévisions associatives. Nous ne voulons pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Le montant de la taxe qui s'applique actuellement sur la publicité télévisuelle pour alimenter le fonds de soutien radiophonique sera majoré pour permettre de soutenir les télévisions associatives.
J'ajoute que cette opérations sera en quelque sorte « indolore » pour nos groupes privés audiovisuels, dans la mesure où ils bénéficieront de ce que les médias ont appelé l'« effet d'aubaine », du fait de la diminution des objectifs publicitaires des chaînes publiques.
Si, comme un certain nombre d'experts l'ont dit, près de 1,5 milliard de francs seront ainsi transférés du secteur public au secteur privé, je crois que nous pouvons légitimement prélever quelques centaines de millions pour financer ces nouveaux espaces de liberté que seraient des télévisions locales associatives.
J'espère que le Sénat me suivra aujourd'hui sur cette voie.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. A l'heure actuelle, l'aide aux télévisions locales, prévue par la loi du 30 septembre 1986, est financée par un prélèvement sur les ressources issues des recettes des régies publicitaires, dans les conditions prévues à l'état E annexé à l'article 42, ligne 41, du projet de loi de finances.
L'amendement que vous nous proposez, madame Pourtaud, et qui porte donc sur un élargissement de ce dispositif, s'efforce de contourner les règles issues de l'ordonnance organique, dont on parle beaucoup ces temps-ci, qui interdisent au Parlement d'affecter des recettes et d'intervenir en matière de taxe parafiscale.
Le processus que vous nous suggérez à ce titre, par une modification de l'article 80 de la loi du 30 septembre 1986, peut juridiquement être accepté. La commission des finances a d'ailleurs déjà eu l'occasion de présenter un amendement semblable lors du débat relatif à la dernière loi sur l'audiovisuel puisque notre rapporteur spécial, Claude Belot, comme beaucoup de parlementaires ici présents, estime nécessaire d'aider au développement des télévisions locales.
L'ensemble de ces raisons de procédure et touchant au fond me conduit, au nom de la commission, à émettre un avis de sagesse favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le Gouvernement partage tout à fait la préoccupation de Mme Pourtaud qui, à travers cet amendement, souhaite l'extension du périmètre actuel du fonds de soutien à l'expression radiophonique.
Toutefois, l'extension qui est proposée conduirait à rendre éligibles à ce fonds des télévisions et des radios locales qui disposent de ressources commerciales à hauteur de 30 % de leur chiffre d'affaires, ce qui risquerait de dénaturer le dispositif en aidant des stations bénéficiant de ressources commerciales importantes, en tout cas plus importantes.
J'y vois deux risques. D'une part, s'agissant des entreprises dont les ressources commerciales sont plus faibles, il y a risque de dilution des aides actuelles et, d'autre part, il y a également un risque de non-compatibilité avec les règles communautaires en matière de concurrence et d'aide de l'Etat, puisque le soutien public à des radios à vocation plus commerciale pourrait être critiqué par des stations concurrentes qui pourraient porter plainte devant la Commission européenne.
Je souhaite par ailleurs indiquer que le ministère de la culture et de la communication a lancé une étude sur le financement des télévisions locales, conformément à un engagement pris par le Gouvernement devant vous lors de l'adoption de la loi du 1er août 2000. Je me propose, ainsi que ma collègue ministre de la culture et de la communication, de vous en donner les résultats dès qu'ils seront connus.
Je souhaiterais donc, madame la sénatrice, que, forte de cet engagement, vous acceptiez de retirer cet amendement.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-238 rectifié.
M. Michel Caldaguès. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Caldaguès.
M. Michel Caldaguès. Je ne vous cacherai pas la perplexité qui est la mienne lorsque j'entends parler d'espace de télévision libre. Cela me rappelle irrésistiblement ce que nous avons entendu à l'origine des radios libres. Elles existent, et je ne leur veux aucun mal. Mais, à l'époque, les radios libres correspondaient à une expression désintéressée, à une inspiration locale ou régionale et, par conséquent, il fallait leur apporter une aide.
Je vous convie à une simple expérience : roulez quelques centaines de kilomètres en voiture sur une autoroute en balayant les fréquences des radios et en passant d'une radio libre à une autre : c'est un déluge de publicité, et les programmes sont identiques ; que vous soyez à Metz, à Bordeaux ou ailleurs, c'est exactement ou presque la même chaîne de programmes. Tout le monde sait qu'une grande partie de ces radios sont fédérées par des intérêts qui n'échappent à personne. Dans ces conditions, l'idée même d'une aide publique nouvelle - encore que celle-ci, si j'ai bien compris M. le rapporteur général, soit autofinancée, puisqu'il s'agit d'une taxe sur la publicité - destinée à aider un courant d'activités qui étale sans aucune vergogne les intérêts qui s'y rattachent me paraît un peu excessive.
Mme Danièle Pourtaud. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à Mme Pourtaud.
Mme Danièle Pourtaud. Monsieur le président, permettez-moi de donner quelques explications à mes collègues ainsi qu'à Mme le secrétaire d'Etat.
Il n'est pas dans mes intentions de me livrer à un exposé sur la loi sur la communication et sur les différents types de radios qui, au même titre que certains types de télévision, sont autorisées à émettre. Mais vous avez parfaitement raison, mon cher collègue : il existe effectivement des radios locales commerciales qui ne sont absolument pas aidées par les pouvoirs publics, et l'objet de mon amendement n'est pas du tout de leur apporter une aide. L'amendement n° I-238 vise simplement à insérer dans le dispositif actuel un article additionnel en vue d'aider les radios associatives. Ces dernières ont effectivement droit à un seuil de recettes publicitaires...
M. Michel Caldaguès. Voilà !
Mme Danièle Pourtaud. ... qui, si mes souvenirs sont exacts, est de 25 % - mais je me trompe peut-être. En tout cas, monsieur Caldaguès, je vous donnerai une liste de radios associatives, et vous pourrez constater qu'elles sont plutôt en deçà de ce seuil qu'au-delà. Ces radios - et certaines télévisions, compte tenu du progrès technique, sont susceptibles aujourd'hui de faire de même - sont le fruit d'un travail collectif d'associations qui s'occupent de l'animation culturelle d'un quartier, d'un village. Face à l'envahissement des médias commerciaux, il est aujourd'hui nécessaire de laisser ce secteur associatif vivre. Ce mécanisme, je le répète, n'est nullement destiné à aider le secteur commercial.
La seule question qui pouvait être posée était effectivement celle de savoir si l'extension aux télévisions n'allait pas nuire aux ressources des 400 à 500 radios associatives qui sont aidées par un fonds de 106 millions de francs. Vous pouvez donc constater la faiblesse de l'aide apportée à ces médias. Il est de l'intérêt de notre pays d'avoir ces espaces ouverts, et les acteurs du tiers secteur audiovisuel seraient, à mon avis, extrêmement déçus si nous n'allions pas jusqu'au bout.
Je précise simplement à Mme le secrétaire d'Etat que, si une étude sur le financement des télévisions locales commerciales est effectivement en cours de réalisation, mon amendement ne vise cependant que le secteur associatif.
M. Michel Caldaguès. Me permettez-vous de vous interrompre, madame Pourtaud ?
Mme Danièle Pourtaud. Je vous en prie.
M. le président. La parole est à M. Caldaguès, avec l'autorisation de l'orateur.
M. Michel Caldaguès. Je vous remercie vivement madame Pourtaud. Vous avez parlé de radios de village. En avez-vous jamais entendu ? Moi, non, et je serais donc ravi que vous me communiquiez les longueurs d'ondes de certaines d'entre elles !
M. le président. Comme vous êtes tous les deux sénateurs de Paris, vous devez écouter les radios de Paris ! (Rires.)
M. Denis Badré. Paris est un grand village !
M. le président. Veuillez poursuivre, madame Pourtaud.
Mme Danièle Pourtaud. Il n'est pas habituel de faire de la publicité dans cet hémicycle, mais, cher collègue, je vous communiquerai une liste des radios associatives qui ont réussi à survivre à Paris. Elle est malheureusement extrêmement limitée !
Madame la secrétaire d'Etat, je suis désolée de ne pouvoir accéder à votre demande. Mais l'espace de liberté que nous essayons d'instituer à travers le tiers secteur audiovisuel me semble mal compris.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je ne voudrais pas reprendre un débat que vous avez développé de manière très substantielle dans cet hémicycle.
Je souhaiterais simplement rappeler aux membres de cette honorable assemblée que le Gouvernement partage la préoccupation qui a été exprimée concernant le financement des chaînes locales, notamment associatives.
Mais donner suite à l'amendement qui a été déposé reviendrait, en quelque sorte, à anticiper sur les conclusions du rapport que le Gouvernement s'est engagé devant vous, lors de l'adoption de la loi du 1er août 2000, à remettre dans le délai d'un an. Ce rapport s'efforcera d'appréhender de manière réaliste et pragmatique la question du financement des télévisions locales. Je pense d'ailleurs qu'il ira au-delà et qu'il abordera la question des télévisions locales dans son ensemble.
Si l'interrogation porte sur le champ des télévisions locales qui sont couvertes par ce rapport, il me semble - mais ce point mériterait peut-être d'être vérifié auprès du ministère de la culture - que la question des structures associatives, qui paraît être la préoccupation majeure soulevé dans votre intervention, madame la sénatrice, sera abordé.
Encore une fois, je ne peux qu'insister sur le fait qu'une analyse approfondie vous sera communiquée dans un délai d'un an à compter du 1er août 2000. Le Gouvernement fera des propositions qui veilleront à ne pas remettre en cause la pérennité du fonds de soutien aux radios associatives et qui veilleront à la compatibilité avec le droit communautaire.
Je ne sais si j'ai réussi à vous convaincre, madame Pourtaud, mais j'ai au moins tenté de le faire !
M. le président. Madame Pourtaud, l'amendement n° I-238 rectifié est-il maintenu ?
Mme Danièle Pourtaud. Sous réserve de vérification que l'étude sur les télévisions locales qui est en cours portera bien également sur le secteur associatif, je veux bien accéder à la demande de Mme la secrétaire d'Etat et retirer mon amendement. Mais que le Gouvernement sache que nous sommes très vigilants sur ce sujet.
M. le président. Comme l'on dit en Provence, madame Pourtaud, a l'an que ven ! (Rires.)
L'amendement n° I-238 rectifié est retiré.

Article 12



M. le président.
« Art. 12. - I. - Le code général des impôts est ainsi modifié :
« A. - Il est inséré un article 199 undecies A ainsi rédigé :
« Art. 199 undecies A . - 1. Il est institué une réduction d'impôt sur le revenu pour les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B qui investissent dans les départements et territoires d'outre mer, dans les collectivités territoriales de Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon et en Nouvelle-Calédonie entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2006.
« 2. La réduction d'impôt s'applique :
« a) Au prix de revient de l'acquisition ou de la construction régulièrement autorisée par un permis de construire d'un immeuble neuf situé dans les départements, territoires ou collectivités visés au 1, que le propriétaire prend l'engagement d'affecter dès l'achèvement ou l'acquisition si elle est postérieure, à son habitation principale pendant une durée de cinq ans ;
« b) Au prix de revient de l'acquisition ou de la construction régulièrement autorisée par un permis de construire d'un immeuble neuf situé dans les départements, territoires ou collectivités visés au 1, que le propriétaire prend l'engagement de louer nu dans les six mois de l'achèvement ou de l'acquisition si elle est postérieure pendant cinq ans au moins à des personnes, autres que son conjoint ou un membre de son foyer fiscal, qui en font leur habitation principale ;
« c) Au prix de souscription de parts ou actions de sociétés dont l'objet réel est exclusivement de construire des logements neufs situés dans les départements, territoires ou collectivités visés au 1 et qu'elles donnent en location nue pendant cinq ans au moins à compter de leur achèvement à des personnes, autres que les associés de la société, leur conjoint ou les membres de leur foyer fiscal, qui en font leur habitation principale. Ces sociétés doivent s'engager à achever les fondations des immeubles dans les deux ans qui suivent la clôture de chaque souscription annuelle. Les souscripteurs doivent s'engager à conserver les parts ou actions pendant cinq ans au moins à compter de la date d'achèvement des immeubles ;
« d) Aux souscriptions au capital de sociétés civiles régies par la loi n° 70-1300 du 31 décembre 1970 fixant le régime applicable aux sociétés civiles autorisées à faire publiquement appel à l'épargne, lorsque la société s'engage à affecter intégralement le produit de la souscription annuelle, dans les six mois qui suivent la clôture de celle-ci, à l'acquisition de logements neufs situés dans les départements, territoires ou collectivités visés au 1 et affectés pour 90 % au moins de leur superficie à usage d'habitation. Ces sociétés doivent s'engager à louer les logements nus pendant cinq ans au moins à compter de leur achèvement ou de leur acquisition si elle est postérieure à des locataires, autres que les associés de la société, leur conjoint ou les membres de leur foyer fiscal, qui en font leur habitation principale. Les souscripteurs doivent s'engager à conserver les parts pendant cinq ans au moins à compter de ces mêmes dates ;
« e) Aux souscriptions en numéraire au capital des sociétés de développement régional des départements, territoires ou collectivités visés au 1 ou de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun effectuant dans les douze mois de la clôture de la souscription des investissements productifs dans ces départements, territoires ou collectivités et dont l'activité réelle se situe dans les secteurs définis au premier alinéa du I de l'article 199 undecies B. Lorsque la société affecte tout ou partie de la souscription à la construction d'immeubles destinés à l'exercice d'une activité située dans l'un de ces secteurs, elle doit s'engager à en achever les fondations dans les deux ans qui suivent la clôture de la souscription. La société doit s'engager à maintenir l'affectation des biens à l'activité dans les secteurs visés ci-dessus pendant les cinq ans qui suivent leur acquisition ou pendant leur durée normale d'utilisation si elle est inférieure ;
« f) Aux souscriptions en numéraire au capital d'une société mentionnée au II bis de l'article 217 undecies , sous réserve de l'obtention d'un agrément préalable du ministre chargé du budget délivré dans les conditions prévues au III du même article.
« Les souscripteurs de parts ou actions des sociétés mentionnées aux e et f doivent s'engager à les conserver pendant cinq ans à compter de la date de la souscription.
« 3. La réduction d'impôt n'est pas applicable au titre des immeubles et des parts ou actions mentionnés au 2 dont le droit de propriété est démembré. Toutefois, lorsque le transfert de la propriété des immeubles, parts ou actions, ou le démembrement du droit de propriété résulte du décès de l'un des époux soumis à imposition commune, le conjoint survivant attributaire de l'immeuble, des parts ou des actions, ou titulaire de leur usufruit peut demander la reprise à son profit, dans les mêmes conditions et selon les mêmes modalités, du bénéfice de la réduction prévue au présent article pour la période restant à courir à la date du décès.
« 4. Pour ouvrir droit à la réduction d'impôt, la constitution ou l'augmentation du capital des sociétés mentionnées au 2 dont le montant est supérieur à 30 000 000 francs doit avoir été portée, préalablement à sa réalisation, à la connaissance du ministre chargé du budget, et n'avoir pas appelé d'objection motivée de sa part dans un délai de trois mois.
« 5. Pour le calcul de la réduction d'impôt, les sommes versées au cours de la période définie au 1 sont prises en compte, pour les investissements mentionnés au a du 2, dans la limite de 10 000 F par mètre carré de surface habitable.
« 6. La réduction d'impôt s'applique pour le calcul de l'impôt dû au titre de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure, ou de la souscription des parts ou actions, et des quatre années suivantes. Chaque année, la base de la réduction est égale à 20 % des sommes effectivement payées au 31 décembre de l'année au cours de laquelle le droit à réduction d'impôt est né.
« La réduction d'impôt est égale à 25 % de la base définie au premier alinéa.
« Toutefois, elle est portée à 40 % de cette base pour les investissements mentionnés aux b, c et d du 2, si les conditions suivantes sont réunies :
« 1° Le contribuable ou la société s'engage à louer nu l'immeuble dans les six mois de son achèvement ou de son acquisition si elle est postérieure et pendant six ans au moins à des personnes qui en font leur habitation principale. En cas de souscription au capital de sociétés visées aux c et d du 2, le contribuable s'engage à conserver ses parts ou actions pendant au moins six ans à compter de la date d'achèvement des logements ou de leur acquisition si elle est postérieure ;
« 2° Le loyer et les ressources du locataire n'excèdent pas des plafonds fixés par décret.
« 7. En cas de non-respect des engagements mentionnés aux 2 et 6, ou de cession ou de démembrement du droit de propriété, dans des situations autres que celle prévue au 3, de l'immeuble ou des parts et titres, ou de non-respect de leur objet exclusif par les sociétés concernées, ou de dissolution de ces sociétés, la réduction d'impôt pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année où interviennent les événements précités. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables si les investissements productifs sont compris dans un apport partiel d'actif réalisé sous le bénéfice de l'article 210 B ou si la société qui en est propriétaire fait l'objet d'une fusion placée sous le régime de l'article 210 A, à la condition que la société bénéficiaire de l'apport, ou la société absorbante, selon le cas, réponde aux conditions du 2 et s'engage dans l'acte d'apport ou de fusion à respecter les engagements mentionnés au e du 2 pour la fraction du délai restant à courir.
« Le décès du contribuable ou de l'un des époux soumis à imposition commune au cours d'une des années suivant celle où le droit à réduction d'impôt est né n'a pas pour conséquence la reprise des réductions d'impôt pratiquées.
« La location d'un logement neuf consentie dans les conditions fixées par décret à un organisme public ou privé pour le logement à usage d'habitation principale de son personnel ne fait pas obstacle au bénéfice de la réduction d'impôt. »
« B. - Il est inséré un article 199 undecies B ainsi rédigé :
« Art. 199 undecies B . - I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements et territoires d'outre-mer, dans les collectivités territoriales de Mayotte et de Saint-Pierre-et-Miquelon et en Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité dans les secteurs de l'industrie, de la pêche, de l'hôtellerie, du tourisme à l'exclusion de la navigation de croisière, des énergies nouvelles, de l'agriculture, du bâtiment et des travaux publics, des transports, de l'artisanat, de la maintenance au profit d'activités exercées dans l'un des secteurs mentionnés au présent alinéa, de la production et de la diffusion audiovisuelles et cinématographiques, des services informatiques ou réalisant des investissements nécessaires à l'exploitation d'une concession de service public local à caractère industriel et commercial qui constituent des éléments de l'actif immobilisé.
« Les dispositions du premier alinéa s'appliquent également aux travaux de rénovation d'hôtel et aux logiciels qui sont nécessaires à l'utilisation des investissements éligibles, lorsque ces travaux et logiciels constituent des éléments de l'actif immobilisé.
« La réduction d'impôt est de 50 % du montant hors taxes des investissements productifs, diminué de la fraction de leur prix de revient financée par une subvention publique. Ce taux est porté à 60 % pour les investissements réalisés en Guyane, à Mayotte, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Wallis-et-Futuna, ainsi que pour les travaux de rénovation d'hôtel.
« Les dispositions du premier alinéa s'appliquent aux investissements réalisés par une société soumise au régime d'imposition prévu à l'article 8 ou un groupement mentionné aux articles 239 quater ou 239 quater C. En ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société ou le groupement.
« La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé.
« Pour les contribuables qui, dans le cadre de l'activité ayant ouvert droit à réduction, ne participent pas à l'exploitation au sens des dispositions du 1° bis du I de l'article 156, le montant de la réduction d'impôt ne peut excéder, au titre d'une année, 50 % de l'impôt dû avant application de celle-ci et avant imputation de l'avoir fiscal, des crédits d'impôt et des prélèvements ou retenues non libératoires. L'excédent éventuel, dans la limite du solde de l'impôt dû, s'impute sur l'impôt dû au titre de l'année suivante exclusivement, dans la même limite de 50 % diminuée, le cas échéant, du montant de la réduction d'impôt afférente aux investissements de cette même année.
« Si le montant de la réduction d'impôt excède l'impôt dû par les contribuables autres que ceux visés au sixième alinéa, l'excédent constitue une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des années suivantes jusqu'à la cinquième année inclusivement. La fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période dans la limite d'un montant d'investissement de 10 000 000 francs.
« Si, dans le délai de cinq ans de son acquisition ou de sa création ou pendant sa durée normale d'utilisation si elle est inférieure, l'investissement ayant ouvert droit à réduction d'impôt est cédé ou cesse d'être affecté à l'activité pour laquelle il a été acquis ou créé, ou si l'acquéreur cesse son activité, la réduction d'impôt pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle cet événement est intervenu.
« Toutefois, la reprise de la réduction d'impôt n'est pas effectuée lorsque les biens ayant ouvert droit à réduction d'impôt sont transmis dans le cadre des opérations mentionnées aux articles 41 et 151 octies, si le bénéficiaire de la transmission s'engage à conserver ces biens et à maintenir leur affectation initiale pendant la fraction du délai de conservation restant à courir. L'engagement est pris dans l'acte constatant la transmission ou, à défaut, dans un acte sous seing privé ayant date certaine, établi à cette occasion. En cas de non-respect de cet engagement, le bénéficiaire de la transmission doit, au titre de l'exercice au cours duquel cet événement est intervenu, ajouter à son résultat une somme égale au triple du montant de la réduction d'impôt à laquelle les biens transmis ont ouvert droit.
« Lorsque l'investissement est réalisé par une société ou un groupement visés au quatrième alinéa, les associés ou membres doivent, en outre, conserver les parts ou actions de cette société ou de ce groupement pendant un délai de cinq ans à compter de la réalisation de l'investissement. A défaut, la réduction d'impôt qu'ils ont pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année de la cession. Le montant de cette reprise est diminué, le cas échéant, dans la proportion de leurs droits dans la société ou le groupement, des reprises déjà effectuées en application des dispositions du huitième alinéa.
« La réduction d'impôt prévue au présent I s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions mentionnées aux quatorzième à dix-septième alinéas du I de l'article 217 undecies sont remplies et si 60 % de la réduction d'impôt est rétrocédé à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et, le cas échéant, du prix de cession du bien à l'exploitant. Si, dans le délai de cinq ans de la mise à disposition du bien loué ou pendant sa durée normale d'utilisation si elle est inférieure, l'une des conditions visées au onzième alinéa cesse d'être respectée, la réduction d'impôt pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle cet événement se réalise.
« II. - 1. Les investissements mentionnés au I et dont le montant total par programme et par exercice est supérieur à 5 000 000 francs ne peuvent ouvrir droit à réduction que s'ils ont reçu un agrément préalable du ministre chargé du budget dans les conditions prévues au deuxième alinéa du III de l'article 217 undecies.
« Les dispositions du premier alinéa sont également applicables aux investissements mentionnés au I et dont le montant total par programme et par exercice est supérieur à 2 000 000 francs, lorsque le contribuable ne participe pas à l'exploitation au sens des dispositions du l° bis du I de l'article 156.
« 2. Ceux des investissements mentionnés au I qui concernent les secteurs des transports, de la navigation de plaisance, de la pêche maritime, de la production et de la diffusion audiovisuelles et cinématographiques, des services informatiques ou qui consistent en la construction d'hôtel ou de résidences à vocation touristique ou parahôtelière, ou la rénovation d'hôtel, ou qui sont nécessaires à l'exploitation d'une concession de service public local à caractère industriel ou commercial ne peuvent ouvrir droit à réduction que s'ils ont reçu un agrément préalable du ministre chargé du budget délivré dans les conditions prévues aux deuxième et troisième alinéas du III de l'article 217 undecies.
« III. - Un décret en Conseil d'Etat précise, en tant que de besoin, les modalités d'application du présent article. »
« C. - L'article 217 undecies est ainsi modifié :
« 1. Le I est ainsi modifié :
« a) Au premier alinéa, après les mots : "du tourisme", sont insérés les mots : ", à l'exclusion de la navigation de croisière" et, après les mots : "des énergies nouvelles, ", sont insérés les mots : "des services informatiques, " ;
« b) Au deuxième alinéa, les mots : "et à l'article 199 undecies " sont remplacés par les mots : "et aux articles 199 undecies ou 199 undecies A" ;
« c) Le troisième alinéa est ainsi modifié ;
« - Les mots : "au profit d'activités industrielles" sont remplacés par les mots : "au profit d'activités exercées dans l'un des secteurs mentionnés au premier et au quatrième alinéas" ;
« - Après le mot : "cinématographiques", sont insérés les mots : "ainsi qu'aux travaux de rénovation d'hôtel et aux logiciels nécessaires à l'utilisation des investissements éligibles, lorsque ces travaux et logiciels constituent des éléments de l'actif immobilisé" ;
« d) Il est ajouté sept alinéas ainsi rédigés ;
« La déduction prévue au premier alinéa s'applique aux investissements productifs mis à la disposition d'une entreprise dans le cadre d'un contrat de location si les conditions suivantes sont réunies :
« 1° Le contrat de location est conclu pour une durée au moins égale à cinq ans ou pour la durée normale d'utilisation du bien loué si elle est inférieure ;
« 2° Le contrat de location revêt un caractère commercial ;
« 3° L'entreprise locataire aurait pu bénéficier de la déduction prévue au premier alinéa si, imposable en France, elle avait acquis directement le bien ;
« 4° L'entreprise propriétaire de l'investissement a son siège en France métropolitaine ou dans un département d'outre-mer ;
« 5° Les trois quarts de la réduction d'impôt correspondant à la déduction pratiquée augmentée de celle procurée par la déduction des frais et charges liés à l'acquisition des biens ayant bénéficié des dispositions du présent article sont rétrocédés à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et, le cas échéant, du prix de cession du bien à l'exploitant.
« Si l'une des conditions énumérées aux treizième à dix-huitième alinéas cesse d'être respectée dans le délai mentionné au quatorzième alinéa, les sommes déduites sont rapportées au résultat imposable de l'entreprise propriétaire de l'investissement au titre de l'exercice au cours duquel cet événement se réalise.
« 2. Le II est ainsi modifié :
« a) Au premier alinéa, après les mots : "du tourisme", sont insérés les mots : ", à l'exclusion de la navigation de croisière" et, après les mots : "des énergies nouvelles, ", sont insérés les mots : "des services informatiques, " ;
« b) Au deuxième alinéa :
« - Les mots : "au profit d'activités industrielles" sont remplacés par les mots : "au profit d'activités exercées dans l'un des secteurs mentionnés au premier et au quatrième alinéas" ;
« - Après le mot : "cinématographiques", sont insérés les mots : "ainsi qu'aux travaux de rénovation d'hôtel et aux logiciels nécessaires à l'utilisation des investissements éligibles, lorsque ces travaux et logiciels constituent des éléments de l'actif immobilisé".
« 3. Les b et c du II bis sont abrogés.
« 4. Au premier alinéa du III, après les mots : "touristique ou parahôtelière", sont insérés les mots : "ou la rénovation d'hôtel" et, après le mot : "cinématographiques", sont insérés les mots : ", des services informatiques". »
« 4 bis . Dans la première phrase du deuxième alinéa du III, les mots : "s'il favorise le maintien ou la création d'emplois" sont remplacés par les mots : "si l'un de ses buts principaux est la création ou le maintien d'emplois".
« 4 ter . Après la première phrase du deuxième alinéa du III, il est inséré une phrase ainsi rédigée :
« La demande d'agrément doit être accompagnée de données chiffrées en matière d'emploi.
« 5. Le IV bis est ainsi modifié :
« a) Au premier alinéa, les mots : "la durée normale d'utilisation de ces mêmes investissements" sont remplacés par les mots : "le délai de cinq ans suivant leur réalisation ou leur durée normale d'utilisation si elle est inférieure" ;
« b) Au deuxième alinéa, les mots : "Si, avant l'expiration de sa durée normale d'utilisation" sont remplacés par les mots : "Si, avant l'expiration du délai visé à l'alinéa précédent" ;
« c) Il est ajouté un alinéa ainsi rédigé :
« Toutefois, la reprise de l'avantage n'est pas effectuée lorsque les biens ayant ouvert droit à déduction sont transmis dans le cadre d'opérations soumises aux dispositions des articles 210 A ou 210 B, si le bénéficiaire de la transmission s'engage à maintenir l'exploitation des biens outre-mer dans le cadre d'une activité mentionnée au I pendant la fraction du délai de conservation restant à courir. L'engagement est pris dans l'acte constatant la transmission ou, à défaut, dans un acte sous seing privé ayant date certaine, établi à cette occasion. En cas de non-respect de cet engagement, le bénéficiaire de la transmission doit rapporter à son résultat imposable, au titre de l'exercice au cours duquel l'engagement de conservation cesse d'être respecté, l'avantage et la majoration correspondante mentionnés au deuxième alinéa qui, à défaut d'engagement, auraient dû être rapportés au résultat imposable de l'entreprise apporteuse.
« 6. Dans l'avant-dernier alinéa du V, après les mots : "investissements neufs", sont insérés les mots : "et travaux de rénovation d'hôtel" et l'année : "2002" est remplacée par l'année : "2006". »
« D. - 1. Au dixième alinéa du f du 1° du I de l'article 31, la référence : "199 undecies " est remplacée par la référence : "199 undecies A".
« 2. Au treizième alinéa du g du 1° du I de l'article 31, les mots : "de l'article 199 undecies " sont remplacés par les mots : "des articles 199 undecies ou 199 undecies A".
« 3. Au onzième alinéa du 3° du I de l'article 156, les mots : "la réduction d'impôt mentionnée à l'article 199 undecies " sont remplacés par les mots : "les réductions d'impôt mentionnées aux articles 199 undecies ou 199 undecies A".
« 4. Au quatrième alinéa du 3 de l'article 158, les mots : "de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies " sont remplacés par les mots : "des réductions d'impôt prévues aux articles 199 undecies ou 199 undecies A".
« 5. Au 2 du II de l'article 163 quinquies D, au 1° du cinquième alinéa du II de l'article 163 octodecies A et au premier alinéa du III de l'article 199 terdecies- 0 A, après la référence : "199 undecies ", est insérée la référence : ", 199 undecies A".
« 6. Supprimé . »
« 7. L'article 199 undecies est ainsi modifié :
« a) Au premier alinéa du 1, l'année : "2002" est remplacée par l'année : "2000" ;
« b) Au deuxième alinéa du 3, l'année : "2006" est remplacée par l'année : "2004".
« 8. Aux quatrièmes alinéas des 4° et 5° du 2 de l'article 793 et au troisième alinéa de l'article 1055 bis, les mots : "et 199 undecies " sont remplacés par les mots : ", 199 undecies et 199 undecies A". »
« II. - Le régime issu de l'article 199 undecies B, défini par la présente loi et celui de l'article 217 undecies modifié par elle sont applicables aux investissements ou aux souscriptions réalisés entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2006, à l'exception des cas ci après énumérés, pour lesquels les dispositions de l'article 163 tervicies demeurent applicables :
« 1° Des investissements et des souscriptions pour l'agrément ou l'autorisation préalable desquels une demande est parvenue à l'administration avant le 1er janvier 2001 ;
« 2° Des immeubles ayant fait l'objet avant cette date d'une déclaration d'ouverture de chantier à la mairie de la commune ;
« 3° Des biens meubles corporels commandés mais non encore livrés au 1er janvier 2001, si la commande a été accompagnée du versement d'acomptes égaux à 50 % au moins de leur prix. »
« III. - Le rapport présenté chaque année par le Gouvernement au Parlement, conformément à l'article 120 de la loi de finances pour 1992 (n° 91-1322 du 30 décembre 1991), indiquera, pour les cinq dernières années, par zones géographiques et par secteurs d'activités, les engagements en matière d'emplois pris par les investisseurs ayant obtenu l'agrément préalable, et la manière dont ils ont été tenus. Ce rapport sera présenté en annexe au projet de loi de finances. »
Par amendement n° I-193, Mme Michaux-Chevry propose :
I. - De rédiger ainsi la seconde phrase du troisième alinéa du I du texte présenté par le B du I de l'article 12 pour insérer l'article 199 undecies B du code général des impôts :
« Ce taux est porté à 60 % pour les investissements réalisés en Guadeloupe, d'une part dans les communes doublement insulaires appartenant à l'archipel que sont Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, Caspesterre - Marie-Galante, Grand-Bourg, Saint-Louis et La Désirade, et, d'autre part, dans les communes appartenant à la Côte-sous-le-Vent que sont Vieux-Habitants, Bouillante et Pointe-Noire, en Guyane, à Mayotte, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Wallis-et-Futuna. »
II. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus, de compléter, in fine, l'article 12 par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de l'extension à certaines communes de Guadeloupe de la réduction d'impôt de 50 % du montant hors taxes des investissements productifs prévus au premier alinéa du I de l'article 199 undecies B est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Cet amendement est-il soutenu ?...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le reprends, au nom de la commission.
M. le président. Ce sera donc l'amendement n° I-193 rectifié.
La parole est à M. le rapporteur général, pour le défendre.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je reprends cet amendement afin de questionner Mme le secrétaire d'Etat, Mme Michaux-Chevry, présidente du conseil régional de la Guadeloupe, s'étant inquiétée de la situation des communes doublement insulaires que sont les petites îles autour de cette belle région-département. Notre collègue souhaiterait les voir bénéficier du même taux de crédit d'impôt que la Guyane, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna. Cela me semble mériter au moins une réponse du Gouvernement.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Cet amendement vise à étendre le champ d'application du taux majoré de la réduction d'impôt à certaines communes de la Guadeloupe.
La réforme du régime d'aide fiscale à l'investissement outre-mer prévue à l'article 12 apporte déjà des améliorations significatives par rapport au dispositif antérieur.
Aller au-delà, comme le prévoit l'amendement, en étendant à des communes de la Guadeloupe le taux majoré de la réduction d'impôt ne me paraît pas raisonnable. En effet, le taux majoré de la réduction d'impôt se justifie par un raisonnement géographique et un retard de développement du département et des territoires d'outre-mer qui en bénéficient plus criant que partout ailleurs en outre-mer. Or je ne suis pas convaincue que ce soit le cas pour les communes auxquelles l'amendement souhaite étendre le taux majoré. D'ailleurs, les experts qui ont été associés au groupe de travail à l'origine de cette réforme n'ont pas fait part de difficultés particulières pour ces territoires qui pourraient justifier une majoration du taux de la réduction d'impôt. En conséquence, je souhaite le retrait de cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-193 rectifié est-il maintenu ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le retire, monsieur le président.
L'important est que les explications de Mme le secrétaire d'Etat figurent au Journal officiel.
M. le président. L'amendement n° I-193 rectifié est retiré.
Par amendement n° I-74 rectifié bis, M. Lise, Mme Bergé-Lavigne et M. Désiré proposent :
I. - Après la première phrase du dernier alinéa du I du texte présenté par le B du I de l'article 12 pour l'article 199 undecies B du code général des impôts, d'insérer une phrase ainsi rédigée :
« Le taux de la réduction d'impôt rétrocédé à l'entreprise est d'au moins 50 % pour les investissements dont le montant total est inférieur à 2 millions de francs. »
II. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus, de compléter, in fine, cet article par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... La perte de recettes résultant pour l'Etat de la fixation du taux de la réduction d'impôt rétrocédé à l'entreprise à au moins 50 % pour les investissements visées à l'article 199 undecies B du code général des impôts, dont le montant total est inférieur à 2 millions de francs, est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à Mme Bergé-Lavigne.
Mme Maryse Bergé-Lavigne. Cet amendement concerne les programmes d'investissement outre-mer.
La disposition du projet gouvernemental qui instaure l'obligation de rétrocéder à l'entreprise exploitant l'investissement 60 % de l'avantage fiscal consenti à l'investisseur est une excellente mesure, madame la secrétaire d'Etat. Elle s'inscrit parfaitement dans le dispositif d'ensemble voulu par la majorité gouvernementale en faveur de l'outre-mer, qui s'exprime à travers un grand nombre de mesures pour l'emploi et le développement économique, à la fois dans la loi d'orientation et dans le projet de loi de finances pour 2001.
Cet amendement, cosigné notamment par Claude Lise, est technique. Il ne modifie ni le sens ni l'équilibre du schéma d'ensemble. Sa justification est due uniquement au coût élevé des montages financiers des programmes d'investissement.
En effet, les frais de dossier incluant toutes les étapes de recherche des financeurs, d'obtention des garanties, de suivi comptable et administratif sur la période de cinq ans prévue par les textes s'avèrent particulièrement lourds. Dans le cas des petits projets de moins de 2 millions de francs, ce coût élevé ampute sensiblement l'avantage fiscal des investisseurs et l'obligation de rétrocession de 60 % risque de les décourager. Or ce sont justement des petits projets qui vont permettre aux PME de créer de l'activité et de l'emploi, ce que nous souhaitons tous.
Les études montrent que l'abaissement du taux à 50 % redonnera de l'attractivité aux investisseurs.
Notre proposition ne porte que sur le partage de l'avantage fiscal entre l'investisseur et l'entreprise exploitante, et non sur son ampleur. Ce dispositif permettrait d'assurer le maintien d'un flux d'investissements externes pour les petits exploitants locaux, qui en ont bien besoin.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je voudrais tout d'abord rappeler en quelques mots l'approche retenue par la commission au sujet de cet article 12, car nous entrons, comme il est logique, dans la dentelle des situations particulières et des mesures que l'on peut préconiser pour y répondre. Toutefois, il est bon de se référer au contexte global et à la portée générale des mesures qui nous sont proposées.
La commission a estimé qu'il n'était pas très simple de se faire une opinion sur ce dispositif car, d'un côté, il pénalise les monteurs actuels de projets, dont les commissions vont baisser, ainsi que leur clientèle déjà établie, formée pour l'essentiel de contribuables métropolitains imposés au taux marginal de l'impôt sur le revenu.
Donc, d'un côté, on peut s'attendre à moins d'efficacité du dispositif d'incitation aux investissemnts outre-mer ; d'un autre côté, le nouveau dispositif ouvre de facto la défiscalisation à tous les contribuables. L'impact sera sans doute modeste pour les métropolitains, et probablement plus énergétique pour les contribuables résidant eux-mêmes dans les départements d'outre-mer. Il est difficile de se faire une opinion sur les effets de cet élargissement, mais il existe.
Par ailleurs, ce dispositif, il faut le constater, va être très favorable aux entreprises d'outre-mer, puisqu'un régime d'exception est prévu pour les professionnels et que l'on assiste à une extension des secteurs éligibles. Ces deux derniers points expliquent, madame le secrétaire d'Etat, l'accueil souvent favorable reçu par vos propositions dans les départements et territoires d'outre-mer.
La commission des finances a estimé que l'équilibre du dispositif formait un tout. Elle considère que la philosophie de la loi Pons, dans son aspect d'encouragement à des investissements réels outre-mer, est grosso modo pérennisée.
En outre, le dispositif de l'article 12 ne suscitant pas de fronde ou d'opposition massive chez les élus des départements d'outre-mer, la commission n'estime pas devoir s'y opposer.
Dans ce contexte, nous sommes saisis d'un certain nombre d'amendements qui préconisent un certain nombre d'ajustements. C'est ainsi que Mme Bergé-Lavigne a déposé un amendement n° I-74 rectifié bis, qui est d'ailleurs très proche de l'amendement n° I-267 rectifié qu'avait déposé avant de le retirer notre collègue M. Othily, sénateur de la Guyane. Tous deux tendent à fixer un taux de rétrocession d'avantage fiscal à l'opérateur local à 50 %, au lieu de 60 % pour les investissements en montage locatif d'un montant total inférieur à 2 millions de francs pour Mme Bergé-Lavigne, à 5 millions de francs pour M. Othily.
La commission des finances a déjà eu l'occasion de souligner que la fixation d'un taux de rétrocession minimum identique pour tous les projets risquerait de se traduire par l'éviction des petits projets. Dès lors, l'intention des auteurs de ces amendements rencontre l'assentiment de la commission.
Je souhaite, bien entendu, entendre l'avis du Gouvernement, mais je m'en remets à la sagesse du Sénat dans un sens tout à fait favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Comme l'a très justement expliqué M. le rapporteur général, l'article 12 vise à stabiliser un dispositif qui a évolué et qui, je crois, a été perfectionné au fil du temps. L'objectif du Gouvernement, en essayant d'adapter ce que l'on appelait à l'origine le dispositif « Pons », était à la fois de moraliser ce mécanisme de défiscalisation, de le rationaliser et de faire en sorte qu'il assure effectivement le développement économique et social des départements et des territoires concernés.
Dans cet esprit, une large concertation a été menée et, je tiens à le souligner, l'article 12 a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale. Ce dispositif de défiscalisation semble donc avoir atteint un équilibre qui nous paraît prometteur et qui témoigne de sa maturité, alors que, dans le passé, les débats qu'il a suscités se sont parfois déroulés dans un contexte qui n'était pas aussi serein.
C'est un véritable engagement que prend le Gouvernement vis-à-vis de ces départements : engagement pris dans la durée, engagement pris en faveur du développement, ainsi que cela est fort bien expliqué dans le rapport de la commission des finances. Les opérateurs connaissent donc bien les projets concernés.
L'amendement n° I-74 rectifié bis vise à ramener de 60 % à 50 % la part de l'avantage fiscal que l'investisseur qui n'exploitera pas lui-même le bien acquis devra obligatoirement rétrocéder à l'exploitant lorsque l'investissement sera d'un montant inférieur à 2 millions de francs.
Cette proposition repose sur l'idée qu'une réduction d'impôt de 40 % ne permettrait pas, après déduction des frais de montage, de garantir à l'investisseur une rémunération suffisamment incitative pour ces projets.
Or l'expérience montre que cette supposition n'est exacte, car le taux de rétrocession de 60 % est celui qu'exigent mes services, dans le cadre du dispositif actuel, pour les projets soumis à agrément.
L'examen des dossiers concernés fait apparaître, pour une déduction fiscale à 54 %, une rentabilité finale pour l'investisseur qui se situe dans une fourchette allant de 35 % à 42 %, pour un placement limité, en pratique, à neuf mois. Avec une réduction d'impôt ramenée à 50 %, la rentabilité s'élèverait encore à un taux compris entre 32 % à 39 %, ce qui me paraît suffisamment attractif pour garantir le placement des projets d'investissement.
En outre, il a été constaté que, plus les investissements sont de faible montant, moins le travail de l'intermédiaire est important, notamment du fait qu'il y a peu d'investisseurs à réunir, ce qui limite les frais de commercialisation.
De surcroît, la répétition d'opérations de défiscalisation, qui sont généralement conçues selon le même schéma, permet aux intermédiaires d'amortir rapidement leurs coûts fixes.
Enfin, pour diminuer encore leurs coûts, ces derniers peuvent également regrouper au sein d'une même structure plusieurs projets d'investissement.
Dans ces conditions, l'amendement n° I-74 rectifié bis me paraît d'autant moins utile que l'expérience montre que les frais d'intermédiation sont proportionnés à l'investissement.
Compte tenu de ces explications, je demande à ses auteurs de bien vouloir le retirer.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-74 rectifié bis, repoussé par le Gouvernement et pour lequel la commission s'en remet à la sagesse du Sénat.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Par amendement n° I-41, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - De rédiger ainsi l'avant-dernier alinéa (5°) du d du 1° du C de l'article 12 :
« 5° Les trois quarts de l'avantage en impôt procuré par la déduction pratiquée au titre de l'investissement et par l'imputation du déficit provenant de la location du bien acquis et de la moins-value réalisée lors de la cession de ce bien ou des titres de la société bailleresse sont rétrocédés à l'entreprise locataire sous forme de diminution du loyer et, le cas échéant, du prix de cession du bien à l'exploitant. »
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine cet article par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la précision de l'avantage rétrocédé à l'entreprise locataire est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. L'amendement n° I-41 vise à préciser la définition de l'avantage en impôt procuré à l'investisseur et dont les trois quarts doivent être rétrocédés à l'exploitant.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le Gouvernement est favorable à cet amendement et lève le gage.
M. le président. Il s'agit donc de l'amendement n° I-41 rectifié.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-41 rectifié, accepté par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Par amendement n° I-194, Mme Michaux-Chevry propose, après le 4 bis du C du I de l'article 12, d'insérer un alinéa ainsi rédigé :
« ... La première phrase du deuxième alinéa du III est complétée par les mots : ", et après avis des commissions locales instituées par l'article 18 du décret n° 52-152 du 13 février 1952". »
Cet amendement est-il soutenu ?...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le reprends au nom de la commission, monsieur le président.
M. le président. Il s'agit donc de l'amendement n° I-194 rectifié.
La parole est à M. le rapporteur général, pour le défendre.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement prévoit que les commissions locales intituées dans chaque département d'outre-mer seront consultées à l'occasion de tous les investissements pour lesquels l'obtention d'un agrément préalable du ministère compétent est nécessaire.
Quand elle a examiné cet amendement, la commission a considéré que ce dispositif allait dans le sens d'une bonne organisation de la concertation et de la prise en compte des besoins locaux.
Bien entendu, elle souhaite connaître l'avis du Gouvernement sur ce point.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. L'amendement n° I-194 vise à ajouter, dans la procédure d'agrément, une étape supplémentaire de consultation formelle des commissions locales de chaque département d'outre-mer.
Permettez-moi de rappeler que l'expertise économique, financière et technique prévue pour les projets d'investissements soumis à agrément doit être réalisée dans un délai de trois mois à compter de la réception de la demande et qu'il y a accord tacite à défaut de réponse dans cette période.
La proposition comporterait, en pratique, l'inconvénient majeur d'alourdir les procédures et surtout d'allonger le délai de prise de décision d'agrément.
Au demeurant, ces commissions, qui sont consultées pour avis sur les demandes d'agrément, sont présidées par le préfet.
Or le préfet est déjà systématiquement consulté sur tous les projets d'investissements soumis à agrément soit par la direction des services fiscaux locale, soit par le secrétariat d'Etat à l'outre-mer pour les projets importants.
Dans ces conditions, je ne vois pas la portée pratique de cet amendement et je vous demande, en conséquence, monsieur le rapporteur général, de le retirer.
M. le président. Monsieur le rapporteur général, l'amendement est-il maintenu ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-194 rectifié est retiré.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 12, modifié.

(L'article 12 est adopté.)

Articles additionnels après l'article 12



M. le président.
Par amendement n° I-195 Mme Michaux-Chevry propose d'insérer, après l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Il est inséré, dans le code général des impôts, un article 238 bis HV ainsi rédigé :
« Art. 238 bis HV. - Pour l'établissement de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, les souscriptions en numéraire, entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2006, au capital de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun qui ont pour activité le financement d'activités innovantes en Guadeloupe et qui sont agréées par le ministre chargé du budget après avis du ministre chargé de l'outre-mer, et après avis de l'Agence nationale de valorisation de la recherche sur le caractère innovant de l'activité, sont admises en déduction dans les conditions définies aux articles 163 quatervicies et 217 undecies A. »
« II. - Il est inséré, dans le code général des impôts, un article 163 quatervicies ainsi rédigé :
« Art. 163 quatervicies. - Le montant des sommes effectivement versées pour les souscriptions en numéraire au capital des sociétés mentionnées à l'article 238 bis HV est déductible du revenu net global ; cette déduction ne peut pas excéder 25 % de ce revenu, dans la limite annuelle de 100 000 francs pour les contribuables célibataires, veufs ou divorcés et de 200 000 francs pour les contribuables mariés soumis à imposition commune.
« En cas de cession de tout ou partie des titres souscrits dans les cinq ans de leur acquisition, le montant des sommes déduites est ajouté au revenu net global de l'année de la cession.
« Lorsqu'elles sont inscrites au bilan d'une entreprise relevant de l'impôt sur le revenu, les actions des sociétés définies à cet article ne peuvent faire l'objet sur le plan fiscal d'une provision pour dépréciation. »
« III. - Il est inséré, dans le code général des impôts, un article 217 undecies A ainsi rédigé :
« Art. 217 undecies A. - Pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés, les entreprises peuvent pratiquer dans la limite de 25 % du bénéfice imposable de l'exercice, dès l'année de réalisation de l'investissement, un amortissement exceptionnel égal à 50 % du montant des sommes effectivement versées pour la souscription au capital des sociétés mentionnées à l'article 238 bis HV.
« En cas de cession de tout ou partie des titres souscrits dans les cinq ans de leur acquisition, le montant de l'amortissement exceptionnel est réintégré au bénéfice imposable de l'exercice au cours duquel intervient la cession et majoré d'une somme égale au produit de ce montant par le taux de l'intérêt de retard prévu au troisième alinéa de l'article 1727 et appliqué dans les conditions mentionnées à l'article 1727 A. »
« IV. - Il est inséré, dans le code général des impôts, un article 238 bis HW ainsi rédigé :
« Art. 238 bis HW. - L'agrément prévu à l'article 238 bis HV est accordé aux sociétés anonymes qui ont pour objet exclusif la prise de participations au capital d'entreprises innovantes ayant leur siège dans un Etat membre de l'Union européenne et au moins un établissement en Guadeloupe et dont le caractère innovant de l'activité a fait l'objet d'un avis de l'Agence nationale pour la valorisation de la recherche.
« Le capital mentionné à l'article 238 bis HV s'entend du capital de la société lors de sa constitution, de la première augmentation de capital intervenant dans les trois mois de cette constitution et des augmentations de capital agréées par le ministre chargé du budget après avis du ministre chargé de l'outre-mer.
« Les actions souscrites doivent revêtir la forme nominative. Pendant un délai de cinq années à compter du versement effectif de la souscription au capital de la société agréée, une même personne ne peut détenir, directement ou indirectement, plus de 15 % du capital de la société. Les sociétés agréées doivent conserver, pendant au moins cinq ans, les parts du capital des entreprises innovantes mentionnées au premier alinéa. »
« V. - A. - Les dispositions des articles 238 bis HI et 238 bis HJ du code général des impôts s'appliquent aux sociétés mentionnées à l'article 238 bis HV du même code.
« B. - Les dispositions de l'article 238 bis HK du code général des impôts s'appliquent aux cessions des actions de ces mêmes sociétés.
« C. - Les dispositions de l'article 238 bis HJ du code général des impôts s'appliquent également lorsque les sociétés mentionnées à l'article 238 bis HV du code précité cèdent leurs parts de copropriété dans un délai inférieur à cinq ans.
« D. - En cas de dissolution de la société agréée ou de réduction de son capital, le ministre chargé du budget peut ordonner la réintégration des sommes déduites en application des articles 163 quatervicies et 217 undecies A au revenu net global ou au résultat imposable de l'année ou de l'exercice au cours desquels elles ont été déduites.
« VI. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment les obligations déclaratives.
« VII. - Les pertes pour l'Etat résultant de l'application des I, II, III, IV, V et VI ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Cet amendement est-il soutenu ?...
Je suis saisi de quatre amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Les deux premiers sont identiques.
L'amendement n° I-42 est présenté par M. Marini, au nom de la commission des finances.
L'amendement n° I-88 est déposé par MM. Badré, Baudot, Fréville et les membres du groupe de l'Union centriste.
Tous deux tendent à insérer, après l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le premier alinéa du 2° de l'article 1467 du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Dans le cas des titulaires de bénéfices non commerciaux, des agents d'affaires et intermédiaires employant moins de cinq salariés, le onzième des recettes en 2001, le douzième en 2002, le treizième en 2003, et le quatorzième à partir de 2004, ainsi que la valeur locative des seules immobilisations passibles des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties et dont le contribuable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie au a du 1°. »
« II. - Le prélèvement sur les recettes de l'Etat institué au I du D de l'article 44 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998) est majoré à due concurrence de la perte de recettes résultant de l'application du I.
« III. - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la compensation de la baisse de la taxe professionnelle pour les assujettis au régime des titulaires de bénéfices non commerciaux employant moins de cinq salariés est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-179, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Tregouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginesy, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent, après l'article 12, d'insérer un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le premier alinéa du 2° de l'article 1467 du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Dans le cas des titulaires de bénéfices non commerciaux, des agents d'affaires et intermédiaires de commerce, employant moins de cinq salariés, le douzième des recettes en 2001, le treizième en 2002 et le quatorzième à partir de 2003, ainsi que la valeur locative des seules immobilisations passibles des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties et dont le contribuable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie au a du 1°. »
« II. - Le prélèvement sur les recettes de l'Etat institué au I du D de l'article 44 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998) est majorée à due concurrence de la perte de recettes résultant pour les collectivités locales de l'application du I.
« III. - La perte de recettes résultant pour l'Etat du II ci-dessus est compensée à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-262 rectifié, MM. Othily et Joly proposent, après l'article 12, d'insérer un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le premier alinéa du 1° de l'article 1467 du code général des impôts est supprimé.
« II. - Le 2° dudit article est supprimé.
« III. - Les pertes de recettes résultant des I et II ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général, pour défendre l'amendement n° I-42.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mes chers collègues, là aussi nous faisons preuve de constance ! Il est en effet question dans cet amendement des oubliés de la réforme de la taxe professionnelle, c'est-à-dire des titulaires de bénéfices non commerciaux qui emploient moins de cinq salariés. C'est une injustice. C'est une distorsion de concurrence.
Au mois de juin dernier, madame le secrétaire d'Etat, le Gouvernement, par la voix de votre collègue Mme Marylise Lebranchu, avait annoncé qu'un mécanisme de décote allait être mis à l'étude : était-ce une façon de se débarrasser de ses interlocuteurs ou du moins de desserrer la pression certaine que suscite ce sujet ?
Etait-ce une intention réellement sincère ? Cette étude a-t-elle été réellement entamée ? Nous l'ignorons. En tout cas, nous n'en avons pas connaissance et rien ne nous semble avoir été fait.
C'est pourquoi nous y revenons, sous la même forme que pour la loi de finances pour l'année 2000, avec un amendement tendant à instaurer un système simple d'allégement progressif de la taxe professionnelle payée par les titulaires de bénéfices non commerciaux employant moins de cinq salariés.
M. le président. La parole est à M. Badré, pour défendre l'amendement n° I-88.
M. Denis Badré. Cet amendement, qui est identique à celui de la commission, doit être bon, par définition. (Sourires.)
J'ajouterai deux observations à la présentation très claire, très complète et très percutante que vient de faire M. le rapporteur général.
Tout d'abord, ce n'est pas parce que nous avons déposé cet amendement que nous souscrivons au principe de recentralisation qui est lié au dispositif général sur la taxe professionnelle car qui dit recentralisation devrait au moins dire justice. Or, manifestement, il n'y a pas là de justice fiscale.
Ensuite, le maintien de la base de 10 % des recettes entraîne fréquemment un doublement, voire un triplement des bases taxables des assujettis par rapport à celles des non-redevables, puisqu'en matière de finances locales il s'agit de répartir l'impôt.
Non seulement les assujettis ne bénéficient pas de la mesure, mais ils en paient le prix. Ce n'est pas admissible !
M. le président. La parole est à M. Braun, pour défendre l'amendement n° I-179.
M. Gérard Braun. Notre amendement ayant exactement le même objet que celui que M. le rapporteur général vient de défendre fort brillamment, je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-179 est retiré.
La parole est à M. Joly, pour défendre l'amendement n° I-262 rectifié.
M. Bernard Joly. Nous retirons nous aussi notre amendement et nous nous rallions à celui de la commission des finances.
M. le président. L'amendement n° I-262 rectifié est retiré.
Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements identiques n°s I-42 et I-88 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Ce n'est pas la première fois que nous avons ce débat.
L'amendement n° I-42 vise à réduire la fraction des recettes imposables de 10 % à 7 %. Mais il ne permettrait pas de prendre suffisamment en compte les facultés contributives des titulaires de bénéfices non commerciaux des agents d'affaires intermédiaires de commerce qui emploient moins de cinq salariés.
En effet, la valeur locative des équipements et des biens mobiliers n'est pas retenue dans le calcul de la base d'imposition à la taxe professionnelle. Par ailleurs, certains d'entre eux n'emploient aucun salarié.
Or, la réforme de la taxe professionnelle qui a été engagée en 1998 s'inscrit dans un contexte de lutte renforcée pour l'emploi. C'est la raison pour laquelle elle se concentre sur les redevables dont la base d'imposition comprend des salaires et qui restent imposables sur la valeur locative des équipements.
L'extension du dispositif de droit commun pourrait avoir des effets contrastés. Par ailleurs, ne l'oubliez pas, ces professionnels ne sont pas imposés sur leurs immobilisations. Le passage au droit commun pourrait donc se traduire, pour certains, les radiologues ou les dentistes par exemple, par une augmentation assez considérable de leurs cotisations.
Le dispositif qui a été adopté en 1998 me paraît satisfaisant. Dans ces conditions, je souhaite le retrait de ces amendements.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame le secrétaire d'Etat, nous concevons bien que les titulaires de bénéfices non commerciaux qui emploient moins de cinq salariés appartiennent à des branches d'activités différentes.
Nous souhaitons souligner, par ces amendements successifs, qu'il ne faut pas considérer que la situation découlant de la réforme de la taxe professionnelle est satisfaisante. Certaines professions se considèrent à juste titre lésées. D'autres, dont l'activité repose sur des outils plus capitalistiques, ne seraient peut-être pas gagnantes, vous l'avez rappelé, avec un calcul qui serait fondé sur le nouveau droit commun de la taxe professionnelle.
Certes, ces situations existent ; toutefois, dans d'autres activités, la main-d'oeuvre a une part plus significative, voire prépondérante.
De ces considérations et de vos propos madame le secrétaire d'Etat, je retire le sentiment, comme le demandait votre collègue Mme Marylise Lebranchu quand elle était en charge des petites et moyennes entreprises, que l'on ne peut pas se contenter de l'état présent des choses et laisser un couperet qui, arbitrairement, écarte de la réforme, en vertu d'un seuil, toute une variété de professionnels. L'étude qui avait été annoncée par Mme Lebranchu traduisait au moins une prise de conscience de la situation. Je suis quelque peu surpris que vous ne nous en reparliez pas, que vous ne disiez pas où cela en est, ce que l'on se propose de faire, quelles sont les étapes à envisager.
Madame le secrétaire d'Etat, je crois que l'amendement de la commission vise à entretenir la sensibilisation sur ce problème. Il doit être voté, mes chers collègues, en tant qu'amendement d'appel. Il appartiendra aux services fiscaux et au Gouvernement, à partir des préoccupations que nous exprimons ainsi, de reprendre l'étude de cette question et d'examiner les conditions dans lesquelles il est concevable, dans un souci d'équité, d'étendre la réforme de la taxe professionnelle aux exploitations de moins de cinq salariés.
Nous sommes bien conscients que l'application du nouveau dispositif de droit commun ne serait pas forcément favorable à tous et concevable pour tous. Mais il faut sans doute aller au-delà de la réaction qui consiste à dire : « passez donc, il n'y a rien à voir, il n'y a rien à apprendre dans ce domaine ». Car, bien au contraire, nous estimons que de l'analyse plus précise des situations des différentes professions doit pouvoir résulter une fiscalité mieux comprise, plus équitable et donc susceptible d'être mieux appliquée. M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix les amendements identiques n°s I-42 et I-88, repoussés par le Gouvernement.

(Les amendements sont adoptés.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12.
Par amendement n° I-196, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Cornu, Vasselle, Murat, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le dernier alinéa du 2 du II de l'article 1647 B sexies du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Les amortissements visés au 2° du I de l'article 39 afférents à des biens non passibles d'une taxe foncière, autres que ceux comptabilisés en amortissements dérogatoires et se rapportant aux biens loués ainsi que les frais financiers se rapportant au financement des biens acquis par le bailleur pour être loués, sont déduits de la valeur ajoutée du bailleur. »
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
L'amendement est-il soutenu ?...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le reprends.
M. Jacques Machet. Il ne laisse rien passer !
M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° I-196 rectifié...
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... que je soutiens, au nom de la commission des finances.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Défavorable.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-196 rectifié.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement vise à réduire la distorsion de concurrence qui existe au détriment des sociétés de location de voitures pour une longue durée par rapport aux sociétés de crédit-bail en évitant que les modalités de calcul de la valeur ajoutée ne se traduisent par un surcroît d'imposition pour les loueurs de voitures.
La question me semble au moins mériter quelques explications, car elle paraît tout à fait légitime. C'est en vertu de cette analyse que la commission a émis un avis favorable et que je me suis permis, en son nom, de reprendre cet amendement de M. Joseph Ostermann et du groupe du RPR.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-196 rectifié, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12.

Article 12 bis



M. le président.
« Art. 12 bis . - Dans le a du 2° de l'article 39 AA du code général des impôts, après les mots : "économiser l'énergie", sont insérés les mots : "et les équipements de production d'énergies renouvelables". »
Par amendement n° I-43, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - De compléter in fine cet article par deux paragraphes ainsi rédigés :
« II. - Le dernier alinéa de l'article 39 AA du code général des impôts est supprimé.
« III. - Les pertes éventuelles de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du II sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés au articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
B. - En conséquence, de faire précéder le début de cet article de la mention : « I. - ».
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est une situation assez drôle, voire cocasse, madame le secrétaire d'Etat, que je vais tâcher d'exposer en cette fin de matinée.
M. Paul Loridant. Rions, rions !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je vous y incite, mon cher collègue !
L'un de vos partenaires un peu turbulent de la majorité plurielle à l'Assemblée nationale...
M. Henri de Raincourt. Qui ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... en l'occurrence, M. Yves Cochet, député des Verts ...
M. Josselin de Rohan. De quelle tendance ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... et vice-président de l'Assemblée nationale, a obtenu du Gouvernement, ...
M. Paul Loridant. Par un vote !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... une concession qu'il estimait sans doute substantielle, puisqu'elle a vraisemblablement constitué l'un des éléments qui a permis au Gouvernement de gérer le vote de la loi de finances en première lecture à l'Assemblée nationale.
En modifiant l'article 39 AA du code général des impôts, l'article 12 bis permet, semble-t-il, aux matériels de production d'énergie renouvelable de bénéficier de l'amortissement dégressif. Telle est manifestement l'intention de l'auteur de l'amendement. Mais, en réalité, le dernier alinéa de cet article prévoit que ces dispositions ne s'appliquent pas aux matériels acquis ou fabriqués après 1991. S'agit-il d'une erreur d'inattention de la part du Gouvernement ou d'un moyen de faire des concessions sans frais à une fraction de sa majorité plurielle ? On peut s'interroger.
Face à ce dispositif, partageant naturellement l'objectif recherché mais ayant le souci de voter des lois qui soient applicables et utiles, le Sénat doit, nous semble-t-il, ouvrir le dispositif de l'article 39 AA du code général des impôts à tous les matériels, quelle que soit leur date d'acquisition ou de fabrication. L'amendement n° I-43 va au-delà des matériels de production d'énergie renouvelable, puisqu'il concerne également ceux qui permettent d'économiser de l'énergie ou des matières premières.
Madame le secrétaire d'Etat, ne nous en veuillez pas si nous essayons de donner un caractère opérationnel à la démarche sympathique de M. Cochet, démarche à laquelle le Gouvernement a pu donner un avis d'autant plus favorable qu'elle ne lui coûtait rien ! Ayez un bon geste, si ce n'est pas à l'égard du Sénat et de la commission des finances, du moins à l'égard de l'un de vos partenaires, remuant certes, mais imaginatif, il faut le reconnaître, au sein de la majorité qui vous soutient plus ou moins selon les moments !
Murmures sur les travées socialistes.)
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je comprends que l'article 12 bis, tel qu'il a été adopté par l'Assemblée nationale sur l'initiative de M. Cochet, suscite de la part de votre rapporteur général une interrogation d'ordre rédactionnel.
En effet, l'article 12 bis étend le champ d'application de l'article 39 AA du code général des impôts afin d'accorder aux équipements de production d'énergie renouvelable le bénéfice de l'amortissement accéléré prévu par le texte. Or l'article 39 AA du code général des impôts a cessé de s'appliquer depuis le 1er janvier 1991, comme l'indique le dernier alinéa. Il en résulte donc une contradiction, mais elle est de pure forme. En effet, sur le strict plan juridique et malgré ce dernier alinéa, le Gouvernement considère que l'article 39 AA du code général des impôts doit bien s'appliquer de nouveau pour les équipements de production d'énergie renouvelable du fait de la modification opérée par l'article 12 bis de ce projet de loi de finances.
Pour faciliter la lecture de l'article, je veux bien admettre qu'il serait préférable de modifier la rédaction du dernier alinéa, bien qu'il n'existe aucune ambiguïté ni dans l'intention du Gouvernement ni, je crois, dans celle de M. Cochet.
Toutefois, la proposition qui nous est faite va bien au-delà de cette correction technique, puisqu'elle aboutit à faire renaître ce régime non seulement pour les équipements de production d'énergie renouvelable - ce qui était bien l'intention initiale -, mais également pour l'ensemble des biens visés par son champ d'application, et cela ne me paraît pas opportun.
Quels équipements seraient concernés par l'extension ainsi opérée ?
Ce sont d'abord les matériels destinés à économiser l'énergie qui, en réalité, peuvent bénéficier d'un régime plus favorable, celui de l'amortissement exceptionnel sur douze mois prévu à l'article 39 AB du code général des impôts.
Ensuite, ce sont les matériels utilisés dans certaines opérations d'économie d'énergie qui ont reçu une aide de l'Etat et qui ont été soumises à un agrément discrétionnaire de l'administration fiscale.
La proposition faite ne me paraît pas en phase avec la modernisation de la fiscalité que nous souhaitons tous. C'est pourquoi, si je puis vous donner mon plein accord sur un amendement de précision juridique dont les effets ont été exactement appréciés, je souhaite, en revanche, le retrait de la partie de l'amendement visant à étendre le dispositif, extension dont les conséquences seraient disproportionnées.
Je suis tout à fait prête à étudier avec vous, peut-être lors de la suspension de séance, une nouvelle rédaction de cet amendement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Afin de répondre à l'invitation de Mme le secrétaire d'Etat, il convient, monsieur le président, de suspendre la séance.
M. le président. Monsieur le rapporteur général, la conférence des présidents devant se réunir à douze heures quinze, nous allons interrompre maintenant nos travaux ; nous les reprendrons à quinze heures.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à douze heures cinq, est reprise à quinze heures cinq, sous la présidence de M. Jean Faure.)

PRÉSIDENCE DE M. JEAN FAURE
vice-président

M. le président. La séance est reprise.

3

CONFÉRENCE DES PRÉSIDENTS

M. le président. La conférence des présidents a établi comme suit l'ordre du jour des prochaines séances du Sénat, sous réserve de l'application de l'article 32, alinéa 4, du règlement :

Du mercredi 29 novembre au mardi 12 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

Suite du projet de loi de finances pour 2001 (n° 91, 2000-2001).
Le calendrier et les règles de la discussion figurent en annexe.
En outre :

Jeudi 30 novembre 2000,
à seize heures :

Ordre du jour prioritaire

1° Nouvelle lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 (AN, n° 2732).
2° Conclusions de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi relative à la contraception d'urgence (n° 87, 2000-2001).
Jeudi 7 décembre 2000 :
A quinze heures :
Questions d'actualité au Gouvernement.
L'inscription des auteurs de questions devra être effectuée au service de la séance avant onze heures.
Mercredi 13 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A quinze heures :
1° Nouvelle lecture du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture, relatif à l'élargissement du conseil d'administration de la société Air France et aux relations de cette société avec l'Etat, et portant modification du code de l'aviation civile (n° 90, 2000-2001) ;
La conférence des présidents a fixé au mardi 12 décembre 2000, à dix-sept heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
2° Projet de loi autorisant la ratification de la convention n° 182 de l'Organisation internationale du travail concernant l'interdiction des pires formes de travail des enfants et l'action immédiate en vue de leur élimination (n° 448, 1999-2000) ;
3° Projet de loi autorisant la ratification de la convention de sécurité sociale entre la République française et la République du Chili (n° 400, 1999-2000) ;
4° Projet de loi autorisant la ratification du traité d'entraide judiciaire en matière pénale entre la France et les Etats-Unis d'Amérique (ensemble deux annexes) (n° 376, 1999-2000) ;
5° Projet de loi autorisant la ratification du traité d'extradition entre la France et les Etats-Unis d'Amérique (ensemble un procès-verbal d'accord sur la représentation) (n° 377, 1999-2000) ;
La conférence des présidents a décidé que ces deux projets de loi feraient l'objet d'une discussion générale commune.
Le soir :
6° Eventuellement, suite de l'ordre du jour de l'après-midi.
Jeudi 14 décembre 2000 :

Ordre du jour réservé

A neuf heures trente :
1° Question orale avec débat n° 30 de M. Hubert Haenel à M. le ministre des affaires étrangères sur le Conseil européen de Nice.
Pourront intervenir dans le débat l'auteur de la question (vingt minutes), le président de la commission des affaires étrangères (quinze minutes), les orateurs des groupes (dix minutes) et un sénateur ne figurant sur la liste d'aucun groupe (cinq minutes), ainsi que le Gouvernement. En outre, chacun des intervenants disposera d'un droit de réponse au Gouvernement (cinq minutes) ;
L'ordre des interventions sera fixé en fonction du tirage au sort et les inscriptions de parole devront être faites au service de la séance avant le mercredi 13 décembre 2000, à dix-sept heures ;
A quinze heures et, éventuellement, le soir :
2° Questions d'actualité au Gouvernement ;
L'inscription des auteurs de questions devra être effectuée au service de la séance, avant onze heures.

Ordre du jour réservé

3° Proposition de loi de MM. Alain Gournac, Jean Arthuis, Pierre Laffitte, Henri de Raincourt et Josselin de Rohan permettant de faire face aux pénuries de main-d'oeuvre et de lever les obstacles à la poursuite de la croissance économique (n° 44, 2000-2001) ;
La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à dix-sept heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte ;
4° Conclusions de la commission des affaires culturelles sur la proposition de loi de MM. Josselin de Rohan, Paul Dubrule, Philippe François et Alain Gérard instituant un droit d'accès aux communes où sont organisées des manifestations culturelles sur la voie publique (n° 478, 1999-2000) ;
La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à dix-sept heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte ;
5° Proposition de résolution de MM. Gérard Larcher, Pierre Hérisson, Paul Girod, François Trucy et Louis Althapé présentée en application de l'article 73 bis du règlement sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 97/67/CE en ce qui concerne la poursuite de l'ouverture à la concurrence des services postaux de la Communauté (n° E 1520) (n° 89, 2000-2001).
La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à douze heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
Lundi 18 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A dix heures trente, à quinze heures et le soir :
Sous réserve de sa transmission, projet de loi de finances rectificative pour 2000 (AN, n° 2704).
La conférence des présidents a fixé au vendredi 15 décembre 2000, à seize heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
Mardi 19 décembre 2000 :
A neuf heures trente :
1° Dix-huit questions orales.
L'ordre d'appel des questions sera fixé ultérieurement.
- N° 863 de M. André Rouvière à Mme le garde des sceaux, ministre de la justice (Circulation de véhicules-épaves) ;
- N° 907 de M. Auguste Cazalet à M. le secrétaire d'Etat à l'économie solidaire (Situation des associations intermédiaires d'Aquitaine) ;
- N° 916 de Mme Nicole Borvo à M. le secrétaire d'Etat à l'industrie (Mode de transport du courrier) ;
- N° 919 de M. Dominique Braye à Mme le ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement (Stockage des déchets radifères) ;
- N° 922 de M. Xavier Darcos à Mme le ministre de l'emploi et de la solidarité (Difficultés de l'hospitalisation privée) ;
- N° 923 de M. Simon Sutour à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Création d'un registre du cancer dans le département du Gard) ;
- N° 924 de M. Michel Doublet à M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie (Redevance d'occupation du domaine public par une canalisation d'assainissement) ;
- N° 926 de M. Jean-Patrick Courtois à M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie (Régime fiscal applicable au travail des jeunes) ;
- N° 927 de Mme Josette Durrieu à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Responsabilité des maires en matière de contrôle des systèmes d'assainissement non collectif) ;
- N° 928 de M. Jean Boyer à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Usage de stupéfiants et sécurité routière) ;
- N° 929 de M. Francis Giraud à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Diminution préoccupante du nombre de médecins pédiatres) ;
- N° 933 de M. José Balarello à Mme le garde des sceaux, ministre de la justice (Rapport d'inspection relatif au tribunal de grande instance de Nice) ;
- N° 935 de M. Jean Faure à M. le ministre de l'intérieur (Inscription à l'Assemblée nationale de la proposition de loi sénatoriale relative au remboursement aux communes des frais de secours) ;
- N° 939 de M. Jacques Legendre à M. le secrétaire d'Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat et à la consommation (Conséquences des mesures de précaution sanitaire) ;
- N° 940 de M. Aymeri de Montesquiou à Mme le ministre de l'emploi et de la solidarité (Imputation du montant des bourses d'études sur le RMI) ;
- N° 944 de M. Christian Demuynck à M. le ministre de l'intérieur (Armes des agents de police municipale) ;
- N° 948 de M. Jacques Donnay à Mme le ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement (Présence de produits phytosanitaires dans les eaux de pluie de Nord - Pas-de-Calais) ;
- N° 955 de M. Philippe Richert à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Mise en place du projet de soins infirmiers).
A seize heures et, éventuellement, le soir :

Ordre du jour prioritaire

2° Eventuellement, suite de l'ordre du jour de la veille.
3° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2001.
La conférence des présidents a fixé au lundi 18 décembre 2000, à dix-sept heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
4° Nouvelle lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi relatif à l'archéologie préventive (AN, n° 2620).
La conférence des présidents a fixé au lundi 18 décembre 2000, à dix-sept heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
Mercredi 20 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A quinze heures et le soir :
1° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture de la proposition de loi organique destinée à améliorer l'équité des élections à l'assemblée de la Polynésie française.
2° Nouvelle lecture de la proposition de loi, adoptée par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture, relative au contrôle des fonds publics accordés aux entreprises (n° 21, 2000-2001).
3° Deuxième lecture du projet de loi, adopté avec modifications par l'Assemblée nationale en deuxième lecture, portant règlement définitif du budget de 1998 (n° 23, 2000-2001).
4° Deuxième lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi portant dispositions diverses d'adaptation au droit communautaire en matière de santé des animaux et de qualité sanitaire des denrées d'origine animale et modifiant le code rural (AN, n° 2618 rectifié).
5° Deuxième lecture, sous réserve de sa transmission, de la proposition de loi relative à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (AN, n° 2604).
Pour l'ensemble des textes inscrits à l'ordre du jour de cette séance, la conférence des présidents a fixé le délai limite pour le dépôt des amendements au mardi 19 décembre 2000, à dix-sept heures.
Jeudi 21 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A neuf heures trente :
1° Eventuellement, suite de l'ordre du jour de la veille.
A quinze heures et, éventuellement, le soir :
2° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi portant habilitation du Gouvernement à transposer, par ordonnances, des directives communautaires et à mettre en oeuvre certaines dispositions du droit communautaire.
3° Eventuellement, conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique, ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale.
4° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi de finances rectificative pour 2000.
La conférence des présidents a fixé à l'ouverture de la discussion générale le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.
5° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine des transports.
Y a-t-il des observations en ce qui concerne les propositions de la conférence des présidents relatives à la tenue des séances et à l'ordre du jour réservé ?...
Ces propositions sont adoptées.

4

LOI DE FINANCES POUR 2001

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. Nous reprenons la discussion du projet de loi de finances pour 2001 (n° 91, 2000-2001), adopté par l'Assemblée nationale. (Rapport n° 92 [2000-2001].)
Dans la discussion des articles de la première partie, nous en sommes parvenus à l'article 12 bis, dont je rappelle les termes :

Article 12 bis (suite)



M. le président.
« Art. 12 bis . - Dans le a du 2° de l'article 39 AA du code général des impôts, après les mots : "économiser l'énergie", sont insérés les mots : "et les équipements de production d'énergies renouvelables". »
Sur cet article, M. le rapporteur général avait déposé un amendement n° I-43, qu'il a présenté avant la suspension de la séance. Mme le secrétaire d'Etat a exposé l'avis du Gouvernement, puis la commission a annoncé qu'elle souhaitait rectifier son amendement.
Je suis donc saisi d'un amendement n° I-43 retifié, présenté par M. Marini, au nom de la commission des finances, et tendant :
A. - A compléter in fine l'article 12 bis par deux paragraphes ainsi rédigés :
« II. - L'article 39 AA du code général des impôts est complété in fine par un alinéa ainsi rédigé :
« Par dérogation aux dispositions du précédent alinéa, les dispositions de cet article s'appliquent aux matériels mentionnés au a du 2° acquis ou fabriqués entre le 1er janvier 2001 et le 1er janvier 2003. »
« III. - Les pertes éventuelles de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du II sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
B. - En conséquence, à faire précéder le début de l'article 12 bis de la mention : « I. - ».
La parole est à M. le rapporteur général, pour le défendre.
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Les arguments tout à fait intéressants de Mme le secrétaire d'Etat m'ont, en effet, convaincu de rectifier l'amendement n° I-43 pour n'ouvrir le dispositif de l'amortissement dégressif de l'article 39 AA du code général des impôts qu'aux matériels destinés à économiser l'énergie ou à produire de l'énergie renouvelable.
Ce dispositif s'appliquerait aux matériels acquis ou fabriqués entre le 1er janvier 2001 et le 1er janvier 2003 afin d'inciter dès aujourd'hui les entreprises à réaliser de tels investissements, investissements favorables à la préservation de l'environnement et à la maîtrise de l'énergie.
Nous examinerons donc ultérieurement, dans le projet de loi de finances, s'il convient de proroger ce dispositif.
J'espère, madame le secrétaire d'Etat, que cet amendement rectifié recueillera votre avis favorable et qu'en conséquence vous lèverez le gage.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. L'avis du Gouvernement est tout à fait favorable. Je ne peux que me féliciter de la qualité du travail issu de la collaboration qui s'est instaurée entre mes services et la commission des finances.
Bien entendu, je lève le gage.
M. le président. Il s'agit donc de l'amendement n° I-43 rectifié bis.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-43 rectifié bis , accepté par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?... Je mets aux voix l'article 12 bis, ainsi modifié.

(L'article 12 bis est adopté.)

Articles 12 ter, 12 quater
et 12 quinquies



M. le président.
« Art. 12 ter . - Dans l'article 39 AB du code général des impôts, après les mots : "économiser l'énergie", sont insérés les mots : "et les équipements de production d'énergies renouvelables". » - (Adopté.)
« Art. 12 quater . - A compter du 1er janvier 2001, dans le 19° de l'article 81 du code général des impôts, la somme : "28 F" est remplacée par la somme : "30 F". » - (Adopté.)
« Art. 12 quinquies . - Après l'article 1647 C du code général des impôts, il est inséré un article 1647 C bis ainsi rédigé :
« Art. 1647 C bis. - A compter des impositions établies au titre de 2001, les entreprises qui exercent l'activité de transport sanitaire terrestre dans les conditions prévues aux articles L. 6312-1 et suivants du code de la santé publique bénéficient d'un dégrèvement de 50 % de la cotisation de taxe professionnelle due à raison de cette activité.
« Ce dégrèvement est accordé à compter de l'année qui suit celle au cours de laquelle une copie de la décision d'agrément délivrée en application des dispositions de l'article L. 6312-2 du code de la santé publique est adressée par l'entreprise au service des impôts dont relève chacun de ses établissements. Toutefois, pour les impositions établies à compter de 2001, ce document peut être adressé jusqu'au 31 janvier 2001.
« Les entreprises qui exercent plusieurs activités doivent en outre déclarer, chaque année pour chaque établissement, les éléments d'imposition affectés à l'activité de transport sanitaire terrestre au cours de l'année de référence retenue pour le calcul de la taxe. Cette déclaration est souscrite sur un imprimé conforme au modèle établi par l'administration, dans les délais fixés à l'article 1477. Pour les impositions établies au titre de 2001, cette déclaration est souscrite avant le 31 janvier 2001.
« En cas de cessation de leur activité de transport sanitaire terrestre ou de retrait de leur agrément, les entreprises doivent en informer le service des impôts avant le 1er janvier de l'année qui suit celle de la cessation ou du retrait. » - (Adopté.)

Articles additionnels après l'article 12 quinquies



M. le président.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-166, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth,Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« Après le premier alinéa du IV de l'article 271 du code général des impôts, sont insérés deux alinéas ainsi rédigés :
« Les assujettis facturant la TVA au taux réduit au titre de l'article 279-0 bis peuvent demander mensuellement le remboursement du crédit de taxe déductible lorsque le montant de celui-ci est au moins égal à 5 000 francs.
« Les assujettis facturant la TVA aux taux réduit au titre de l'article 279-0 bis peuvent opter à tout moment pour le régime normal d'imposition et demander immédiatement le remboursement du crédit de taxe déductible lorsque le montant de celui-ci est au moins égal à 5 000 francs. »
Par amendement n° I-268, MM. Joly et Othilly proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le premier alinéa du IV de l'article 271 du code général des impôts, sont insérés deux alinéas ainsi rédigés :
« Les assujettis soumis de plein droit ou sur option au régime normal d'imposition peuvent demander un remboursement mensuel lorsque la déclaration du mois précédent fait apparaître un crédit de taxe déductible d'un montant au moins égal à 5 000 francs.
« Les assujettis placés sous le régime d'acomptes prévu au 3 de l'article 287 peuvent demander un remboursement mensuel du crédit de la taxe déductible lorsque son montant est au moins égal à 5 000 francs.
« II. - Les pertes de recettes résultant du I sont compensées à due concurrence par un relèvement des droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Murat, pour défendre l'amendement n° I-166.
M. Bernard Murat. Depuis que la TVA au taux de 5,5 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien des locaux à usage d'habitation achevés depuis plus de deux ans a été instaurée, les entrepreneurs paient la TVA au taux de 19,6 % sur leurs achats de matériels et de fournitures et facturent la TVA au taux de 5,5 %. Pour certains corps de métiers, ces achats représentent tous les mois un montant important.
Pour eux, le montant de la TVA déductible est désormais beaucoup plus important que celui de la TVA récoltée.
Ils disposent donc d'un important crédit de TVA dont ils ne peuvent demander le remboursement que trimestriellement lorsqu'ils sont soumis au régime normal d'imposition et qu'annuellement lorsqu'ils sont soumis au régime simplifié. Pour ces derniers, la réduction autorisée du montant des acomptes versés ne sert à rien. La trésorerie de ces entreprises est par conséquent totalement asséchée. Elles subissent de ce fait un préjudice important.
M. le président. La parole est à M. Joly, pour défendre l'amendement n° I-268.
M. Bernard Joly. Il me semble également nécessaire de permettre aux entreprises d'obtenir des remboursements mensuels des crédits de TVA afin de leur permettre de bénéficier de l'ensemble des effets de la mesure.
Pour une fois, nous avons la possibilité, d'une part, d'alléger la lourdeur administrative et, d'autre part, de diminuer, sans doute, le taux de mortalité des entreprises récentes.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n° I-166 et I-268 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il convient de noter en effet, comme le font les auteurs de ces deux amendements, que les procédures administratives de remboursement de la TVA pourraient être améliorées. Certes, les outils informatiques pourraient être plus performants, mais il faut également s'interroger sur l'examen des demandes de remboursement, assimilées aujourd'hui à des demandes contentieuses et qui font l'objet d'instructions qui alourdissent la procédure.
La commission émet un avis favorable sur les deux amendements. Elle serait intéressée de connaître la position du Gouvernement sur les mesures qu'il compte prendre pour accélérer le remboursement de la TVA. Elle serait également intéressée de savoir quelles peuvent être les réflexions menées au sein du Gouvernement et de ses services en vue d'alléger l'ensemble de ce dispositif.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur ces deux amendements ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le différentiel de taux entre la TVA collectée et la TVA déductible peut effectivement rendre créditrices un certain nombre d'entreprises, du secteur du bâtiment notamment.
Consciente de l'importance qu'elles revêtent pour la trésorerie des entreprises, la direction générale des impôts s'attache à instruire les demandes de remboursement de crédits de TVA dans les meilleurs délais. De ce point de vue, la modernisation en cours des outils informatiques devrait lui permettre de les améliorer encore davantage.
Cela étant, s'agissant des redevables soumis au régime simplifié d'imposition, il convient de rappeler qu'ils peuvent obtenir, au titre de chacun des trimestres de l'année, le remboursement du crédit de TVA résultant de la taxe déductible relative à leurs immobilisations, lorsque ce crédit est au moins égal à 5 000 francs.
En outre, les redevables titulaires de bénéfices industriels et commerciaux relevant du régime simplifié d'imposition peuvent opter, dans les conditions de droit commun, pour une liquidation de leur TVA selon les modalités du régime réel normal, tout en restant placés sous le régime simplifié d'imposition de leur bénéfice, régime dit du « mini-réel ». Dans ce cas, ils peuvent formuler, au titre de chaque trimestre civil, une demande de remboursement de crédit de TVA résultant de la taxe déductible afférente à l'ensemble de leurs dépenses.
L'ensemble de ces dispositions me paraît de nature à répondre aux préoccupations des auteurs des deux amendements, à qui je demande, par conséquent, de bien vouloir les retirer.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-166, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12 quinquies, et l'amendement n° I-268 n'a plus d'objet.
Par amendement n° I-197, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Ginésy, Darcos, de Broissia, Fournier, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Au premier alinéa du 2 de l'article 273 du code général des impôts, après les mots : "ou certains services,", sont insérés les mots : "à l'exception des dépenses de logement, de restaurant, de réception et de spectacle,".
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Joyandet.
M. Alain Joyandet. Le Conseil des Communautés européennes avait, en 1989, autorisé la France à exclure du droit à déduction visé à l'article 271 du code général des impôts la TVA ayant grevé les dépenses de logement, réception et spectacle, cette exclusion étant codifié à l'article 236 de l'annexe II du code général des impôts.
Cette décision de 1989 a été invalidée par la Cour de justice des Communautés européennes le 19 septembre dernier. Ouvrent donc droit à déduction de la TVA les dépenses de logement, à l'exception de celles qui sont engagées pour le logement des dirigeants et du personnel de l'entreprise, les dépenses de réception, de restaurant et de spectacle, à l'exception de celles qui sont engagées par les dirigeants ou le personnel de l'entreprise pour la satisfaction de leurs besoins individuels.
Avec le dépôt de cet amendement, nous nous proposons d'amorcer un débat et de donner l'occasion au Gouvernement de présenter au Sénat les mesures qu seront mises en oeuvre pour tirer toutes les conséquences de cet arrêt de la Cour de Luxembourg, ainsi que les modalités de remboursement offertes aux entreprises concernées, en indiquant le coût estimé de ces remboursements pour les finances publiques.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission estime qu'il est tout à fait opportun d'interroger le Gouvernement sur les mesures qu'il compte prendre afin que soit respectée la décision de la Cour de justice des Communautés européennes, qui a récemment condamné la France parce qu'elle excluait du droit à déduction les dépenses de logement, de restaurant, de réception et de spectacle.
Il convient de rappeler que cette décision de la Cour de justice suppose que des instructions soient données aux services fiscaux sur les modalités selon lesquelles les entreprises doivent dorénavant être en mesure de déduire la TVA de leurs dépenses de représentation.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Quelle est la situation à la suite de cet arrêt du 19 septembre 2000, qui a donc invalidé la décision du 28 juillet 1989 du Conseil des Communautés européennes ? Les dépenses de logement, de restaurant, de réception et de spectacle que les entreprises supportent au bénéfice de tiers depuis le 19 septembre 2000 ouvrent droit à déduction dans les conditions habituelles. Les entreprises sont également autorisées à récupérer la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les dépenses de cette nature qu'elles ont supportées depuis le 1er janvier 1996.
Ce dispositif est exposé dans une instruction administrative du 13 novembre 2000, publiée au Bulletin officiel des impôts du 17 novembre.
D'ores et déjà, les entreprises peuvent donc bénéficier pleinement de l'ensemble des effets de l'arrêt de la Cour de justice du 19 septembre 2000.
Je crois, monsieur Joyandet, avoir ainsi répondu à votre voeu de voir le Gouvernement présenter les mesures prises pour tirer les conséquences de cet arrêt de la Cour de justice européenne. Je vous demande, en conséquence, de bien vouloir retirer votre amendement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je pense que nos collègues ont effectivement satisfaction avec la réponse qui vient d'être apportée par Mme le secrétaire d'Etat.
J'ajoute que, sur le plan juridique, la disposition qu'ils présentent est plutôt de nature réglementaire.
Je crois donc pouvoir les inviter à mon tour à retirer leur amendement.
M. le président. L'amendement n° I-197 est-il maintenu, monsieur Joyandet ?
M. Alain Joyandet. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-197 est retiré.
Par amendement n° I-210, MM. Adnot, Darniche, Donnay, Durand-Chastel, Foy, Seillier et Türk proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« L'article 273 septies A est complétée par un alinéa ainsi rédigé :
« Il en est de même pour les engins 4 x 4 classés "camionnette" acquis par les entreprises employant des salariés afin de conduire ceux-ci sur leur lieu de travail et qui comportent, outre les sièges conducteur et passager avant, deux strapontins ou bien une petite banquette escamotable. »
La parole est à M. Donnay.
M. Jacques Donnay. Nous demandons que les véhicules 4 x 4 classés « camionettes » utilisés par les entreprises pour conduire les salariés sur leur lieu de travail bénéficient du même régime fiscal que les autres véhicules classés « camionnettes ».
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission souhaite entendre l'avis du Gouvernement.
M. le président. Quel est, donc, l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Par cet amendement, il est proposé que les entreprises soient autorisées à déduire la TVA afférente à certains véhicules de type 4 x 4 classés dans la catégorie « camionnette » par le service des mines lorsque ces entreprises les utilisent pour transporter des salariés sur leur lieu de travail.
Permettez-moi de rappeler d'abord que la mesure d'exclusion prévue par le code général des impôts est d'ores et déjà assortie d'une dérogation majeure dans ce domaine puisque les véhicules affectés au transport des salariés et qui comportent plus de neuf places assises ouvrent droit à déduction.
Au demeurant, lorsqu'il s'agit de véhicules ne comprenant pas plus de neuf places assises, il est difficile de distinguer de manière indubitable les 4 x 4 « camionnettes » des 4 x 4 de tourisme ; les caractéristiques intrinsèques des véhicules visés par l'amendement ne permettent pas de considérer qu'ils sont par nature destinés au transport de salariés sur leur lieu de travail ni, par conséquent, d'éviter des fraudes éventuelles.
La mesure d'exclusion visant les véhicules de tourisme, dont la validité a été confirmée en 1998 par la Cour de justice des Communautés européennes, est notamment justifiée par la difficulté que comporte le contrôle de l'usage effectif de ces véhicules.
J'ajoute que l'ouverture d'un droit à déduction pour la catégorie de véhicules visée devrait, pour des raisons d'équité, s'appliquer également à d'autres catégories de véhicules.
J'observe enfin que l'amendement n'est pas gagé.
Pour toutes ces raisons, j'en souhaiterais le retrait.
M. le président. Quel est, maintenant, l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Le problème est effectivement de distinguer les véhicules d'usage professionnel des véhicules qui relèvent plutôt d'un usage privé.
Je constate que, jusqu'ici, selon la doctrine de l'administration fiscale, les véhicules 4 x 4 étant considérés comme des véhicules transportant des personnes, ils ne peuvent pas bénéficier de la déduction de la TVA.
Outre l'absence de gage, la rédaction de l'amendement me paraît techniquement perfectible.
Nos collègues pourraient envisager de présenter, dans la seconde partie du projet de loi de finances, une disposition visant un objectif de même nature, mais techniquement plus affinée.
Dans l'immédiat, il me semble que cet amendement doit être retiré.
M. le président. Monsieur Donnay, maintenez-vous l'amendement n° I-210 ?
M. Jacques Donnay. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-210 est retiré.
Par amendement n° I-124 rectifié, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans l'article 278 du code général des impôts, le taux : "19,6 %" est remplacé par le taux : "18,6 %".
« II. - Le taux prévu à l'article 150 OA du code général des impôts est relevé à due concurrence.
« III. - Le taux prévu au 1 du I de l'article 39 quindecies du code général des impôts est relevé à due concurrence. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Par cet amendement, nous souhaitons ouvrir le débat sur l'évolution de la taxe sur la valeur ajoutée.
Nous sommes tout à fait conscients du coût de cet amendement, compte tenu de ce que représente un point de taux normal de TVA en termes de recettes fiscales.
Mais enfin, au moment où l'on réduit l'impôt sur le revenu, où l'on voit disparaître la majoration exceptionnelle de l'impôt sur les sociétés, où l'on réduit la contribution sociale généralisée, on peut s'étonner qu'aucun effort particulier ne soit accompli en ce qui concerne le taux normal de TVA et que l'on ne mette pas enfin un terme à la majoration de ce taux, en vigueur depuis 1995.
La taxe sur la valeur ajoutée est peut-être un impôt moderne, efficace et rentable, même si son recouvrement est coûteux du fait de sa nature déductible, mais il est éminemment discriminatoire, régressif et porte donc atteinte au principe constitutionnel d'égalité devant l'impôt.
Vouloir le réduire, notamment quand la situation des comptes publics offre l'occasion de réfléchir aux grands équilibres de notre système de prélèvements, apparaît par conséquent comme tout à fait légitime.
Je crois même me souvenir que le retour sur les dispositions votées en 1995 en matière de TVA par la majorité qui soutenait MM. Juppé et Arthuis faisait partie des engagements de la déclaration de politique générale de juin 1997.
Nous devons donc effectivement mettre un terme à cette majoration, d'autant que nous ne sommes pas convaincus que le problème soit parfaitement réglé à travers le cortège des baisses de TVA ciblées, proposées de-ci de-là par des parlementaires de divers groupes.
Sur ce point, je ferai trois brèves remarques.
Premièrement, j'observe que les groupes de la majorité sénatoriale, qui avaient voté des deux mains la hausse de la TVA, ne manquent pas d'imagination dès lors qu'il s'agit de réduire le champ d'application de ce taux.
Deuxièmement, notre rapporteur général et la majorité de la commission des finances n'ont, sur ces questions, proposé aucun amendement, un peu comme s'ils se disaient que l'exercice du droit fondamental d'amendement doit se cantonner à des aspects marginaux, l'essentiel étant laissé à d'autres.
Troisièmement, une part non négligeable des baisses proposées est au coeur de la négociation européenne en matière fiscale, et cela soulève une question quant au sens que l'on donne aujourd'hui au débat budgétaire national.
Pour autant, notre position de principe quant à la baisse du taux normal garde toute sa portée.
Il s'agit d'aller dans le sens d'une plus grande justice sociale, d'un rééquilibrage de notre fiscalité et d'une plus grande efficacité économique.
Si la baisse de la TVA peut pallier pour partie les risques d'une relance inflationniste, pourquoi pas ?
S'agissant enfin des gages, dont chacun, notamment du côté du rapporteur général, aura perçu la pertinence du point de vue des objectifs de rééquilibrage entre la taxation du capital et la taxation du travail ou de la consommation qui sont les nôtres, nous ne pouvons que les présenter comme faisant partie du débat.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission pense que ce débat est tout à fait opportun. Il souligne utilement les allées et venues étranges du Gouvernement en ce qui concerne la TVA : tantôt il s'agit de baisses ciblées, tantôt il s'agit - ce fut le cas au début de l'année - d'une baisse indifférenciée d'un point pour toutes les catégories de services et de produits. On ne peut pas, madame le secrétaire d'Etat, faire une chose et son contraire ! Il faut choisir !
Nous nous souvenons que, dans les exposés doctrinaux des formations qui vous soutiennent, figure le principe selon lequel la fiscalité indirecte serait excessivement lourde et devrait être globalement diminuée. Si une telle baisse vous paraît souhaitable, si elle est conforme à vos valeurs et à votre engagement politique, tenez vos promesses, faites-le, ne vous arrêtez pas en chemin !
Au début de l'année, le taux de TVA a été baissé de 20,6 % à 19,6 %, ce qui représente un coût net de l'ordre de 20 milliards de francs. Nous nous demandons tous à quoi cela a servi : quel a été l'effet de cette mesure en termes d'activité économique et d'emploi ? Vous avez fait trop ou trop peu. Je le répète, il vous faut choisir !
Un débat va s'engager dans quelques instants en ce qui concerne le secteur de la restauration, que vous excluez obstinément d'une mesure de réduction ciblée de la TVA. Il convient de rappeler que les enjeux financiers sont à peu près identiques, c'est-à-dire une vingtaine de milliards de francs. Soit vous poursuivez une politique de baisse ciblée, en particulier, comme vous l'avez dit, sur les services à forte intensité de main-d'oeuvre, soit vous faites ce à quoi vous vous êtes engagés à l'égard de votre base électorale et vous abaissez le taux global de la TVA. Mais vous ne pouvez pas, à l'automne de 1999, promouvoir la baisse ciblée s'agissant des professions du bâtiment et, à l'automne 2000, la refuser en ce qui concerne la restauration. Vous ne pouvez pas davantage prendre quelques mesures de baisse ciblée par clientélisme électoral et quelques mesures de baisse globale, qui sont très coûteuses et qui, dans la réalité, ne se traduisent par rien de concret.
Notre collègue Mme Beaudeau a donc raison de vous rappeler vos engagements initiaux et de faire ressortir l'incohérence de la politique du Gouvernement en ce qui concerne la TVA.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Que vous aviez, vous, augmentée !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame Beaudeau, d'aucuns ont été bien contents de trouver les recettes qui étaient dans la caisse ! Lorsque cette augmentation du taux est intervenue, vous savez comme moi que le contexte économique était bien différent de celui d'aujourd'hui ! (Applaudissements sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. Gérard Braun. Tout à fait !
Mme Marie-Claude Beaudeau. J'aurais beaucoup de choses à dire !
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je me permettrai de répondre à M. le rapporteur général, qui met en cause la cohérence de la politique que le Gouvernement a engagée depuis 1997. (Exclamations sur les travées du RPR.) Effectivement, nous avons fait des choix. Ces choix sont clairs : nous avons opté pour les baisses d'impôts et la croissance.
M. Hilaire Flandre. Il n'y a que vous pour le croire !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Pour votre part, vous aviez choisi les hausses d'impôts et l'absence de croissance.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est un peu facile, vous le savez vous-même !
Un sénateur du RPR. La croissance, ce n'est pas vous !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons donc d'abord choisi les baisses de TVA et nous avons commencé par retenir celles qui étaient favorables à l'emploi. Ce sont les mesures ciblées que vous avez tous en tête, notamment l'application du taux réduit de la TVA aux travaux réalisés dans les logements. Ce sont aussi les mesures qui favorisent les ménages modestes ; je rappellerai, car ce n'est pas aussi ancien que cela, la baisse du taux de TVA sur les abonnements d'EDF-GDF.
Nous avons également pris une mesure tendant à redistribuer les fruits de la croissance en 2000 avec la baisse d'un point du taux normal de la TVA, et ce sans tension sur les entreprises.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cela n'a servi à rien !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat, Les emplois créés au cours de l'année 2000 sont aussi une réponse à la question que vous posiez tout à l'heure : où sont passées ces baisses de TVA ?
L'ensemble de ces mesures s'élèvent à 60 milliards de francs, soit effectivement l'équivalent, voire un peu plus, des deux points de TVA majorés en 1995 par un autre gouvernement. Mme Beaudeau a rappelé que le Premier ministre, dans sa déclaration de politique générale, avait indiqué qu'il en souhaitait la restitution. C'est chose faite !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Non !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. S'agissant de la baisse des impôts, nous ne nous en tenons pas là puisque le plan annoncé à l'automne s'élève à 120 milliards de francs sur trois ans. Il concerne, d'abord, la fiscalité directe, avec des mesures importantes de redistribution des fruits de la croissance en faveur des plus modestes au travers des allégements d'impôts sur le revenu et de la mesure dont nous avons longuement débattu au début de l'examen des articles de la première partie de la loi de finances, à savoir la ristourne de contribution sociale généralisée. Mais ce plan s'est aussi accompagné de mesures de baisse de la fiscalité indirecte. Je ne citerai que la baisse de la TIPP dans le cadre du mécanisme de la TIPP flottante que vous connaissez et la suppression de la vignette.
Par conséquent, les choix sont clairs depuis le début et le Gouvernement poursuit dans cette voie. La mesure proposée, qui consiste à poursuivre l'abaissement du taux normal de la TVA en ramenant celui-ci à 18,6 %, a été satisfaite d'une autre manière, dans le cadre des baisses ciblées que je rappelais à l'instant.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances. Inlassablement, madame la secrétaire d'Etat, je vous rappellerai que le Gouvernement est imprudent de prétendre décider de la croissance.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Elle est là !
M. Alain Lambert, président de la commission des finances. Certes, mais est-ce parce que vous l'avez décidée ? (Non ! sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.) Pouvez-vous nous la promettre et, dans l'affirmative, pour combien de temps ? Si vous pouvez nous la promettre, expliquez-nous pourquoi vous avez oublié de la convoquer en 1992 ! (Applaudissements sur les travées du RPR.) Vous auriez rendu un service éminent à la France si, en 1992, vous aviez songé à convoquer la croissance. Aujourd'hui, dans le projet de budget que vous nous proposez, vous n'êtes même pas revenue au déficit budgétaire que vous aviez prévu en 1992. Vous rendez-vous compte de tout le chemin parcouru ?
Si vous décidiez de la croissance, il fallait absolument éviter à la France ce retournement conjoncturel tragique qu'elle a connu, ces pertes massives d'emplois.
Franchement, je n'ai vraiment rien contre votre personne ni même contre le Gouvernement. Si, au fond, vous utilisiez simplement une figure de dialectique, cela appartient tellement à l'art politique que je n'en serais pas davantage ému. Mais je crains que vous ne commenciez à croire que vous pouvez décider de la croissance.
Madame la secrétaire d'Etat, si le Gouvernement en est là, il sera incapable de faire face au premier retournement conjoncturel et il renverra la France dans le mur, comme il l'a fait en 1992 et en 1993. (Vifs applaudissements sur les travées de l'Union centriste, des Républicains et Indépendants et du RPR, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. M. Lambert est un homme trop sérieux pour penser que la croissance se convoque. La croissance se nourrit, s'entretient, se préserve grâce à des décisions de politique économique et budgétaire.
M. Hilaire Flandre. Vous n'en prenez pas le chemin !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il se trouve que ce gouvernement n'a pas pris de trop mauvaises décisions lorsqu'il est arrivé au pouvoir en 1997, à un moment où certains désespéraient de continuer de l'exercer.
Sur quoi repose cette politique budgétaire ? Sur des fondements extrêmement simples. Il s'agit, d'abord, de maîtriser la dépense... (Protestations sur les travées des Républicains et Indépendants, du RPR et de l'Union centriste.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Alors là ! Il vaut mieux entendre cela que d'être sourd !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... ensuite, de réduire les déficits et, enfin, de baisser les impôts. Qu'avons-nous fait ? Nous avons maîtrisé la dépense de l'Etat. Nous avons diminué les déficits, et croyez bien que ce petit jeu qui consiste à opposer les déficits de 1992 à ceux de 1997 n'a pas grand intérêt.
M. Philippe Marini, rapporteur général. A petit jeu, petit jeu et demi !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Ce qui compte, c'est que la France ait pu se qualifier pour l'euro et elle y est parvenue au début de 1998 grâce aux efforts de tous.
Plusieurs sénateurs du RPR. Grâce à nous !
M. Jean Chérioux. Grâce aux efforts précédents !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Par conséquent, la baisse des déficits est là, elle se poursuit, et le présent projet de loi de finances le confirme. Nous aurons l'occasion d'avoir à nouveau ce débat lors de la discussion du collectif budgétaire de fin d'année qui prendra en compte la réalité de la situation en 2000.
Les baisses d'impôt sont également là, le présent projet de loi de finances en atteste.
Par conséquent, ne me faites pas dire ce que je ne pense pas. D'ailleurs, vous-même ne le pensez pas. La croissance ne se convoque pas, mais elle s'entretient comme un bien extrêmement précieux. Nous sommes très heureux de pouvoir contribuer à ce que notre pays bénéficie de la croissance, car cette croissance est bonne pour l'emploi, donc pour les Français. (Applaudissements sur les travées socialistes.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je n'ai pas encore donné l'avis de la commission sur l'amendement n° I-124 rectifié parce que l'échange entre Mme Parly et Mme Beaudeau me paraissait très intéressant.
La commission estime, madame le secrétaire d'Etat, que les baisses d'impôt sont bonnes. D'ailleurs, vous ne nous en donnerez jamais assez... Nous sommes pour la baisse globale des prélèvements obligatoires et pour les baisses d'impôt les plus efficaces du point de vue de la croissance et de l'emploi dans notre pays.
A cet égard, après avoir entendu vos explications, qui nous ont semblé un peu complexes, voire un peu embarrassées, nous sommes tentés de vous dire que, quel que soit l'argent mis au pot, et qui est considérable, il est mal utilisé. En effet, si je me limite à la TVA, qui est le principal impôt indirect, tantôt la baisse est ciblée, tantôt la baisse d'un point est indifférenciée. S'agit-il d'une optimisation de ressources publiques rares ? N'est-ce pas plutôt une tentative un peu dérisoire de contenter les uns, puis les autres ? Ce n'est pas ce que l'on peut appeler une politique fiscale. En tout cas, ce n'est pas une politique de réforme fiscale.
S'agissant de l'amendement présenté par Mme Beaudeau, la commission des finances émet un avis défavorable, parce qu'elle considère qu'il vaut mieux consacrer les quelques marges dont on peut disposer à poursuivre une politique qui exerce un réel effet de levier, mesurable, sur l'emploi. Et cet effet de levier sera beaucoup plus manifeste si l'on choisit le secteur de la restauration, pour lequel d'excellents amendements seront présentés tout à l'heure. Il s'agit d'un secteur qui emploie beaucoup de main-d'oeuvre et qui pourrait en employer davantage encore si ses prix de revient baissaient.
Cela nous semble être une bonne utilisation des marges engendrées par la croissance et susceptibles d'êtres restituées à l'activité économique.
La baisse d'un point du taux de TVA au début de cette année a été un gaspillage de l'argent public, car il n'en est rien résulté de clair et de compréhensible, ni pour l'emploi ni pour l'activité économique dans notre pays. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-124 rectifié.
M. Bernard Angels. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Angels.
M. Bernard Angels. Ce débat, qui s'est déjà instauré à plusieurs reprises, est très intéressant, mais je pense que je ne pourrai convaincre ni les uns ni les autres. Néanmoins, je voudrais revenir sur les propos du président de la commission des finances.
Monsieur le président de la commission, cela m'étonne de vous : vous avez raison sur un point mais tort sur un autre. En effet, il est vrai que la croissance ne se décrète pas. Ce n'est pas moi qui vous dirai qu'il suffit de taper dans les mains pour que la croissance revienne.
Néanmoins, monsieur le président de la commission, pour avoir un jugement serein, nous constatons qu'au sein de la Communauté européenne des pays suivent des politiques soit semblables, soit différentes. Si ce gouvernement avait mal géré notre pays, croyez-vous que nous bénéficierions d'une telle croissance comparée à celle des pays qui nous entourent ?
Par conséquent, cette simple remarque, et je n'en dirai pas plus, vous montre qu'à l'évidence nous avons la chance d'avoir un gouvernement qui gère bien notre pays.
M. Hilaire Flandre. La croissance, ça se prépare !
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-124 rectifié, repoussé par la commission et par le Gouvernement.
(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Je suis maintenant saisi de sept amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Monsieur le président, la commission souhaiterait que, dans cette discussion commune, la priorité soit donnée à l'amendement n° I-89, car il est plus synthétique, de son point de vue.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur cette demande de priorité ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Favorable, monsieur le président.
M. le président. La priorité est de droit.
Par amendement n° I-89, MM. Badré, Amoudry, Arnaud, Ballayer, Barraux, Baudot, Bécot, Bernadaux, Bernardet, Mme Bocandé, MM. Borotra, Deneux, Diligent, Dulait, Franchis, Fréville, Grignon, Hérisson, Herment, Hoeffel, Huchon, Huriet, Hyest, Jarlier, Lesbros, Lorrain, Machet, Malécot, Maman, Marquès, Louis Mercier, Michel Mercier et Monory proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Les deuxième (a), troisième (b) et quatrième (c) alinéas du 2° de l'article 278 bis du code général des impôts sont supprimés.
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée, à due concurrence, par la création de la taxe additionnelle aux droits sur les tabacs mentionnée aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-125, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le 2° de l'article 278 bis du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Sur l'ensemble des produits destinés à l'alimentation. »
« II. - Les taux fixés au III bis de l'article 125 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence. »
Par amendement n° I-269, MM. Joly et Othily proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le 2° de l'article 278 bis du code général des impôts est ainsi rédigé :
« 2° Produits destinés à l'alimentation humaine à l'exception du caviar. »
« II. - La perte de recettes résultant du I est compensée, à due concurrence, par un relèvement des droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Les deux amendements suivants sont identiques.
L'amendement n° I-66 rectifié ter est présenté par M. Pelchat et les membres du groupe des Républicains et Indépendants et MM. Mouly, Joly, Oudin et Legendre.
L'amendement n° I-198 est déposé par MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Ginisy, Darcos, Fournier, Leclerc, de Broissia, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin.
Tous deux tendent à insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« Le troisième alinéa (2°) de l'article 278 bis du code général des impôts est complété par les mots : ", et sous réserve que les dispositions suivantes ne soient pas contraires au principe d'égalité devant les charges publiques". »
Par amendement n° I-199, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le b du 2° de l'article 278 bis du code général des impôts est complété par les mots : "quel que soit leur mode de présentation". »
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-83, M. du Luart et les membres du groupe des Républicains et Indépendants proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article ainsi rédigé :
« I. - Le c du 2° de l'article 278 bis du code général des impôts est supprimé.
« II. - La perte de recettes pour l'Etat est compensée à due concurrence par le relèvement des droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Badré, pour défendre l'amendement n° I-89.
M. Denis Badré. L'appréciation a priori du rapporteur général me flatte, me touche même, mais elle représente une grande exigence aussi. Je vais essayer d'en être digne.
Afin que nos débats gagnent en clarté, donc en efficacité, sur un sujet aussi complexe et foisonnant que celui du passage au taux réduit de la TVA de telle ou telle catégorie de biens ou services, la commission des finances m'avait demandé, il y a quelques mois, de présenter un rapport d'ensemble, afin que nous sachions à tout moment si tel ou tel projet était eurocompatible ou non et, s'il l'était, s'il pouvait recevoir notre agrément sur le plan franco-français.
Tel était l'objet du rapport n° 474 intitulé : Comment baisser le taux de TVA ? Ce sujet étant appelé à nous occuper longuement, je me propose de donner à nos débats des bases claires.
Tout d'abord, nos débats s'inscrivent, Marché unique oblige, dans un cadre communautaire synthétisé dans ce que l'on appelle la sixième directive de TVA, qui date de 1977 et a été modifiée en 1991.
Cette sixième directive prévoit que la TVA est exécutée au taux normal, ce taux normal étant supérieur à 15 % : c'est ce qu'elle prévoit, et rien d'autre, au départ.
Par ailleurs, cette même directive prévoit qu'un ou deux taux réduits peuvent être mis en oeuvre, à la discrétion des Etats, et qu'ils doivent être fixés entre 5 % et 15 %. Une première difficulté, en France, c'est que notre taux normal est dans le haut de la fourchette des taux normaux, tandis que notre taux réduit est dans le bas de la fourchette des taux réduits ; si bien que la différence entre les taux français est beaucoup plus importante que la différence moyenne entre les taux en vigueur dans les autres pays membres de l'Union européenne. Les distorsions de concurrence entre taux normal et taux réduit sont donc particulièrement criantes en France.
Pour mettre en oeuvre le taux réduit, la sixième directive s'appuie sur une annexe - la fameuse annexe H - qui définit de manière limitative, stricte, et précise, la liste des biens et services susceptibles de donner lieu à taux réduit. Les Etats, là encore, ne sont pas obligés de les mettre en oeuvre, mais ils ne peuvent pas en décider d'autres que ceux qui sont prévus par l'annexe H.
La Commission campe sur cette annexe H : elle ne veut pas la modifier tant que l'on ne sera pas parvenu à un système commun de TVA, parce que la préparation d'un tel système commun serait lourdement handicapée par de nouvelles modifications qui seraient apportées à cette annexe H. Du point de vue de la Commission, le terrain doit donc rester net, propre : elle ne veut pas que l'on touche à l'annexe H !
Une seule entorse a été faite au principe de l'intangibilité de l'annexe H, l'année dernière, en 1999, vous vous en souvenez, avec la directive sur les services à haute intensité de main-d'oeuvre, les Etats étant appelés à proposer chacun trois services susceptibles de donner lieu à une expérimentation de trois ans pour qu'au terme de ces trois ans on puisse apprécier le coût et l'impact de l'abaissement du taux normal de la TVA, notamment en termes de réduction de l'économie souterraine et de création d'emplois.
Il s'agit donc d'une opération expérimentale pour voir si, en effet, de manière tout à fait exceptionnelle, l'annexe H pourrait être modifiée. C'est le seul coup de canif à l'annexe H. Toutes les autres modifications qui ont été apportées au système du taux réduit l'ont été par le biais de l'article 28 de la sixième directive.
Cet article 28 prévoit des dérogations transitoires pour tel ou tel bien, tel ou tel service, qui, pour un temps donné et dans des conditions bien définies, pourraient bénéficier du taux réduit.
C'est la disposition qui a été utilisée, par exemple, pour la floriculture, il y a quelques années, et sur laquelle s'est appuyée la Commission, voilà un an, pour accrocher sa directive sur les services à haute intensité de main-d'oeuvre. Il fallait bien s'accrocher à quelque chose !
C'est dont, dans le cadre de cet article 28, et de lui seul, que nous devons travailler.
Dans ces conditions, les questions que nous avons à nous poser sont bien de savoir ce qui est eurocompatible et ce qui ne l'est pas.
Pour ce qui est eurocompatible, le débat devient franco-français. A nous, alors, d'apprécier la faisabilité, l'efficacité, l'intérêt, le coût de la mesure et à nous de la décider. Je rejoins alors ici le débat précédent, celui de savoir s'il est plus intéressant de retenir des baisses ciblées, dont l'intérêt et le coût sont à ce moment bien connus, ou de préférer une baisse générale du taux normal, qui coûte en général plus cher et qui, lorsqu'elle se traduit par un saupoudrage homéopathique de points, se perd et est assez peu payante.
Si, à l'inverse, un projet n'est pas eurocompatible, nous avons le choix entre plusieurs solutions.
D'abord, certains estimeront que, en l'état, juridiquement, nous ne pouvons rien faire. Mais si, mes chers collègues, l'Europe, c'est nous ! Et ce que nous pouvons faire, c'est demander à l'Europe que l'euroincompatibilité soit levée. Il y faudra un certain temps, plus ou moins long selon le sujet.
Dans la suite du débat, vous le verrez, un certain nombre d'amendements reposent sur l'idée que la dérogation est possible et qu'elle doit pouvoir être obtenue très rapidement. C'est ce que nous plaiderons pour la restauration. Le Portugal, sur ce sujet, a ainsi obtenu une dérogation il y a quelques mois, et en quelques semaines.
Pour certains sujets donc, la dérogation est possible. Pour d'autres, ce sera plus difficile. Pour ceux-là, nous inviterons le Gouvernement à engager le débat à Bruxelles et, si possible, à réunir la majorité de ses partenaires afin qu'effectivement la porte puisse être enfoncée. On pourrait, à ce titre, citer l'exemple des prestations des avocats.
Sur ce sujet, si tous les représentants au Conseil demandaient une dérogation, je pense qu'on pourrait l'obtenir. Mme Guigou, alors garde des sceaux, s'y était déclarée favorable. Il faut que l'actuel garde des sceaux et ses collègues de l'Union fassent la même démarche et, à cette condition, on peut réussir.
Il y a donc trois niveaux. Ce qui est eurocompatible relève de notre choix ; ce qui n'est pas eurocompatible, nous le demandons et, si nous avons des chances de l'obtenir à court terme, nous faisons pression pour l'obtenir dès aujourd'hui ; si nous n'avons pas l'espoir de l'obtenir à court terme, nous le demandons pour la suite.
J'en viens à l'amendement n° I-89, donc au chocolat ! (Sourires.)
Permettez-moi une courte citation pour resituer l'enjeu. « Le cacao n'est pas une marchandise de luxe ; ce n'est point une gourmandise ; ses propriétés hygiéniques et nutritives sont incontestables et incontestées et, parce qu'il est doué d'un arôme et d'une saveur qui flattent l'odorat et le palais, il entre dans les denrées de grande consommation dont je proclame le dégrèvement fiscal, car il est physiquement et moralement salutaire. » Cette citation est de Napoléon III et date du 5 janvier 1860 ! (Sourires.)
Depuis, que de débats sur le chocolat, notamment dans cette assemblée !
Précisément, je souhaiterais qu'ils puissent se conclure. C'est pourquoi j'ai pris l'initiative, il y a quelques semaines, de déposer une proposition de loi - elle a été signée par plus de cent sénateurs - prévoyant une fois pour toutes que le chocolat et les produits à base de chocolat ainsi que la margarine, qui, avec le caviar, sont les seuls produits alimentaires encore assujettis au taux normal, puissent passer au taux réduit.
Mon amendement est, de même, très simple : je demande que passent au taux réduit les produits à base de chocolat et la margarine.
Mme Danièle Pourtaud. Et le caviar ? (Sourires.)
M. Denis Badré. De cette manière, nous réduirons bien des disparités et nous mettrons un terme aux nombreuses difficultés qui assaillent un secteur qui ne le mérite pas ! (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. le président. La parole est à Mme Beaudeau, pour défendre l'amendement n° I-125.
Mme Marie-Claude Beaudeau. L'amendement n° I-125 porte sur une questions maintes fois évoquée dans nos précédents débats budgétaires et qui revient d'ailleurs encore cette année.
Nous souhaitons, en effet, expressément, avec cet amendement, résoudre le douloureux et incompréhensible problème posé par la nomenclature des produits alimentaires au regard de la taxe sur la valeur ajoutée.
Pour quels motifs, en effet, les produits de confiserie comme le chocolat ou les bonbons ou encore la margarine, graisse végétale poly-insaturée, dont les effets bénéfiques sur la santé sont pourtant reconnus, continuent-ils d'être taxés au taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée ?
Que faut-il comprendre quand les prestations assurées par les hôtels de luxe bénéficient, elles, du taux réduit, les assimilant à des produits de première nécessité ?
C'est cette étonnante dichotomie de la taxe sur la valeur ajoutée que nous voulons résoudre en vous proposant cet amendement.
Il est évidemment une autre motivation plus fondamentale.
Les produits alimentaires continuent de participer, pour nombre de familles aux revenus modestes, de l'essentiel de leur budget et de leurs dépenses.
La TVA, je l'ai dit tout à l'heure, est un impôt éminemment régressif et inégalitaire. Il les frappe donc d'autant plus que des produits alimentaires sont encore taxés au taux normal.
C'est pour cette raison que nous vous invitons à adopter cet amendement n° I-125.
M. le président. La parole est à M. Joly, pour présenter l'amendement n° I-269.
M. Bernard Joly. Cet amendement vise à appliquer au chocolat, aux produits de confiserie ainsi qu'aux margarines et graisses végétales le taux de TVA réduit applicable aux autres produits alimentaires. Il s'agit, en effet, de produits de consommation courante et non de produits de luxe. Il serait regrettable que la France pénalise ses entreprises.
J'en profite pour exprimer tous mes regrets de constater qu'il est aujourd'hui possible d'ajouter des margarines et des graisses végétales au cacao pur. Où va la qualité gastronomique de nos produits ? J'espère que cette anomalie disparaîtra au plus vite.
M. le président. La parole est à M. Pelchat, pour défendre l'amendement n° I-66 rectifié ter.
M. Michel Pelchat. Cet amendement a le même objet que les amendements précédents, notamment en ce qui concerne le chocolat et les margarines. Il est toutefois de nature un peu différente. Il est moins précis dans sa détermination mais, me semble-t-il, tout aussi efficace.
Il se contente, dans l'article 278 bis du code général des impôts, après les mots : « Produits destinés à l'alimentation humaine à l'exception » d'ajouter les mots : « et sous réserve que les dispositions suivantes ne soient pas contraires au principe d'égalité devant les charges publiques. » Pourquoi une telle rédaction ? Cela permettrait au Conseil constitutionnel de se pencher sur cette question.
En effet, dans ses décisions n° 85-187 de 1985 et n° 99-410 de 1999, le Conseil constitutionnel a affirmé la faculté d'examiner la conformité à la Constitution d'une disposition déjà promulguée, dès lors qu'un nouvel amendement modifie ou complète la loi antérieure.
Alors que, depuis de nombreuses années, le Parlement soulève le problème des discriminations fiscales dans le secteur alimentaire, le traitement de cette question est systématiquement repoussé.
Dès lors, le présent amendement tend à permettre l'examen de la constitutionnalité des dispositions prévues par l'article 278 bis du code général des impôts, en subordonnant leur application à leur conformité au principe d'égalité devant les charges publiques.
Je pense qu'on ne saurait s'opposer à son adoption, sauf à souhaiter que le Conseil constitutionnel ne puisse disposer des moyens de se prononcer sur la conformité de ces dispositions aux principes généraux du droit, c'est-à-dire à entraver le contrôle de constitutionnalité d'une disposition effectivement controversée.
Cet amendement, qui vient tout à fait heureusement compléter les autres amendements, notamment celui de notre collègue Denis Badré, n° I-89, concernant spécifiquement le chocolat et les margarines, a une portée générale qui devrait normalement rendre plus difficile pour le Gouvernement, comme il en a pris l'habitude depuis plusieurs années, de changer d'avis. En effet, ce n'est pas la première fois qu'ici, en cette enceinte, nous adoptons des amendements en vue de réduire le taux de TVA, notamment sur le chocolat. Je me souviens de batailles menées, y compris il y a fort longtemps, par mon collègue Bernard Barbier, dont je me plais à rappeler la mémoire ici, et, chaque fois, le Gouvernement, à l'Assemblée nationale, est revenu sur une disposition adoptée ici, au prétexte que, fiscalement, elle coûtait trop cher.
Or, en l'occurrence, il s'agit d'établir un nouveau principe général de droit permettant au Conseil constitutionnel d'examiner la constitutionnalité des dispositions visées, en subordonnant leur application à leur conformité au principe d'égalité devant les charges publiques.
Si nous ne prévoyons pas un tel dispositif, mes chers collègues, il y a fort à parier que l'arbitrage sera rendu par Bruxelles. A cet égard, nous devrions nous montrer vigilants. Cela nous impose d'adopter cet amendement. (M. Joël Bourdin applaudit.)
M. le président. La parole est à M. Murat, pour défendre les amendements n°s I-198 et I-199.
M. Bernard Murat. L'amendement n° I-198 présente l'avantage d'être la synthèse de tout ce que nous venons d'apprendre. Cependant, à la demande de M. le rapporteur général, nous le retirons.
M. le président. L'amendement n° I-198 est retiré.
Veuillez poursuivre, monsieur Murat.
M. Bernard Murat. L'amendement n° I-199 a pour objet de préciser le problème de la TVA sur le chocolat noir de couverture. Nous restons donc dans le domaine du chocolat.
Aujourd'hui, non seulement la plupart des produits de chocolaterie sont toujours assujettis à un taux de TVA de 19,6 %, contrairement à la quasi-totalité des produits alimentaires, mais, en outre, l'administration fiscale tente d'imposer ce taux au chocolat noir jusqu'à présent taxé à 5,5 %. Le présent amendement vise, par conséquent, à remédier à cette distorsion en prévoyant de fixer à 5,5 % le taux de TVA applicable au chocolat noir de couverture.
M. le président. L'amendement n° I-83 est-il soutenu ?...
Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-89, I-125, I-269, I-66 rectifié ter et I-199 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il s'agit d'un moment important de notre débat. Le Sénat aura à coeur, j'en suis convaincu, de confirmer ses votes précédents sur le sujet.
Je ne reviendrai pas sur l'excellent exposé de M. Denis Badré, qui avait été chargé par la commission des finances d'une mission d'information sur l'évolution des taux de la TVA dans le cadre de l'Union européenne et qui, au sein de notre commission, s'est beaucoup investi dans l'ensemble de ce domaine. Il a présenté de façon très claire l'état de la question. La commission émet, bien sûr, un avis très favorable sur l'amendement n° I-89, qui vise à étendre le taux réduit de TVA à la margarine, au chocolat et à la confiserie, et qui est compatible, comme il nous l'a prouvé de façon argumentée, avec le droit communautaire.
S'agissant de l'amendement n° I-125, je dirai en souriant à Mme Beaudeau qu'il se distingue de l'amendement n° I-269 présenté par M. Joly, car l'amendement de gauche contient le caviar (Exclamations sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen, ainsi que sur les travées socialistes) alors que l'amendement du centre gauche ne contient pas le caviar.
M. Paul Loridant. C'est normal !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vous savez ce que l'on dit...
M. Paul Loridant. Caviar pour tous ! Nous sommes pour le partage !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... puisque l'on s'y réfère souvent. Je ne sais pas si c'est la proximité entre Mme Beaudeau et Mme Pourtaud. En tout cas, c'est la gauche caviar que l'on évoque de temps à autre. (Sourires sur les travées du RPR, de l'Union centriste et des Républicains et Indépendants.- Exclamations sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen, ainsi que sur les travées socialistes.)
Mme Danièle Pourtaud. Là, vous y allez un peu fort !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Pardonnez-moi de le faire, même si c'est sans doute un peu facile.
Un sénateur du RPR. C'est la vérité !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il faut bien de temps en temps sourire dans cette assemblée.
L'amendement n° I-125 serait excellent, d'ailleurs sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur le fait d'inclure cet excellent produit qu'est le caviar et qui est généralement un produit importé, si le gage était acceptable. Dès lors que le gage n'est pas acceptable, ...
Mme Marie-Claude Beaudeau. Tout est dans le gage ! (Sourires.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. En effet, madame Beaudeau, nous avons souvent des débats sur ce sujet. Ce sont d'ailleurs des débats très codés.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Si vous le souhaitez, on peut les décoder !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Certes, nous pouvons les décoder, y passer tout le temps nécessaire si c'est utile. Dans l'immédiat, la commission ne peut émettre un avis favorable.
En ce qui concerne l'amendement n° I-269, présenté par notre collègue Bernard Joly, la commission s'en remet à la sagesse très favorable du Sénat. Cependant, elle a une préférence pour l'amendement n° I-89, le premier de ceux que nous examinons.
J'en viens aux amendements identiques n°s I-66 rectifié ter et I-198, présentés respectivement par M. Michel Pelchat et par M. Bernard Murat. Je me plais à saluer le caractère imaginatif, sur le plan du droit, de cette disposition. Leur réflexion est assurément utile et méritera sans doute d'être reprise le moment venu. Toutefois, pour que la méthode soit utile, encore faudrait-il que la formulation proposée, et qui est un appel au Conseil constitutionnel, figure bien dans le texte définitif de la loi adoptée, c'est-à-dire après un vote favorable à l'Assemblée nationale. Il s'agit d'une disposition intéressante sur laquelle il serait utile d'entendre le Gouvernement, puisque l'on se situe sur le plan des principes généraux de notre droit.
Enfin, mes chers collègues, l'amendement n° I-199 est, si j'ose dire, un « classique », que nous avons déjà voté à plusieurs reprises et qui se concentre sur le chocolat. Il est d'ailleurs dans la droite ligne des recommandations que formulait, voilà plusieurs années, notre excellent et regretté collègue Bernard Barbier. Bien entendu, la commission émet un avis favorable sur cet amendement, mais il sera satisfait par l'amendement n° I-89 qui a une portée plus large, si celui-ci est adopté.
Quant à l'amendement n° I-83 relatif à la margarine, qui a été retiré, il serait rétrospectivement satisfait, lui aussi, par l'amendement n° I-89.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'ensemble de ces amendements.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons, de fait, ouvert une sorte de discussion générale sur les question de TVA. Il est vrai que cela donne souvent lieu à une litanie - Mme Beaudeau utilisait ce terme - un peu hétéroclite. Aussi, je remercie M. Badré d'avoir bien voulu, par son exposé extrêmement clair, tenter de synthétiser un peu les questions qui se posent. Comme il l'a fort bien rappelé, ce qu'il convient de distinguer avant tout, c'est ce qui est eurocompatible et ce qui ne l'est pas.
Dans le registre de l'eurocompatibilité, il s'agit de savoir comment nous hiérarchisons nos priorités politiques entre les différentes possibilités qui nous sont offertes. Des choix sont à faire. Les questions d'efficacité économique, d'emploi, de coût budgétaire qui y sont attachées sont évidemment très importantes. Nous y reviendrons dans un instant.
Quant au second registre, c'est-à-dire ce qui n'est pas eurocompatible, il n'est pas interdit d'en débattre, bien sûr, mais la difficulté est à l'évidence plus grande, même si, de temps à autre, il arrive que nous puissions trouver des ouvertures avec la Commission européenne. La décision récente, que M. Badré rappelait, consistant à expérimenter un taux réduit de TVA dans des domaines à forte intensité de main-d'oeuvre pour trois services et que nous avons choisi de faire porter principalement sur les travaux dans les logements, résulte d'une initiative du Gouvernement qui a été fortement relayée par le parlement français. Ce débat me permet d'aborder les amendements n°s I-89, I-125 et I-269, qui portent, dans la catégorie des sujets eurocompatibles, sur l'application du taux réduit de TVA à certains produits alimentaires.
Comme je l'ai rappelé tout à l'heure, des choix ont été faits précédemment, qui ont mobilisé des ressources budgétaires importantes, puisque 30 milliards de francs ont été investis dans des baisses ciblées de TVA.
M. Hilaire Flandre. Moins les déductions fiscales !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. S'agissant de la question récurrente du chocolat noir, que vous avez, les uns et les autres, soulevée,...
M. Denis Badré. Des produits à base de chocolat !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'y viendrai dans un instant.
Aujourd'hui, le code général des impôts soumet au taux réduit de TVA les produits chocolatés qui relèvent de catégories intitulées « chocolat », « chocolat de ménage », chocolat de ménage au lait » et qui figurent dans une annexe d'un décret de 1976 relatif aux produits de cacao et de chocolat destinés à l'alimentation humaine. Un différend important a opposé l'administration fiscale et les professionnels du chocolat sur le taux réellement applicable au chocolat noir. Nous avons donc mené une concertation approfondie avec les professionnels. Il est vrai que la situation était, si vous me permettez d'employer ce mot, quelque peu abracadabrante.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Abracadabrantesque ! (Sourires.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Cette conception a abouti dans la mesure où il nous a paru possible d'admettre que les produits de chocolat noir présentés en tablette ou en bâton et qui respectaient des teneurs minimales de chocolat conformes à l'annexe du décret du 1976 que j'évoquerais tout à l'heure pouvaient relever du taux réduit de TVA, même s'ils contenaient plus de 31 % de beurre de cacao. Il s'agit d'une avancée importante et, bien entendu, aux termes de cette discussion avec la profession, il va de soi que les redressements notifiés par l'administration fiscale sur ce point seront abandonnés.
L'amendement n° I-199 pose de manière plus générale la question du taux de TVA applicable en fonction du mode de présentation des produits chocolatés. L'extension du taux réduit aux produits chocolatés présentés sous d'autres formes que les tablettes ou les bâtons n'est pas envisageable dans la mesure où le mode de présentation est non pas un critère d'éligibilité au taux réduit, mais un mode de distinction entre les produits de consommation courante que sont les tablettes et les bâtons et les produits de confiserie qui relèvent de manière homogène du taux normal de TVA. Par conséquent, il est difficile d'aller au-delà de l'avancée que j'évoquais à l'instant.
Je ne peux pas partager l'objectif des auteurs des amendements identiques n°s I-66 rectifié ter et I-198.
La rédaction proposée me paraît un peu compliquée, pour ne pas dire contournée. Outre le fait que je ne suis pas sûre de comprendre la totalité de l'exposé des motifs des amendements, il me semble qu'à tout le moins une explication complémentaire, qui n'a peut-être pas vocation à avoir lieu dans cet hémicycle, serait utile. Dans l'attente, il serait sans doute préférable de retirer ces amendements.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-89.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Oui, comme Mme le secrétaire d'Etat a bien voulu le reconnaître, la disposition présentée dans l'amendement n° I-89 est eurocompatible. Je précise d'ailleurs, en écho à son propos, que seuls 3 milliards de francs nous séparent d'une situation où tous les produits alimentaires, sauf le caviar, seraient soumis au taux réduit de TVA.
Par comparaison, la réduction d'un point de TVA retenue par le Gouvernement voilà un an coûtait 31 milliards de francs par an. Nous sommes donc tout près de parvenir à une situation complètement saine et de voir disparaître toutes les difficultés - les injustices ou, à tout le moins, les contentieux - qui apparaissent immanquablement dès lors qu'une limite est fixée. Et, en l'occurrence, elles sont nombreuses. Faisons donc sauter cette limite. Je pense que l'enjeu en vaut la peine !
M. Michel Pelchat. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Pelchat.
M. Michel Pelchat. Après l'explication de Mme le secrétaire d'Etat, la confusion entre les produits soumis au taux de TVA de 5,5 % et les autres sera encore plus grande chez les professionnels du chocolat ! On pourra d'ailleurs se reporter au compte rendu des débats pour le constater !
J'espère, madame le secrétaire d'Etat, que l'entretien que vous avez eu avec les professionnels du chocolat a été long et fructueux, que vous avez donné à ces derniers un cours et que vous leur avez présenté un cahier des charges pour que chaque producteur amené à commercialiser ses chocolats soit bien informé des produits qui peuvent ou non relever du taux réduit de TVA.
Seule une partie du chocolat ou des produits chocolatés peut donc bénéficier du taux de TVA à 5,5 %, et la limite, telle que vous l'avez définie, reste très imprécise, malgré tous vos efforts. Jusqu'à présent, l'administration fiscale a demandé d'importants redressements liés à l'imprécision des textes existants. Aujourd'hui, madame le secrétaire d'Etat, vous essayez de corriger ce défaut sans pour autant apporter la clarification nécessaire. La seule clarification qui vaudrait serait de généraliser à l'ensemble du chocolat le taux réduit de TVA, ce qui mettrait d'ailleurs la France en conformité avec de nombreux pays européens qui ont adopté cette disposition tout à fait eurocompatible, comme l'a rappelé tout à l'heure notre ami M. Denis Badré.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-89, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12 quinquies, et les amendements n°s I-125, I-269, I-66 rectifié ter et I-199 n'ont plus d'objet.

DÉBAT SUR LES RECETTES DES COLLECTIVITÉS LOCALES

M. le président. Nous allons maintenant examiner les articles 5, 26, 26 bis , 26 ter et 27 du projet de loi de finances ainsi que les amendements tendant à insérer les articles additionnels relatifs aux recettes des collectivités locales.
La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, madame la secrétaire d'Etat, mes chers collègues, j'observe avec plaisir que nous sommes nombreux à siéger cet après-midi dans cet hémicycle. Voilà qui prouve, si besoin était, que l'avenir de nos collectivités territoriales nous préoccupe beaucoup. Nous devons d'ailleurs nous réjouir que la conférence des présidents ait choisi, cette année, d'introduire dans notre débat budgétaire une discussion plus spécialement consacrée aux collectivités territoriales.
Au-delà des dispositifs fiscaux contenus dans ce projet de budget pour les collectivités locales, je souhaite, en quelques mots, souligner les raisons pour lesquelles ce débat est important et la nécessité de nous situer dans une perspective de consolidation des finances publiques.
L'idée maîtresse est de permettre au Sénat, dont c'est la vocation constitutionnelle, de débattre dans la plus grande clarté de l'évolution des recettes et des concours financiers de l'Etat aux collectivités locales.
Comment, aujourd'hui, appréhender cet ensemble de manière globale ?
Dans les articles de la première partie du projet de loi de finances, dont nous débattons actuellement, nous nous prononçons sur les modifications apportées au régime des impôts locaux et nous décidons des modifications, à la marge, de certaines dotations.
En deuxième partie, nous examinons les crédits du ministère de l'intérieur, qui s'élèvent à environ 50 milliards de francs. Mais, lors de la discussion des charges communes, peut-être n'observons-nous pas avec suffisamment d'attention l'évolution du montant des dégrèvements d'impôts locaux, alors que nous votons pourtant plus de 60 milliards de francs de dépenses en faveur des collectivités locales.
Pour trouver les concours de l'Etat aux collectivités locales, il faut partir à leur recherche dans les documents budgétaires ; ce sont les prélèvements sur les recettes de l'Etat à leur profit : 207 milliards de francs dans ce budget pour 2001, dont 115 milliards de francs pour la seule dotation globale de fonctionnement, la DGF.
Sans toujours nous en rendre suffisamment compte, nous nous prononçons sur ces crédits par l'article d'équilibre. Faisons en sorte désormais que notre vote devienne plus explicite afin que les enjeux apparaissent avec plus de force, et je parle sous le contrôle de M. Fourcade, président du comité des finances locales.
Nous tenons chaque année un débat sur le prélèvement au profit de l'Union européenne. Un débat de même type s'impose désormais pour les concours de l'Etat aux collectivités locales. C'est pourquoi j'ai souhaité, lors de la conférence des présidents, que ce débat se tienne aujourd'hui.
Ne continuons plus à aborder les concours de l'Etat de manière aussi fractionnée. L'heure de la consolidation des comptes a sonné !
Seule une approche globale permet, par exemple, de constater qu'en 2001 l'Etat consacrera plus d'argent au financement de la fiscalité locale qu'aux dotations de fonctionnement et d'équipement allouées auxdites collectivités. En d'autres termes, les dépenses « passives » ont désormais pris le pas sur les dépenses « actives ».
Sans entrer dans le domaine réservé du rapporteur général, je souhaite vous faire part, madame la secrétaire d'Etat, des deux remarques que m'inspire ce constat.
Première remarque : la transformation des impôts locaux en dotations budgétaires s'apparente au fond à une fuite en avant. Supprimer les impôts locaux, c'est comme recruter des fonctionnaires supplémentaires : l'Etat se lie les mains pour des dizaines et des dizaines d'années, en créant des dépenses de fonctionnement incompressibles qui poseront d'insurmontables problèmes lorsque la conjoncture se retournera et qu'il deviendra impératif de réduire les dépenses publiques pour éviter une dégradation du déficit.
Seconde remarque : l'archaïsme des impôts locaux se résoudra non pas en supprimant des morceaux d'impôts, mais en les réformant ! Vos initiatives en matière de fiscalité locale ont déjà coûté cher au budget de l'Etat. Or cet argent aurait été mieux employé au financement de vrais transferts de ressources, dans le cadre d'une vraie réforme en profondeur de la fiscalité locale.
Je voudrais conclure mon propos en insistant sur un point, technique, j'en conviens, mais très important dans la perspective du dialogue que nous aurons, dans les mois à venir, avec l'Assemblée nationale.
Je me réjouis que ce débat « panoramique » sur les concours de l'Etat aux collectivités locales se tienne à l'occasion du volet « recettes » du budget, dans cette première partie de la loi de finances. Je considère en effet que les prélèvements sur recettes doivent être le mode normal de financement par l'Etat des collectivités locales, et ce pour deux raisons.
Tout d'abord, s'agissant de la prise en charge par l'Etat de la fiscalité locale, le prélèvement sur recettes permet de mettre en évidence que les allégements d'impôts locaux décidés par l'Etat constituent en réalité des transferts de charge du contribuable local vers le contribuable national.
Par ailleurs - c'est la seconde raison - les dotations de fonctionnement et d'équipement sont des ressources destinées à financer des compétences qui ne sont pas celles de l'Etat. Il est donc logique qu'elles n'apparaissent pas dans les dépenses de l'Etat, mais qu'elles viennent en minoration de ses recettes.
Mais nous en reparlerons, puisque, comme vous le savez, je serai conduit vraisemblablement à proposer, au nom du Sénat, de consacrer les prélèvements sur recettes dans la loi organique relative aux lois de finances dont le Parlement, je l'espère, débattra bientôt.
Tels sont, en ouverture de ce débat sur les collectivités territoriales, les points sur lesquels je me devais, dans ma fonction, d'insister auprès de vous, madame la secrétaire d'Etat, mes chers collègues. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, c'est une excellente chose que ce débat, qui nous permet d'avoir une vision d'ensemble de l'évolution des concours de l'Etat aux collectivités territoriales. Nous voudrions que ce soit aussi l'occasion pour le Gouvernement de donner des réponses claires et précises à nos préoccupations.
Je commencerai ce bref propos par deux remarques.
En premier lieu, nous constatons dans ce budget que les crédits dont nous allons débattre sont en forte augmentation : ils progressent en effet de 44 milliards de francs. Compte tenu de l'attachement que la commission des finances éprouve, bien sûr, pour la maîtrise des dépenses publiques, nous accordons une attention soutenue à cette progression, qui représente une fois et demie le budget de la justice. Pourquoi ces crédits augmentent-ils autant ? Quel est l'intérêt pour l'Etat de consentir à une telle dépense ? Nous nous efforcerons, bien sûr, de répondre à ces questions.
En second lieu, la Haute Assemblée doit exercer sa prérogative constitutionnelle de représentation des collectivités territoriales.
Nous l'avons constaté à de nombreuses reprises, mes chers collègues, du point de vue des collectivités locales, les concours financiers que l'Etat leur verse augmentent moins vite que les charges qu'il leur impose. Nous voyons donc, dès le départ, se manifester une contradiction entre ce que l'on éprouve en tant que gestionnaire local et ce que l'on ressent en observant dans le budget de l'Etat la progression de 44 milliards de francs des crédits.
Pour avancer dans l'analyse, je voudrais à présent vous donner deux exemples.
Premier exemple : entre la loi de finances pour 1998 et la loi de finances pour 2000, la dotation globale de fonctionnement n'a augmenté que de 5,7 milliards de francs. J'ouvre à présent le « jaune » budgétaire sur les rémunérations dans la fonction publique annexé au présent projet de loi de finances et je découvre que l'accord salarial dans la fonction publique du 10 février 1998 a représenté, à lui tout seul, 10 milliards de francs en trois ans à la charge des collectivités locales.
Ainsi, la totalité de l'augmentation de la DGF entre 1998 et 2000 n'a même pas permis de financer le coût de cet accord salarial.
Je prendrai un second exemple, toujours pour planter le décor : celui des services départementaux d'incendie et de secours, les SDIS.
Un sénateur du RPR. Très bon exemple !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Le ministre de l'intérieur nous a annoncé récemment qu'un projet de loi relatif à l'organisation et au financement de ces services serait examiné en 2001.
C'est évidemment indispensable, car nous savons bien que la situation actuelle n'est pas tenable. La multiplication des circulaires administratives fait exploser, en ce domaine, les contributions demandées à nos collectivités.
De plus, les pompiers - et c'est aussi un point important - sont souvent obligés de pallier l'insuffisance des moyens de transport sanitaire. Ces interventions, outre qu'elles détournent les pompiers de leurs missions, sont à la charge des budgets des SDIS, donc des collectivités territoriales qui les financent. Ce financement est réalisé au détriment des dépenses d'équipement.
Il est donc urgent, mes chers collègues, de revoir les modalités de financement des SDIS et, à tout le moins, de prévoir des dispositifs leur permettant de bénéficier d'une compensation financière pour les opérations qu'ils effectuent en dehors des missions qui leur sont confiées par la loi.
En commission des finances, le ministre de l'intérieur, M. Vaillant, a indiqué que l'Etat n'avait pas l'intention de se désengager en matière de financement des SDIS. Madame le secrétaire d'Etat, confirmez-vous cet engagement ? Votre collègue ministre de l'intérieur a également déclaré que l'autorité qui paie devait avoir un rôle accru en matière de prise de décision. En êtes-vous d'accord ?
Par ailleurs, le rapport de notre collègue député M. Fleury évoque des pistes pour la diversification des moyens de financement des SDIS, notamment des contributions des agences régionales de l'hospitalisation. Madame le secrétaire d'Etat, partagez-vous cette orientation ?
Après avoir exposé ces deux exemples, j'en reviens à mon propos initial.
Comment expliquer le décalage qui existe entre la forte progression des dépenses de l'Etat en faveur des collectivités locales, d'un côté, et l'insuffisante progression des dotations reçues par nos collectivités, de l'autre ?
A la vérité, l'explication est simple, mes chers collègues : le Gouvernement utilise la quasi-totalité des crédits dégagés par les collectivités locales au remplacement des impôts locaux par des compensations budgétaires. Entre 2000 et 2001, 85 % de l'augmentation de l'effort de l'Etat - dont je vous ai dit qu'il représentait 44 milliards de francs - sont absorbés par le remplacement des impôts locaux ; la progression des dotations n'est plus que de 6,4 milliards de francs sur ce total de 44 milliards de francs.
Le montant des compensations d'exonérations fiscales a triplé en trois ans, passant de 30 milliards de francs à 92 milliards de francs.
Abordons à présent les choses du point de vue des gestionnaires des budgets locaux.
Vous le savez, madame le secrétaire d'Etat, le Sénat est attaché à trois principes dans ce domaine des finances locales : l'association de nos collectivités au fruit de la croissance, la péréquation pour plus d'équité, la libre administration des collectivités territoriales.
Sur le premier point - et je pense que tous peuvent souscrire à ce principe - que nous propose le présent projet loi de finances ? Rien de nouveau, madame le secrétaire d'Etat ! Ce projet applique les décisions prises antérieurement et, comme le prévoit la loi de finances de 1999, l'enveloppe normée des concours de l'Etat aux collectivités locales évoluera en fonction d'un indice complexe qui prend en compte 33 % du taux de croissance du produit intérieur brut de l'année 2000.
Pour nous, il faudrait que ce soit 50 % et non pas 33 %, car 50 %, cela permettrait de « plafonner » l'augmentation du montant de la dotation de compensation de la taxe professionnelle si les autres composantes de l'enveloppe normée évoluaient de manière vraiment dynamique, tout en ne privant pas les collectivités locales d'une évolution du montant de leurs dotations reflétant leur participation réelle à la croissance globale de l'économie nationale.
Rien de nouveau, ai-je dit ? Pas tout à fait ! Le ministre de l'intérieur a annoncé le report d'un an de l'entrée en vigueur du nouveau contrat - ou prétendu tel - de croissance et de solidarité.
Nous prenons acte avec regret de cette rupture avec la règle des contrats triennaux. Ainsi, madame le secrétaire d'Etat, quid de l'année de transition, l'année 2002 ? Quel sera le taux d'indexation de l'enveloppe normée en 2002 ?
M. René-Pierre Signé. En 2002, vous aurez encore perdu les élections !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je parle des budgets des collectivités territoriales en 2002, mais peut être cela ne vous intéresse-t-il pas, mes chers collègues ! Je pose une question très précise à Mme le secrétaire d'Etat, et je crois que je suis dans le rôle qui m'a été confié par la commission des finances.
M. Jean-Pierre Fourcade. Tout à fait !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame le secrétaire d'Etat, pouvez-vous nous dire dès aujourd'hui quel sera ce taux d'indexation en 2002, puisque le principe d'un contrat pluriannuel consiste précisément à annoncer à l'avance ce que l'on va faire ?
Sur le deuxième point - la péréquation - que nous propose le projet de loi de finances pour 2001 ?
Rien, mes chers collègues ! Je constate que le Gouvernement consent en 2001 un effort financier « hors DGF » en faveur de la DSU et de la DSR inférieur à celui de 2000. Au mieux, la dotation de solidarité urbaine devrait augmenter de 0,18 %.
Comme en 2000, le financement de l'intercommunalité nécessitera une ponction sur la DCTP car, malgré l'augmentation de 700 millions de francs du financement hors DGF des communautés d'agglomération, les sommes prévues sont encore nettement insuffisantes.
Tout à l'heure, la commission vous présentera des amendements qui sont pour la plupart destinés à éviter que les mesures en faveur des collectivités défavorisées soient financées par transfert au détriment d'autres collectivités.
M. Jean-Pierre Fourcade. Merci !
M. Philippe Marini, rapporteur général. J'observe également que les contrats de plan Etat-région qui ont été signés récemment ne prennent pas en compte la logique péréquatrice. On n'a pas réservé un sort particulier aux régions les plus en difficulté, à celles qui ont les ressources les plus limitées.
Le Gouvernement invoque généralement les effets péréquateurs des suppressions d'impôts locaux, mais, lorsqu'il s'agit de ses propres deniers, il hésite, il répugne à péréquer, et nous le regrettons vivement.
Le troisième point, mes chers collègues - et peut-être le plus essentiel - concerne la libre administration des collectivités locales. Il n'y a pas, selon nous, de libre administration sans autonomie fiscale !
M. Louis de Broissia. Bravo !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nous avons adopté, le 26 octobre dernier, une proposition de loi constitutionnelle, sur l'initiative de M. Christian Poncelet, qui réaffirme ce principe et cette conviction. Nous en tirerons, bien entendu, les conséquences, dans les amendements de la commission des finances que nous allons examiner tout à l'heure, en refusant en particulier que la vignette soit compensée par une dotation budgétaire.
M. Louis de Broissia. Tout à fait !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nous préférons transférer aux départements trois impôts aujourd'hui perçus par l'Etat. Ces nouvelles ressources dont bénéficieraient les départements sont la taxe sur les véhicules de société, les droits d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce et les droits de mutation à titre gratuit entre vifs, c'est-à-dire sur les donations.
Ces trois impôts nous paraissent correspondre à l'esprit de la fiscalité transférée, puisque leurs assiettes ne sont pas sans lien avec celle des impôts transférés en 1984.
Je ne vous cache pas, madame le secrétaire d'Etat, que nous aurions préféré transférer aux départements un grand impôt moderne. Malheureusement, les quelques impôts de ce type qui existent sont difficilement « transférables ». C'est dire s'il est urgent de moderniser, de réexaminer de manière globale notre système fiscal et de faire preuve dans ce domaine d'imagination, de cette imagination qui, hélas ! fait vraiment défaut dans le projet de loi de finances pour 2001.
M. René-Pierre Signé. Oh !
M. Philippe Marini, rapporteur général. La pérennité de l'autonomie fiscale des collectivités locales, à laquelle même la commission présidée par notre collègue Pierre Mauroy s'est déclarée attachée, est à ce prix.
Madame le secrétaire d'Etat, la libre administration des collectivités locales, c'est l'autonomie fiscale, mais ce n'est pas que l'autonomie fiscale : c'est également plus de souplesse dans la réglementation et nous savons bien que, de ce point de vue, beaucoup de progrès sont à faire. Par exemple, aujourd'hui, l'utilisation par les élus locaux de la dotation globale d'équipement n'est pas encore soumise aux dispositions du décret du 16 décembre 1999, qui permet de commencer les travaux avant la date à laquelle le dossier est complet. Comment s'explique ce retard ? Quand sera-t-il comblé ?
Enfin, mes chers collègues, la libre administration des collectivités locales, c'est permettre aux élus locaux d'exercer leur mandat dans de bonnes conditions. Faute d'un véritable statut de l'élu, nous savons tous, par nos contacts locaux sur le terrain, que la crise des vocations s'accentuera. A cet égard, le Sénat doit continuer ses efforts pour offrir aux conseils municipaux la faculté de réduire les distorsions de traitement entre les maires, dont les indemnités ont été revalorisées, et leurs adjoints, qui ont été exclus de la revalorisation.
M. Jacques Chaumont. Très bien !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il est également temps de clarifier la nature juridique des indemnités de fonction perçues par les élus locaux.
La prise en compte de ces indemnités de fonction dans le calcul des revenus déterminant le bénéfice de certaines prestations sociales a pu placer certains de nos collègues élus locaux dans des situations financières ou juridiques délicates. Il ne faudrait plus que le dévouement de certains à la chose publique puisse ainsi les pénaliser financièrement.
Les règles applicables en matière de recevabilité financière des amendements parlementaires, selon l'ordonnance de 1959, nous interdisent de prendre toutes les initiatives que nous souhaiterions en ce domaine, mais n'entament pas notre vigilance et notre détermination sur tous ces points.
Il y a encore beaucoup à faire, mes chers collègues, pour pavernir à la République territoriale que nous appelons de nos voeux et que les élus locaux sont prêts à construire si on leur en donne les moyens. L'Etat y est-il prêt pour ce qui le concerne ?
Au vu des dispositions du présent projet de loi de finances pour 2001, dont nous allons débattre, j'en doute beaucoup ! C'est dommage, car la décentralisation ne peut fonctionner que dans le cadre d'un dialogue confiant entre l'Etat et nos collectivités locales.
M. René-Pierre Signé. Vous avez voté contre !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mais ne doutons pas, mes chers collègues - en tout cas, nous l'espérons - que les rapports annoncés par le Gouvernement pour 2001 iront dans le bon sens.
En tout cas, madame le secrétaire d'Etat, nous serons particulièrement attentifs aux réponses que vous voudrez bien apporter à l'ensemble de ces préoccupations. (Très bien ! et applaudissement sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. J'indique au Sénat que, compte tenu de l'organisation du débat décidée par la conférence des présidents, les temps de parole dont disposent les groupes pour cette discussion sont les suivants :
Groupe du Rassemblement pour la République, 25 minutes ;
Groupe socialiste, 22 minutes ;
Groupe de l'Union centriste, 18 minutes ;
Groupe des Républicains et Indépendants, 17 minutes ;
Groupe du Rassemblement démocratique et social européen, 14 minutes ;
Groupe communiste républicain et citoyen, 13 minutes.
Je vous rappelle que, en application des décisions de la conférence des présidents, aucune intervention des orateurs des groupes ne doit dépasser dix minutes.
La parole est à M. de Broissia.
M. René-Pierre Signé. Dix minutes pour la Bourgogne !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vive la Bourgogne !
M. Louis de Broissia. Merci pour la Bourgogne !
Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, aujourd'hui est un jour inédit dans notre vie parlementaire puisque, pour la première fois dans le cadre de la discussion budgétaire, des recettes des collectivités locales seront abordées globalement. Je tiens à saluer cette heureuse initiative après celle qu'ont rappelée le président de la commission des finances, Alain Lambert, et son rapporteur général, Philippe Marini, avec la proposition de loi défendue ici même par notre président, Christian Poncelet.
Madame le secrétaire d'Etat, nous sommes à l'heure où les transferts de compétences sont appréciés par les collectivités locales parallèlement au désengagement de l'Etat qui les frappe. Les congrès des maires de France, des départements de France, des régions de France ont pu mettre en valeur que le coût des compétences transférées avait augmenté de 111 %, alors que les recettes transférées n'avaient augmenté que de 39,6 % en dix ans, de 1987 à 1996.
Nous sommes donc dans une situation absurde - que ni le Gouvernement ni le Parlement ne doivent encourager - d'un Etat qui encourage les collectivités locales à assumer de plus en plus de compétences sans les accompagner d'un tranfert de ressources équivalent.
J'ajoute que proposer, comme le fait le Gouvernement, des mesures et des réformes législatives s'empilant les unes sur les autres est très difficile à gérer.
Pourtant, nous le savons bien, communes, départements et régions sont les véritables acteurs de la vie quotidienne des Français. Education, action sociale, aide entre les générations, transports urbains, sécurité, environnement, culture, sport sont autant de domaines d'intervention dans lesquels nos collectivités locales effectuent un travail de qualité reconnu et apprécié.
Or nous constatons aujourd'hui que, si les concours de l'Etat progressent, ils se trouvent éclatés entre différentes dotations particulièrement fluctuantes. Nous connaissons tous la DGF, la dotation globale de fonctionnement, la DGD, la dotation générale de décentralisation, et la DGE, la dotation globale d'équipement.
D'un côté, nous avons des compensations de l'Etat qui répondent de moins en moins aux besoins des collectivités locales, de l'autre, des suppressions d'impôts directs locaux qui pénalisent sans conteste l'action des collectivités.
Dois-je rappeler la suppression des parts régionale et départementale de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, la suppression de la taxe additionnelle régionale aux droits de mutation à titre onéreux, la réforme de la taxe professionnelle ou encore la suppression de la part régionale de la taxe d'habitation ?
Nous assistons donc à une défiscalisation des budgets locaux et, aujourd'hui, la part des recettes fiscales dans les budgets de fonctionnement des départements, par exemple, est passée de 70 % à 54 %. En d'autres termes, les contribuables locaux paient de plus en plus souvent selon non pas une volonté locale, mais une volonté nationale.
Où est l'encouragement à l'initiative locale ? Nous le savons, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, les collectivités locales ne disposent que sur les seuls impôts d'une réelle marge de manoeuvre.
Le rapport de notre collègue Pierre Mauroy a constaté une contradiction - et tous les commissaires, quelle que soit leur appartenance politique, l'ont soulignée - entre la pratique gouvernementale et « l'incantation » - le mot est de Pierre Mauroy - à la décentralisation. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis 1997, mes chers collègues, les collectivités locales ont perdu près de 80 milliards de francs de produit fiscal. C'est une somme considérable !
A cet égard, nous devons avouer que, pour le moment, l'affirmation du principe de la compensation concomitante et intégrale des charges de l'Etat et la reconduite d'un pacte de confiance ne nous rassurent pas outre mesure. Je vais vous donner un exemple, madame le secrétaire d'Etat : la dotation d'équipement des collèges représente, pour mon département, 12 millions de francs, alors que nous consacrerons parallèlement aux mêmes collèges 100 millions de francs au titre des investissements. C'est vous dire l'écart qui existe avec les compensations prévues !
Il faut le reconnaître, si les signes alarmants de la recentralisation de la fiscalité locale sont connus, nous avons atteint aujourd'hui, avec la suppression unilatérale et brutale de la vignette, des sommets qui vous permettront incontestablement, madame le secrétaire d'Etat, de figurer au livre des records ubuesques !
La suppression de la vignette - et cela a été souligné par M. le rapporteur général - a été décidée par un gouvernement qui, au plus chaud de l'été, craignait les réactions virulentes et légitimes des Français devant la montée des prix des carburants.
Il fallait lâcher la pression, madame le secrétaire d'Etat, or le Gouvernement a lâché les départements, et de quelle façon !
M. René-Pierre Signé. Il y a compensation !
M. Louis de Broissia. Attendez, nous allons revenir sur la compensation !
M. Claude Estier. Cela avait été envisagé avant !
M. le président. Ne vous laissez pas distraire, monsieur de Broissia.
M. Louis de Broissia. Monsieur le président, j'essaie d'entendre les propositions intelligentes qui seraient émises dans l'hémicycle, d'où qu'elles viennent !
Le Gouvernement a donc lâché les départements, et de quelle façon ! En effet, les départements étaient les seuls bénéficiaires du produit de cette taxe, transféré à leur profit par la loi du 7 janvier 1983. Nous l'avons souligné : la méthode est détestable. J'ai eu l'occasion de le dire vingt fois, nous espérions le répéter devant M. Laurent Fabius lors de nos congrès divers et variés, mais nous ne l'avons pas vu. Certes, il n'aurait pas entendu des choses agréables !
La suppression des recettes départementales est décidée en cours d'exercice budgétaire. Le conseil général que je préside avait hier, madame le secrétaire d'Etat, ...
M. René-Pierre Signé. Les présidents de conseil général ne sont pas contents, mais les habitants sont contents !
M. Louis de Broissia. Si vous m'écoutiez, monsieur Signé, peut-être pourriez-vous entendre la fin de ma phrase !
... un débat d'orientation budgétaire. Pour la première fois de ma vie, je n'ai pu dire à mes collègues - alors que la loi nous l'impose - si nous bénéficierions ou non d'une compensation et quelle vignette sera encaissée.
Le degré d'improvision est tel, mes chers collègues - mais nous le savons bien ! - que les planches de vignettes du millésime 2001 sont déjà imprimées et mises en vente.
Pour couronner le tout, cette disposition aura un effet rétroactif, compte tenu du calendrier spécifique applicable à la taxe différentielle sur les véhicules à moteur, comme l'explique très bien le rapport de M. Marini. En effet, la période d'imposition de la vignette débute le 1er décembre, date à laquelle la loi de finances ne sera pas encore promulguée.
M. Jacques Chaumont. Tout à fait !
M. Louis de Broissia. Que devront donc faire les propriétaires de véhicules à compter de vendredi prochain ? C'est une question précise, madame le secrétaire d'Etat ! Devront-ils s'acquitter d'une taxe qui ne sera, finalement, que virtuellement supprimée ?
La méthode est donc inacceptable, et la suppression de la vignette et les conséquences qu'elle entraîne sont désastreuses sur le plan du principe budgétaire.
M. Claude Estier. Vous voulez rétablir la vignette ?
M. Louis de Broissia. Je crois que M. Estier ne veut pas m'écouter !
En Côte-d'Or, département dont j'ai l'honneur de présider le conseil général, le manque à gagner s'élève aujourd'hui à 126 millions de francs ! J'ai demandé à mes collègues conseillers généraux la tenue d'un débat d'orientations budgétaires, comme le veut la loi, en dépit de ces imprécisions.
Si, en tant que contribuable, je ne peux que me réjouir de la disparition d'un impôt - en l'occurrence, il faut cependant avoir à l'esprit que si le contribuable local ne paiera plus de vignette, le contribuable national la paiera, puisqu'il y a compensation -, je redoute la suppression d'une recette fiscale essentielle pour la vie de mon département.
M. Serge Vinçon. Tout à fait !
M. René-Pierre Signé. Cela ne mécontente que les présidents de conseil général ! C'est n'importe quoi !
M. Louis de Broissia. Bien entendu, le Gouvernement et la majorité qui le soutient - qui forme ici la minorité - nous promettent que cette perte de revenu sera compensée à due concurrence, et même - je l'ai lu - que les départements seront remboursés au franc le franc. Or, madame le secrétaire d'Etat, nous avons déjà entendu un tel discours. Puis-je vous rappeler à nouveau que, aujourd'hui, en Côte-d'Or, la dotation d'équipement des collèges s'élève à 12 millions de francs, alors que le département investit 100 millions de francs ? Est-ce la compensation que vous nous proposez pour les années à venir ? Madame le secrétaire d'Etat, pensez-vous avoir affaire à des dupes ou à de sottes gens ? Nous le savons tous ici, les départements ne s'y retrouveront pas.
D'ailleurs, comment le pourraient-ils ? Comment ces compensations pourraient-elles être intéressantes, alors qu'il faudrait pouvoir disposer de recettes dont l'évolution ne peut être déterminée qu'en fonction des investissements que nous aurons à financer ? Comment anticiper dès aujourd'hui une telle évolution ? Pour la vignette automobile, nous savons que la compensation se fera sur la base des immatriculations de 2000 et des taux votés par les conseils généraux pour 2001.
Cette situation m'inspire plusieurs remarques de bon sens.
Quid du remboursement si le parc de véhicules du département connaît, dans les mois et les années à venir, une forte augmentation ? Je conçois, madame le secrétaire d'Etat, qu'il vous soit difficile de répondre à cette question : comment, en effet, compenser une recette fiscale qui est susceptible d'évoluer ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Eh oui ! Excellente question !
M. Louis de Broissia. Par ailleurs, comment prévoir dorénavant le financement de futurs investissements ? Les collectivités françaises réalisent les trois quarts des investissements publics de notre pays. Cela est dû pour partie à leur capacité d'investissement, donc à leur capacité de lever l'impôt.
Enfin, les élèves vertueux seront pénalisés, puisque les départements qui fixaient le prix de la vignette au niveau le plus bas seront remboursés au tarif le plus bas. Nous le savons, la suppression de la vignette a été décidée pour des raisons politiques, et je suggérerai, par voie d'amendements symboliques et peu coûteux, que Bercy soit prochainement doté de deux postes budgétaires.
Le premier serait consacré au financement d'une ligne téléphonique « verte » branchée en permanence sur l'Association des maires de France, l'Assemblée des départements de France et celle des régions, puisque Bercy semble ignorer nos coordonnées téléphoniques. (M. Signé proteste.) Nous n'avons en effet reçu aucune lettre !
Le second poste budgétaire permettrait de financer les services d'un coursier affecté à la distribution du courrier que vous souhaiteriez, le cas échéant, adresser aux trois associations que j'ai évoquées.
En attendant, mes chers collègues, dois-je appeler officiellement tous les Français à refuser aujourd'hui de payer la vignette ? En Côte-d'Or, madame le secrétaire d'Etat, elle a été commandée pour les seuls dix-sept véhicules de la préfecture. Que dois-je dire aux autres possesseurs de véhicules ?
J'espère - et ce sera ma conclusion - que vous pourrez apporter des réponses convaincantes aux questions que nous vous posons légitimement aujourd'hui. Vous l'aurez compris, les collectivités locales, acteurs économiques essentiels de notre pays, sont préoccupées par la légèreté dont l'Etat fait preuve en matière de compensation financière. (Protestations sur les travées socialistes.)
M. Paul Loridant. Vous avez la mémoire courte !
M. Philippe Marini, rapporteur général. « Légèreté » est un mot faible, d'ailleurs !
M. Louis de Broissia. Les principes mêmes de la décentralisation sont remis en cause par la politique de « lâchage » du Gouvernement laissant les collectivités locales dans un état de dépendance de plus en plus dangeureux.
Je remercie de leur attention tous mes collègues, quelles que soient les travées sur lesquelles ils siègent. (Applaudissement sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, quelle occasion perdue ! Or, monsieur le président de la commission des finances, je ne pense pas à l'organisation de ce débat, qui est bienvenu. Cette discussion préfigure en effet, à mon sens, l'un des grands débats que devrait permettre une ordonnance organique rénovée, celui qui est relatif au partage des ressources fiscales entre l'Etat, les collectivités locales et la sécurité sociale.
En effet, au-delà des catégories juridiques, l'ensemble des prélèvements, dotations globales, dégrèvements d'impôts locaux affectés à nos collectivités atteindra, dans le projet de loi de finances que nous examinons, 338 milliards de francs, et absorbera 22 % des recettes de l'Etat. Ce chiffre se rapproche dangereusement du montant des impôts locaux, qui devrait, si j'en crois le rapport économique et financier présenté par le Gouvernement, avoisiner les 400 milliards de francs.
Mais c'est une occasion perdue pour le Gouvernement d'entamer cette année la nécessaire réforme d'un système financier local devenu incompréhensible et qui se trouve même presque, sous certains de ses aspects, en voie de décomposition : des impôts locaux dont les bases n'ont pas été révisées pour certaines d'entre elles depuis trente ans, des dotations qui sont réparties en fonction d'un potentiel fiscal qui n'a plus grand-chose à voir avec la réalité, des dégrèvements qui servent plutôt de « rustines » à un système fiscal à bout de souffle, et des compensations d'exonérations qui s'étiolent, à l'image de la dotation de compensation de la taxe professionnelle.
Or, madame le secrétaire d'Etat, vous disposiez des moyens financiers et du calendrier politique adéquats pour mener à bien cette réforme, ou tout au moins pour l'engager.
S'agissant des moyens financiers - car une réforme ne peut pas être réalisée sans moyens, ne serait-ce que pour compenser les transferts inéluctables de charges -, si la vignette n'avait pas été supprimée au dernier moment, vous auriez pu, grâce à la croissance, disposer de 12 milliards de francs pour procéder à la réforme des bases des impôts locaux, y compris celle des logements HLM. Mais vous avez préféré à cette réforme à long terme une solution de facilité, qui fait évidemment plaisir aux automobilistes...
Vous disposiez également des moyens politiques nécessaires, car la réforme proposée ne pourrait s'appliquer de façon progressive qu'après les municipales, et donc sans risques politiques. Or nous savons tous que cette réforme se fera sur le fondement des propositions de consensus formulées voilà quelques années par le comité des finances locales.
J'ajouterai que vous auriez bénéficié d'un environnement conjoncturel favorable, dont profitent d'ailleurs les collectivités locales, puisque leurs dotations sous enveloppe croîtront de 2,3 % et la DGF de 2,9 %, beaucoup plus en raison, il est vrai, de la hausse des prix - les collectivités locales bénéficient davantage de la hausse du prix du pétrole, pour une fois ! - que d'une intégration insuffisante, comme le disait excellemment M. le rapporteur général, du taux de croissance dans le mécanisme d'indexation.
En l'absence d'une vision globale, vos choix, madame le secrétaire d'Etat, ne résolvent finalement que des problèmes ponctuels, et ce imparfaitement, et s'apparentent parfois, sous certains aspects, à un bricolage fiscal qui ébranle plus qu'il ne consolide l'édifice d'ensemble.
Il en est ainsi, tout d'abord, des mesures concernant la taxe foncière sur les propriétés bâties, qui, jusqu'à présent, à la différence de la taxe d'habitation et de la taxe professionnelle, avait échappé au « grignotage » infernal des abattements et des dégrèvements.
Bien sûr, l'effet d'annonce d'un dégrèvement de 500 francs pour les personnes âgées n'étant pas assujetties à l'impôt sur le revenu ou d'un abattement de 30 % pour les HLM situées en zone urbaine sensible ne laisse personne insensible, et ce pour un coût relativement modeste. Mais je pose la question suivante : n'aurait-il pas mieux valu porter le fer dans la plaie en réformant les bases, en particulier celles des HLM ? Beaucoup d'injustices cachées auraient alors pu être réduites.
De plus, mes chers collègues, on ne peut pas vouloir à la fois l'autonomie fiscale et son contraire, à savoir la substitution de l'Etat au contribuable local. Il faut choisir, c'est une question de cohérence.
Il en est ainsi de tous ces abondements exceptionnels - on les qualifie d'abondements extérieurs à la DGF - qui permettront, il est vrai, de stabiliser la dotation de solidarité urbaine et d'éviter que la dotation de compensation de la taxe professionnelle ne soit une nouvelle fois victime du succès justifié des communautés d'agglomération. Comme l'a dit de façon imagée M. le rapporteur général, il ne faut pas que la péréquation mange la péréquation !
Mais, à mon avis, là n'est pas l'essentiel. Tous les élus le savent bien : le socle des dotations est non pas la DSU ou la DCTP, mais la dotation forfaitaire qui représente 90 % du montant de la DGF. Or elle ne progresse qu'à hauteur de la moitié du taux moyen de la DGF, et sa répartition aujourd'hui est pour beaucoup le fruit de l'histoire. Permettez-moi de citer un exemple à cet égard : les deux villes qui bénéficient de la plus forte DGF par habitant - je n'ai rien contre elles ! - sont Vichy et Lourdes, avec environ 3 500 francs par habitant. Comme chacun sait, cet avantage provient du fait que, avant 1968, ces villes bénéficiaient d'une taxe locale sur certaines prestations de services au taux de 8,50 %. Cela a-t-il encore quelque chose à voir avec les besoins actuels des collectivités locales ? Naturellement, je ne me permettrai pas de trancher !
De façon très générale, la DGF ne reflète plus les besoins actuels des communes. Parler de péréquation, comme on le fait à juste titre, ne veut pas dire que l'on doive se taire sur l'évolution des besoins.
Nous savons tous, madame le secrétaire d'Etat, que les communes qui ont connu la plus forte croissance démographique sont parmi celles qui ont la plus faible DGF par habitant. C'est mécanique ! Pour elles, l'Etat n'a pas fait son devoir.
Ainsi en est-il finalement de la suppression de la vignette. Il faut tendre, nous dit-on, vers une certaine spécialisation des impôts locaux. C'était le cas de la vignette affectée aux conseils généraux, tout le monde connaissait les responsables. Il faut, nous dit-on aussi, que l'autonomie fiscale permette l'envoi de bons signaux aux contribuables électeurs ; que les taux baissent lorsque les dépenses des départements diminuent ; que les taux augmentent si une politique inverse de dépense est choisie. C'était le cas avec la vignette. Cette situation permettait effectivement de mettre en cause la responsabilité politique d'élus clairement désignés. N'oublions pas malgré tout - cela semble l'avoir été complètement - que la vignette finançait d'abord la voirie départementale, un des grands postes du budget des départements.
Avant de la condamner définitivement et aussi rapidement, il aurait fallu au moins savoir par quoi la remplacer. La commission des finances, mise au pied du mur, fidèle à sa logique - et elle a sans doute raison - nous propose de nouveaux impôts locaux.
Mais nous savons très bien que le remplacement d'un impôt local, aussi imparfait soit-il, par un ou deux impôts nationaux est un travail ingrat et difficile. Vous le savez aussi, mes chers collèges socialistes : vous avez rencontré le même problème en 1983-1984 !
La remplacer par la DGD, nous propose le Gouvernement. Mais alors, c'est un pas de plus dans le processus infernal des compensations forfaitaires, qui pénalise les bons gestionnaires et avantage définitivement les dépensiers. A tout prendre, il aurait peut-être mieux valu conserver l'invention de Paul Ramadier, en attendant que d'autres définissent un meilleur impôt pour les départements et les régions. (M. René-Pierre Signé s'exclame.)
Mes chers collègues, ce budget n'est peut-être pas calamiteux, mais c'est un budget de résignation et non un budget de réforme.
Nous devons reconstruire un système financier devenu incohérent et injuste. Je vois, madame le secrétaire d'Etat, que vous n'avez pas pris ce chemin. Je le regrette, car c'est une occasion perdue qui ne se représentera pas. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Alain Lambert, président de la commission des finances. Très bien !
M. René-Pierre Signé. Négatif !
M. le président. La parole est à M. Bourdin.
M. Joël Bourdin. M. le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, pour la première fois cette année, nous discutons de façon groupée les articles de la première partie de la loi de finances relatifs aux recettes des collectivités locales. Nous ne pouvons que nous féliciter, d'autres l'ont dit avant moi, de cette initiative qui permet au Sénat, représentant des collectivités locales, de continuer de traiter avec précision des finances locales.
Il s'agit de cinq articles concernant la suppression de la vignette automobile, le financement des communautés d'agglomération, la compensation de la taxe professionnelle et divers allégements de taxes.
Je ne parlerai pas ici de chacun de ces articles, puisque nous le ferons dans la suite de la discussion. Je me contenterai de développer trois orientations qui me paraissent être un préalable indispensable pour une fiscalité locale juste et stable.
Il s'agit d'abord de redonner une base saine aux relations financières entre l'Etat et les collectivités ; ensuite, il convient d'équilibrer les dotations entre les différentes collectivités locales ; enfin, il faut engager au plus vite la réforme de la DGF.
Après trois ans et demi, la politique financière du Gouvernement à l'égard des collectivités locales est timorée et dangereuse. D'abord, le Premier ministre a tardivement découvert la décentralisation, et il a attendu l'automne 1999 pour mettre en place la commission Mauroy. Quant aux suites que le Gouvernement entend donner aux propositions de cette commission, le discours du Premier ministre au quatre-vingt-troisième congrès des maires de France nous laisse dubitatifs.
M. René-Pierre Signé. Oh !
M. Joël Bourdin. Certes, il déclare vouloir rénover l'ensemble des finances locales, mais il reste flou, alors que c'est là l'un des principaux enjeux pour une nouvelle étape de la décentralisation. Plus grave, le Gouvernement se fixe une échéance peu précise. Laquelle ? On ne sait pas, mais un rapport - encore un rapport ! - devrait être déposé au Parlement avant la fin de l'année prochaine... En somme, nous pourrions résumer ainsi la position du Gouvernement : des réformes, peut-être, mais plus tard, toujours plus tard.
Il va sans dire que nous n'approuvons pas cette façon de faire, ou, plutôt, de ne pas faire.
Nous souhaitons d'abord que les relations financières entre l'Etat et les collectivités locales s'inscrivent dans un cadre clair. Cela signifie que l'Etat doit laisser les collectivités prendre les initiatives qui leur permettent d'exercer pleinement leurs compétences. Pour ce faire, l'Etat ne doit pas prendre des décisions susceptibles de perturber ou de brider leur action. Concrètement, il doit renoncer aux mesures recentralisatrices et mieux associer les collectivités à la prise de décision, par exemple, en matière fiscale mais aussi en matière de normes.
Plus particulièrement, l'Etat ne doit pas continuer à être le principal financeur des collectivités locales, car c'est au détriment de leurs ressources propres et de leur autonomie financière.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Tout à fait !
M. Joël Bourdin. Telle est pourtant bien la logique du Gouvernement, comme en témoignent plusieurs réformes, déjà rappelées par les orateurs précédents, menées depuis trois ans.
Les conséquences sont évidentes et bien connues : la part des recettes fiscales propres des collectivités dans l'ensemble de leurs recettes réelles de fonctionnement diminue pour les départements, les régions et les communes. Corrélativement, que ce soit au titre des compensations et des dégrèvements législatifs, l'Etat assume une part de plus en plus importante des recettes fiscales directes des collectivités locales. Ainsi, le pourcentage des recettes procurées par les quatre taxes pris en charges par l'Etat est passé brutalement de 21,2 % en 1993 à plus de 24 % en 1999. Pour la seule taxe professionnelle, l'Etat assure désormais 37 % de la ressource perçue à ce titre par les collectivités locales !
Au total, quand les collectivités territoriales enregistrent, en 1998, 640 milliards de francs de recettes de fonctionnement, l'Etat contribue par ses différentes dotations à plus du tiers. C'est un seuil qu'il ne faut surtout pas dépasser, sauf à faire dépendre le sort des collectivités locales des caprices de l'Etat.
Gardons-nous de ne pas écorner le principe sur lequel sont fondées nos collectivités locales et qui repose sur l'autonomie des communes, des départements et des régions, fort justement rappelé par la loi de 1982 sur la décentralisation.
Gardons-nous de faire dépendre l'évolution de nos collectivités locales du bon vouloir des représentants de l'Etat dans nos régions.
Gardons-nous, alors que nous avons supprimé la tutelle juridique des collectivités locales, de les soumettre désormais à une tutelle financière. En ce domaine, nous ne sommes pas loin d'avoir retrouvé la situation qui prévalait dans nos régions avant 1982.
Le Gouvernement doit changer d'attitude et ne plus considérer les maires, les conseillers généraux et les conseillers régionaux comme les artisans de sa politique. Alors qu'il prône la concertation et le dialogue dans tous les domaines, il impose, sans discussion préalable, successivement la suppression de la part salariale de la taxe professionnelle, ainsi que la suppression de la part régionale de la taxe d'habitation, avant de supprimer, pour partie, la vignette. Ce ne sont peut-être pas de mauvaises mesures en elles-mêmes, mais c'est une mauvaise manière à l'égard des collectivités locales ; d'autant que, comme à son habitude, le Gouvernement ne se prive pas d'adopter des mesures compensatoires à caractère récessif.
Alors que l'on avait dépassé le débat sur l'autonomie des collectivités locales, le Gouvernement nous rappelle qu'une liberté n'est jamais acquise et que l'Etat est le plus inconstant des partenaires, en nous obligeant à recomposer un système de décentralisation. Il n'aura fallu qu'à peine quinze ans pour que Gaston Defferre soit contré par ceux-là mêmes qui devraient cultiver la fidélité à son oeuvre !
M. Jacques Machet. Très bien !
M. Joël Bourdin. Si l'esprit de la décentralisation est en péril, parallèlement, nous observons une dérive du système de l'intercommunalité. Là encore, il ne s'agit pas de prendre partie contre l'intercommunalité à fiscalité propre : elle s'imposait et ses orientations en 1992 allaient dans la bonne direction.
Mais comment pourra-t-on supporter durablement les entorses flagrantes au principe d'égalité des citoyens que l'aide à l'intercommunalité nous impose ? Est-il raisonnable et supportable que la DGF par habitant attribuée avoisine les 500 francs par habitant dans une communauté urbaine, 250 francs dans une communauté d'agglomération, 175 francs dans une communauté de communes à taxe professionnelle unique, et quelque 105 francs en moyenne pour la plupart des communautés de communes ?
Qu'il y ait des écarts entre les attributions en fonction des compétences et charges mutualisées, soit ; c'est le bon sens. Mais que les attributions différenciées soient fondées sur une préférence affirmée pour les villes est une monstruosité !
La vérité, c'est que le Gouvernement a fait le choix de liquider le monde rural et de le mettre sous la coupe des grandes villes. En limitant à 15 000 habitants la taille de la commune autour de laquelle peut se constituer une communauté d'agglomération, il a fait un choix contre la ruralité et non un choix rationnel. En effet, dans certains territoires, il va de soi qu'une intégration de type communauté d'agglomération serait tout à fait possible pour une population inférieur à 15 000 habitants du bourg-centre. Alors, pourquoi l'interdire, si ce n'est que le Gouvernement a fait le choix de favoriser uniquement les villes ?
Madame le secrétaire d'Etat, vous ne pouvez pas durablement organiser la pénurie dans une partie des communes pour le seul plaisir d'organiser l'hégémonie des villes !
Vous ne pouvez pas durablement continuer à organiser la nécrose de maints territoires, car le principe de la République est fondé sur l'égalité et non sur la discrimination financière !
Je viens de parler des inégalités au regard de la répartition de la DGF entre les EPCI à fiscalité propre, mais je tiens aussi à souligner le caractère incohérent qui marque le mode de répartition de la DGF entre ses différents bénéficiaires, communes et EPCI.
Comme vous le savez, la répartition de la dotation d'aménagement est devenue un non-sens qui défie les lois les plus élémentaires de la mathématique. En effet, quand on partage un élément fixe, à savoir la dotation d'aménagement, dans un système où le préciput est soumis à une loi de croissance aléatoire, on risque tout bonnement, passé le stade de l'attribution préciputaire, de ne plus avoir rien à répartir. C'est ce qui arrive naturellement avec la dotation d'aménagement. Alors que la dotation de l'intercommunalité est prélevée de manière préciputaire sur la dotation d'aménagement en pleine conjoncture de croissance des formes diverses d'EPCI à fiscalité propre, le risque, depuis des années, est que la DSU et la DSR ne soient plus approvisionnées. Si la loi de décembre 1993 était appliquée strictement, cela ferait ainsi des années que nos communes seraient toutes à la portion congrue de la dotation forfaitaire.
Bien sûr, chaque année, la loi de finances corrige cette anomalie. Mais il n'en reste pas moins que DSU et DSR continuent à être traitées comme des résidus ! Ce n'est ni normal ni sain ! Il est temps de revoir la loi de décembre 1993 sur la DGF, en prévoyant un financement autonome pour l'intercommunalité et en traitant de manière tout aussi autonome la DSU et la DSR. Cela fait des années que, sous l'autorité de son président, Jean-Pierre Fourcade, le comité des finances locales le demande. Il est réellement temps d'écouter la voix de la sagesse et de remettre en chantier la loi sur la DGF.
M. le président. Veuillez conclure, monsieur Bourdin !
M. Joël Bourdin. Madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, les finances des collectivités locales sont maintenant devenues un maquis de dispositions diverses, complexes, prévoyant le recours à des fonds dont le mode de fonctionnement a perdu de sa logique initiale, qu'il s'agisse du FNPTP ou du FDPTP. Il est temps que nous revenions à des principes simples et clairs, compréhensibles et que nous corrigions un certain nombre de dérives afin de retrouver la voie d'une véritable égalité entre les communes et que nous redécouvrions les libertés qui nous avaient été attribuées avec la loi Defferre, mais que ses successeurs sont en train de fouler au pied afin d'imposer un modèle de structuration par les villes de notre territoire national. (Applaudissements sur les travées des Républicains et Indépendants, du RPR et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Fourcade.
M. Jean-Pierre Fourcade. Monsieur le président, madame la secrétaire d'Etat, mes chers collègues, permettez-moi d'abord de saluer l'excellente initiative du président de la commission des finances et du rapporteur général avec l'organisation d'un débat sur l'ensemble des problèmes intéressant les collectivités locales. Madame la secrétaire d'Etat, permettez-moi, par ailleurs, de me réjouir de vous retrouver à ce banc, vous avec qui j'ai déjà rompu quelques lances dans d'autres enceintes. Nous allons continuer, toujours avec beaucoup de sérieux et une grande courtoisie.
Mes chers collègues, nous sommes à la croisée des chemins. Eu égard à l'évolution que certains de nos collègues viennent de décrire, et que M. Lambert a bien située, nous sommes devant un choix difficile : soit la fiscalité locale doit être réformée et consolidée pour donner un substratum sérieux à la libre administration des collectivités locales, soit nous entrons, comme certains de nos voisins européens, dans une ère de partage avec l'Etat des produits des grands impôts, ceux qui sont liés à l'activité, au revenu et il nous faut des garanties constitutionnelles et pluriannuelles pour que ce partage ne se traduise pas par une spoliation.
Dans tous les cénacles, lors de tous les colloques, de tous les débats auxquels j'ai pu participer depuis un certain nombre d'années, madame la secrétaire d'Etat, les deux thèses sont défendues. Chacune présente des avantages et des inconvénients, mais aucune ne repose sur l'immobilisme, ne suit le fil de l'eau.
Le Sénat, sur l'initiative du président Poncelet, a tranché en faveur de la première branche de l'alternative, qui consiste à consolider la fiscalité spécifique des collectivités locales en la réformant.
La commission Mauroy, à laquelle j'ai participé presque jusqu'au bout - j'ai été obligé de m'en retirer, parce que le Gouvernement n'avait aucune espèce de considération pour ses membres et se moquait d'eux - a tranché elle aussi pour cette branche de l'alternative : la consolidation d'une fiscalité autonome assortie de garanties, avec la possibilité d'arrêter cette évolution vers des dotations toujours plus importantes que MM. Lambert, Marini et plusieurs de mes collègues viennent de rappeler.
Sachant que aussi bien le Sénat que la commission Mauroy ont tranché en faveur du premier terme de l'alternative, je ne compte pas débattre du second. Je le réserve pour des jours meilleurs... ou pour d'autres discussions ! (M. le président de la commission des finances sourit.)
Peut-être qu'un jour, monsieur le président de la commission, accorderez-vous au président du comité des finances locales un temps « spécial » pour exposer un peu plus longuement les principaux problèmes financiers des collectivités territoriales.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances. On arrangera tout cela !
M. Jean-Pierre Fourcade. ... qu'il peut, bien sûr, exposer dans d'autres enceintes. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, je me bornerai à poser quatre questions au Gouvernement.
Première question : qu'en est-il de la révision des valeurs cadastrales ?
Mes chers collègues, vous savez bien que les valeurs cadastrales servent de base à la fois aux impôts locaux des collectivités territoriales et à la répartition des subventions et des dotations de l'Etat. Le système est complètement faussé. On ne connaît pas les bases réelles et il est des écarts historiques !
M. Philippe Richert. Tout à fait !
M. Jean-Pierre Fourcade. Tout à l'heure, notre ami Yves Fréville a signalé les cas de Vichy et de Lourdes. Peut-être peut-on ajouter celui de Biarritz. Nous verrons bien.
Il est clair, disais-je, que tous les mécanismes actuels sont faussés. Il faut, par conséquent, rapidement modifier les bases cadastrales.
Devant la commission Mauroy, j'avais moi-même proposé d'octroyer davantage de possibilités aux maires à l'occasion de cette révision. Mais j'avais posé quatre conditions, dont je souhaite faire part, madame la secrétaire d'Etat.
Premièrent, il faut un étalement sur deux, trois, quatre ou cinq ans, cet étalement devant être au gré de la collectivité locale et non au gré de l'Etat.
Deuxièmement, il faut déverrouiller les taux des quatre impôts locaux si l'on veut mettre en oeuvre la réforme des bases dans de bonnes conditions.
Troisièmement, il faut un fonds de lissage financé par l'Etat. On pourrait sans doute, madame la secrétaire d'Etat, se servir à cet égard du prélèvement que vous opérez chaque année depuis dix ans sur les contribuables pour financer la révision des valeurs locatives. Il y a là 1,5 milliard de francs qui seraient tout à fait utiles. (Marques d'approbation sur les travées des Républicains et Indépendants.)
Quatrièmement, il faut augmenter les possibilités de jeu qui sont données aux collectivités locales sur les abattements, pour les abattements à la base ou pour charge de famille.
En respectant ces conditions, nous réformerions la taxe d'habitation et la taxe foncière en donnant plus de liberté aux collectivités locales, en tendant vers l'objectif de décentralisation qui doit être le nôtre.
Deuxième question : acceptez-vous, madame la secrétaire d'Etat, de dissocier la péréquation des recettes fiscales que subissent certaines collectivités et les dotations budgétaires ?
Actuellement, le système est complètement aberrant : d'un côté, on limite les compensations, selon des échelles variables et, de l'autre, on prélève de l'argent sur les recettes ; ensuite, on rectifie les dotations.
Ayant la chance d'administrer une commune dont je n'ai pas à cacher le caractère relativement aisé, je constate que nous percevons trois fois et demie moins de DGF par habitant que Vichy ou Lourdes, parce que l'histoire a fait que cette ville de banlieue percevait très peu de taxe locale quand on a entrepris l'ensemble des réformes.
Ma troisième interrogation est plus prospective. Les collectivités locales, dans un système de décentralisation, ne doivent pas être condamnées à lever les impôts du siècle précédent. La fiscalité locale est fondée sur des valeurs foncières et sur des bases industrielles dépassées. Je souhaiterais donc vous demander si vous acceptez l'idée que les impôts nouveaux à proposer aux collectivités locales doivent s'écarter de ces bases foncières et industrielles périmées. On pourrait ainsi essayer de fonder la fiscalité sur les nouvelles technologies, notamment sur les fameuses licences UMTS, sur la répartition des fréquences VHF, sur le développement de l'Internet.
Voilà des ressources « normales » sur lesquelles on peut appuyer une fiscalité au bénéfice des régions, qui sont chargées de l'aménagement du territoire et qui doivent être les collectivités entraînantes dans l'ensemble d'un système nouveau.
Plutôt que de rapiécer tel ou tel impôt obsolète, il faut clairement s'engager dans la voie d'un partage entre l'Etat et les collectivités territoriales, notamment les plus grandes, pour les nouvelles technologies et les nouvelles bases fiscales. Sinon il y aura, d'un côté, une fiscalité avec la TVA, l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu, très rapidement évolutive, et, de l'autre, la fiscalité locale fondée sur les taxes d'habitation et sur les taxes foncières.
Avec ma quatrième question, je reprends, mais avec inquiétude, la question qu'a posée M. le président Lambert.
L'Etat, compte tenu des réformes qui ont été faites depuis que ce gouvernement est en place, concernant les impôts locaux, notamment la taxe professionnelle et la taxe d'habitation, va avoir aujourd'hui comme première charge budgétaire ce qu'il appelle « les concours aux collectivités territoriales », soit 338 milliards de francs. C'est plus que pour bien d'autres budgets.
Madame la secrétaire d'Etat, nous avons pris des engagements dans le cadre du pacte de stabilité européen et au titre de la défense de l'euro. Nous n'y pensons jamais, à l'euro ! Nous nous plaignons qu'il baisse, mais nous ne faisons rien pour le raffermir, pour lui donner une base financière solide.
Au moindre retournement de conjoncture, nous risquons immédiatement de connaître un rétrécissement des concours de l'Etat aux collectivités territoriales. C'est ce qui nous inquiète.
L'addition des réformes que vous avez faites depuis quelques années est très préoccupante. Elle nous fait courir le risque d'une réduction des moyens de nos collectivités et d'un recours accru à la fiscalité si la conjoncture se retourne. Nous devons financer les trois quarts des investissements collectifs de ce pays et une grande masse d'actions de solidarité et d'aide sociale, notamment dans les départements.
Voilà les quatre questions essentielles que je voulais poser, j'aurais pu en formuler d'autres.
Je terminerai en disant que, dans l'Europe qui se construit, chacune des structures nationales a un mécanisme propre de répartition entre l'Etat et les collectivités territoriales. Je sais bien que notre faiblesse, c'est d'avoir trop de collectivités territoriales et trop de niveaux de responsabilité. J'en suis conscient, comme beaucoup de mes collègues. C'est pour cela que, du fait de mon expérience, j'estime que l'avenir réside en une théorie des couples : il faut instituer un système de fiscalité partagée entre les communes et les communautés d'agglomérations, un système homogène entre les régions et les départements, et un système homogène et moderne entre l'Etat et la Commission européenne.
Mes chers collègues, quand nous aurons traité les problèmes à ces trois niveaux de responsabilité, nous aurons fait accomplir un grand pas à la décentralisation. (Applaudissements sur les travées du RDSE, de l'Union centriste et du RPR, ainsi que sur celles des Républicains et Indépendants.)
M. le président. La parole est à M. Foucaud.
M. Thierry Foucaud. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, le débat concernant les collectivités locales n'a, en apparence, pas la même nature que les autres années.
Nous sommes en effet, avec ce projet de loi de finances pour 2001, dans un cas de figure marqué par la poursuite du processus de disparition de la base taxable des salaires en terme de taxe professionnelle, dans le droit-fil de l'exécution du pacte de croissance et de solidarité et de la mise en oeuvre de la loi sur le renforcement et le développement de la coopération intercommunale.
Les caractéristiques des quelques articles portant sur les finances locales que compte le texte issu des travaux de l'Assemblée nationale, nous ne manquerons pas de les souligner lors de la discussion même des articles. La présente intervention, qui sera complétée par celle que prononcera tout à l'heure mon collègue Paul Loridant, portera donc essentiellement sur un seul grand thème : la réforme de la taxe professionnelle, notamment la défense et l'illustration de la proposition de loi que vient de déposer notre groupe et qui est relative à la prise en compte des actifs financiers dans l'assiette taxable.
Tout d'abord, pourquoi proposons-nous de procéder à une réforme de la taxe professionnelle de cette ampleur ?
Nous avons, en cette matière, d'ores et déjà indiqué que notre souci était double. Il s'agit pour nous, d'une part, d'accompagner la réforme de la taxe professionnelle qui est liée à la suppression de la part taxable des salaires, et, d'autre part, de rétablir entre les entreprises une relative égalité de traitement que le mode actuel de taxation ne permet pas de faciliter.
Beaucoup de choses ont été dites depuis 1976, date de la création de la taxe professionnelle, sur ses qualités comme sur ses défauts.
Trois évolutions essentielles se sont produites depuis cette date.
Il s'agit, d'une part, de l'adoption du principe de plafonnement du montant de la taxe à proportion de la valeur ajoutée.
Cette règle de calcul, qui est sans effet sur les comptes des collectivités locales, pèse néanmoins plus ou moins 40 milliards de francs bruts en terme de fiscalité pour l'Etat.
La seconde évolution résulte de l'allégement transitoire de la taxe et de son corollaire, la dotation de compensation, dont la portée pour les entreprises est de plus de 30 milliards de francs, compensés à concurrence d'un peu plus de 11 milliards de francs aux collectivités locales par l'Etat, ce qui génère, du fait de nos règles fiscales, un produit fiscal équivalent au titre de l'impôt sur les sociétés.
Compte tenu de la baisse tendancielle de la dotation de compensation de la taxe professionnelle, l'opération n'est véritablement coûteuse que pour les collectivités locales, à hauteur d'environ 20 milliards de francs.
La troisième grande évolution est celle qui est liée à la disparition de la part taxable des salaires qui a allégé sensiblement la contribution des entreprises et donc participé à majorer le produit de l'impôt sur les sociétés par l'effet traditionnel des vases communicants. Elle a aussi transformé une part importante des recettes des collectivités locales, hier fiscales, en dotation.
Mais toutes ces mesures ont un défaut essentiel que notre proposition de loi vise à corriger quant au fond : celui de s'appliquer à une imposition qui ne reflète qu'imparfaitement la réalité de ce que sont aujourd'hui les entreprises, de ce qu'est en particulier leur bilan.
La France de 1976 est aujourd'hui bien loin, et les entreprises en l'an 2000 ont désormais une autre structure, d'autres relations économiques, et ont professé d'autres choix d'investissement.
La considérable modification de la structure des bilans des entreprises non financières comme l'élévation du patrimoine par les entreprises financières ont comme particularité d'être aujourd'hui sans influence fondamentale sur le montant de la taxe professionnelle du fait de l'exemption dont jouissent les actifs financiers à ce titre.
Les chiffres que nous citons dans l'exposé des motifs de notre proposition de loi sont éloquents.
De 1970 à aujourd'hui, nous sommes passés de 270 milliards de francs à 26 000 milliards de francs d'actifs financiers détenus par les entreprises.
Où sont ces actifs ? Ils sont tout simplement au moins dans les bilans publiés au titre tant des immobilisations financières que des valeurs mobilières de placement.
De fait, chaque entreprise concernée serait naturellement redevable de la taxe dans la localité de son siège social. En pratique, compte tenu de l'importance de la matière fiscale, il ne peut évidemment en être ainsi. C'est d'ailleurs le sens de l'amendement que nous avons déposé sur le sujet et que nous examinerons par la suite.
Vouloir taxer les actifs financiers est une mesure de justice fiscale entre assujettis à la taxe professionnelle ; elle pose évidemment des questions de modalités techniques.
La justice du prélèvement, c'est de pénaliser effectivement et concrètement la dérive financière qui affecte nombre de nos entreprises et qui permet notamment à celles qui disposent d'une surface financière non négligeable de jouer de la diversité de leurs placements pour s'autofinancer au détriment de toutes celles qui paient encore aujourd'hui la taxe professionnelle « plein pot », les petites et moyennes entreprises notamment.
C'est aussi pour nous la volonté de faire effectivement de la taxe professionnelle un bon impôt, un impôt sur le capital qui, comme le dit Michel Pebereau, soit « un impôt intelligent dans son principe puisqu'il pousse à l'utilisation efficace des facteurs de production ».
Quand on est gérant d'un commerce de proximité ou d'une PME du bâtiment, nul doute que les problèmes de placement du fonds de roulement n'ont que peu de place dans les décisions de gestion. En revanche, quand on est dirigeant de Carrefour ou de Bouygues, on se trouve évidemment dans un autre cas de figure, parce qu'on a de la marge, une marge qui provient quelquefois des profits que l'on a obtenus au détriment des deux premiers.
Proposer la taxation des actifs financiers est donc un impératif d'égalité de traitement entre entreprises, égalité que l'on ne peut obtenir que par cet élargissement d'assiette.
Quant aux modalités techniques de la mise en oeuvre de la taxation des actifs financiers, nous avons indiqué notre souci de faire de celle-ci un outil indispensable de péréquation des recettes des collectivités locales.
Il convient donc aujourd'hui, avec la taxation des actifs financiers, d'entrer dans une autre phase, une phase dans laquelle l'autonomie financière des collectivités locales serait confortée par l'attribution, via un fonds de péréquation, de sommes autrement plus importantes que celles qui sont actuellement réparties au travers du fonds existant.
Une taxation, même minime, des actifs financiers à 0,3 %, susceptible de rapporter plus de 70 milliards de francs, représente tout de même dix fois plus que l'actuel montant engagé dans les circuits de péréquation de la taxe professionnelle !
Un tel prélèvement sur les actifs financiers des entreprises au titre de la taxe professionnelle alimenterait en ressources l'ensemble des collectivités, qui sont aujourd'hui confrontées à un triple défi.
Le premier est un défi de réparation sociale, avec l'explosion des dépenses d'action sociale et d'insertion, y compris dans le contexte actuel de reprise.
Le deuxième est un défi d'impulsion économique, dans la mesure où les dépenses non seulement de fonctionnement, mais aussi d'investissement des collectivités ont un incontestable effet d'entraînement sur l'activité économique. Chacun sait que l'argent des communes ne dort pas ; il est remis la plupart du temps en circulation - et cela à 100 % -, au moyen de l'investissement direct ou de la distribution de pouvoir d'achat.
Le troisième défi est celui de la stimulation de l'emploi car, à l'évidence, si les collectivités locales n'administrent pas l'économie et encore moins les entreprises, le droit constitutionnel à l'emploi leur confère une responsabilité particulière. Les collectivités locales n'administrent-elles pas, en effet, les dégâts sociaux qui résultent de la gestion des groupes ? Je pense, par exemple, aux dégâts causés par les plans, dits sociaux, de licenciements.
Telles sont les observations que nous nous devions de formuler à l'occasion de cette discussion. Nous aurons l'occasion de revenir sur tous ces points lors de l'examen de nos amendements. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen.)
Mme Hélène Luc. Très bien !
M. le président. La parole est à M. Miquel.
M. Gérard Miquel. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, le budget pour 2001, qui marque un progrès constant de l'équilibre des finances publiques, est caractérisé par une augmentation des recettes fiscales des collectivités locales et par une évolution particulièrement favorable des concours financiers de l'Etat, lesquels passeront de 293,5 milliards de francs en 2000 à 337 milliards de francs en 2001, soit une progression de 14,8 %.
Par ailleurs, au titre du contrat de croissance et de solidarité passé entre l'Etat et les collectivités locales, un tiers de la croissance du produit intérieur brut sera pris en compte, en 2001, dans le calcul de l'évolution des dotations de l'Etat. C'est que les collectivités locales, comme les citoyens, profitent, elles aussi, de la croissance.
Jusqu'en 1997, les collectivités locales avaient dû restreindre leur effort d'équipement tout en se trouvant contraintes d'augmenter fortement la fiscalité locale pour faire face à l'accroissement de leurs dépenses de fonctionnement et pour pallier l'insuffisance des dotations de l'Etat. Depuis cette date, c'est avec constance qu'elles s'efforcent de limiter la pression fiscale qui s'exerce sur les contribuables locaux. Ce phénomène de limitation de la croissance des taux d'imposition, voire de stabilisation, touche aussi bien les communes que les groupements, les départements ou les régions.
Par ailleurs, les collectivités locales profitent, dans leur ensemble, d'une croissance très soutenue des bases de la taxe professionnelle du fait de l'amélioration de la situation économique du pays.
L'évolution satisfaisante de la fiscalité directe des collectivités locales devrait donc se poursuivre, une part plus importante que par le passé du produit de cette fiscalité devant toutefois être perçue sous la forme de compensations qui s'élèveront, en 2001, à 128 milliards de francs.
En 2001, la suppression de la vignette perçue par les départements, dont nous allons discuter tout à l'heure, confirmera cette tendance.
Mes chers collègues, en ma qualité de vice-président du conseil général du Lot, où la vignette était la plus chère de France, je me réjouis d'autant plus d'une telle suppression,...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vous pouvez, parce que la compensation sera plus importante !
M. Gérard Miquel. ... que cet impôt était devenu totalement injuste et que le déséquilibre qui existait entre les départements était parfaitement insupportable. Cette suppression est particulièrement appréciée par nos concitoyens, qui n'auront pas, en cette période de l'année, à effectuer l'achat qu'ils appréhendaient de faire !
M. Bernard Murat. Ils paieront autrement !
M. Gérard Miquel. Heureusement, la compensation de la suppression de la vignette sera intégrale et indexée sur la DGD, soit une progression de 3,4 %. Cela étant, je tiens à souligner que cette suppression est le résultat non pas d'un effet de mode, mais de choix clairs visant à augmenter le pouvoir d'achat des Français, afin que celui-ci induise plus de croissance et plus d'emplois, c'est-à-dire moins d'inégalité et moins d'exclusion.
La proposition adoptée par nos collègues de l'Assemblée nationale et visant à faire bénéficier les organismes d'HLM des zones urbaines sensibles d'un abattement de 30 % sur la taxe sur le foncier bâti va dans le même sens : moins d'inégalités, moins d'exclusions.
En 2001, le total des dotations au titre du contrat de croissance et de solidarité sera donc de 167 milliards de francs. Au sein de l'enveloppe normée, la dotation globale de fonctionnement occupe une place prépondérante : avec près de 114 milliards de francs, elle augmente de 3,42 % par rapport à la loi de finances pour 2000, soit une progression de 3,8 milliards de francs en volume. C'est la plus importante augmentation octroyée ces dernières années, et nous avons tout lieu de nous en féliciter.
La DGF de l'année 2001 est par ailleurs abondée de trois majorations exceptionnelles inscrites au projet de loi de finances pour un montant de 1,850 milliard de francs : 500 millions de francs pour la DSU au titre de la loi de finances pour 1999, 350 millions de francs pour cette même DSU au titre de la loi de finances pour 2001 et 1 milliard de francs pour la dotation d'intercommunalité, soit un doublement par rapport au budget 2000.
Je me félicite que cette majoration destinée à renforcer et à simplifier la coopération intercommunale soit la conséquence du succès croissant des nouvelles communautés d'agglomération et j'en profite pour saluer ce succès. Près d'un an après leur création, les communautés d'agglomération commencent en effet à peser lourd dans le paysage institutionnel local. Au nombre de cinquante, pour celles qui ont été créées avant le 31 décembre 1999, elles regroupent près de six millions d'habitants répartis sur 756 communes. Le volume de dépenses de ces nouveaux groupements à fiscalité propre atteindra cette année plus de 20 milliards de francs dans le cadre de leur premier budget.
Les crédits alloués à la ville, quant à eux, augmentent de 70 %. La dotation de solidarité rurale a été abondée de 150 millions de francs dans sa fraction bourg-centre, après avoir augmenté de 25 % en 2000.
Par ailleurs, plusieurs autres dotations évoluent comme la DGF : c'est le cas de la dotation « instituteurs » et la dotation « élu local ».
S'agissant de la dotation générale de décentralisation, elle s'élève à 37,3 milliards de francs et intègre, outre la progression de 3,42 %, la compensation de la suppression de la vignette aux départements, dont le montant, de 12,5 milliards de francs cette année, progressera comme la DGD dans laquelle il est intégré.
Ainsi donc, en masse, les concours de l'Etat s'élèveront - et je m'en félicite - à 337 milliards de francs, soit une augmentation de 15 %, alors que le budget de l'Etat ne progresse que de 1,5 %. Les concours de l'Etat progresseront donc dix fois plus que son budget, ce qui représente un important accompagnement de la croissance.
J'ajoute cependant que ces sommess seront les bienvenues, tant les charges de toutes sortes qui pèsent sur nos collectivités sont croissantes.
Monsieur le président, madame la secrétaire d'Etat, mes chers collègues, les relations financières entre l'Etat et les collectivités locales se sont donc beaucoup améliorées depuis 1997 : plus de concertation et plus de coopération ont ainsi apporté davantage d'équilibre.
Au nom du groupe socialiste, je me permets de souhaiter que de nouveaux progrès soient réalisés dans ce sens, en particulier en ce qui concerne la péréquation, laquelle doit corriger les déséquilibres des ressources qui se sont fortement accrues au cours des années passées.
J'espère que nous parviendrons aussi à réviser nos bases d'imposition, car elles sont devenues un facteur d'inégalité fiscale, notamment au regard de l'impôt régional, de l'impôt départemental et de l'impôt de communautés de communes, en particulier les communautés de communes à fiscalité additionnelle.
Le fait que la fiscalité soit calculée sur des bases établies en 1970 est une entrave à l'intercommunalité dans les zones rurales. Entre une ville centre et les petites communes situées à la périphérie, on constate des écarts de un à trois.
Cette analyse est aussi valable pour la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, dont le montant est en progression depuis quelques années.
Notre collègue Joël Bourdin disait que le Gouvernement avait fait le choix de soutenir les villes contre les campagnes. Je ne partage pas cette analyse ; et je suis pourtant maire d'une commune de 270 habitants et président d'une communauté de communes de dix-sept communes rassemblant 4 800 habitants.
Il est normal que la DGF allouée aux communautés de communes soit aussi fonction des compétences que celles-ci exercent : les communautés de communes qui n'ont que très peu de compétences ne peuvent pas recevoir le même soutien que les communautés de communes qui exercent des compétences beaucoup plus larges. Pour la communauté de communes que j'ai l'honneur de présider, la DGF est de 720 francs par habitant. Je crois que cette explication suffit à démontrer que les propos et l'analyse de M. Bourdin étaient quelque peu caricaturaux.
Je sais que nous pouvons compter sur le Gouvernement pour faire ce qu'il faut afin que les collectivités locales puissent non seulement assumer les tâches qui sont actuellement les leurs, mais aussi assurer les fonctions et les rôles qu'elles ne manqueront pas de remplir, avec un sens croissant de leurs responsabilités. (Applaudissements sur les travées socialistes.)
M. le président. La parole est à M. Murat.
M. Bernard Murat. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, nul ne conteste la nécessité de réformer notre système fiscal. En effet, il ne remplit plus ses objectifs traditionnels en matière de rendement fiscal, d'efficacité économique, de justice sociale ; il porte en outre un rude coup d'arrêt à la décentralisation.
Pourtant, plutôt que d'engager une véritable réforme de la fiscalité locale, le gouvernement de Lionel Jospin se borne à la démanteler pour la remplacer par des dotations budgétaires.
Hier, il supprimait la part salaire de la taxe professionnelle, la part régionale de la taxe d'habitation et il réformait les droits de mutation, ainsi que les dégrèvements de la taxe d'habitation.
Aujourd'hui, par ce projet de loi de finances, le Gouvernement nous propose de supprimer partiellement le produit de la vignette perçu par les départements.
Pour chacune de ces cinq mesures, le Gouvernement a recours à une compensation par dotation budgétaire.
Ce n'est pas ainsi que notre fiscalité locale deviendra plus juste, plus efficace pour aider les maires à réaliser les investissements nécessaires à l'amélioration de la vie quotidienne des Français, plus particulièrement dans les villes petites et moyennes.
Cette considération me conduit à formuler cinq remarques.
Premièrement, cette politique de démantèlement menée par le Gouvernement conduit à détériorer progressivement le lien fiscal existant entre le contribuable local et les collectivités territoriales.
En effet, les recettes fiscales payées par les contribuables locaux passent de 376 milliards de francs avant les réformes à 291 milliards de francs après les réformes. Au total, la part des recettes fiscales payées effectivement par les contribuables locaux dans les recettes de fonctionnement des collectivités locales passe de 53 % avant les réformes à 41 % après les réformes !
Deuxièmement, cette substitution de dotations forfaitaires aux ressources fiscales a pour conséquence de soumettre l'évolution des ressources anciennement fiscales aux règles de calcul complexes qui gouvernent les dotations de l'Etat.
Nul n'ignore que ces dotations budgétaires ne permettent pas d'assurer la pérennité des ressources locales. L'évolution, en 2000, de la dotation de compensation des pertes liées à la réforme de la taxe professionnelle en est un exemple criant.
La loi de finances de 1999 dispose que cette compensation est indexée sur l'évolution réelle de la dotation globale de fonctionnement. Or la progression de la DGF pour 2000 a fait l'objet d'une régularisation négative.
En effet, l'indice de progression de la DGF en 1998 s'élevait à 1,7 %, alors que le projet de loi de finances pour 1998 l'évaluait à 2,4 %. Ainsi, le Gouvernement, en appliquant le taux réel de progression de la DGF à cette dotation de compensation, lui a fait supporter, en 2000, les effets d'un trop perçu dont elle n'a pas bénéficié.
Troisièmement, ces cinq réformes remettent en cause l'autonomie fiscale des collectivités locales. En effet, à la suite de ces réformes, la part des recettes fiscales dans les recettes totales, hors emprunt des collectivités, passe de 55 % à 48 % pour les communes, de 59 % à 43 % pour les départements et de 58 % à 36 % pour les régions.
Madame le secrétaire d'Etat, n'oubliez pas que l'aube du xxie siècle, les collectivités locales restent un interlocuteur essentiel pour prévenir les risques de fractures civique, sociale ou territoriale.
La décentralisation se mesure à la liberté dont disposent les collectivités territoriales au sein d'un Etat unitaire. Cette liberté exige que les organes locaux bénéficient d'une réelle autonomie dans l'exercice de leurs fonctions. La libre administration doit être à la fois juridique, technique et financière. Et l'autonomie financière ne se résume pas à la liberté de dépenser !
Brider la liberté fiscale des collectivités emporte donc de nombreuses conséquences dommageables. Tout d'abord, se pose le problème de leur effectivité ; ensuite, leurs efforts de gestion se trouvent annihilés. Ainsi, la baisse de 25 % opérée en 2000 par le conseil général de la Corrèze sur la vignette automobile devient lettre morte.
Quatrièmement, j'en viens à la marge de manoeuvre des collectivités sur la fiscalité directe locale.
Avant ces réformes, pour augmenter leurs recettes de 5 %, les communes devaient augmenter les taux de leur fiscalité directe de 10,2 %. Depuis ces réformes, pour augmenter leurs recettes de 5 %, les communes devront augmenter leurs taux de 12 %. En effet, la contraction des assiettes fiscales opérée par ces réformes implique un effort fiscal supplémentaire. En d'autres termes, pour les communes, ces réformes entraînent une augmentation de l'effort fiscal de 18 %.
Enfin, cinquièmement, j'évoquerai la situation des contribuables.
Les contribuables français souhaitent, à juste titre, pouvoir bénéficier du partage des fruits de la croissance. Pour eux, la distinction entre contribuable local et contribuable national n'a aucun intérêt : c'est toujours leur portefeuille qui est concerné. Pour eux, ces réformes de la fiscalité locale sont au mieux une opération blanche. En effet, ce qu'ils ne payeront plus en tant que contribuable local, ils devront l'acquitter en leur qualité de contribuable national. Et croyez-le bien, madame, les médias se chargeront de le dévoiler !
Pour certains d'entre eux, ces réformes vont même augmenter la pression fiscale. En effet, nombre de nos concitoyens sont exclus de ces réformes alors qu'ils participent au financement des dotations de compensation versées par l'Etat aux collectivités. Je prendrai deux exemples pour illustrer mon propos.
Ainsi, au sein des professions libérales, ceux qui emploient moins de cinq salariés ont été injustement exclus de la réforme de la taxe professionnelle.
Par ailleurs, le Gouvernement et sa majorité plurielle veulent maintenir la vignette pour certaines entreprises, certains artisans, certaines exploitations agricoles et pour l'ensemble des professions libérales. Une telle inégalité de traitement est, pour moi, insoutenable !
C'est la raison pour laquelle je souscris pleinement aux propositions formulées par notre collègue et ami Philippe Marini concernant la suppression de la vignette automobile. En effet, à mes yeux, la vignette doit être complètement supprimée et cette suppression doit s'accompagner d'un transfert aux conseils généraux de recettes fiscales actuellement perçues par l'Etat. Une telle proposition renforcera l'autonomie fiscale des conseils généraux tout en faisant bénéficier les contribuables d'une diminution de la pression fiscale.
Au demeurant, madame le secrétaire d'Etat, compte tenu des remarques que je viens de formuler, il me semble que le Gouvernement doit revoir totalement sa copie concernant la rénovation de la fiscalité locale. Je rappellerai qu'en juin dernier le Sénat a énoncé plusieurs pistes de réflexions à ce sujet : rénovation de l'assiette des impôts existants, transfert du produit de certains impôts, vote de taux additionnels aux impôts perçus par l'Etat.
En tout état de cause, madame le secrétaire d'Etat, si vous émettez un avis défavorable sur les propositions de la commission des finances sur la suppression de la vignette automobile, vous nous prouverez trois choses : d'abord, que le Gouvernement a l'intention de transformer la décentralisation française en une forme hybride de déconcentration ; ensuite, que le Gouvernement n'a pas l'intention de réduire la pression fiscale pesant sur nos concitoyens ; enfin, et son objectif est clair - qu'il veut transformer les maires en obligés de l'Etat, au mépris de ses effets d'annonce sur la décentralisation.
Defferre, réveille-toi, ils sont devenus fous ! (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Richert.
M. Philippe Richert. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, les parlementaires - pas seulement eux d'ailleurs, nos concitoyens également - ont très souvent le sentiment que l'Assemblée nationale et le Sénat ne jouent plus complètement leur rôle.
Certes, ils discutent et votent les lois, mais cela ressemble plus à une consultation, les décisions étant prises et annoncées ailleurs. L'épisode de la vignette illustre de façon édifiante et irréfutable cette dérive.
La période d'imposition à la vignette courant du 1er décembre au 30 novembre de l'année suivante, le Gouvernement a anticipé le vote du projet de loi de finances en décidant de ne pas demander aux particuliers l'acquittement de cette taxe pourtant exigible dès le 1er décembre.
Les effets d'annonce, l'attrait du journal télévisé sont tels que le Gouvernement n'a pas hésité à empiéter allègrement sur les prérogatives du Parlement puisque, au mieux, celui-ci ne pourra que confirmer a posteriori les décisions du Gouvernement de ne pas percevoir la vignette pour le compte du département. C'est surprenant !
Dans ces conditions, comment croire le Premier ministre lorsqu'il évoque la restauration de la politique ou le renforcement du rôle du Parlement ?
Devant l'accroissement des rentrées fiscales du fait de la croissance, d'une part, la demande sociale de partage de cette richesse, d'autre part, le Gouvernement a souhaité faire plaisir en annonçant toute une série de mesures d'allégements et d'exonérations.
Je ne reviendrai pas sur les difficultés de lisibilité de ces décisions ni sur le problème de leur cohérence globale. Plusieurs semaines de débat, très public puisqu'il s'est tenu dans la rue, les ont suffisamment mises en lumière.
Mais une question subsiste : pourquoi dans le panel de possibilités d'allégements des charges a-t-on privilégié la suppression de la vignette, de préférence, par exemple, à celle de la redevance sur l'audiovisuel ?
J'avoue que, lorsque j'aborde ce sujet, je n'obtiens aucune réponse claire.
Une approche très politicienne consisterait à faire remarquer que c'est une taxe impopulaire et que sa suppression devait profiter à celui qui en aurait fait l'annonce. Ce serait prêter aux auteurs de cette démarche une certaine démagogie !
J'élimine donc d'office cette hypothèse, qui ne pourrait pas convenir.
Etait-ce donc un impôt injuste ? Au contraire, il taxait fortement les voitures puissantes et ne touchait que très peu les voitures de faible cylindrée.
Cette taxe pesait-elle beaucoup sur les foyers fiscaux ? Sa suppression est-elle de nature à procurer un peu de confort matériel aux plus démunis ? Les calculs ont démontré que la vignette ne représente pas 1 % de la dépense annuelle consentie pour la voiture.
Chacun aura fait la comparaison entre ce que représente le prix de la vignette et un plein d'essence par exemple !
Cette vignette nuisait-elle à la lisibilité des impôts ?
Au contraire, c'était l'une des seules taxes à être affectée à une collectivité unique !
En réalité, le dispositif du Gouvernement s'illustre principalement par ses effets négatifs sur le département puisqu'il va priver le conseil général de la liberté de décider d'une partie de ses recettes budgétaires.
Cette mesure s'ajoutant à d'autres, l'autonomie financière des départements, c'est-à-dire la part de leurs recettes fiscales rapportée à leurs recettes réelles de fonctionnement, passe de 70 % en 1998 à 54 % en 2001. Or, il est essentiel que les collectivités aient la possibilité de définir leurs moyens pour faire aboutir leurs projets. Vous savez bien que, si l'on n'a pas les recettes, les moyens financiers adéquats, on ne peut pas mettre en oeuvre une politique.
Amputer les collectivités de leurs compétences en matière de recettes fiscales, nous le savons, c'est les corseter dans leurs projets de dépenses. A ce rythme, madame le secrétaire d'Etat, à quand le remplacement du président du conseil général par le préfet,...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Bonne question !
M. Philippe Richert... qui redeviendrait l'exécutif d'une assemblée départementale dont la seule vocation serait d'organiser un débat autour de dépenses, dans le cadre de recettes et de moyens qui seraient fixés par l'Etat ?
Bien entendu, le Gouvernement se défend de nourrir de telles arrières-pensées et prend à témoin la commission Mauroy. Mais alors, madame le secrétaire d'Etat, que répondez-vous si l'on vous demande non pas d'indexer l'évolution de la compensation de la vignette sur la DGF mais simplement de la calculer annuellement en fonction de l'évolution réelle du nombre de voitures en circulation dans chaque département ? A l'évolution virtuelle je préfère, quant à moi, un ancrage concret sur les immatriculations, car il serait injuste que l'Etat profite seul de l'embellie économique et se réserve les marges nouvelles ainsi dégagées.
Pour mieux appréhender l'évolution des rentrées pour 2001, j'ai saisi le préfet de mon département afin qu'il m'indique les chiffres des immatriculations, mois par mois, année par année, en fonction de la puissance des voitures. La réponse à ces questions simples - et l'on peut s'attendre qu'un ordinateur de puissance moyenne soit susceptible de la fournir - est pour moi un préalable à l'établissement de relations claires et sereines entre l'Etat et le département. Malheureusement, il m'a été répondu que ces renseignements n'étaient pas disponibles.
Autrement dit, on va établir de nouvelles bases pour les dotations des départements sans avoir une connaissance préalable des éléments en fonction desquels seront calculées ces dotations.
Madame la secrétaire d'Etat, êtes-vous prête à nous fournir ces éléments de manière que nous puissions mesurer ce que signifie réellement ce transfert, pour que les départements ne soient pas simplement obligés d'accepter ce que l'on veut bien leur donner mais qu'ils aient la possibilité de discuter d'égal à égal avec le Gouvernement.
Je souhaite formuler une dernière remarque, dont l'importance n'est cependant pas moindre.
Les exonérations prévues par le Gouvernement entraînent une nouvelle injustice entre les catégories de bénéficiaires. Il faut être conséquent et aller jusqu'au bout de la logique en exonérant tous les véhicules : cela évitera la confusion qui naîtrait d'une situation où seules quelques voitures porteraient encore le macaron, rendant les contrôles extrêmement difficiles. C'est la demande que formule la commission des finances, et je m'y associe.
Il faut bien avouer que après l'encadrement des droits de mutation, la suppression des parts régionales et départementales de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, la suppression de la part salariale de la taxe professionnelle, l'Etat reste cohérent en proposant la suppression de la vignette. Cela revient à encadrer encore davantage les collectivités, à les corseter, à les mettre sous tutelle financière.
En outre, tout cela a été décidé sans aucune concertation, sans débat, y compris au Parlement.
Madame le secrétaire d'Etat, je ne connais pas un pays d'Europe où les collectivités sont traitées avec autant de désinvolture de la part du Gouvernement. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR, des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Je réitère ici la demande formelle de l'Assemblée des départements de France, qui souhaite que les conseils généraux soient associés en amont aux débats et qu'ils puissent disposer de la liberté fiscale indispensable à l'exercice des prérogatives, responsabilités et compétences importantes qui sont les leurs.
Hier, dans mon département, un point d'augmentation de la fiscalité rapportait 17 à 18 millions de francs ; demain, la même augmentation ne dégagera plus qu'un produit d'environ 12 millions de francs.
Ces marges qui nous sont rognées sont autant de contraintes supplémentaires.
Je souhaite du fond du coeur qu'une conférence annuelle rassemblant l'Etat et les représentants des différentes collectivités territoriales puisse se tenir pour définir un vrai partenariat, de manière que nous ne découvrions plus, chaque année, des mauvais coups portés aux collectivités et à la décentralisation.
J'attends du Gouvernement, non pas des apaisements verbaux, mais des réponses claires aux questions légitimes que le Sénat, représentant des collectivités territoriales, lui adresse. (Applaudissements sur les mêmes travées.)
M. le président. La parole est à M. Paul Girod.
M. Paul Girod. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, nous sentons bien, au ton des interventions qui se succèdent à cette tribune depuis quelques instants, que nous sommes pratiquement arrivés à une heure de vérité, à un tournant. Le révélateur, c'est l'affaire de la vignette ; c'est aussi l'affaire de la taxe d'habitation dans les régions.
Tout cela pose des questions de fond par rapport aux doctrines officielles, aux conclusions proclamées de la commission Mauroy en faveur d'un approfondissement de la liberté des collectivités locales et de la décentralisation, grande oeuvre, paraît-il, de la majorité actuelle, accomplie à partir de 1981.
On sent bien que l'unicité du discours est faible et la lisibilité de l'ensemble rien moins qu'évidente.
Aussi, madame le secrétaire d'Etat, je souhaite vous poser quelques questions.
Quelle est, en réalité, la doctrine ? Vers quoi allons-nous ?
Tout à l'heure, Jean-Pierre Fourcade a exploré les problèmes que posait le retour à une autonomie fiscale des collectivités territoriales, qui est le choix officiel. Moi, je vais vous poser une autre question : quelles sont les perspectives de la suppression de la fiscalité territoriale ?
En effet, on a beau dire que les collectivités vont s'administrer avec une marge de manoeuvre de plus en plus grande, on s'aperçoit que leurs capacités d'arbitrage, d'action, d'innovation, d'initiative se réduisent et que les retombées de l'activité économique qu'elles peuvent recevoir pour les mettre à la disposition de leur population sont de plus en plus rognées.
Il s'agit de savoir, au-delà du discours officiel, vers quoi nous allons si ce mouvement doit se poursuivre.
Il me semble avoir lu encore récemment dans la Constitution que « les collectivités territoriales s'administrent librement par des conseils élus et dans les conditions fixées par la loi », et non « dans le cadre de leur obéissance aux oukases du Gouvernement quant à leurs grandes lignes d'action ».
Que penser, pourtant, de toutes ces dotations de l'Etat qui, depuis quelques années, tendent à se substituer à la libre décision des collectivités locales ? Et je ne parle pas des compensations des suppressions : on a fait justice tout à l'heure du système d'indexation qui les fait évoluer.
Au passage, on peut remarquer que la mise en place de la suppression de la part salaires de la taxe professionnelle aboutit à ce scandale magnifique qui fait qu'on est en plein dans la conservation des avantages acquis. Je sais bien que c'est une doctrine chère à certains de nos collègues, mais que se passe-t-il pour les collectivités qui font l'effort d'attirer de nouvelles entreprises sur leur territoire, d'en aider à se créer, ou pour les communautés de communes qui ont mis en place des zones industrielles sur lesquelles elles permettent à de nouvelles entreprises de s'implanter, alors qu'elles n'auront pas les références de compensation de la part salaires de la taxe professionnelle puisque, par définition, la première imposition de ces entreprises se fera après la fin du repérage ?
Mais je reviens aux dotations propres de l'Etat et, par là même, à un clou que j'enfonce assez souvent.
La décentralisation est peut-être née de la loi Defferre, mais elle n'a été possible que parce que, avant, il y a eu, certes, la loi Bonnet, mais aussi et surtout l'instauration de la liberté d'emprunt des collectivités locales...
M. Yves Fréville. Absolument !
M. Paul Girod. ... et d'une DGF qui était un espace de liberté parce qu'elle était distribuée selon des critères objectifs, non selon des critères d'obéissance à des politiques nationales. Maintenant, la DGF est fonction de l'obéissance des collectivités territoriales, en particulier des communes, aux oukases édictés par l'Etat en matière d'intercommunalité, de politique de la ville, etc. Autrement dit, elle n'est plus une dotation neutre, elle est devenue un instrument de « guidance » de ces enfants - autrefois on parlait de « guidance infantile » - que sont désormais les responsables des collectivités territoriales, à qui il faut, par le biais de l'argent, dicter leur devoir.
Si c'est vers cela que l'on tend, je vous le dis tout de suite, madame le secrétaire d'Etat, le débat d'aujourd'hui, qui est révélateur d'une évolution dans les conceptions et la réalité de l'action du Gouvernement, va s'amplifier et prendre probablement une gravité que vous ne soupçonnez pas.
Je crains que le Sénat ne soit, une fois de plus, amené à se singulariser, à redevenir une « anomalie », en tout cas à se dresser comme un obstacle sur la route de certains théoriciens, et ce sera son honneur que de défendre les collectivités territoriales. Le Conseil constitutionnel n'a-t-il pas rappelé récemment que notre assemblée avait notamment pour rôle d'être l'interprète de l'expérience de ces mêmes collectivités dans la gestion quotidienne du territoire ? (Applaudissements sur les travées du RDSE, de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. le président. La parole est à M. Loridant.
M. Paul Loridant. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, cette seconde intervention du groupe communiste républicain et citoyen portera sur le problème de l'évolution des dotations en faveur des collectivités locales.
L'examen des dispositions du projet de loi de finances pour 2001 laisse clairement apparaître que nous nous trouvons dans une phase intermédiaire, entre un pacte de croissance et de solidarité en fin de vie et des réformes plus fondamentales, souhaitables et à venir.
Que constatons-nous, en effet ? Une fois de plus, comme cela s'est déjà produit l'an dernier, c'est au travers de majorations de caractère exceptionnel que l'on a réussi à répondre aux besoins de financement des collectivités locales.
Cette situation n'est pas satisfaisante et soulève la question récurrente de l'équilibre de l'ensemble des dotations d'Etat aux collectivités locales.
Chers collègues de la majorité sénatoriale, vous avez déposé des amendements sur l'ensemble des articles de ce volet du projet de loi de finances. C'est bien, mais je vous rappelle que, sous un autre gouvernement, dans un passé assez récent, vous avez voté également des dispositions remettant sensiblement en cause cet équilibre.
N'oubliez pas non plus que vous avez voté contre les lois de décentralisation. Je dis cela à ceux qui invoquaient Gaston Defferre voilà quelques minutes.
M. Louis de Broissia. C'est vieux !
M. Hilaire Flandre. Vous n'étiez pas né ! (Sourires.)
M. Paul Loridant. Eh bien si, mon cher collègue, mais je n'étais pas encore sénateur ! (Nouveaux sourires.) Cependant, j'étais déjà élu local.
C'est en effet pendant la période 1993-1997 qu'a été réformée la dotation globale de fonctionnement - dont il est évident qu'elle est aujourd'hui totalement bloquée, ce qui contraint à utiliser l'artifice des majorations exceptionnelles -, que l'on a réduit la compensation de la TVA au titre du FCTVA, que l'on a supprimé la DGE pour les communes de plus de 20 000 habitants, que l'on a formalisé un pacte de stabilité qui s'attaquait encore aux dotations et aux ressources des collectivités locales.
M. Josselin de Rohan. C'est le contraire !
M. Paul Loridant. Aujourd'hui, alors que nous sommes dans une phase de reprise de la croissance économique, vous semblez, chers collègues de la majorité sénatoriale, pris d'un vif désir de majorer les dotations en faveur des collectivités locales.
M. Josselin de Rohan. Vous, vous les minorez !
M. Paul Loridant. N'ayez pas la mémoire courte !
M. Josselin de Rohan. Nous sommes réalistes !
M. Paul Loridant. Certes, le calendrier s'y prête puisque 2001 sera l'année du renouvellement des conseils municipaux, du renouvellement des conseils généraux et même du renouvellement d'une partie du Sénat.
Bref, madame la secrétaire d'Etat, une stratégie de séduction est en oeuvre... (Rires)
M. Philippe Marini, rapporteur général. N'est-ce pas normal que nous cherchions à séduire ?
M. Paul Loridant... en direction des élus locaux.
Certes, c'est le rôle du Sénat de représenter les collectivités territoriales mais, mes chers collègues, les élus locaux n'ont pas la mémoire courte : ils sauront se souvenir de toute l'histoire du financement des collectivités locales.
M. Josselin de Rohan. Absolument !
M. Paul Loridant. Pour notre part, au-delà de cette controverse sur le caractère variable de l'attitude de la commission des finances et de la majorité sénatoriale, nous estimons plus que jamais indispensable une remise à plat des règles et une remise à niveau des dotations budgétaires allouées par l'Etat aux collectivités territoriales.
Ainsi, nous nous interrogeons sur le devenir de la dotation globale de fonctionnement, dont l'économie générale, si elle a pu être satisfaisante un moment, ne l'est plus aujourd'hui.
Nous pensons en particulier que, si l'on doit renforcer le caractère péréquateur de la dotation, et notamment de la dotation d'aménagement, il convient aussi de créer les conditions d'une alimentation plus importante de l'enveloppe globale de la dotation, en la liant plus fermement et plus durablement à la croissance économique.
Nous ne pouvons oublier que, au-delà des recettes fiscales autonomes des collectivités locales, la dotation forfaitaire constitue la principale ressource de la grande majorité des communes de notre pays.
De surcroît, nous ne sommes pas convaincus que la dotation globale de fonctionnement soit nécessairement l'outil de péréquation le plus adapté. D'ailleurs, nous constatons la nécessité de créer une dotation sociale urbaine, une dotation rurale, une dotation aux communes touristiques, et je pourrais continuer l'énumération.
Enfin, nous nous inquiétons de voir régulièrement les ressources de nature fiscale qui sont au libre choix des collectivités territoriales remplacées par des dotations budgétaires de l'Etat. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.) Mais oui, mes chers collègues, c'est une évolution qui porte en germe une atteinte au principe de la libre administration des collectivités territoriales (Bravo ! et nouveaux applaudissements sur les mêmes travées) , principe constitutionnel qui s'impose à tous. Souvenez-vous de vos conflits avec le Gouvernement Juppé au moment du vote du budget du ministère de l'intérieur. (M. Hilaire Flandre s'exclame.)
Vous avez la mémoire courte !
Il est également crucial que la compensation des charges d'investissement des collectivités locales soit plus importante. Cela passe par le fait de revenir sur le taux de compensation du FCTVA et sur le niveau de la dotation globale d'équipement.
Madame la secrétaire d'Etat, ce sont là des dotations utiles pour le financement des investissements des collectivité locales, utiles pour le développement des infrastructures, utiles pour l'activité économique et pour l'emploi.
Une dotation aux collectivités locales, ce n'est jamais de l'argent qui dort, c'est un vecteur d'activité, de croissance et d'emploi. Je rappelle que le volume des investissements des collectivités locales est bien supérieur à celui de l'Etat.
M. Serge Vinçon. Tout à fait !
M. Paul Loridant. C'est dans cette perspective qu'il faut appréhender l'investissement et l'avenir des collectivités locales. Telles sont, madame la secrétaire d'Etat, les quelques pistes que je voulais évoquer devant vous. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen, ainsi que sur certaines travées du RPR, des Républicains et Indépendants, de l'Union centriste, et certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Jarlier.
M. Pierre Jarlier. Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, ce débat sur les recettes des collectivités locales est parfaitement d'actualité car, en dehors de toute interprétation, l'affaiblissement de leur autonomie financière est une réalité.
Progressivement, nos collectivités sont confrontées à une double difficulté budgétaire : les transferts de charges et les pertes de ressources fiscales qui réduisent fortement le potentiel des initiatives locales.
Pourtant, aujourd'hui, les collectivités locales rapprochent quotidiennement l'action publique du citoyen, en constituant le socle d'une démocratie de proximité.
Malheureusement - et c'est un paradoxe - la gestion des ressources financières locales échappe de plus en plus aux acteurs locaux. C'est donc le fondement même de la décentralisation qui est en cause.
La suppression de la part régionale de la taxe d'habitation et de la vignette automobile, même si elles constituent de bonnes nouvelles pour les contribuables, en sont les exemples frappants.
Plus généralement, en trois ans, l'autonomie des ressources propres des collectivités territoriales a diminué de 20 %, soit 80 milliards de francs.
Mais ce constat suscite une autre inquiétude.
La part croissante des compensations au sein des concours de l'Etat aux collectivités locales, qui représentait 65 % de l'effort total de l'Etat en leur faveur en 1998, n'est plus que de 52 % actuellement. Et, à l'issue de la réforme de la taxe professionnelle, il est probable que les dotations « actives » de l'Etat, reflet d'une politique concertée, représenteront moins de la moitié de ses concours.
La perte d'autonomie fiscale et financière de nos collectivités est donc bien une réalité aujourd'hui dans un processus de recentralisation insidieuse.
J'en viens au deuxième point de mon propos : les transferts et les augmentations de charges qui s'accumulent au fil des années. Je ne retiendrai qu'un exemple, celui de la mise en place des 35 heures au sein de nos collectivités.
Sans remettre en cause l'opportunité de cette mesure, il faut souligner son effet brutal prévisible sur l'équilibre de nos budgets, en l'absence de toute compensation financière par l'Etat. Ainsi, pour une ville de dix mille habitants, on peut évaluer le coût de cette nouvelle organisation du travail à environ 1,8 million de francs, ce qui peut représenter une amputation de près de 50 % de sa capacité d'autofinancement nette.
L'appui financier de l'Etat est donc indispensable, et il est regrettable qu'aucune disposition incitative ne soit prévue dès cette année pour assurer une mise en oeuvre progressive de cette nouvelle organisation du travail.
A tout cela s'ajoute une évolution importante dans la répartition des ressources affectées à nos collectivités, notamment en raison du développement des structures intercommunales à fiscalité propre. Je citerai à cet égard deux exemples : les moyens affectés au développement rural et la DGF des EPCI.
En ce qui concerne la dotation de développement rural, la DDR, les communes ne peuvent plus y prétendre, ce qui provoque des besoins nouveaux en DGE, laquelle est déjà très insuffisante pour les communes de moins de 2 000 habitants.
Pourtant, la DDR, qui conditionne en grande partie la capacité d'investissement des EPCI en milieu rural, a baissé de près de 3 % en masse globale en 2000, alors que le nombre de collectivités intercommunales a augmenté de 12 % dans le même temps.
La nouvelle dynamique territoriale impulsée par la loi Chevènement de juillet 1999 risque donc d'être fortement freinée si les investissements structurants, de plus en plus nombreux, ne peuvent être soutenus par manque de moyens.
C'est pourquoi je me permets d'attirer sur ce point l'attention de notre assemblée et celle du comité des finances locales, qui aura à décider de l'abondement de la DDR en 2001.
J'en viens, enfin, à la DGF des EPCI.
Le succès de la nouvelle formule des communautés d'agglomération est incontestable. L'objectif fixé pour 2004 - une cinquantaine de créations - a ainsi été atteint dès cette année et, d'après la direction générale des collectivités locales, la DGCL, en 2001, c'est le financement d'environ quatre-vingts communautés d'agglomération qu'il convient d'envisager.
Dans ces conditions, le montant prévu de DGF des groupements ainsi que celui du prélèvement sur recettes destiné à financer les communautés d'agglomération seront insuffisants, malgré l'abondement de 200 millions de francs voté par l'Assemblée nationale.
C'est pourquoi, en accord avec la commission des finances, le groupe de l'Union centriste propose de porter de 1,2 à 1,6 milliard de francs le prélèvement sur recettes de l'Etat. En effet, si la dotation de compensation de la taxe professionnelle, la DCTP, variable d'ajustement du contrat de croissance, est à nouveau amputée, les collectivités locales seront confrontées, il faut le dire, à une diminution de leur autofinancement.
Dans le même esprit, le bénéfice du prélèvement sur recettes pourrait être élargi aux communautés de communes ayant opté pour la taxe professionnelle unique, la TPU, leur nombre augmentant tout aussi rapidement.
Monsieur le président, madame le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, au-delà de cette loi de finances, c'est une réforme de notre fiscalité locale qui s'impose dans le nouveau paysage institutionnel.
Alain Lambert, président de la commission des finances, que je voudrais remercier au nom de mes collègues de l'Union centriste d'avoir suscité ce débat, l'a dit tout à l'heure : « Nous devons rompre avec l'archaïsme de nos impôts locaux et consolider fortement les finances de nos collectivités locales ».
C'est en effet la gestion de proximité qui constitue le foyer de notre démocratie locale et le support privilégié d'un nouveau contrat de confiance entre l'élu et la population qu'il représente. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, des Républicains et Indépendants et du RPR, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. Je rappelle que la conférence des présidents a fixé à trente-cinq minutes le temps dont dispose le Gouvernement pour répondre.
La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. En premier lieu, je tiens à remercier tout particulièrement le président du Sénat, M. Christian Poncelet, le président de la commission des finances, M. Alain Lambert, et le rapporteur général, M. Philippe Marini, d'avoir permis l'organisation de ce débat.
Les collectivités territoriales constituent le cadre de la vie quotidienne de tous les Français et elles méritaient un tel débat. Il est donc tout à la fois naturel et remarquable que votre Haute Assemblée en ait pris l'initiative.
Le Premier ministre Lionel Jospin n'a pas dit en vain, à Lille, que la décentralisation devait progresser vers une démocratie encore plus proche et je crois que le débat que nous avons ensemble cet après-midi y participe directement.
Le Gouvernement veut se prêter à ce débat, débat qui commence mais qui ne finit pas aujourd'hui, et c'est pour moi un honneur que d'y participer, au nom du Gouvernement, dans ce cadre rénové - ce sont peut-être les prémices d'autres modifications dont nous devrions débattre prochainement - et au sein d'une assemblée qui a toujours marqué une sensibilité particulière à l'égard des collectivités locales. Le Gouvernement attache la plus grande importance à ce sujet, comme l'a à nouveau montré le Premier ministre dans le discours qu'il a prononcé au congrès de l'Association des maires de France le 21 novembre dernier.
Les 338 milliards de francs de concours de l'Etat aux collectivités locales et, au-delà, une partie de l'assiette des impôts locaux sont décidés en plusieurs séquences dans le cadre de l'examen tant de la première partie que de la deuxième partie du projet de loi de finances. Cette répartition répond à une certaine logique, celle de la distinction entre les recettes et les dépenses de l'Etat et, au sein de ces dernières, entre les crédits correspondant à tel ou tel budget ministériel.
Toutefois, il me paraît effectvement très utile que la représentation nationale puisse à un moment quelconque - en l'occurrence cet après-midi - évoquer l'ensemble des aspects ayant trait aux concours financiers de l'Etat aux collectivités locales.
J'essaierai de répondre à un maximum d'interrogations qui m'ont été posées à l'occasion de ce débat. Je vous demande par avance de m'excuser si je ne réponds pas à toutes. En tout cas, je remercie l'ensemble des orateurs, en soulignant notamment la qualité d'un certain nombre d'interventions qui se sont distinguées par leur sérieux et leur absence d'esprit de caricature.
Monsieur le rapporteur général, vous avez fait part de votre inquiétude sur un certain nombre de sujets. Vous vous êtes tout d'abord exprimé sur les SDIS. Le Gouvernement a montré tout l'intérêt qu'il attachait à la situation des SDIS puisqu'il a débloqué des crédits d'aide à leur fonctionnement eu égard notamment aux intempéries qui sont intervenues à la fin de l'année 1999. Mais, surtout, il a été dégagé en faveur de l'équipement des SDIS, à partir de la DGE, 600 millions de francs sur une période de trois ans, et ce à compter de l'année 2000.
Un rapport a été confié à M. Fleury. Bien entendu, le Gouvernement l'examinera très attentivement. Ce rapport est centré sur la clarification et l'organisation du financement des SDIS. Il pourrait faire l'objet de propositions dans le courant de l'année 2001.
Vous m'avez par ailleurs interrogée sur le contrat de solidarité et de croissance. Tout d'abord, permettez-moi de dire combien je suis flattée de l'intérêt que vous portez à ce contrat. Celui qui avait été conclu par le précédent gouvernement - du reste, il s'appelait non pas contrat, mais pacte - préconisait une simple indexation sur les prix. Pour notre part, nous avons mis en place un dispositif tenant compte non seulement des prix, mais également de la croissance.
M. Philippe Marini, rapporteur général. A l'époque, il n'y avait pas de croissance !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Justement, à l'époque, la croissance économique n'était pas très forte. Mais le fait d'avoir intégré la croissance économique a permis aux collectivités locales, dans la période où celle-ci s'est révélée très dynamique, d'engranger, par rapport à ce qu'aurait été la reconduction du pacte Juppé, sur trois années, près de 7 milliards de francs supplémentaires tenant compte d'un certain nombre d'abondements exceptionnels, sur lesquels je reviendrai dans quelques instants.
Par conséquent, je vous remercie de l'intérêt que vous marquez pour ce contrat et de me permettre, de ce fait, d'en saluer tous les effets. Dans son discours du 27 octobre dernier à Lille, le Premier ministre a effectivement indiqué que ce contrat serait prorogé en 2002. Je pense que cette indication est suffisamment claire.
S'agissant maintenant de l'importance que vous avez marquée pour la péréquation, là aussi, je ne puis qu'être d'accord avec vous. Simplement, les chiffres que vous avez cités me paraissent inexacts, ou alors nous nous sommes mal compris. Vous avez dit que les dotations en faveur de la péréquation progressaient de 0,8 %. D'où sort ce taux ? La réalité, mesdames, messieurs les sénateurs, c'est que les dotations en faveur de la péréquation progressent, sur les trois années du contrat de croissance et de solidarité, de 36 %.
M. Michel Sergent. Ce n'est pas tout à fait la même chose !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. C'est ainsi que, depuis 1998, la DSU aura augmenté de 65 % et que la DSR aura, dans le même temps, progressé de 32 %.
Au total, donc, si l'on tient compte de l'ensemble de ces concours ainsi que des moyens affectés au fonds national de péréquation de la taxe professionnelle et au fonds national de péréquation, le niveau de ces dotations atteint 13,2 milliards de francs pour 2001, soit une progression, sur trois ans, de 36 %.
Vous le voyez, le Gouvernement attache une grande importance à la péréquation, les chiffres que je viens de citer en témoignent.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est le passé !
M. Michel Sergent. Ah ! Toujours le même argument !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il souscrit largement au diagnostic qui a été dressé par la commission Mauroy et il fera des propositions en la matière dans le cadre de la réforme d'ensemble des finances locales, qui fera l'objet d'une large concertation. A cet égard, à l'occasion du débat qui a eu lieu à l'Assemblée nationale sur le projet de loi de finances pour 2001, il a été indiqué que le Gouvernement adresserait un rapport au Parlement avant le mois de mai 2000.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Réjouissons-nous !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'en viens à la libre administration des collectivités locales. Il est vrai que c'est un principe tout à fait essentiel. Pour le Gouvernement, il est tout aussi essentiel que les collectivités locales disposent de ressources suffisantes pour financer leurs priorités dans le cadre des compétences qui sont les leurs. C'est, au demeurant, ainsi que le Conseil constitutionnel en a jugé dans la décision qu'il a rendue sur la taxe d'habitation.
M. de Broissia a fortement insisté sur la suppression de la vignette automobile. Je me suis même demandée un moment s'il avait bien compris l'objet des mesures décidées par le Gouvernement...
M. Louis de Broissia. Hélas, oui !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... ou si c'était moi qui ne comprenais pas le sens de son intervention.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cela ira mieux quand vous aurez pris l'habitude d'entendre les élus locaux !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Elle m'a paru, en effet, tellement caricaturale que j'ai eu peine à croire ce que j'entendais. Mais sans doute était-ce une façon de donner un peu de punch à ce premier débat d'un nouveau type sur les collectivités locales. C'est une manière provocante, mais intéressante, je l'admets, d'aborder ces questions.
M. Paul Masson. C'est une bonne note !
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est une mauvaise note !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Mesdames, messieurs les sénateurs, ces questions sont sérieuses. La suppression de la vignette n'aura, bien entendu, aucun impact sur le budget des départements en 2000,...
M. Henri de Raincourt. Mais bien sûr !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... point que vous semblez ignorer. Nous nous y sommes pourtant attardés lors de la présentation que j'ai eu l'honneur de faire devant le comité des finances locales, voilà quelques semaines.
Je vous rappelle donc que, pour 2000, les départements continueront à percevoir les avances en provenance du compte d'avances de la vignette que leur verse l'Etat depuis le début de l'année, sur la base du produit qui a été encaissé l'année dernière.
Le montant de la dernière avance, qui interviendra au début 2001, sera calculé sur la base du produit qu'aurait dû encaisser définitivement l'Etat pour le compte des départements, mais qu'il n'encaissera pas, puisque, comme vous feignez de l'ignorer également, les Français qui n'ont plus à acquitter la vignette ne se précipiteront plus dans les bureaux de tabac. Cela constituera un manque à gagner pour le budget de l'Etat, que vous pourrez examiner de près lorsque vous serez saisis du projet de loi de finances rectificative.
Par conséquent, cette régularisation tiendra compte de l'état du parc automobile, tel qu'il sera constaté définitivement au 31 décembre 2000 sur la base des immatriculations réelles.
Donc, lorsque le Gouvernement déclare que le remboursement aura lieu au franc le franc, c'est exact.
M. Josselin de Rohan. La première année !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'en viens à 2001. (Exclamations sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants. - M. Fourcade sourit) .
M. Henri de Raincourt. Les départements seront les dindons de la farce !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Pour 2000, c'est le produit de la vignette en 2000 établi de la manière que je viens d'indiquer à l'instant qui sera indexé sur la dotation globale de fonctionnement.
Je dois dire que j'ai eu un peu de mal à comprendre le sens des critiques de M. de Broissia, parce qu'il me semble qu'il reproche au Gouvernement un petit peu tout et son contraire.
M. Louis de Broissia. C'est normal !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il nous reproche d'abord d'avoir supprimé la vignette. Je dirai même qu'il semble regretter cette suppression. Qu'à cela ne tienne ! Si vous la regrettez, monsieur le sénateur, proposez de la rétablir !
Vous semblez également nous reprocher d'avoir compensé cette perte de recettes pour les départements. J'ai encore plus de mal à vous comprendre car, après tout, rêvons un peu, en tout cas rêvons comme si nous étions tous des écologistes convaincus.
M. Marcel Deneux. C'est le cas !
M. Louis de Broissia. Oh non !
M. Hilaire Flandre. « Comme si » !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Si tous les automobilistes de Côte-d'Or décidaient, en 2001, de remiser leur automobile dans leur garage et d'utiliser des bicyclettes, M. de Broissia reprocherait-il encore à l'Etat de continuer à verser à ce département de la Côte-d'Or le produit de la compensation correspondant au produit 2000 de la vignette ? (Exclamations sur les mêmes travées.)
M. Louis de Broissia. Allez dire cela aux ménages modestes qui vont à l'usine ! Ce n'est pas sérieux !
M. Paul Loridant. C'est la faute à Voynet !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. A cette question, je crois véritablement que la réponse est non.
M. Louis de Broissia. C'est une Parisienne qui s'exprime !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Ce débat est très sérieux. Les explications ont été données, il convient de s'y tenir.
M. Fréville s'est inquiété de l'évolution de la taxe sur le foncier bâti. La révision des valeurs locatives, vous le savez, ne serait pas systématiquement favorable notamment aux HLM.
Si le Gouvernement a jugé bon de répondre à l'appel des auteurs des amendements qui ont été présentés au sujet de la taxe foncière sur les propriétés bâties, en particulier à l'Assemblée nationale, c'est dans deux buts précis et bien ciblés.
D'abord, il s'agissait d'alléger les charges des organismes d'HLM qui, dans les zones urbaines sensibles, s'engagent à stabiliser les loyers en 2001 et à développer des aménagements et des accompagnements sociaux.
Ensuite, il s'agissait de tenir compte, malgré le caractère réel de la taxe foncière, de la situation très particulière des personnes âgées ayant de faibles revenus, qui sont souvent désemparées face à la crainte de devoir quitter un logement si elles ne peuvent en assumer toutes les charges.
M. Bourdin m'a fait sourire en considérant que ce gouvernement avait « découvert la décentralisation » en demandant soudainement à une commission d'en préparer une nouvelle étape. Dois-je vous rappeler que ce gouvernement est l'héritier de celui de 1982 ? Dois-je vous rappeler ici, après d'autres, l'oeuvre de Gaston Defferre qui, à l'époque, n'avait pas forcément la faveur de vos groupes ?
Vous reprochez au discours du Premier ministre un certain flou. J'escomptais, je l'avoue, que vous souligniez le choix du Gouvernement en faveur d'une large concertation. Le rapport de la commission Mauroy compte cent cinquante-quatre propositions ; un débat sera organisé au Parlement en janvier prochain et le Gouvernement prépare, en liaison avec les associations d'élus locaux, les modalités d'une réforme, notamment des finances locales.
S'agissant du calendrier, le Premier ministre a annoncé un texte sur la démocratie locale et un autre sur les interventions économiques dès 2001. Je pense que cela devrait être de nature à vous rassurer.
M. le président Fourcade a soulevé la question difficile de l'autonomie fiscale. Comme le soulignait le Premier ministre, on ne peut pas s'empêcher de penser que ce débat n'aurait peut-être pas surgi si nous n'avions pas effectivement baissé les impôts. En effet, cette question est posée avec une acuité nouvelle. Durant cette année 2000, elle l'a été à deux reprises, au printemps, lorsqu'il a été décidé de supprimer la part régionale de la taxe d'habitation et, de nouveau, cet automne, lorsque le Gouvernement a décidé de supprimer la vignette.
La suppression de la vignette représente un « manque à gagner » pour les départements de l'ordre de 5 % de leurs recettes totale.
Globalement, si l'on tient compte de l'ensemble des modifications qui ont été apportées depuis 1998 à la fiscalité locale, donc si l'on intègre la réforme de la part salaire de la taxe professionnelle, celle que je viens de citer de la taxe d'habitation et la suppression de la vignette, au terme de la réforme de la taxe professionnelle, c'est-à-dire en 2003, les recettes fiscales des régions représenteront 37 % de leurs ressources totales, hors emprunts, et les recettes fiscales des départements représenteront 43 % de leurs ressources totales, hors emprunts.
Je ne veux pas me livrer à une exégèse constitutionnelle, ce serait bien imprudent de ma part. Je peux simplement constater que, lors de l'examen par le Conseil constitutionnel de la loi de finances rectificative qui mettait en oeuvre cette réforme de la taxe d'habitation, ce seuil de 37 % n'a pas été jugé de nature à compromettre l'autonomie financière des régions.
Je ne sais pas si, dans son raisonnement, le Conseil constitutionnel a intégré les pourcentages que je viens de citer, ou bien s'il s'est référé à ce qui se constate dans d'autres pays européens où la part des recettes fiscales locales dont bénéficient les collectivités est souvent inférieure à celle dont bénéficient encore les nôtres. Toujours est-il que, au-delà de ce débat à caractère constitutionnel, se pose une véritable question politique. Qu'est-ce que l'autonomie fiscale des collectivités locales ? Est-ce- une fiscalité sans limite ? Est-ce une fiscalité sans péréquation ? Est-ce une fiscalité sans compensation ? Je le reconnais, ces questions sont difficiles. Le rapport Mauroy, auquel vous avez bien voulu, malgré tout, contribuer, a bien mesuré les obstacles qui se dressent lorsque l'on veut avancer sur ces questions.
La première de vos questions porte sur la révision des bases cadastrales.
Comme le sait le président du comité des finances locales (sourires), avec lequel nous avons beaucoup travaillé, notamment sur des simulations, on constate des transferts extrêmement significatifs entre les contribuables, transferts qui ne vont pas toujours dans le sens d'une meilleure justice fiscale, malgré tous les mécanismes de lissage que nous avons pu tenter d'imaginer. Peut-être notre imagination n'est-elle pas allée assez loin ? En tout état de cause, c'est la raison pour laquelle, à ce stade de notre réflexion, le Gouvernement n'a pas, à ce jour, pris la décision d'intégrer la révision des bases dans les rôles des impôts locaux.
Monsieur Fourcade, vous vous êtes également interrogé sur la possibilité d'instiller plus de péréquation dans l'attribution des dotations budgétaires. Cette piste est bonne. Elle est recommandée par la commission Mauroy. Il faudra vraisemblablement la prendre en compte dans le cadre de la réforme d'ensemble de la DGF, que vous appelez, vous aussi, de vos voeux.
Vous avez fait référence à la question : les impôts de demain doivent-ils être ceux du siècle précédent ? Vaste sujet ! Pour ma part, je serais prête à explorer l'idée d'une modernisation des bases. D'ailleurs, quand le groupe communiste républicain et citoyen propose d'inclure les actifs financiers dans l'assiette de la taxe professionnelle, il contribue à cette réflexion d'ensemble, même si cela peut poser d'autres questions sur lesquelles nous travaillons en étroite liaison avec ses représentants.
Toutefois, il faut aussi que chacun d'entre nous ait une attitude responsable devant les bouleversements qui résultent de tout cela. En effet, nous sommes tous des contribuables et nous devons, dans les responsabilités qui sont les nôtres, penser à ces questions de redistribution.
M. Foucaud a appelé, à juste titre, l'attention sur la taxe professionnelle. Je crois, pour ma part, que la suppression de la part « salaire » est une bonne réforme. Cette réforme a été bonne pour l'emploi. La proposition, à laquelle je viens de faire allusion et dont nous débattrons à nouveau, tendant à inclure les actifs financiers dans l'assiette de cette taxe doit être examinée sérieusement. Nous savons, l'un et l'autre, que cet examen est en cours. Il ne faut pas en négliger les difficultés ni éluder la question de savoir s'il s'agit d'une imposition de substitution ou d'une imposition supplémentaire. En tout cas, je souhaite poursuivre avec vous cette réflexion délicate mais stimulante.
Je remercie M. Miquel d'avoir souligné l'effort engagé par l'Etat en 2001 en faveur des collectivités locales. Il est des moments où il est bon de rappeler, voire de répéter, certains chiffres. Il a souligné, à juste titre, le lien qui existe entre le contrat qui a été passé par l'Etat avec les collectivités locales et l'effort d'investissement consenti pas celles-ci au cours des deux dernières années. Ce sont des vérités qui doivent être redites dans le débat de cet après-midi. Monsieur Miquel, vous avez tenu, en particulier sur la vignette, des propos exacts. Ils reflètent assez bien l'avis de la majorité des automobilistes qui acquittaient cet impôt.
Vous avez également souligné l'importance des majorations exceptionnelles opérées dans ce budget à savoir 850 millions de francs supplémentaires pour la DSU et 1,2 milliard de francs pour les communautés d'agglomération. Au total, si l'on tient compte des abondements au titre du fonds national de péréquation, ce sont 2 350 millions de francs d'abondements supplémentaires qui ont été opérés. Ce montant est supérieur à celui de la loi de finances pour 2000, alors que, par ailleurs, comme vous l'avez fort bien dit, la dotation globale de fonctionnement progresse cette année de 3,4 %, grâce, certes, à une bonne croissance, et l'enveloppe du contrat de croissance et de solidarité croît de 2,3 %, ce qui est également une évolution très favorable.
M. Murat s'est interrogé, comme d'autres intervenants, sur le démantèlement que le Gouvernement opérerait en matière de fiscalité locale.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Hélas !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le contribuable national doit-il payer pour le contribuable local ? Le contribuable local doit-il payer entièrement pour lui-même ? De toute façon, mesdames, messieurs les sénateurs, finalement, c'est la collectivité qui paie et qui opère la redistribution, car c'est effectivement une fonction qui relève de la nation.
M. Murat semble oublier que les grandes avancées de la décentralisation depuis vingt ans ont été voulues et mises en oeuvre par les gouvernements de gauche. C'est une critique que je pourrais également adresser à M. Richert, qui oublie que, lorsqu'il s'est agi de modifier les pouvoirs des préfets pour donner aux exécutifs locaux les compétences qui sont les leurs depuis les lois de décentralisation, la majorité sénatoriale s'est bien gardée de soutenir ce projet. Alors, il ne faut pas nous faire le procès de vouloir remettre en cause ce que nous avons fait et ce que nous souhaitons poursuivre, cette fois-ci avec vous.
M. Murat s'est également inquiété de l'évolution des dotations budgétaires qui viennent en compensation des suppressions d'impôts locaux. Comme il le sait, ces dotations sont indexées sur la DGF. Il a fait remarquer qu'en 2000 une régularisation négative était intervenue sur la DGF. C'est vrai, mais, à l'inverse, reconnaissons qu'en 2001, au titre de la DGF de 2000, une régularisation positive interviendra. Par conséquent, ce mécanisme ne joue pas en sens unique, il fonctionne dans les deux sens, positivement ou négativement selon les cas, ce qui est, je crois, l'illustration du fait que c'est un mécanisme d'indexation juste et équitable.
M. le président Paul Girod est revenu, lui aussi, longuement sur la décentralisation. Je ne voudrais pas me répéter, mais c'est cette majorité qui a voté les lois de décentralisation ; c'est cette majorité qui a expérimenté de nouveaux transferts de compétences, par exemple, récemment, le transport ferroviaire régional de voyageurs ; c'est cette majorité, comme je l'indiquais, qui a indexé le contrat sur la croissance, contrairement au pacte précédent ; c'est cette majorité, enfin, qui a donné un nouveau souffle au développement de l'intercommunalité,...
M. René-Pierre Signé. Eh oui !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... en apportant, comme je l'ai rappelé voilà quelques instants, 1,2 milliard de francs supplémentaires pour permettre de faire face au succès grandissant de ce qu'il est convenu d'appeler désormais la « loi Chevènement ».
Je remercierai, enfin, M. Paul Loridant de la clarté et de la franchise de son discours. (Exclamations sur les travées du RPR.)
MM. Josselin de Rohan et Jacques Chaumont. Bravo !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'avoue, après lui, mon étonnement de voir ceux qui, entre 1993 et 1997, ont prétendu réformer la DGF...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vous parlez toujours du passé !
M. Gérard Braun. Parlons de l'avenir !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ...ont réduit la compensation au titre du FCTVA, ont supprimé la DGE des communes de plus de 20 000 habitants, ont indexé les dotations sur l'inflation,...
M. Josselin de Rohan. Parlons du présent !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... monter à cette tribune pour réclamer une augmentation tous azimuts des dotations consacrées aux collectivités locales. Je reconnais, comme l'a rappelé M. Loridant, que le calendrier électoral pourrait sans doute éclairer ma compréhension.
Pour conclure, le Premier ministre a appelé, à Lille, à une nouvelle étape de la décentralisation.
M. Hilaire Flandre. Pour demain !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il s'est engagé à proposer, avant la fin de la législature,...
M. Louis de Broissia. Eh oui, 2002 !

Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... des mesures relatives à l'approfondissement de la démocratie locale. Il a appelé au renforcement de la coopération entre les collectivités, après les progrès récents de l'intercommunalité que j'évoquais à l'instant. Il a appelé à une réforme des modes d'intervention économique des collectivités locales. Il a appelé à certains transferts de compétences. Il a apporté son soutien à la nécessaire réforme des finances des collectivités locales, qui est, je crois, au coeur de notre débat cet après-midi. C'est une tâche qui, comme vous le savez tous, dépasse forcément de très loin le terme de cette législature.
Pour cela, il a appelé à un grand débat national, et vos interventions, cet après-midi, montrent que cet appel a été entendu, que le débat est lancé et que le Sénat est décidé à y jouer tout son rôle,...
M. Hilaire Flandre. Comptez sur nous !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... et le Gouvernement s'en félicite.
Je terminerai sur la question de l'autonomie financière.
C'est une réalité nécessairement évolutive ; je crois que nous sommes tous prêts à partager ce point de vue. Le rôle des représentants du peuple que vous êtes, c'est aussi, avec le Gouvernement, de veiller à la solidarité, cette solidarité à laquelle aspirent tous nos concitoyens et, je crois, les collectivités locales elles-mêmes. Et la liberté, ce n'est ni l'égoïsme, ni la dislocation des solidarités territoriales, ni une autonomisation de façade, car s'administrer librement, ce ne peut pas être s'administrer égoïstement.
MM. Paul Loridant et René-Pierre Signé. Très bien !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Ce débat, le Gouvernement souhaite le poursuivre, et il le poursuivra avec vous. (Applaudissements sur les travées socialistes et sur celles du groupe communiste républicain et citoyen.)

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SOUHAITS DE BIENVENUE
À UNE DÉLÉGATION DU KAZAKHSTAN

M. le président. Mes chers collègues, j'ai le très grand plaisir de saluer la présence, dans notre tribune officielle, d'une délégation du Kazakhstan, conduite par M. Sarsenbaev, ministre de la culture, de l'information et de l'entente sociale.
Nous sommes particulièrement sensibles à l'intérêt et à la sympathie qu'elle porte à notre institution.
Cette délégation est accompagnée par notre collègue M. François Trucy, président de notre groupe d'amitié France-Asie centrale.
Au nom du Sénat de la République, je lui souhaite la bienvenue et je forme des voeux pour que son séjour en France contribue à renforcer les liens d'amitié entre nos pays. (Mme le secrétaire d'Etat, Mmes et MM. les sénateurs se lèvent et applaudissent.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Permettez-moi, monsieur le président, si cela n'empiète pas sur les pouvoirs du Parlement, d'accueillir à mon tour très chaleureusement cette délégation du Kazakhstan. (Nouveaux applaudissements.)

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LOI DE FINANCES POUR 2001

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. Nous reprenons la discussion du projet de loi de finances pour 2001, adopté par l'Assemblée nationale.

DÉBAT SUR LES RECETTES DES COLLECTIVITÉS LOCALES (suite)

M. le président. Dans le débat sur les recettes des collectivités locales, nous en sommes parvenus à l'examen des articles.

Article 5



M. le président.
« Art. 5. - I. - Le code général des impôts est ainsi modifié :
« 1° L'article 1599 F est ainsi rédigé :
« Art. 1599 F . - Sont exonérés de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur :
« a. Les personnes physiques, à raison des voitures particulières, des véhicules carrossés en caravanes ou spécialement aménagés pour le transport des handicapés, dont elles sont propriétaires ou locataires en vertu d'un contrat de crédit bail ou de location de deux ans ou plus ;
« a bis. Les personnes physiques, à raison des véhicules autres que ceux visés au a, d'un poids total autorisé en charge n'excédant pas deux tonnes, dont elles sont propriétaires ou locataires en vertu d'un contrat de crédit bail ou de location de deux ans ou plus ;
« b. Les associations et les établissements publics ayant pour unique activité l'aide aux handicapés, à raison des véhicules qui leur appartiennent ou qu'ils prennent en location en vertu d'un contrat de crédit bail ou de location de deux ans ou plus, et qui sont réservés exclusivement au transport gratuit des personnes handicapées ;
« c. Les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association, les associations régies par la loi locale en vigueur dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, les fondations reconnues d'utilité publique, les fondations d'entreprise, les congrégations et les syndicats professionnels visés à l'article L. 411-1 du code du travail, à raison des voitures particulières, des véhicules carrossés en caravanes ou spécialement aménagés pour le transport des personnes handicapées, et des autres véhicules d'un poids total autorisé en charge n'excédant pas deux tonnes, dont ils sont propriétaires ou locataires en vertu d'un contrat de crédit bail ou d'un contrat de location de deux ans ou plus. » ;
« 2° Il est inséré un article 1599 I bis ainsi rédigé :
« Art. 1599 I bis. - La taxe différentielle sur les véhicules à moteur est exigible soit à l'ouverture de la période d'imposition, soit dans le mois de la première mise en circulation des véhicules en France métropolitaine ou dans les départements d'outre mer, soit dans le mois au cours duquel le véhicule cesse d'être en situation de bénéficier d'une exonération ou d'une dispense. Toutefois, elle n'est pas due pour la période en cours si la première mise en circulation a lieu entre le 15 août et le 30 novembre. »
« II. - Les dispositions du I s'appliquent à compter de la période d'imposition s'ouvrant le 1er décembre 2000.
« III. - Les pertes de recettes résultant pour les collectivités de l'application du 1° du I sont compensées chaque année soit par une majoration des attributions de dotation générale de décentralisation, soit par des diminutions des ajustements prévus au deuxième alinéa de l'article L. 1614-4 du code général des collectivités territoriales.
« Cette compensation est calculée en 2001 sur la base du produit résultant de l'application des tarifs votés par les assemblées délibérantes en application des articles 1599 G et 1599 decies du code général des impôts au titre de la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001 à l'état du parc automobile par collectivité constaté au 31 décembre 2000, majoré des recettes de taxe différentielle sur les véhicules à moteur encaissées pour le compte de chaque collectivité en 2000 au titre de la période d'imposition du 1er décembre 1999 au 30 novembre 2000. Le montant obtenu est réduit des recettes de taxe différentielle sur les véhicules à moteur encaissées pour le compte de chaque collectivité au titre de la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001. Le montant de la compensation ainsi définie, revalorisé en fonction de l'évolution de la dotation globale de fonctionnement au titre de 2001, évolue chaque année comme la dotation globale de fonctionnement à partir de 2002.
« IV. - Pour l'année 2001, par dérogation au troisième alinéa de l'article 25 de la loi de finances pour 1984 (n° 83-1179 du 29 décembre 1983), le montant mensuel de l'avance versée est déterminé sur la base de un douzième de la prévision d'encaissement total de recettes au cours de cette même année telle qu'elle figure dans la présente loi de finances, répartie entre départements proportionnellement au produit qu'ils ont perçu au titre de la période d'imposition du 1er décembre 1999 au 30 novembre 2000. Les montants servant de base au calcul des avances versées en 2001 sont fixés par département par arrêté conjoint des ministres chargés de l'intérieur et du budget.
« V. - Pour l'année 2000, par dérogation au cinquième alinéa de l'article 25 de la loi de finances pour 1984 (n° 83-1179 du 29 décembre 1983), le montant total des avances versées est égal au produit résultant de l'application des tarifs votés par les conseils généraux en application de l'article 1599 G du code général des impôts au titre de la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001 à l'état du parc automobile par département constaté au 31 décembre 2000, majoré des recettes de taxe différentielle sur les véhicules à moteur encaissées pour le compte des départements en 2000 au titre de la période d'imposition du 1er décembre 1999 au 30 novembre 2000. Le montant ainsi calculé est réduit, le cas échéant, des prélèvements effectués en application de l'article L. 1614-4 du code général des collectivités territoriales.
« VI. - Pour l'année 2000, les pertes de recettes résultant pour la collectivité territoriale de Corse de l'application du 1° du I sont compensées par une majoration des attributions de dotation générale de décentralisation. Cette compensation est calculée en 2000 sur la base du produit résultant de l'application des tarifs votés par l'assemblée de Corse en application de l'article 1599 decies du code général des impôts au titre de la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001 à l'état du parc automobile constaté en Corse au 31 décembre 2000, minoré des recettes de taxe différentielle sur les véhicules à moteur encaissées pour le compte de la collectivité en 2000 au titre de la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001. »
Sur cet article, je suis saisi de quinze amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune. Mais, pour la clarté du débat, je les appellerai successivement.
Par amendement n° I-81, MM. du Luart, Revet et les membres du groupe des Républicains et Indépendants proposent de rédiger ainsi cet article :
« I. - Les articles 1599 C à 1599 J ainsi que les articles 1599 nonies à 1599 duodecies du code général des impôts sont abrogés. »
« II. - 1° La perte de recettes pour les collectivités locales est compensée à due concurrence par le relèvement de la dotation globale de fonctionnement.
« 2° Les pertes de recettes pour l'Etat sont compensées par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Bordas.
M. James Bordas. Par souci d'équité et de cohérence, et dans le cadre du respect du principe posé par l'article 2 de la Constitution, aux termes duquel « la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction », la suppression de la vignette doit être étendue à l'ensemble des propriétaires de véhicules terrestres à moteur.
M. le président. Par amendement n° I-212, M. Badré et les membres du groupe de l'Union centriste proposent :
A. - De rédiger ainsi le I de l'article 5 :
« I. - Les articles 1599 C à 1599 J ainsi que les articles 1599 nonies à 1599 duodecies du code général des impôts sont abrogés.
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine cet article par deux paragraphes ainsi rédigés :
« ... - La perte de recettes résultant pour les départements de la suppression totale de la vignette est compensée par une majoration à due concurrence de la dotation globale de fonctionnement.
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation globale de fonctionnement destinée à compenser aux départements la suppression de la vignette est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Machet.
M. Jacques Machet. Elu de la Marne, je ne rappellerai pas ce soir l'histoire de « la vignette 51 », que chacune et chacun d'entre nous connaît.
L'article 5 vise à exonérer du paiement de la vignette automobile les seuls particuliers. Il s'agit d'une mesure discriminatoire. A nos yeux, le dispositif devrait concerner l'ensemble des véhicules.
Comme plusieurs de mes collègues l'ont indiqué très justement, la distinction entre véhicules de particuliers et véhicules de sociétés serait particulièrement défavorable aux petites entreprises, qu'il s'agisse des exploitations agricoles à responsabilité limitée, les EARL, ou des sociétés à responsabilité limitée, les SARL, ainsi qu'aux auto-écoles et aux sociétés de location de véhicules.
Le principe d'égalité doit être respecté. Des situations identiques doivent entraîner un traitement fiscal équivalent. Prenons l'exemple des sociétés de location de véhicules. Selon le cas, elles louent soit à des personnes physiques, qui, si elles étaient propriétaires du véhicule qu'elles utilisent, seraient exonérées parce qu'elles l'utilisent à des fins personnelles, soit à des sociétés, à des fins professionnelles.
Maintenir la vignette pour ces sociétés de location pose donc un réel problème d'égalité, source, sans doute, d'un important contentieux à l'échelon national et communautaire.
Je n'insiste pas sur le risque de fraude. En effet, comment fera l'administration pour contrôler les 20 % de véhicules qui risquent d'être encore soumis à la vignette si le texte voté par l'Assemblée nationale est confirmé ? A l'époque où le conducteur n'était pas obligé d'apposer la vignette sur le pare-brise, la fraude était de l'ordre de 5 % à 10 %. On peut craindre un taux de fraude encore plus élevé à l'avenir.
Pour l'ensemble de ces raisons, je voterai les amendements de mon groupe et ceux de la commission des finances, qui visent à supprimer la vignette pour l'ensemble des véhicules. Il s'agit d'une mesure de justice et de simplification !
M. Gérard Braun. Très bien !
M. le président. Par amendement n° I-156, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Althapé, Descours, Schosteck, Le Grand, Lanier et Mme Olin proposent de rédiger ainsi l'article 5 :
« I. - Les articles 1599 C à 1599 J du code général des impôts sont abrogés.
« II. - Pour compenser la perte de recettes résultant des dispositions du I ci-dessus, compléter in fine cet article par deux paragraphes ainsi rédigés :
« ... - La perte de recettes résultant pour les départements de la suppression de la vignette automobile est compensée par une majoration à due concurrence de la dotation globale de fonctionnement.
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation globale de fonctionnement destinée à compenser aux départements la suppression de la vignette automobile est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Ostermann.
M. Joseph Ostermann. Cet amendement rejoint celui qui vient d'être exposé.
Nous proposons de supprimer la vignette automobile pour l'ensemble des personnes l'acquittant actuellement. Le Gouvernement ayant opté pour une politique fiscale tendant à baisser les impôts autres que les impôts d'Etat, il convient d'aller au bout de la logique et de ne pas s'arrêter au milieu du gué, comme le fait le Gouvernement. Si la vignette doit être supprimée, elle doit l'être totalement, sauf à vouloir créer un dispositif distinguant les particuliers et certains professionnels, d'une part, et les autres professionnels, d'autre part, dispositif à la fois inéquitable et particulièrement compliqué.
M. le président. Par amendement n° I-13, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - De rédiger ainsi le I de l'article 5 :
« I. - Les articles 1599 C à 1599 J du code général des impôts ainsi que les articles 1599 nonies à 1599 duodecies du même code sont abrogés. »
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine l'article 5 par deux paragraphes ainsi rédigés :
« ... - La perte de recetttes résultant pour les départements de la suppression totale de la vignette est compensée par une majoration à due concurrence de la dotation globale de fonctionnement.
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation globale de fonctionnement destinée à compenser aux départements la suppresson de la vignette est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Comme l'amendement précédent, qui vient d'être fort bien présenté, et de façon très concise, par notre collègue Joseph Ostermann, l'amendement n° I-13 a pour objet de supprimer totalement la vignette.
Madame le secrétaire d'Etat, la discussion à l'Assemblée nationale a montré que le partage opéré par votre texte, entre ceux qui sont exonérés de vignette et ceux qui doivent continuer à la payer, n'est pas satisfaisant. D'ailleurs, le Gouvernement a déjà été obligé d'accepter d'étendre le champ de l'exonération, d'abord aux véhicules appartenant aux syndicats et aux congrégations religieuses - merci pour eux et pour elles ! (Sourires) -, puis aux véhicules utilitaires de moins de deux tonnes possédés par des particuliers.
Mon homologue à l'Assemblée nationale a approuvé ces extensions, mais en ajoutant qu'il faudrait peut-être aller plus loin. Or, pour aller plus loin, on peut toujours compter sur le Sénat ! (Sourires.) Au demeurant, il a raison, car le dispositif, tel qu'il est proposé, va soulever des problèmes de rupture d'égalité entre contribuables. Les parlementaires, comme les présidents de conseils généraux, sont de plus en plus fréquemment saisis de demandes, souvent légitimes, d'extension du champ des exonérations. Je prendrai un exemple, souvent cité ces temps-ci, dans le domaine de l'artisanat : si un artisan exerce son activité en nom propre, il est, si je ne m'abuse, exonéré ; mais s'il exerce son activité dans le cadre d'une société, fût-ce une EURL, une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, il ne l'est pas ! C'est évidemment difficile à faire comprendre aux intéressés, et on ne peut que regretter de telles iniquités.
Il est clair, enfin, que le nouveau dispositif, s'il restait en l'état, renchérirait le coût de gestion de l'impôt et rendrait les contrôles plus difficiles. Pour continuer à recouvrer un impôt résiduel sur certaines catégories seulement, il faudrait en effet exercer toutes sortes de contrôles et mettre en place des moyens, nécessairement onéreux, qui n'en vaudraient plus réellement la peine.
Au total, madame le secrétaire d'Etat, nous le savons, la vignette était un impôt qui, en termes de technique fiscale, présentait des avantages : elle frappait plus fortement les ménages aisés, possédant de grosses cylindrées polluantes, que les ménages modestes, dont les véhicules consomment moins et ont des inconvénients moindres pour l'environnement.
L'exonération, accordée à certaines catégories seulement, fait de cet impôt résiduel un impôt vraiment injuste qu'il convient de supprimer totalement. Telle est la position adoptée par la commission des finances.
Je suis d'ailleurs prêt à vous livrer un pronostic, madame le secrétaire d'Etat : si vous ne nous écoutez pas, si l'Assemblée nationale, à votre suite, ne décide pas d'aller jusqu'au bout et de supprimer complètement la vignette, d'ici à six mois, voire un an, nous y reviendrons parce qu'il y aura des réclamations justifiées de la part de telle ou telle catégorie de redevables, et vous leur céderez, et nous leur céderons. C'est une certitude ! Nous pouvons dès aujourd'hui le prévoir !
M. Louis de Broissia. Bravo !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Alors, madame le secrétaire d'Etat, allez jusqu'au bout ! Soyez conséquente avec votre propre réforme ! La question n'est pas de garder une vignette résiduelle pour certaines catégories de contributeurs seulement.
Puisque le parti est pris de supprimer la vignette, mes chers collègues - et le Sénat n'a pas l'intention de revenir sur ce choix de principe -, il va nous falloir - nous en parlerons d'ailleurs très bientôt dans ce débat - remplacer l'impôt disparu par d'autres transferts fiscaux, pour que l'autonomie fiscale et donc l'autonomie de gestion des départements n'ait pas à en souffrir. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Par amendement n° I-253, MM. Joly et Othily proposent, dans le deuxième alinéa (a) du texte présenté par le 1° du I de l'article 5 pour l'article 1599 F du code général des impôts, après les mots : « à raison des voitures particulières », d'insérer les mots : « des véhicules utilitaires ».
Cet amendement est-il soutenu ?...
Par amendement n° I-233, MM. Angels, Dussaut, Mme Bergé-Lavigne, MM. Charasse, Demerliat, Haut, Lise, Massion, Miquel, Moreigne, Sergent et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent :
A. - Dans le troisième alinéa du texte présenté par le I de l'article 5 pour l'article 1599 F du code général des impôts, de remplacer les mots : « deux tonnes », par les mots : « trois tonnes cinq ».
B. - Les pertes de recettes résultant pour les collectivités de l'application du A sont compensées chaque année par une majoration des attributions de dotation générale de décentralisation, soit par des diminutions des ajustements prévus au deuxième alinéa de l'article L. 1614-4 du code général des collectivités territoriales.
C. - Les augmentations de dépenses pour l'Etat résultant du B sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
La parole est à M. Miquel.
M. Gérard Miquel. Cet amendement vise à corriger une disposition, adoptée par l'Assemblée nationale, prévoyant l'exonération de la vignette pour les artisans, les agriculteurs et les commerçants possédant des véhicules dont le poids n'excède pas deux tonnes. Nous proposons de porter ce poids à trois tonnes cinq, limite au-delà de laquelle les véhicules sont considérés comme étant des poids lourds. Cette avancée serait, à notre avis, intéressante pour cette catégorie de professionnels.
M. le président. Par amendement n° I-80, M. Revet propose :
I. - De compléter le I de l'article 5 par quatre alinéas ainsi rédigés :
« a. A titre exceptionnel, les conseils généraux sont autorisés, jusqu'au 28 février 2001, à minorer le tarif défini à l'alinéa premier de l'article 1599 G du code général des impôts, à raison de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur exigible pour la période d'imposition du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2001.
« b. Les dispositions de l'article 1599 C à 1599 J du code général des impôts s'appliquent à partir du nouveau tarif défini à partir du 1°.
« c. Le montant des taxes différentielles acquittées avant la délibération du conseil général prise en application du 1° est remboursé à chaque redevable concerné. Un décret fixe les modalités de ce remboursement.
« d. La minoration des tarifs de la taxe différentielle décidée en vertu du 1° est sans effet sur l'application des III, IV, V et VI. »
II. - Pour compenser les pertes de recettes résultant du I ci-dessus, de compléter l'article 5 par un paragraphe additionnel ainsi rédigé :
« ... - 1° Les pertes de recettes éventuelles pour les collectivités locales résultant de la possibilité de minorer le tarif défini au premier alinéa de l'article 1599 G du code général des impôts sont compensées par un relèvement à due concurrence de la dotation globale de fonctionnement.
« 2° Les pertes de recettes pour l'Etat sont compensées par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Cet amendement est-il soutenu ?...
Je suis saisi de deux amendements, déposés par Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen.
L'amendement n° I-116 tend :
I. - Après le dernier alinéa du texte présenté par le 1° du I de l'article 5 pour l'article 1599 F du code général des impôts, à insérer un alinéa ainsi rédigé :
« ... - Les collectivités territoriales, à raison des voitures particulières, des véhicules carrossés en caravane ou spécialement aménagés pour le transport des personnes handicapées, et des autres véhicules dont elles sont propriétaires ou locataires en vertu d'un contrat de crédit-bail ou d'un contrat de location de deux ans ou plus. »
II. - Pour compenser la perte de recettes résultant du I ci-dessus, à compléter l'article 5 par un paragraphe additionnel ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant de l'extension de l'exonération de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur aux véhicules des collectivités territoriales est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
L'amendement n° I-117 vise :
I. - A rédiger comme suit la dernière phrase du second alinéa du III de l'article 5 :
« Le montant de la compensation ainsi défini, revalorisé en fonction de l'évolution de la dotation globale de fonctionnement au titre de 2001 ou, si cette évolution est plus favorable, celle du nombre de certificats d'immatriculation émis dans chaque département, évolue chaque année comme la dotation globale de fonctionnement à partir de 2002. »
II. - Pour compenser l'augmentation du prélèvement sur recettes résultant du I ci-dessus, à compléter l'article 5 par un paragraphe additionnel ainsi rédigé :
« ... - L'augmentation du prélèvement sur recettes résultant de la revalorisation du montant de la compensation de l'exonération de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Foucaud, pour défendre ces deux amendements.
M. Thierry Foucaud. Nous avons eu un échange sur la question de la suppression de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur - c'est le nom officiel de la vignette - dans le cadre du débat sur les recettes des collectivités locales, qui, je le pense, a permis d'éclairer les enjeux réels de la discussion.
Pour autant, les deux amendements que nous vous proposons tendent a priori à faire en sorte que certaines des ambiguïtés demeurant dans le texte soient effectivement levées.
On notera que cet objectif est d'ailleurs le propre de l'exercice du droit d'amendement parlementaire, et il a toute sa portée dans le cas qui nous préoccupe.
L'amendement n° I-116 vise à étendre le champ d'application de l'exonération, et ce pour des raisons assez évidentes de bon sens.
Si l'on se situe en effet dans la perspective d'une large exonération de la vignette automobile, recette transférée de l'Etat vers les départements à la suite des lois de décentralisation, il nous semble étonnant que le législateur n'ait pas envisagé que cette exonération couvre également les véhicules automobiles appartenant aux collectivités locales.
Dans le cadre où nous nous situons, nous serons en effet confrontés à une exonération fiscale compensée pour les départements sur un produit qu'ils devront continuer à se prélever ou à prélever auprès des communes, faute de disposition adaptée à la situation spécifique aux parcs automobiles de ces collectivités.
C'est donc le sens de ce premier amendement que de parvenir à résoudre ce premier problème.
L'amendement n° I-117 vise la question particulière de la compensation de la recette fiscale disparaissant avec l'exonération de la vignette automobile.
Dans l'économie générale de l'article, cette compensation est pour le moment assise sur la progression générale de la dotation globale de fonctionnement, débat qui risque d'ailleurs de rebondir et qui pose de manière assez récurrente la problématique du devenir de la dotation, aujourd'hui largement victime des limites de la réforme de 1993.
Nous avons le souci d'éviter de reproduire avec la compensation de la vignette automobile ce que nous avons pu connaître dans d'autres cas, notamment, par exemple, s'agissant de la dotation de compensation de l'allégement transitoire de 16 % des bases de taxe professionnelle. Nous avons en effet pu observer à cette occasion un décalage croissant - c'est aujourd'hui un véritable gouffre ! - entre le produit fiscal et la compensation.
L'amendement n° I-117 vise donc à asseoir la compensation sur un élément mesurable de progression du parc automobile, constitué par l'augmentation du nombre de cartes grises émises dans les départements. Ces titres particuliers demeurant aujourd'hui en circulation peuvent à notre sens offrir une solution adaptée au problème du décalage potentiel que nous avons souligné.
C'est donc au bénéfice de ces observations que je vous invite, chers collègues, à adopter ces deux amendements.
M. le président. Je suis saisi de quatre amendements, déposés par M. Marini, au nom de la commission des finances.
L'amendement n° I-15 tend à supprimer le III de l'article 5.
L'amendement n° I-14 a pour objet :
A. - De supprimer le IV de l'article 5.
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine l'article 5 par deux paragraphes ainsi rédigés :
« ... - La perte de recettes résultant pour les départements de la suppression totale de la vignette est compensée par une majoration à due concurrence de la dotation globale de fonctionnement.
« ... - La perte de récettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation globale de fonctionnement destinée à compenser aux départements la suppression de la vignette est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
L'amendement n° I-16 vise à compléter l'article 5 par trois paragraphes ainsi rédigés :
« VII. - L'article 99 de la loi n° 83-8 du 7 janvier 1983 relative à la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l'Etat est ainsi modifié :
« A. - Dans le II de l'article 5, les mots : "des taxes sur les véhicules à moteur prévues aux articles 1007 à 1009 B du code général des impôts, et" sont supprimés.
« B. - Le même paragraphe est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Les charges mentionnés ci-dessus sont également compensées par la création d'une taxe départementale sur les véhicules de sociétés, d'un droit départemental d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce, et d'un droit départemental de mutation à titre gratuit entre vifs. »
« VIII. - Dans la première phrase du premier alinéa de l'article L. 1614-4 du code général des collectivités territoriales, après les mots : "par le transfert d'impôts d'Etat,", sont insérés les mots : "par la création d'impôts locaux,". »
« IX. - Dans le deuxième alinéa de l'article L. 1614-5 du code général des collectivités territoriales, après les mots : "collectivité par collectivité," sont insérés les mots : "soit par la création d'impôts locaux,". »
L'amendement n° I-17 tend à compléter l'article 5 par trois paragraphes ainsi rédigés :
« X. - A. - 1. La taxe sur les véhicules de sociétés perçue par l'Etat est supprimée. En conséquence, les articles 1010 et 1010 A du code général des impôts sont abrogés.
« 2. Les droits d'enregistrement sur les mutations de propriétés à titre onéreux de fonds de commerce ou de clientèles perçus par l'Etat sont supprimés. En conséquence, les articles 719 à 723 du code précité sont abrogés.
« 3. Les droits de mutation à titre gratuit entre vifs perçus par l'Etat sont supprimés. En conséquence, les articles 776, 790, 790 A, 790 B et 791 du code précité sont abrogés.
« B. - Après l'article 1599 J du même code, sont insérés trois articles ainsi rédigés :
« Art. 1599 K. - A compter de 2001, une taxe sur les véhicules de sociétés est perçue au profit des départements autres que les départements corses.
« Art. 1599 L. - La taxe départementale sur les véhicules de sociétés est une taxe annuelle non déductible pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés, à laquelle sont soumis les véhicules immatriculés dans la catégorie des voitures particulières, possédés ou utilisés par les sociétés. Son montant est fixé à :
« a. 7 400 francs pour les véhicules dont la puissance fiscale n'excède pas 7 CV ;
« b. 16 000 francs pour les autres véhicules.
« Le conseil général peut, chaque année, modifier pour les années suivantes les tarifs prévus aux a et b. L'écart entre les tarifs prévus aux a et b et les tarifs fixés par le conseil général ne peut être supérieur à 10 %.
« La taxe n'est toutefois pas applicable aux véhicules destinés exclusivement soit à la vente, soit à la location de courte durée, soit à l'exécution d'un service de transport à la disposition du public, lorsque ces opérations correspondent à l'activité normale de la société propriétaire.
« Le décret institutif fixe les modalités d'assiette de la taxe, ainsi que les cas d'exonération en ce qui concerne les véhicules de fabrication ancienne.
« La taxe est perçue par voie de timbre dans des conditions fixées par décret.
« Lorsqu'elle est exigible en raison des véhicules pris en location, la taxe est à la charge de la société locataire. Les conditions d'application du présent alinéa sont fixées par décret.
« Art. 1599 M. - Les véhicules fonctionnant exclusivement ou non au moyen de l'énergie électrique, du gaz naturel véhicules ou du gaz de pétrole liquéfié sont exonérés de la taxe prévue à l'article 1599 L.
« Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, les véhicules qui fonctionnent alternativement au moyen de supercarburants et de gaz de pétrole liquéfié sont exonérés de la moitié du montant de la taxe prévue à l'article 1599 L.
« C. - 1. Après l'article 1595 ter du même code, est insérée une division additionnelle ainsi rédigée :
« I bis. - Droit départemental d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce.
« Art. 1595 quater. - A compter du 1er janvier 2001, les départements autres que les départements corses perçoivent un droit d'enregistrement sur les mutations de propriétés à titre onéreux de fonds de commerce ou de clientèles. Les taux de ce droit sont fixés à :


FRACTION DE LA VALEUR TAXABLE

TARIF APPLICABLE

(en %)

N'excédant pas 150 000 F 0
Comprise entre 150 000 F et 700 000 F 4,40
Supérieure à 700 000 F
3,80


« Le droit est perçu sur le prix de la vente de l'achalandage, de la cession du droit au bail et des objets mobiliers ou autres servant à l'exploitation du fonds. Ces objets doivent donner lieu à un inventaire, détaillé et estimatif, et un état distinct dont trois exemplaires, rédigés sur les feuilles spéciales fournies par l'administration, doivent rester déposés à la recette où la formalité est requise.
« Le conseil général peut modifier chaque année, pour les années suivantes, les tarifs prévus ci-dessus. L'écart entre ces tarifs et les tarifs fixés par le conseil général ne peut être supérieur à 10 %.
« Art. 1595 quinquies. - Les dispositions du présent code applicables aux mutations de propriété à titre onéreux de fonds de commerce ou de clientèles sont étendues à toute convention à titre onéreux, ayant pour effet de permettre à une personne d'exercer une profession, une fonction ou un emploi occupé par un précédent titulaire, même lorsque ladite convention conclue avec ce titulaire ou ses ayants cause ne s'accompagne pas d'une cession de clientèle.
« Les droits sont exigibles sur toutes les sommes dont le paiement est imposé, du chef de la convention, sous quelque dénomination que ce soit, au successeur, ainsi que sur toutes les charges lui incombant au même titre.
« Régimes spéciaux et exonérations
« 1° Amélioration des structures des entreprises et développement de la recherche scientifique et technique
« Art. 1595 sexies. - Le droit de mutation à titre onéreux prévu par l'article 1595 quater peut être réduit à 2,40 % pour les acquisitions de fonds de commerce et de clientèles réalisées par les entreprises exploitantes dans le cadre des opérations définies à l'article 1465.
« La demande du bénéfice de ce régime de faveur est présentée dans l'acte d'acquisition. Elle est soumise à agrément préalable dans les mêmes conditions et pour les mêmes opérations que celles prévues à l'article 1465.
« Lorsque l'entreprise cesse volontairement son activité ou cède le bien acquis dans les cinq ans de l'acquisition, ou ne respecte pas les conditions auxquelles le régime de faveur est subordonné, elle est tenue d'acquitter, à première réquisition, le complèment de droit dont la mutation a été dispensée et, en outre, l'intérêt de retard prévu à l'article 1727.
« Les dispositions du troisième alinéa ne sont pas applicables lorsque le bien acquis est transmis à titre gratuit ou en cas de fusion ou d'apport en société du bien lorsque le nouveau propriétaire s'engage à respecter les conditions auxquelles le régime de faveur est subordonné.
« 2° Débits de boissons
« Art. 1595 septies. - Le droit prévu à l'article 1595 quater est réduit, pour la fraction de la valeur taxable supérieure à 150 000 F, à 2,40 % pour les mutations de propriété à titre onéreux de débits de boissons à consommer sur place de troisième et quatrième catégories, réalisées dans les conditions prévues à l'article 41 bis.
« Toutefois, si ces conditions ne sont pas remplies dans le délai imparti, l'avantage fiscal prévu à l'alinéa qui précède devient caduc et le complément de droit est réclamé au seul acquéreur. Il en est de même en cas d'infraction à la législation des débits de boissons commise par le cessionnaire dans le délai de trois ans, à compter de la mutation et à l'occasion de l'exploitation du débit cédé.
« 3° Aménagement et développement du territoire.
« Art. 1595 octies. - Le taux de 4,40 % du droit de mutation prévu à l'article 1595 quater est réduit à 0 % pour les acquisitions de fonds de commerce et de clientèles dans les communes, autres que celles classées comme stations balnéaires, thermales, climatiques, de tourisme et de sports d'hiver comportant plus de 2 500 lits touristiques, dont la population est inférieure à 5 000 habitants et qui sont situées dans les territoires ruraux de développement prioritaire.
« Cette réduction de taux est également applicable aux acquisitions de même nature réalisées dans les zones de redynamisation urbaine définies au I ter de l'article 1466 A et dans les zones franches urbaines mentionnées au I quater de l'article 1466 A.
« Pour bénéficier du taux réduit, l'acquéreur doit prendre, lors de la mutation, l'engagement de maintenir l'exploitation du bien acquis pendant une période minimale de cinq ans à compter de cette date.
« Lorsque l'engagement prévu au troisième alinéa n'est pas respecté, l'acquéreur est tenu d'acquitter, à première réquisitions, le complément d'imposition dont il avait été dispensé.
« 4° Marchandises neuves
« Art. 1595 nonies. - 1. Les ventes de marchandises neuves corrélatives à la cession ou à l'apport en société d'un fonds de commerce sont exonérées de tout droit proportionnel d'enregistrement lorsqu'elles donnent lieu à la perception de la taxe sur la valeur ajoutée.
« Dans le cas contraire, les marchandises neuves garnissant le fonds ne sont assujetties qu'à un droit de 1,60 % à condition qu'il soit stipulé, en ce qui les concerne, un prix particulier, et qu'elles soient désignées et estimées article par article dans un état distinct, dont quatre exemplaires, rédigés sur des formules spéciales fournies par l'administration, doivent rester déposées au service des impôts auprès duquel la formalité est requise.
« 2. Au début du cinquième alinéa (4°) de l'article 1595 du même code sont insérés les mots : "pour les seuls départements corses,".
« D. - 1. Avant l'article 758 du même code l'intitulé : "1. Dispositions communes aux successions et aux donations" est remplacé par l'intitulé : "1. Dispositions générales", avant l'article 779 l'intitulé : "a. Dispositions communes aux successions et aux donations" est remplacé par l'intitulé : "a. Dispositions générales" et avant l'article 798, l'intitulé : "1. Dispositions communes aux successions et aux donations" est remplacé par l'intitulé : "1. Dispositions générales".
« 2. Après l'article 1595 ter du même code, il est inséré une division additionnelle ainsi rédigée :

« I ter. Droit départemental de mutation à titre gratuit entre vifs
« Art. 1595 decies. - A compter du 1er janvier 2001, un droit de mutation à titre gratuit entre vifs est perçu par les départements autres que les départements corses dans les conditions prévues aux articles 750 ter à 763, 777 à 787 A, 792 à 799 et 1595 undecies à 1595 sexdecies .
« Art. 1595 undecies. - I. - Les dispositions du I de l'article 764 sont applicables à la liquidation des droits de mutation entre vifs, à titre gratuit, toutes les fois que les meubles transmis sont vendus publiquement dans les deux ans de l'acte de donation.
« II. - En ce qui concerne les bijoux, pierreries, objets d'art ou de collection, la valeur imposable ne peut, sous réserve de ce qui est dit au I, être inférieure à 60 % de l'évaluation faite dans les contrats ou conventions d'assurances contre le vol ou contre l'incendie en cours à la date de la donation et conclu par le donateur, son conjoint ou ses auteurs depuis moins de dix ans.
« S'il existe plusieurs polices susceptibles d'être retenues pour l'application du forfait, celui-ci est calculé sur la moyenne des évaluations figurant dans ces polices.
« Art. 1595 duodecies. - Les donations effectuées conformément aux dispositions du code civil bénéficient sur les droits liquidés en application des dispositions des articles 777 et suivants d'une réduction de 50 % lorsque le donateur est âgé de moins de soixante-cinq ans et de 31 % lorsque le donateur a soixante-cinq ans révolus et moins de soixante-quinze ans.
« Art. 1595 terdecies. - Un abattement de 100 000 francs par part est effectué pour la perception des droits de mutation à titre gratuit exigibles sur les donations de titres consenties à tout ou partie du personnel d'une entreprise. Cet abattement ne peut se cumuler avec un autre abattement. Il est subordonné à un agrément préalable de l'économie et des finances.
« Art. 1595 quaterdecies. - Pour la perception des droits de mutation à titre gratuit entre vifs, il est effectué un abattement de 100 000 francs sur la part de chacun des petits-enfants.
« Les petits-enfants décédés du donateur sont, pour l'application de l'abattement, représentés par leurs descendants donataires dans les conditions prévues par le code civil en matière de représentation successorale.
« Art. 1595 quindecies. - Le taux de la taxe de publicité foncière est réduit à 0,60 % pour les mutations entre vifs à titre gratuit. La valeur à retenir pour l'assiette de la taxe ne peut être inférieure, le cas échéant, à celle qui sert de base à la liquidation des droits d'enregistrement suivant les dispositions du présent code.
« Art. 1595 sexdecies. - Le conseil général peut, chaque année, pour les années suivantes, réduire les taux prévus à l'article 777. Les taux résultant des délibérations du conseil général ne peuvent être inférieurs de plus de 10 % aux taux prévus à ce même article.
« E. - Après l'article 1599 duodecies du même code, sont insérés trois articles ainsi rédigés :
« Art. 1599 duodecies A. - A compter du 1er janvier 2001, la collectivité territoriale de Corse perçoit une taxe sur les véhicules de sociétés.
« Le champ d'application, les exonérations, les régimes spéciaux et les règles d'assiette et de recouvrement de cette taxe sont ceux prévus aux articles 1599 K à 1599 M.
« L'assemblée de Corse peut modifier les tarifs de cette taxe dans les conditions prévues à l'article 1599 L.
« Art. 1599 duodecies B. - A compter du 1er janvier 2001, la collectivité territoriale de Corse perçoit un droit d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce.
« Le champ d'application, les exonérations, les régimes spéciaux et les règles d'assiette et de recouvrement de ce droit d'enregistrement sont ceux prévus aux articles 1595 quater à 1595 nonies.
« L'assemblée de Corse peut modifier les tarifs de ce droit d'enregistrement dans les conditions prévues à l'article 1595 quater.
« Art. 1599 duodecies C. - A compter du 1er janvier 2001, la collectivité territoriale de Corse perçoit un droit de mutation à titre gratuit entre vifs.
« Le champ d'application, les exonérations, les régimes spéciaux et les règles d'assiette et de recouvrement de ce droit d'enregistrement sont ceux prévus aux articles 1595 decies à 195 sexdecies.
« L'assemblée de Corse peut modifier les tarifs de ce droit d'enregistrement dans les conditions prévues à l'article 1595 sexdecies. »
« XI. - En 2001, les ressources perçues par chaque département au titre de la taxe départementale sur les véhicules de sociétés, du droit départemental d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce, du droit départemental de mutation à titre gratuit entre vifs et de la dotation générale de décentralisation sont équivalentes aux ressources perçues par lui en 2000 au titre de la taxe différentielle sur les véhicules à moteur et de la dotation générale de décentralisation, revalorisées en fonction de l'évolution de la dotation globale de fonctionnement au titre de 2001. A cet effet, le montant de ses attributions de dotation générale de décentralisation est, le cas échéant, majoré ou minoré à due concurrence. »
« XII. - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la suppression de la taxe sur les véhicules de société, des droits de mutation à titre gratuit entre vifs et des droits de mutation à titre onéreux de fonds de commerce prévue par les dispositions du IX ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général, pour défendre les amendements n°s I-15, I-14, I-16 et I-17.
M. Philippe Marini, rapporteur général. J'ai défendu tout à l'heure un amendement n° I-13 tendant à une mesure radicale, à savoir la suppression pure et simple de la vignette automobile.
Avec l'amendement n° I-15, la commission continue dans cette voie en proposant la suppression de la compensation par le biais de la dotation générale de décentralisation. Nous avons déjà exposé longuement les raisons de ce refus, notamment le 26 octobre, à l'occasion de l'examen par le Sénat de la proposition de loi constitutionnelle de M. Christian Poncelet. Nous estimons, je le rappelle, qu'il convient de donner un coup d'arrêt au mouvement de suppression des impôts locaux et à leur remplacement par des dotations budgétaires.
L'amendement n° I-14 est un simple amendement de coordination.
Jusqu'à présent, la commission avait proposé, à l'article 5, des amendements de suppression. Mais, avec l'amendement n° I-16, elle recrée, si je puis m'exprimer ainsi. Cet amendement a en effet pour objet, conformément à la proposition de loi constitutionnelle de M. Poncelet, de fixer le principe de la création de trois nouveaux impôts au profit des départements : une taxe départementale sur les véhicules des sociétés, un droit département d'enregistrement sur les cessions de fonds de commerce et un droit départemental sur les donations ou mutations à titre gratuit entre vifs.
Bien entendu, ces créations s'accompagnent de la suppression des impôts équivalents aujourd'hui perçus par l'Etat : suppression au niveau de l'Etat, création au niveau des départements, c'est-à-dire transfert de cette fiscalité.
Pour procéder à ces créations, la commission propose de modifier la loi dite « loi Defferre » du 7 janvier 1983, afin d'établir que les trois impôts créés sont destinés à compenser les charges résultant pour les départements des compétences transférées par les lois de décentralisation.
Elle se place exactement dans l'optique et dans la logique de la loi Defferre : les départements ont des charges à assumer ; ils disposent, pour cela, d'un produit fiscal qui leur est transféré par l'Etat et qui se situe dès lors sous la maîtrise de leur assemblée délibérante.
Ces précisions ont leur importance, car le code général des collectivités territoriales prévoit que, lorsque, dans un département, le produit des impôts destiné à financer les compétences transférées est inférieur au coût des compétences dont il s'agit, le complément est couvert par la dotation générale de décentralisation, la DGD, qui joue par conséquent son rôle de péréquation. A l'inverse, si le produit des impôts transférés est supérieur au coût des compétences transférées, il est procédé à un écrêtement et à une répartition ultérieure entre les départements bénéficiaires de la DGD.
Par conséquent, avec le dispositif proposé par la commission, si, dans un département, le produit des trois nouveaux impôts est supérieur au coût des compétences transférées, ledit département percevra un montant inférieur de DGD ; dans le cas contraire, le département bénéficiera d'une DGD plus importante. La DGD interviendra donc comme variable d'ajustement.
Le dispositif que nous proposons permet donc, j'y insiste, de neutraliser les transferts de richesses entre les départements, puisque la répartition géographique du produit des trois nouveaux impôts sera nécessairement différente de la répartition du produit de la vignette.
Madame le secrétaire d'Etat, nous estimons devoir insister sur ces amendements car, comme vous le voyez, nous nous situons dans le cadre du plan de baisse d'impôt, que nous avons critiqué par ailleurs, mais qui existe tel qu'il a été annoncé par le Gouvernement.
Bien que la suppression de la vignette se heurte à différentes objections, liées en particulier au caractère « antiredistributif » d'une telle décision, nous vous proposons néanmoins de l'intégrer dans notre raisonnement. Mais nous allons plus loin, puisque, pour éviter de mécontenter certaines catégories de la population, nous la supprimons complètement et nous lui substituons trois taxes départementales, corollaire de la suppression d'impôts équivalents jusqu'ici perçus par l'Etat.
J'insiste sur le fait que ce mécanisme permet d'opérer les ajustements nécessaires d'un département à l'autre, selon la loi Defferre, en fonction de la comparaison entre les ressources dont bénéficieront les départements et les charges qu'ils devront assumer.
Enfin, l'amendement n° I-17 est le complément du dispositif que je viens de détailler, car il procède à la création des nouvelles taxes que je viens d'évoquer.
Je rappelle que ces trois impôts sont assortis de prévisions de rendement pour 2001 : taxe sur les véhicules des sociétés, 4 milliards de francs ; taxe sur les donations, 9,4 milliards de francs ; taxe sur les cessions de fonds de commerce, 1,3 milliard de francs. Le montant total est de 14,7 milliards de francs, soit 1 milliard de francs de plus que la vignette.
Ce milliard de francs n'est pas une recette supplémentaire pour les départements, il se traduira par une diminution de 1 milliard de francs de la DGD. Par ce transfert, nous aboutissons aux objectifs que nous recherchons : les départements bénéficieront de ressources assises sur les fluctuations de l'activité économique et non sur les dotations de l'Etat. Les départements, chaque année, fixeront les taux de ces différentes taxes et seront donc responsabilisés.
Par ailleurs, les nouveaux impôts présenteront les mêmes caractéristiques que les impôts transférés en 1984. Ils appartiennent aux mêmes familles que les droits d'enregistrement et la taxe sur les véhicules, ils ont une assiette plus moderne que les « quatre vieilles », puisqu'ils sont basés sur des flux et non sur des stocks.
Enfin, ce transfert permettra de rétablir une partie du pouvoir fiscal qu'ont perdu les exécutifs locaux depuis trois ans, puisque les conseils généraux pourront fixer librement les taux des trois nouveaux impôts, cette liberté étant naturellement encadrée.
J'en ai terminé, monsieur le président, avec la présentation du dispositif de la commission.
M. le président. Par amendement n° I-213, M. Badré et les membres du groupe de l'Union centriste proposent de supprimer le IV de l'article 5.
La parole est à M. Machet.
M. Jacques Machet. Il s'agit d'un amendement qui tire les conséquences de l'amendement n° I-212.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-81, I-212, I-156, I-233, I-116, I-117 et I-213 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. S'agissant de l'amendement n° I-81, qui tend à la suppression de la vignette et à l'extension de cette suppression pour éviter les incohérences du dispositif proposé, nos collègues peuvent, me semble-t-il, souscrire aux propositions de la commission, qui vont plus loin et qui sont globales. Sur le fond, notre objectif est commun, et je demande à M. Bordas de bien vouloir retirer cet amendement, qui est satisfait par ceux de la commission.
L'amendement n° I-212 est similaire à l'amendement n° I-13 de la commission et tend à la suppression complète de la vignette. Il est donc satisfait par le dispositif préconisé par la commission, de même que l'amendement n° I-156.
L'amendement n° I-242 n'a pas été défendu, de même que l'amendement n° I-253, qui était pourtant un bon amendement car il s'appliquait aux véhicules utilitaires. Mais il est vrai que, si l'on supprime complètement la vignette, ce problème ne se pose plus.
L'amendement n° I-233 du groupe socialiste s'appliquait lui aussi aux véhicules utilitaires de moins de 3,5 tonnes ; là encore, si l'on supprime complètement la vignette, le problème ne se pose plus, et l'amendement est satisfait.
L'amendement n° I-116 étend l'exonération aux véhicules appartenant aux collectivités territoriales. Vous avez raison, monsieur Foucaud, il serait absurde que les départements continuent à payer une vignette qui a disparu et bénéficient par ailleurs d'une compensation financière. Ce serait un peu « ubu-administratif » ! Votre amendement est donc tout à fait justifié, mais, si l'on supprime complètement la vignette, là aussi, vous aurez satisfaction totale.
La commission est défavorable à l'amendement n° I-117, puisque le dispositif que ses auteurs souhaitent mettre en place est différent, dans son esprit, de celui de la commission. C'est une idée intéressante, mais notre dispositif est global et il n'est pas compatible avec le vôtre.
L'amendement n° I-213 est également satisfait par les amendements de la commission.
En résumé, monsieur le président, je demande à nos collègues qui souhaitent aller plus loin dans la suppression de la vignette et qui veulent plus de justice dans la compensation de bien vouloir retirer leurs amendements, de telle sorte que nous votions la série d'amendements que je vous ai trop longuement exposés - pardonnez-m'en - au nom de la commission.
M. le président. Monsieur Bordas, l'amendement n° I-81 est-il maintenu ?
M. James Bordas. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-81 est retiré.
Monsieur Machet, l'amendement n° I-212 est-il maintenu ?
M. Jacques Machet. Je le retire également, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-212 est retiré.
Monsieur Ostermann, l'amendement n° I-156 est-il maintenu ?
M. Joseph Ostermann. Je me rallie aux propositions de la commission.
M. le président. L'amendement n° I-156 est retiré.
Monsieur Miquel, l'amendement n° I-233 est-il maintenu ?
M. Gérard Miquel. Monsieur le président, nous préférons attendre de connaître l'avis du Gouvernement !
M. le président. Monsieur Foucaud, l'amendement n° I-116 est-il maintenu ?
M. Thierry Foucaud. Nous préférons également attendre de connaître l'avis du Gouvernement.
M. le président. Monsieur Machet, l'amendement n° I-213 est-il maintenu ?
M. Jacques Machet. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° I-213 est retiré.
Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s I-13, I-233, I-116, I-15, I-117, I-14, I-16 et I-17 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons déjà eu un débat assez long sur cette question de la suppression de la vignette.
Je ne reviendrai que brièvement sur certains aspects qui sont soulevés par les amendements qui demeurent en discussion.
Tout d'abord, faut-il supprimer la vignette intégralement ou un peu plus que ne le prévoit aujourd'hui le projet de loi ? Pourquoi, en effet, ne pas aller plus loin ?
J'indique que le dispositif proposé par le Gouvernement au Parlement ne nous paraît pas inéquitable, et que la situation actuelle se caractérise déjà par une très grande inégalité de tarifs selon les départements d'immatriculation : cette différence varie dans une proportion de 1 à 2,5 pour un même véhicule.
Par ailleurs, la mesure proposée repose sur des différences objectives de situation entre les différents types de véhicules et de propriétaires : d'une part, différence entre les véhicules dont l'usage est essentiellement personnel, à savoir les voitures particulières, et ceux qui ont essentiellement des finalités professionnelles, à savoir les plus importants des véhicules utilitaires - c'est l'amendement n° I-233 que je vise par ce biais -, d'autre part, différence entre les particuliers ou les associations, pour lesquelles la vignette n'est pas une charge déductible, et les personnes morales, qui sont dans la situation inverse.
La discussion fondamentale entre personnes physiques et personnes morales n'est pas nouvelle, elle existe déjà en matière fiscale.
Quant à la distinction que nous avons faite dans l'usage qui est fait du véhicule, elle me paraît devoir demeurer. L'amendement n° I-233 conduisant à changer de gamme de véhicules, il serait de nature à modifier l'équilibre du dispositif que nous proposons et pourrait, dès lors, poser quelques difficultés au juge constitutionnel, si celui-ci était amené à se prononcer.
Cela étant, la commission des finances nous fait une proposition intéressante, même si elle est assez compliquée, qui consiste, au-delà de la suppression intégrale de la vignette - à laquelle, vous l'avez compris, le Gouvernement n'est pas favorable -, à transférer aux départements, à titre de compensation, le produit de la taxe sur les véhicules de société, le produit des droits d'enregistrement dus pour les cessions de fonds de commerce et le produit des donations.
A n'en pas douter, cette proposition est dictée par la volonté de ne pas amputer les recettes des départements et leur autonomie, voulue par les lois de décentralisation. Je ne reviendrai pas sur ce débat, que nous avons déjà eu cet après-midi.
Permettez-moi toutefois d'observer que le produit global que vous proposez de transférer serait supérieur de 2 milliards de francs à la perte de recettes occasionnée pour les départements.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nous réduisons la DGD !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Vous avez mis au point un mécanisme d'ajustement des produits transférés aux charges transférées, mais il n'est pas, de notre point de vue, applicable immédiatement.
L'ajustement, en plus ou en moins, de la DGD était destiné, si j'ai bien compris, à compenser les écarts qui pourraient résulter du transfert de ces impôts département par département, puisque le produit ne serait pas mécaniquement ajusté aux charges à compenser.
A première vue, ce dispositif est inopérant, dans la mesure où l'article L. 1614-5 du code général des collectivités territoriales, qui n'est pas modifié par votre amendement, prévoit expressément que les pertes de produit fiscal des impôts transférés sont compensées par des attributions de DGD ou par une diminution des écrêtements au profit du fonds de compensation de la fiscalité transférée. Il y a donc là un problème de cohérence.
Au-delà, la mesure que vous proposez ampute le budget de l'Etat du produit d'une part de la taxe sur les voitures particulières des sociétés versée aux départements, part que, par ailleurs, l'article 17 du projet de loi de finances soumis à votre examen affecte en partie au fonds de financement de la réforme des cotisations patronales de sécurité sociale, le FOREC, ce qui crée un conflit d'intérêt, si je puis dire, entre ces deux mécanismes.
Par ailleurs, la proposition de transfert des droits de mutation à titre onéreux de fonds de commerce et de parts sociales pourrait remettre en cause l'effort d'unification des tarifs qui a été mis en oeuvre à l'issue de la loi de finances pour 2000.
Enfin, en ce qui concerne les donations, le lieu où les droits sont liquidés ne dépend pas forcément de la localisation géographique des biens en question. Votre dispositif pourrait donc donner lieu à une forme de compétition entre les départements, ce qui serait fâcheux.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est votre conception !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Par conséquent, je crois que le dispositif complexe, quoique perfectionné, qui a été élaboré par la commission des finances fait clairement partie des sujets qui devront être examinés dans le cadre de la concertation que le Gouvernement souhaite engager avec les associations d'élus locaux sur la réforme des finances locales. C'est dans ce cadre que les pistes que vous suggérez ont vocation à être étudiées !
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-13.
M. Louis de Broissia. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. de Broissia.
M. Louis de Broissia. J'attendais avec beaucoup d'impatience que Mme le secrétaire d'Etat réponde aux propositions raisonnables et très argumentées formulées par la commission des finances, que bien entendu je soutiendrai.
Madame le secrétaire d'Etat, je ne vous cacherai pas ma profonde déception : vous soutenez que le dispositif doit être clair, or celui que propose le Gouvernement est bancal.
De surcroît, vous n'avez pas répondu à ma question, à savoir qui paiera la vignette le 1er décembre, c'est-à-dire vendredi prochain. Qui ? Je ne le sais pas. Les services fiscaux de la Côte-d'Or, que j'ai interrogés devant M. le préfet et devant l'assemblée départementale, n'ont pas été capables de me répondre, puisque la discussion du projet de loi de finances n'a pas permis de l'établir.
En revanche, j'estime que les propositions de la commission des finances constituent un bloc complet, dont l'adoption permettrait de donner de la cohérence à votre dispositif.
Ainsi, vous avez décidé de supprimer la vignette. Nous accompagnons cette volonté du Gouvernement de baisser les impôts - cela a été très bien dit par M. le rapporteur général - mais nous le faisons dans la clarté budgétaire, que le Sénat affectionne particulièrement.
Par ailleurs, j'ai entendu le discours du Premier ministre auquel vous avez fait référence. Vous souhaitez approfondir la décentralisation, mais vous nous avez dit tout à l'heure, commettant un lapsus linguæ significatif, qu'il fallait éviter une compétition fâcheuse entre les départements. Or je pratique depuis longtemps la décentralisation, en compagnie de cent un collègues conseillers généraux de diverses sensibilités politiques, et nous nous livrons en permanence à une compétition amicale. Vous semblez vouloir la décourager, ce qui prouve que vous n'avez rien compris au discours du Premier ministre. C'est pour vous inciter à le comprendre que je soutiendrai totalement les propositions de la commission des finances. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Qui paie la vignette ? Ce sont les personnes morales pour tous leurs véhicules, ainsi que tous les propriétaires de véhicules de plus de deux tonnes de poids total en charge.
Permettez-moi de vous rappeler, monsieur de Broissia, puisque vous ne semblez pas avoir lu les instructions qui ont été diffusées largement, que la vignette est en vente non pas depuis le 1er décembre, mais depuis le 15 novembre. Nous avons eu soin de communiquer ces informations par voie de presse, et pour ce qui concerne le discours du Premier ministre, je crois l'avoir écouté, ce qui n'est pas votre cas s'agissant de mes explications, monsieur le sénateur ! (Applaudissements sur les travées socialistes. - Exclamations amusées sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. Henri de Raincourt. Ça, c'est rigolo !
M. Hilaire Flandre. La loi n'est pas votée, madame !
M. Michel Mercier. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Michel Mercier.
M. Michel Mercier. J'ai écouté ce que nous a dit Mme le secrétaire d'Etat des propositions faites par la commission des finances, lesquelles sont simples et respectent l'esprit de la décentralisation.
L'esprit de la décentralisation, c'est d'abord l'esprit de responsabilité : on confie aux collectivités locales le soin de couvrir les charges qui sont les leurs par l'impôt, et non pas par des dotations de compensation que verserait l'Etat. La décentralisation, cela repose d'abord sur la confiance que l'Etat accorde aux collectivités locales. Si cette confiance entre l'Etat et les collectivités locales n'existe pas, il n'y aura pas de France décentralisée et dans ce cas, madame le secrétaire d'Etat, un jour, à force d'avoir tout voulu tenir, vous lâcherez tout d'un seul coup, comme vous l'avez déjà fait s'agissant d'autres dossiers.
Ce que je demande au Gouvernement aujourd'hui, c'est donc de faire confiance aux collectivités locales, c'est de considérer que les élus locaux ne sont pas irresponsables et que, lorsqu'ils décideront de fixer le taux d'un impôt, ils y auront réfléchi, ils connaîtront les conséquences de leur vote et ils réaliseront la meilleure adéquation entre la dépense qu'ils jugeront utile et l'impôt qu'ils lèveront pour couvrir cette dépense.
C'est simplement cela, l'esprit de la décentralisation ; ce n'est pas une affaire partisane, c'est l'affaire d'un choix fondamental : veut-on construire une France décentralisée dans laquelle la République pourra continuer à jouer son rôle, ou est-ce qu'un jacobinisme crispé conduira un jour à tout lâcher, comme on le voit, par exemple, en Corse ? (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, des Républicains et Indépendants et du RPR, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Louis de Broissia. Très bien !
M. Jean-Pierre Fourcade. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Fourcade.
M. Jean-Pierre Fourcade. Madame le secrétaire d'Etat, vous m'avez déçu dans vos réponses. En effet, votre projet de suppression de la vignette n'est pas complet, aussi va-t-il susciter, sur le plan local, un certain nombre de difficultés.
Par exemple, comme l'ont noté nos camarades du groupe communiste républicain et citoyen,... (Rires.)
M. Henri de Raincourt. N'ayons pas peur des mots !
M. Jean-Pierre Fourcade. ... nos amis du groupe communiste républicain et citoyen, on persistera à taxer les véhicules des collectivités locales. Avouez qu'il est quand même un peu ridicule de supprimer la vignette afin d'alléger la fiscalité locale, tout en continuant à taxer les véhicules des collectivités locales ! Tout cela est absurde !
Par conséquent, je soutiendrai résolument les propositions de la commission des finances. Je les trouve raisonnables, parce qu'elles procèdent à une véritable suppression d'un pan de la fiscalité qui, je le reconnais, était un peu obsolète. Personne ne peut, sur le principe, défendre la vignette ! En outre - et là est le problème - est proposée une affectation d'impôt aux départements, qui conserveraient la liberté de fixer les taux en fonction de leurs besoins, comme vient de l'énoncer M. Michel Mercier.
Enfin, madame le secrétaire d'Etat, répéter, comme le font le Premier ministre, tous les membres de son gouvernement et nombre de nos collègues dans cette enceinte, que la décentralisation a commencé en 1982 est une erreur historique.
M. Yves Fréville. Tout à fait !
M. Jean-Pierre Fourcade. En effet, les trois éléments essentiels de la décentralisation qui permettent à l'ensemble de nos collectivités locales de fonctionner dans de bonnes conditions sont, premièrement, la globalisation des emprunts, qui a été décidée en 1975 par le gouvernement auquel j'avais l'honneur d'appartenir - dans beaucoup d'autres pays d'Europe, les collectivités locales n'ont pas la même liberté en matière d'emprunts et de trésorerie -, deuxièmement, la création de la DGF en 1978, et, troisièmement, la création de la DGE, à peu près au même moment.
Par conséquent, cessons ce débat ! Les historiens diront que la décentralisation a été engagée en France dans les années soixante-dix et que, au cours du dernier tiers du siècle que nous allons quitter, les collectivités territoriales ont commencé à acquérir un peu plus d'autonomie. (Très bien ! et applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur celles des Républicains et Indépendants, de l'Union centriste et du RPR.)
M. René-Pierre Signé. Qui a donné le pouvoir aux conseils généraux ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Comme l'a dit M. Fourcade, la décentralisation ne date pas de 1982.
M. René-Pierre Signé. Si !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mais non, monsieur Signé ! Apprenez un peu l'histoire de France ! L'histoire de France n'a commencé ni en 1981 ni, au demeurant, en 1789. C'est un pays multiséculaire, qui a connu toutes sortes de formes d'organisation dans sa longue histoire, et chacun doit faire preuve d'un petit peu de modestie.
M. Gérard Braun. Très bien !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je voudrais en revenir au débat, mes chers collègues.
Madame le secrétaire d'Etat, à en croire les arguments que vous nous avez donnés, jamais on ne pourra procéder à de nouveaux transferts d'impôts aux collectivités territoriales !
Je vous ai écoutée avec beaucoup d'intérêt. Vous avez critiqué - comme c'est naturellement votre droit le plus strict - les propositions de la commission, en contestant finalement l'idée même sur laquelle elles sont fondées, à savoir la nécessité de remplacer l'impôt par l'impôt : à l'impôt dont le taux est défini par l'assemblée délibérante doivent se substituer d'autres impôts, dont les taux ont vocation à être eux aussi définis de la même manière. C'est cela, le principe sur lequel repose notre proposition !
Vous avez contesté celle-ci en multipliant les obstacles techniques, en nous opposant que sa mise en oeuvre serait très compliquée. A cela, madame le secrétaire d'Etat, je répondrai de deux manières.
En premier lieu, votre dispositif nuit à l'équité et est source de complication, parce que vous n'allez pas jusqu'au bout de votre logique en ne supprimant pas complètement la vignette. J'ai fait un pronostic, et je tiens fermement le pari : nous reviendrons sur les exonérations supplémentaires que vous serez obligée de concéder.
En second lieu, le dispositif de compensation que nous avons imaginé est directement issu de la loi de 1983, ce qui devrait faire plaisir à nos collègues siégeant du côté gauche de l'hémicycle. Nous avons d'ailleurs proposé, dans un souci de cohérence - peut-être ne l'aviez-vous pas relevé -, de modifier, par l'amendement n° I-16, l'article L. 1614-5 du code général des collectivités territoriales, en complétant son texte par les mots : « soit par la création d'impôts locaux, ». Notre dispositif est, je le crois, correct sur le plan juridique.
Par ailleurs, les taux des nouveaux impôts que nous transférons seront bien sûr encadrés. La liberté de fixation de ces taux par les assemblées délibérantes ne sera pas entière, mais une modulation suffisante sera prévue, afin que chaque collectivité puisse se gérer selon ses principes, ses valeurs et son projet. En effet, madame le secrétaire d'Etat, c'est cela, la décentralisation ! Il ne s'agit pas de construire un système pyramidal, en définissant, en quelque sorte, un budget type départemental dans un bureau de l'administration et en imposant ce costume de confection (Sourires) ou ce carcan à tous les départements de France et de Navarre !
Notre projet est adapté à la situation de chaque département. Il est normal à nos yeux que le conseil général du Rhône, celui de la Côte-d'Or ou celui de l'Yonne...
M. Henri de Raincourt. Ah ! Quand même ! (Sourires.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... prennent des décisions différentes...
M. Henri de Raincourt. Intelligentes !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... en ce qui concerne le taux de l'impôt sur les donations.
Chacun aura sans doute sa conception de l'intelligence, dans l'optique de la politique dont il est responsable devant ses électeurs. La décentralisation, c'est cela, et elle repose sur un pouvoir fiscal propre aux assemblées délibérantes.
Par conséquent, madame le secrétaire d'Etat, il est vraiment désolant de constater que vous ne voulez pas nous suivre dans cette logique et que votre logique à vous demeure celle des dotations définies administrativement et de façon nécessairement incompréhensible, puisqu'il est impossible, à l'échelon central, de prendre en compte tous les éléments qui auront une incidence sur la gestion d'un département ou d'une quelconque collectivité. C'est le respect de cette logique qui explique que notre système de financement des collectivités territoriales soit de plus en plus incompréhensible pour le citoyen. Or, ce qui doit nous motiver, c'est la clarification de la gestion locale. On ne cesse de nous le dire, il s'agit, à l'heure actuelle, d'un inextricable empilement de compétences et de budgets.
Pour que ce sentiment d'incompréhension s'atténue, il faut que les collectivités soient responsabilisées. Or, comment le seraient-elles sinon par la fixation de l'impôt, par la prise de décisions claires face à l'opinion publique de chacun de nos départements ?
Nous tenons avec force à cette conception de la décentralisation, qui correspond à ce que j'appelais, dans mon intervention à la tribune, une « république territoriale » - non pas fédérale, mais territoriale -, c'est-à-dire une république composée de collectivités reconnues par la Constitution et qui s'administrent librement en vertu du principe d'autonomie, et qui est à l'origine de nos propositions. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Henri de Raincourt. Bravo !
M. Yves Fréville. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. J'ai été très attentif aux propos de notre collègue M. de Broissia et j'ai trouvé sa formule excellente : « Cette réforme est un bloc. »
Il faut la considérer comme telle. La commission des finances propose donc, d'une part, la suppression totale de la vignette et, d'autre part, la création d'impôts locaux pour compenser cette perte de recettes. J'approuve tout à fait cette démarche.
Je me rends parfaitement compte qu'il ne faut pas, à ce point de la discussion, entrer dans le débat sur un plan technique. Evidemment, je le sais bien, rien n'est plus difficile - et le travail de la commission a été particulièrement ingrat - que de trouver des impôts qui répondent à tous les critères que Mme le secrétaire d'Etat a rappelés parce qu'il fallait sans doute le faire.
Je souhaite en revanche insister sur le danger que représente pour nos collectivités locales l'affectation d'impôts qui sont, comme le disait M. Fourcade, de vieux impôts qui correspondent à un stade de développement économique, industriel, voire pré-industriel.
Les lois de décentralisation ont, par exemple, transféré aux départements les droits sur les mutations à titre onéreux. C'est un mauvais impôt ! Tout le monde sait très bien qu'il ne faut pas freiner la mobilité en taxant les achats de biens immobiliers, et les gouvernements, de droite comme de gauche, ont été conduits à diminuer ces droits.
Le danger actuel, c'est d'affecter aux collectivités locales, au nom d'un principe que j'approuve, des impôts qui ne répondent pas nécessairement à l'évolution économique moderne. Nous avons le devoir - et la commission des finances devrait faire cet effort de réflexion - de trouver, pour cette phase nouvelle de la décentralisation, en particulier pour le « couple » région-département que préconisait M. Fourcade, une nouvelle ressource d'ordre général, assise soit sur le revenu, soit sur les supports des nouvelles techniques de l'information. Nous pourrions ainsi régler définitivement le problème sans entrer dans tous les détails, comme cela nous est actuellement imposé.
Voilà pourquoi je voterai l'amendement de la commission des finances. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.) M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-13, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, les amendements n°s 1-233 et 1-116 n'ont plus d'objet.
Mes chers collègues, nous allons maintenant interrompre nos travaux ; nous les reprendrons à vingt et une heure quarante-cinq.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-neuf heures quarante-cinq, est reprise à vingt et une heure quarante-cinq, sous la présidence de M. Jacques Valade.)

PRÉSIDENCE DE M. JACQUES VALADE
vice-président

M. le président. La séance est reprise.
Nous poursuivons la discussion du projet de loi de finances pour 2001, adopté par l'Assemblée nationale.
Dans la suite de la discussion des articles de la première partie, nous en sommes parvenus, au sein de l'article 5, au vote de l'amendement n° I-15.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-15, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, l'amendement n° I-117 n'a plus d'objet.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-14, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-16, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-17, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 5, modifié.

(L'article 5 est adopté.)

Article additionnel après l'article 5
ou avant l'article 26 bis



M. le président.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-138 rectifié bis, Mme Beaudeau, MM. Foucaud et Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, avant l'article 26 bis, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans la dernière phrase du II de l'article 1641 du code général des impôts, le taux : "4,4 %" est remplacé par le taux : "4 %".
« II. - Les taux fixés au III bis de l'article 125 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence. »
Par amendement n° I-157 rectifié, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, de Broissia, Vial, Leclerc, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 5, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans la dernière phrase du II de l'article 1641 du code général des impôts, le taux : "4,4 %" est remplacé par le taux : "4 %".
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Foucaud, pour défendre l'amendement n° I-138 rectifié bis.
M. Thierry Foucaud. Cet amendement vise à tirer les conséquences de la non-application de la révision des valeurs locatives en prévoyant de mettre un terme au prélèvement de 0,4 % institué pour couvrir la charge générée par la mise en oeuvre de cette réforme.
Je ne reviendrai pas sur les raisons qui motivent cet amendement, ayant déjà eu l'occasion de les détailler.
M. le président. La parole est à M. Ostermann, pour présenter l'amendement n° I-157 rectifié.
M. Joseph Ostermann. Cet amendement, qui concerne également le financement de la révision des bases locatives, tend à supprimer le prélèvement opéré par l'Etat sur le produit des impôts locaux pour financer cette révision.
Les frais engagés par l'Etat à cette fin doivent maintenant être amortis étant donné le temps écoulé depuis les premières études. Si d'autres études ou d'autres travaux doivent être élaborés, le financement pourra être opéré par le budget de l'Etat sans qu'il y ait lieu de ponctionner à nouveau les collectivités locales et les contribuables.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-138 rectifié bis et I-157 rectifié ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission pense beaucoup de bien de ces amendements, car le maintien de ce prélèvement sans objet est un véritable scandale. Elle est donc favorable au dispositif prévu dans ces deux amendements, avec une préférence toutefois pour l'amendement n° I-157 rectifié, dont le gage lui convient mieux.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Cette majoration de 0,4 point des taux de prélèvement au profit de l'Etat pour frais d'assiette et de recouvrement des impôts directs locaux a été instituée en 1990 par la loi relative à la révision générale des évaluations des immeubles retenus pour la détermination des bases des impôts directs locaux. Les opérations administratives de cette révision sont, comme vous le savez, ce point ne vous a pas échappé, achevées.
Mais, pour tenir compte de la part croissante prise par l'Etat dans le financement de la fiscalité directe locale au cours de ces dernières années, la majorité parlementaire d'alors, à laquelle vous apparteniez, a pérennisé, monsieur le rapporteur général, cette majoration de 0,4 point dans la loi de finances pour 1996.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Errare humanum est, perseverare diabolicum !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je vous rappelle que les dégrèvements et admissions en non-valeurs à la charge de l'Etat ont doublé entre 1992 et 1999, passant de 32 milliards de francs à 63 milliards de francs.
En revanche, sur la même période, les recettes perçues par l'Etat en contrepartie sont en augmentation d'environ 70 %.
La suppression de la majoration de 0,4 % serait de surcroît très peu visible pour les contribuables puisque l'allégement moyen qui en résulterait serait de 12 francs.
Or le Gouvernement a préféré conduire une politique volontariste de réduction de la fiscalité directe locale en supprimant la part régionale de la taxe d'habitation, en réaménageant les dispositifs de dégrèvements et en retenant plusieurs dispositifs ciblés sur les personnes les plus défavorisées.
De la même manière, la réforme du barème de l'impôt sur le revenu, la suppression de la redevance de l'audiovisuel pour les personnes âgées ayant des revenus modestes et le dégrèvement de 500 francs de taxe foncière pour les mêmes redevables sont des mesures qui se traduisent directement par un allégement substantiel des prélèvements supportés par ces catégories de personnes aux revenus modestes.
Pour ces motifs, je souhaite, messieurs les sénateurs, que vous retiriez vos amendements.
M. le président. Monsieur Foucaud, l'amendement est-il maintenu ?
M. Thierry Foucaud. Oui, monsieur le président.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-138 rectifié bis, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-157 rectifié, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 5.

Article additionnel après l'article 12



M. le président.
Par amendement n° I-141 rectifié quater , Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le 1° de l'article 1467 du code général des impôts est complété par un c ainsi rédigé :
« c La valeur des actifs financiers, figurant au bilan de l'entreprise, pour la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, c'est-à-dire tous les actifs détenus, tant au titre des immobilisations financières que des valeurs mobilières de placement ; ».
« II. - L'article 1636 du code général des impôts est rétabli dans la rédaction suivante :
« Par exception aux règles fixées par les articles 1636 B sexies , 1636 B septies et 1636 B decies , les taux d'imposition des actifs visés au c du 1° de l'article 1467, sont fixés dans le cadre de la loi de finances. Toutefois, pour la première année d'application, un taux unique de 0,3 % est retenu. »
« III. - Il est inséré dans le code général des impôts un article 1648 bis A ainsi rédigé :
« 1° Il est créé un fonds national de péréquation et de répartition de la taxe professionnelle dont les recettes sont constituées par le produit de l'impôt des actifs visés au c du 1° de l'article 1467 du code général des impôts. Les ressources de ce fonds sont attribuées intégralement aux communes, groupements, départements et régions selon la répartition mentionnée dans le 2°.
« 2° Les ressources de ce fonds sont attribuées pour moitié aux communes et départements selon les règles retenues chaque année pour la répartition de la part forfaitaire de la dotation globale de fonctionnement instituée en vertu des dispositions de l'article L. 2334-7 du code général des collectivités territoriales et pour moitié aux communes, groupements et départements selon les règles retenues chaque année pour la répartition de la dotation d'aménagement instituée en vertu de l'article L. 2334-13 du même code. »
« IV. - L'article 1472 A bis du code général des impôts est complété in fine par les mots : "... à l'exception des actifs visés au c du 1° de l'article 1467". »
« V. - Le I bis de l'article 1647 B sexies du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Il ne s'applique pas à l'imposition des actifs visés au c du 1° de l'article 1467. »
« VI. - Le 4° du 1 de l'article 39 du code général des impôts est complété in fine par les mots : "et de l'imposition des actifs visés au c du 1° de l'article 1467". »
La parole est à M. Foucaud.
M. Thierry Foucaud. Comme nous l'avons indiqué à l'occasion de la discussion de cet après-midi sur les recettes des collectivités locales, cette proposition d'extension sensible de l'assiette de la taxe professionnelle répond à l'impératif d'une réforme équilibrée, efficace pour l'emploi et pour les collectivités locales notamment.
L'évolution des conditions de la production et de l'activité économique au cours de la dernière période est sensible.
De plus en plus, la part des placements financiers dans le bilan des entreprises progresse et s'accroît, au détriment des autres facteurs de production, facteurs qui sont aujourd'hui pris en compte dans l'assiette de la taxe professionnelle.
On peut d'ailleurs remarquer que le traitement privilégié accordé aux placements financiers sur le plan tant de la taxe professionnelle que de l'impôt sur les sociétés, est, parmi d'autres, le plus sûr moyen de favoriser encore plus le recours au choix de la financiarisation de la gestion d'entreprise au détriment de l'investissement productif, de l'emploi, de la recherche et du développement.
Cet amendement tend à pénaliser fortement - c'est le sens des paragraphes IV, V et VI de notre article additionnel - le développement, contre l'emploi et la croissance, des placements financiers.
Je souhaite néanmoins revenir sur un des effets fondamentaux de notre proposition : celui de mettre certaines entreprises, aujourd'hui largement sous-fiscalisées en termes de taxe professionnelle - je pense aux grands groupes de la distribution auxquels je faisais allusion cet après-midi -, en situation d'égalité de traitement avec les autres entreprises, pour lesquelles la matière imposable est autrement plus importante et le poids relatif de la taxe professionnelle, bien sûr, plus élevé.
L'égalité de traitement entre les entreprises au titre de la taxe professionnelle passe, effectivement, par la mesure que nous préconisons, plus sûrement que par toute autre mesure de correction de l'existant.
On observera également que l'un des objectifs que nous visons est l'affirmation de la taxe professionnelle comme un véritable impôt sur le capital, poussant, selon le mot de Michel Pebereau, à une utilisation efficace des facteurs de production.
Je souhaite, enfin, attirer l'attention sur la question du taux et du produit de l'imposition des actifs financiers.
Compte tenu des sommes en jeu - le stock d'actifs financiers est de 26 000 milliards de francs - au regard de la base existante de taxe profesionnelle, on ne peut évidemment procéder à la localisation intégrale du produit de la taxe, pas plus qu'à l'adoption d'un taux de prélèvement très ou trop élevé.
Nous proposons donc que ce prélèvement soit limité à 0,3 % la première année d'application en vue de dégager une recette substantielle, mais néanmoins adaptée.
Quant à l'utilisation du produit du prélèvement - que l'on peut estimer à 700 millions de francs pour une entreprise comme la BNP ou Alcatel -, nous souhaitons qu'il soit clairement consacré à alimenter la péréquation au travers d'un fonds spécifiquement créé à cet effet.
L'une des grands questions récurrentes en matière de taxe professionnelle est en effet la grande disparité, pour ne pas dire plus, des recettes de taxe professionnelle entre communes.
Ainsi, 60 % des communes d'un département comme la Seine-Maritime sont aujourd'hui éligibles au fonds national de péréquation, compte tenu de la modicité et parfois de l'inexistence des recettes fiscales en cette matière.
Dans la construction de notre dispositif, le produit du prélèvement serait partagé entre les collectivités locales, selon le principe d'une moitié au bénéfice de l'ensemble des communes et d'une moitié au bénéfice de l'économie générale de la dotation d'aménagement. Nous considérons que ce choix est le plus pertinent pour assurer la pleine efficacité du dispositif proposé.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Avis franchement défavorable, monsieur le président.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons déjà eu cet après-midi un échange sur ce sujet. M. Foucaud le sait, je me suis engagée, après Christian Sautter, à ce qu'un groupe de travail soit mis en place sur cette question de la prise en compte, dans l'assiette de la taxe professionnelle, des actifs financiers.
Une première réunion a eu lieu récemment et des chiffrages sont actuellement en cours pour tenter de bien circonscrire les effets que pourrait avoir une telle taxation. C'est donc avec beaucoup d'attention que nous travaillons sur cette question. Une nouvelle réunion est prévue au cours des prochaines semaines.
Monsieur Foucaud, le Gouvernement s'engage, soyez-en sûr, à ce que la réflexion qui a été lancée soit menée à son terme. C'est pourquoi je souhaite le retrait de cet amendement.
M. le président. Monsieur Foucaud, acceptez-vous de retirer votre amendement ?
M. Thierry Foucaud. Non, monsieur le président.
Madame le secrétaire d'Etat, je vous remercie d'avoir confirmé votre engagement pour que la réflexion soit menée à son terme. Toutefois, n'y voyez pas malice, le groupe communiste républicain et citoyen maintient cet amendement sur les actifs financiers, car il veut en débattre encore.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix amendement n° I-141 rectifié quater , repoussé par la commission et par le Gouvernement.

(L'amendement n'est pas adopté.)

Article additionnel après l'article 15



M. le président.
Par amendement n° I-87, M. Carle et les membres du groupe des Républicains et Indépendants proposent d'insérer, après l'article 15, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Les deux premiers alinéas de l'article L. 2123-23 du code général des collectivités territoriales sont ainsi rédigés :
« Les indemnités maximales votées par les conseillers municipaux pour l'exercice effectif des fonctions de maire des communes et de président de délégations spéciales sont déterminées en appliquant au terme de référence mentionné à l'article L. 2123-20 le barème suivant :



POPULATION (HABITANTS)

TAUX MAXIMAL

de l'indice 1015


Moins de 500 17 500 à 999 31 1 000 à 3 499 43 3 500 à 9 999 55 10 000 à 19 999 65 20 000 à 49 999 90 50 000 à 99 999110 100 000 et plus145


»


« II. - L'article 2123-23-1 du même code est supprimé.
« III. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des I et II ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Carle.
M. Jean-Claude Carle. Les communes sont le creuset de notre démocratie. Les maires, leurs adjoints et les conseillers municipaux en sont les premiers acteurs. Or on assiste à une certaine crise des vocations, dont les origines sont multiples. Elle résulte, notamment, de l'inconfort, voire de l'insécurité matérielle ou morale dans lesquels les élus locaux exercent leur mission.
Le Sénat s'est préoccupé de leur insécurité juridique et morale en adoptant la proposition de loi de notre collègue M. Pierre Fauchon sur les délits non intentionnels, devenue aujourd'hui loi de la République.
Mais à cette insécurité s'ajoute un certain inconfort matériel. Le niveau des indemnités des adjoints au maire est ridicule si on le compare à la charge de leur mandat.
La loi sur le cumul des mandats a revalorisé les indemnités perçues par les maires - et ce n'était que justice - mais pas celles des adjoints au maire. Leurs indemnités de fonctions et celles des conseillers municipaux, des présidents et vice-présidents d'un établissement public de coopération intercommunal n'ont pas été modifiés ; c'est anormal.
En effet, le vrai problème de notre démocratie - tout autant que celui de la parité - tient à l'égal accès à la vie publique des femmes et des hommes quelle que soit leur origine sociale ou professionnelle. Je me réjouis d'ailleurs que M. le Premier ministre l'ait recemment rappelé.
Notre amendement vise à modifier le code général des collectivités territoriales afin que la revalorisation des indemnités ne se limite pas aux maires mais bénéficie également à leurs adjoints, aux conseillers municipaux, aux présidents et vice-présidents d'EPCI.
Il s'agit d'une mesure d'équité, et il serait, me semble-t-il, inconvenant de se retrancher derrière l'éternel serpent de mer du statut de l'élu local pour ne rien faire dès aujourd'hui envers celles et ceux qui font vivre notre démocratie.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Notre assemblée a déjà voté un tel amendement lors du débat sur le collectif du printemps 2000. La différence de traitement entre les maires et leurs adjoints n'est pas normale. C'est un vrai problème de la démocratie locale que notre collègue Jean-Claude Carle a eu raison de souligner.
Tout cela doit, bien entendu, être intégré dans une démarche globale visant à la définition d'un statut de l'élu, sujet récemment abordé par le président du Sénat.
La commission est favorable à l'amendement n° I-87.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La loi du 5 avril 2000 a revalorisé de façon significative les indemnités de fonctions des maires. Cela a fait l'objet d'un long débat sur lequel il n'y a pas lieu de revenir.
Est proposée dans cet amendement une revalorisation générale des indemnités des adjoints, qui représenterait pour les communes une charge financière estimée à au moins 1,7 milliard de francs, à quoi il faudrait ajouter le coût des indemnités de président et vice-président des établissements publics de coopération intercommunale, ainsi que diverses charges dérivées.
Il va de soi qu'un tel alourdissement des charges des collectivités locales limiterait considérablement la possibilité d'envisager pour l'avenir de nouvelles mesures en faveur des élus locaux, notamment dans le cadre du statut de l'élu local, et que diverses questions telles celles de la formation des maires des petites collectivités, des charges sociales ou des retraites devraient être réexaminées.
Ce problème doit s'intégrer dans une réflexion d'ensemble sur l'amélioration des conditions d'exercice des mandats locaux, qui pourra être engagée à la suite de la remise des conclusions de la commission présidée par M. Pierre Mauroy et qui devrait aboutir, comme l'a indiqué M. le Premier ministre, au cours de l'année 2001.
C'est pourquoi je souhaite le retrait de l'amendement n° I-87.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-87, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 15.

Article additionnel avant l'article 26



M. le président.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-52, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose d'insérer, avant l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans la dernière phrase du premier alinéa du I de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998), les mots : "33 % en 2001" sont remplacés par les mots : "50 % en 2001".
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-137 rectifié, Mme Beaudeau, MM. Foucaud et Loridant proposent d'insérer, avant l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Dans la dernière phrase du premier alinéa du I de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 (n° 99-1266 du 30 décembre 1998), les mots : "33 % en 2001" sont remplacés par les mots : "50 % à partir de 2001".
« II. - Pour compenser l'augementation du prélèvement sur recettes résultant du I ci-dessus, le taux prévu au 2 de l'article 200 A du code général des impôts est relevé à due concurrence. »
La parole est à M. le rapporteur général, pour défendre l'amendement n° I-52.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Le Sénat a déjà voté des amendements équivalents à l'occasion de l'examen des deux derniers projets de loi de finances. Nous proposons de porter à 50 % la fraction du taux de croissance du produit intérieur brut prise en compte pour l'indexation de l'enveloppe normée des concours de l'Etat aux collectivités locales.
Avec cette indexation, la dotation de compensation de la taxe professionnelle, la DCTP, redeviendrait une vraie variable d'ajustement : son montant baisserait lorsque l'augmentation des concours de l'Etat serait jugée trop rapide.
Aujourd'hui, en effet, la DCTP est détournée de son rôle et devient une dotation sacrifiée, qui permet à l'Etat de réaliser des économies budgétaires. Les élus locaux, quelle que soit leur tendance, ne le comprennent pas.
La commission des finances se prononce donc une nouvelle fois pour que le partage de la croissance soit un peu plus profitable aux budgets locaux.
M. le président. La parole est à M. Foucaud, pour présenter l'amendement n° I-137 rectifié.
M. Thierry Foucaud. Cet amendement vise à reprendre une proposition que nous avons déjà souvent formulée. Il s'agit de porter dès 2001 à 50 % du taux de croissance du PIB le chiffre à prendre en compte pour l'évolution de l'enveloppe normée.
Je tiens à me féliciter du nouveau pacte de croissance et de solidarité mis en place par le Gouvernement et la majorité plurielle. Il est largement plus favorable aux collectivités que le pacte de stabilité institué par le gouvernement Juppé. Cela étant, les parlementaires et les élus communistes ont continué et continuent à demander une évolution qui prenne mieux en compte la croissance.
Les collectivités locales, qui réalisent 75 % des investissements publics, doivent bénéficier de la croissance. Ce sont des acteurs économiques qui réinvestissent et contribuent ainsi à la santé de l'économie.
Si cette analyse est constante chez les parlementaires communistes, on ne peut pas en dire autant pour nos collègues de la majorité sénatoriale, qui n'hésitent pas à proposer aujourd'hui des solutions qu'ils ont toujours réfutées auparavant.
C'est le cas, monsieur le rapporteur général, pour les mécanismes d'évolution de l'enveloppe normée. Vous êtes à l'origine d'un pacte de stabilité niant tout partage des fruits de la croissance avec les collectivités territoriales...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Ah bon ?
M. Thierry Foucaud. ... et vous vous affichez comme leur défenseur quand vous êtes dans l'opposition. Cela sent les élections ! (Exclamations sur les travées des Républicains et Indépendants et du RPR.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Parce que vous, vous ne préparez pas les élections, monsieur Foucaud ? Cela m'étonnerait de vous ! J'en serais très surpris !
M. Thierry Foucaud. Vos revirements ne nous empêcheront cependant pas d'être constants dans nos positions et de voter ces amendements.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s I-52 et I-137 rectifié.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Cet après-midi, j'ai rappelé que les concours de l'Etat aux collectivités locales avaient été maintenus en francs constants sur l'ensemble de la période 1996-1998. C'est d'ailleurs à cette époque que la DCTP, évoquée à l'instant par M. le rapporteur général, a été utilisée en tant que variable d'ajustement du premier pacte de stabilité, puis du contrat de croissance et de solidarité.
Je rappelle aussi que, cette année, la DCTP ne diminue que de 5,4 %, ce qui est une baisse historiquement faible par rapport à celles qu'elle a pu connaître dans le passé.
Le Gouvernement n'a pas décidé de reconduire ce système, qui avait été plus imposé que négocié avec les élus locaux. Il a fait participer les activités locales aux fruits de la croissance en intégrant une part de plus en plus importante de cette dernière : après 20 % en 1999, la part du PIB prise en compte pour l'indexation des dotations incluses dans le pacte est passée à 25 % en 2000 et elle est porté à 33 % pour 2001, ce qui justifie les 4 milliards de francs supplémentaires inscrits en 2001 au titre des concours aux collectivités locales.
A ces 4 milliards de francs venant en sus de ce qu'aurait été la stricte indexation sur les prix s'ajoutent les abondements exceptionnels que nous avons évoqués et qui concernent la DSU, la DSR et le FNP.
Ainsi, le total des sommes supplémentaires par rapport au pacte Juppé atteint 6,2 milliards de francs en 2001. Vous souhaitez accroître encore l'effort en faveur des collectivités locales en portant ce taux de 33 % à 50 %. Sachez que l'adoption de cette mesure aurait, pour les finances publiques, un coût important : plus de 940 millions de francs en 2001.
Je crois que ni la situation économique et financière des collectivités locales ni les engagements de réduction des déficits publics - auxquels vous êtes à juste titre très attentif, monsieur le rapporteur général - ne sont compatibles avec une telle augmentation.
En conséquence, je souhaite le retrait de ces deux amendements.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-52.
M. Yves Fréville. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. Madame le secrétaire d'Etat, dès lors que le taux de la croissance de l'enveloppe normée est inférieur au taux de la DGF, il faut nécessairement procéder à un ajustement. D'où ma question : quelle sera la variable d'ajustement ? Si c'est la DCTP, cela veut dire clairement que les collectivités qui avaient perdu des bases de taxe professionnelle en 1987 à la suite de l'abattement de 16 % continueront à voir se réduire la compensation à laquelle elles ont droit.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je confirme à M. Fréville que c'est bien la DCTP qui constitue la variable d'ajustement. Comme il l'a très justement expliqué, si la DGF croît plus vite que le total des dotations aux collectivités locales, compte tenu du mécanisme d'indexation du contrat, il faut bien qu'il y ait une variable d'ajustement. Ce mécanisme n'est pas nouveau puisqu'il date de 1996. Ce qui est effectivement nouveau, c'est que, grâce à la forte croissance de l'économie française, la chute de la DCTP est considérablement atténuée en 2001. (M. Lassourd s'esclaffe.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je vous avais interrogée cet après-midi, madame le secrétaire d'Etat, sur la poursuite du contrat de croissance en 2002. Vous m'avez répondu que cela était annoncé dans un discours du Premier ministre. J'ai relu le passage du discours en question, mais je n'y ai pas trouvé de chiffre. Le pourcentage sera-t-il de 33 %, de 50 %, de 75 % de 100 %, de rien du tout ? Quelle est la proportion du taux de croissance qui sera prise en compte dans le calcul de l'évolution de l'enveloppe normée pour 2002 ? Vous est-il possible de nous donner au moins quelques indications sur ce sujet ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le rapporteur général, le Premier ministre a effectivement dit dans son discours que le contrat serait reconduit en 2002. Ce que je suis en mesure de vous indiquer, c'est que les hypothèses que nous faisons sur la croissance économique, qui est prise en compte dans le contrat, sont telles qu'il n'y a pas lieu d'avoir des inquiétudes sur la progression des concours de l'Etat aux collectivités locales en 2002.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-52, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, avant l'article 26, et l'amendement n° I-137 rectifié n'a plus d'objet.

Article 26



M. le président.
« Art. 26. - Au troisième alinéa de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités territoriales, la somme : "500 millions de francs" est remplacée par la somme : "1 200 millions de francs". »
Je suis saisi de trois amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Les deux premiers sont identiques.
L'amendement n° I-53 est présenté par M. Marini, au nom de la commission des finances.
L'amendement n° I-221 est déposé par M. Jarlier et les membres du groupe de l'Union centriste.
Tous deux tendent :
I. - A la fin de cet article, à remplacer la somme : « 1 200 millions de francs » par la somme : « 1 600 millions de francs ».
II. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus, à compléter in fine cet article par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration du prélèvement sur recettes destiné à financer les communautés d'agglomération est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-136, Mme Beaudeau, MM. Foucaud et Loridant proposent :
I. - Dans cet article, de remplacer la somme ; « 1 200 millions », par la somme : « 1 500 millions ».
II. - Pour compenser l'augmentation du prélèvement sur recettes résultant du I ci-dessus, de compléter cet article par un paragraphe additionnel ainsi rédigé :
« ... - L'augmentation du prélèvement sur recettes résultant de la majoration du prélèvement par le financement de la dotation d'intercommunalité des communautés d'agglomération est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575A du code général des impôts. »
III. - En conséquence, à faire précéder le début de cet article de la mention : « I ».
La parole est à M. le rapporteur général, pour présenter l'amendement n° I-53.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement a pour objet d'éviter qu'il ne soit nécessaire d'opérer en 2001 un nouveau prélèvement sur la DCTP pour financer les communautés d'agglomération. Nous estimons qu'il faut, à cette fin, porter à 1,6 milliard de francs le montant du financement, hors DGF, desdites communautés.
Le projet de loi de finances a porté de 500 millions de francs à 1 milliard de francs les crédits extérieurs à la dotation globale de fonctionnement destinés à financer les communautés d'agglomération. L'Assemblée nationale a porté cette somme à 1,2 milliard de francs, mais ce montant sera certainement inférieur aux besoins. En effet, en 2000, les cinquante communautés d'agglomération ont nécessité un financement hors DGF d'environ 20 millions de francs chacune, soit 1 milliard de francs au total. En estimant que trente communautés d'agglomération supplémentaires, qui devront être financées en 2001, présenteront en moyenne les mêmes caractérisques que celles qui ont été financées en 2000, c'est-à-dire le même nombre d'habitants le même nombre de créations de communautés ex nihilo, on peut penser que le coût de leur financement hors DGF sera de l'ordre de 1,6 milliard de francs.
Il est donc nécessaire de fixer la dotation à 1,6 milliard de francs si nous ne voulons pas prendre de retard, retard qui se traduirait par une nouveau prélèvement sur la DCTP, ce qui, bien sûr, porterait préjudice aux finances d'autres collectivités et d'autres établissements publics de coopération intercommunale. Ce 1,6 milliard de francs pourrait se décomposer ainsi : 1 milliard de francs pour financer les communautés créées en 1999 et 600 millions de francs pour financer des communautés qui ont été créées en 2000.
M. le président. La parole est à M. Jarlier, pour défendre l'amendement n° I-221.
M. Pierre Jarlier. Cet amendement est strictement identique à l'amendement n° I-53 proposé par la commission des finances. Ainsi, les dotations prévues pour l'intercommunalité et les communautés d'agglomération ne seraient pas engagées au détriment des collectivités communales.
M. le président. La parole est à M. Foucaud, pour présenter l'amendement n° I-136.
M. Thierry Foucaud. Cet amendement vise à augmenter le montant de la dotation d'intercommunalité. D'ailleurs, mon groupe n'est pas le seul à se préoccuper de cette dotation puisque d'autres amendements viennent modifier son montant à la hausse. Par ailleurs, l'examen de l'article 26 à l'Assemblée nationale avait déjà conduit à l'adoption d'une majoration des crédits en faveur du développement de l'intercommunalité et le Gouvernement a déjà, par deux fois, rehaussé le montant global de la dotation.
Cette inflation est due à l'engouement des communes à s'engager dans la coopération intercommunale. Les objectifs de la loi Chevènement ont d'ores et déjà été atteints. Le nombre de structures intercommunales augmente et les transformations en communautés d'agglomération se multiplient.
Le budget de l'Etat a donc à assumer ce que le législateur a consenti aux établissements publics de coopération intercommunale. Le poisson a mordu et il faut aujourd'hui accepter de perdre l'appât.
L'an dernier, la totalité des crédits a été consommée et il s'en est fallu de peu qu'une ponction ne soit faite dans la dotation de compensation de la taxe professionnelle. Mais les bons résultats économiques ont permis de majorer la dotation d'intercommunalité dans le collectif budgétaire.
Lors des débats sur le projet de loi relatif au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale, le groupe communiste républicain et citoyen avait dit combien il lui semblait impossible que les crédits alloués au départ suffisent. Pour mémoire, je rappelle que la contribution de l'Etat au développement intercommunal devait s'élever à 500 millions de francs par an et sur cinq ans, alors que les prévisions ministérielles prévoyaient que 15 millions d'habitants seraient concernés, la dotation étant répartie par habitant.
Nous avions également soulevé la question du financement de cette dotation spéciale après 2004.
Avez-vous, madame la secrétaire d'Etat, engagé une réflexion sur ce point ? Les incitations financières à entrer en coopération intercommunale seront-elles maintenues au-delà de cette date ?
Ces réflexions à moyen terme n'occultent pas qu'il faille aujourd'hui prévoir un montant de dotation suffisant pour couvrir l'ensemble des dépenses engagées sans avoir besoin de prélever une partie des crédits sur la dotation de compensation de la taxe professionnelle, suffisamment mise à contribution. Ces amputations successives sont, bien évidemment, subies par les collectivités locales.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° I-136 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. L'amendement n° I-136 sera satisfait par l'adoption, si elle intervient, de l'amendement n° I-53 de la commission.
A la vérité, l'amendement présenté par M. Foucaud va moins loin que notre proposition, puisque la somme prévue s'élève à 1 500 millions de francs contre 1 600 millions de francs. Je pense donc que nos collègues peuvent sans crainte retirer leur amendement et se rallier à celui de la commission.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les trois amendements ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La loi de 1999, relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale avait prévu de financer les communautés d'agglomération, d'une part, par un concours exceptionnel de 500 millions de francs et, pour le surplus, par un prélèvement sur la dotation de compensation de la taxe professionnelle que nous évoquions tout à l'heure.
Toutefois, pour accompagner le succès que vous avez tous salué du développement des communautés d'agglomération, succès qui devrait se poursuivre cette année, le Gouvernement a proposé, dans le projet de loi de finances pour 2001, de porter le concours exceptionnel de 500 millions de francs, qui avait été porté à 750 millions de francs dans le collectif de printemps, à 1 milliard de francs, soit un doublement de l'effort de l'Etat.
Le Gouvernement a ensuite accepté l'amendement proposé par la commission des finances de l'Assemblée nationale visant à majorer ce concours de 200 millions de francs supplémentaires, afin de limiter l'ampleur du prélèvement opéré sur la DCTP.
Les trois amendements que nous examinons tendent à rajouter 300 millions de francs dans un cas et 400 millions de francs dans l'autre, pour porter respectivement à 1,5 milliard de francs et à 1,6 milliard de francs le montant de ce financement pour les communautés d'agglomération.
Compte tenu du geste supplémentaire qui a déjà été accompli par le Gouvernement devant l'Assemblée nationale, ces amendements me paraissent inutiles dans la mesure où ils reviendraient à renoncer à financer au moins une partie de l'intercommunalité par la péréquation. Or le renoncement à ce principe ne me paraît ni souhaitable ni véritablement conforme à la volonté du législateur de 1999.
Pour ces raisons, je souhaite le retrait de ces amendements.
M. le président. Personne ne demande la parole ?
Je mets aux voix les amendements identiques n°s I-53 et I-221, repoussés par le Gouvernement.

(Les amendements sont adoptés.)
M. le président. En conséquence, l'amendement n° I-136 n'a plus d'objet.
Par amendement n° I-222, M. Jarlier, et les membres du groupe de l'Union centriste, proposent :
I. - De compléter l'article 26 par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - Au début du troisième alinéa de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités territoriales, après les mots : "Pour les communautés d'agglomération issues d'une création avant le 1er janvier 2005", sont insérés les mots : "et pour les communautés de communes qui remplissent les conditions visées à l'article L. 5214-23-1, issues d'une création avant le 1er janvier 2005,". »
II. - En conséquence, de faire précéder cet article de la mention : « I ».
La parole est à M. Jarlier.
M. Pierre Jarlier. Cet amendement concerne les communautés de communes qui ont opté pour la taxe professionnelle unique. Leur dotation d'intercommunalité fait l'objet d'une majoration fixée à 175 francs par habitant au 1er janvier.
A l'instar des autres communautés de communes, leur dotation d'intercommunalité est prélevée sur la dotation d'aménagement de la DGF et le développement de l'intercommunalité induit une stagnation des dotations de solidarité, c'est-à-dire de la DSR et de la DSU. Ces dotations doivent donc être abondées par des crédits hors DGF.
Un tel financement ne pourra être permanent et une réforme de la DGF est à présent indispensable.
Dans cette attente, il convient d'apporter une garantie plus forte au financement des communautés de communes, en particulier à celles qui optent pour une taxe professionnelle unique, afin de ne pas pénaliser les communes.
C'est pourquoi je propose que ces dernières bénéficient du prélèvement sur recettes de l'Etat, comme c'est le cas pour les communautés d'agglomération.
Ainsi, les moyens alloués aux communautés de communes qui ont opté pour la taxe professionnelle unique au travers de la DGF seraient indépendants de la régulation de la DSR ou de la DSU, car ces dotations sont majeures pour les communes rurales ou urbaines en difficulté.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Notre collègue semble penser - c'est ainsi que j'ai compris son amendement - que l'existence de ressources hors DGF au profit des communautés d'agglomération constituerait pour elles un bonus, en quelque sorte, et qu'il conviendrait de le partager avec les communautés de communes. En examinant la législation, nous observons qu'il n'en est rien. L'existence d'un financement hors DGF vise simplement à éviter que la DGF des groupements n'augmente trop, ce qui aurait pour effet de pénaliser la dotation de solidarité urbaine et la dotation de solidarité rurale, puisque nous avons là un effet de vases communicants : ce que l'on donne à une catégorie risque de porter préjudice à d'autres.
Les ressources des communautés de communes à taxe professionnelle unique - ce sont les EPCI auxquels s'intéresse notre collègue le sénateur-maire de Saint-Flour - dépendent de leur population, de leur degré d'intégration et de leur potentiel fiscal. Le fait que ces ressources proviennent de la DGF elle-même ou d'un autre prélèvement sur les recettes de l'Etat est indifférent.
En d'autres termes, votre amendement, cher collègue, est satisfait par l'affectation du 1,6 milliard de francs proposé par la commission des finances, puisque cela permet de garantir que le financement des communautés d'agglomération ne portera pas préjudice à d'autres structures.
Compte tenu de cette analyse et de ces assurances, vous devriez pouvoir retirer cet amendement, monsieur Jarlier.
Je profite de cette intervention pour dire à Mme le secrétaire d'Etat que ses arguments m'ont quelque peu surpris. Il est en effet de l'intérêt commun que les besoins issus du succès des communautés d'agglomération soient correctement honorés par le prélèvement sur recettes.
Si l'on doit trop solliciter la DCTP en 2001, que fera-t-on en 2002 ? Madame le secrétaire d'Etat, vous savez comme nous que, selon le droit en vigueur, la possibilité de mettre à contribution la DCTP s'arrête au 31 décembre 2001. Aussi, plus vous tirez sur la dotation spécifique issue du prélèvement sur recettes pour les communautés d'agglomération, plus vous vous créez des problèmes pour l'année 2002.
Il faudra bien trouver une solution, car les communautés d'agglomération en cause vont continuer à exister et à engendrer des besoins financiers. De quelle façon pensez-vous agir, madame le secrétaire d'Etat ?
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° I-222 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La proposition qui est faite à travers cet amendement n° I-222 consiste à étendre à une partie des communautés de communes à taxe professionnelle unique issue de la loi de 1992 la mesure de financement hors DGF concernant les communautés d'agglomération.
Cette mesure ne paraît pas immédiatement nécessaire pour maintenir le niveau des autres dotations qui sont incluses dans la dotation d'aménagement. En effet, en dépit de la progression de l'intercommunalité - personne n'est véritablement capable de chiffrer le coût exact de cette progression ; nous sommes encore dans une phase de montée en puissance du dispositif - les moyens des dotations d'aménagement seront maintenus en 2001 puisque le Gouvernement a prévu un abondement exceptionnel de 350 millions de francs de la DSU et a soutenu l'amendement qui a été adopté par l'Assemblée nationale instituant une majoration de 150 millions de francs pour la DSR pour la fraction dite des bourgs-centres, et ce par prélèvement sur le fonds national de péréquation de la taxe professionnelle.
Compte tenu de la très forte progression de la DGF - je dis « très forte » par comparaison avec d'autres années, puisqu'elle s'élève à 3,4 % -, ces dotations au titre de la DSU et de la DSR ne devraient pas baisser en 2001.
La question du mode de financement de l'intercommunalité dans son ensemble renvoie, monsieur le rapporteur général, à celle de l'architecture d'ensemble des concours financiers de l'Etat, de la DGF - puisque la question de la réforme de la DGF est tout de même un sujet important - et, au-delà, des finances locales en général. Je vous renvoie à notre débat de cet après-midi. M. le premier ministre a annoncé que le Gouvernement remettrait un rapport d'ensemble sur ces questions avant la fin de l'année 2001.
Aussi me paraît-il prématuré de modifier dès à présent, dans le cadre des amendements qui sont soumis à votre Haute Assemblée, le financement de certains groupements intercommunaux, puisque seulement un petit nombre d'entre eux sont concernés, alors que la réflexion s'inscrit à l'évidence dans un contexte plus vaste.
Pour cette raison, je souhaiterais que vous retiriez cet amendement.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-222.
M. Yves Fréville. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. La question posée par M. Jarlier est importante et la réponse de Mme le secrétaire d'Etat n'est pas complète.
Le problème vient du fait que lorsque nous avions adopté les majorations de DGF pour les communautés d'agglomération, nous avions la certitude d'avoir une moyenne de 250 francs par habitant. A la suite de longues discussions, dont M. Michel Mercier se souvient ô combien ! nous avions obtenu, au Sénat, qu'une majoration de DGF de 175 francs en moyenne soit donnée pour les communautés de communes ayant adopté la taxe professionnelle unique à condition que, de plus, elles aient adopté un certain nombre de compétences.
La question très pertinente que pose notre collègue M. Jarlier, c'est de savoir si, à la suite de tous les mécanismes, dans la complexité desquels on peut se perdre, cette moyenne de 175 francs par habitant dans les communautés de communes à taxe professionnelle unique et à compétences spéciales sera assurée.
M. Philippe Nogrix. Voilà !
M. Yves Fréville. Personnellement, je ne le pense pas. Aussi, l'amendement de M. Jarlier me semble tout à fait justifié. (M. Philippe Nogrix applaudit.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je ne voudrais pas laisser le Sénat sur sa faim,...
Un sénateur de l'Union centriste. Ah bon ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... puisqu'on me dit que je ne réponds pas aux questions qui me sont posées.
Je n'ai pas la capacité de lire dans le marc de café. Je ne sais pas, aujourd'hui, de combien évoluera la DGF en 2002.
M. Michel Sergent. Bien sûr !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je ne sais pas comment évoluera la DCTP en 2002.
M. Michel Sergent. Exactement !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je ne sais pas plus comment évolueront la DSU et la DSR, qui forment la dotation d'aménagement incluse dans la DGF, en 2002. (Exclamations sur plusieurs travées de l'Union centriste et du RPR.)
Nous examinons actuellement le projet de loi de finances pour 2001, nous avons suffisamment de choses à nous dire sur ce sujet-là. Réservons, si vous le voulez bien, la question que vous avez évoquée pour le débat que nous aurons l'année prochaine.
M. Yann Gaillard. C'est le principe de précaution !
M. Philippe Nogrix. Vous êtes ministre ! Vous n'êtes pas fonctionnaire de Bercy ! Faites donc un peu de prospective !
M. Pierre Jarlier. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Jarlier.
M. Pierre Jarlier. L'explication de M. le rapporteur général m'a donné toute satisfaction, puisque l'abondement de 1,2 milliard à 1,6 milliard de francs permettait d'espérer des dotations suffisantes pour assurer le financement de l'ensemble des collectivités.
En revanche, je regrette de ne pas avoir de réponse plus précise sur la dotation qui avait été prévue par la loi Chevènement et qui s'élevait à 175 francs par habitant en moyenne pour les communautés de communes ayant opté pour la taxe professionnelle unique. Je n'ai pas non plus de réponse concrète sur l'incidence réelle des diverses dotations sur la baisse éventuelle de la DSU et de la DSR pour les communes en difficulté. S'agissant du développement de l'intercommunalité, le débat porte souvent, aujourd'hui, sur le fait que l'attribution de dotations aux collectivités intercommunales se fait au détriment des communes. C'est, pour nous, un frein au montage de l'intercommunalité, bien que nous essayions de mettre en place cette intercommunalité.
Pour toutes ces raisons, je maintiens mon amendement. (M. Philippe Nogrix applaudit.)
M. Henri de Raincourt. Très bien, monsieur Jarlier !
M. Patrick Lassourd. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Lassourd.
M. Patrick Lassourd. Madame la secrétaire d'Etat, il ne faudrait pas que ce soit un marché de dupes ! Je me souviens des discussions et des débats passionnés que nous avons eus lors de l'examen du projet de loi Chevènement sur l'intercommunalité, au cours duquel les choses ont été très claires : 250 francs pour les communautés d'agglomération, 175 francs pour les communautés de communes à taxe professionnelle unique lorsqu'elles acquièrent des compétences, comme l'a rappelé M. Yves Fréville voilà quelques instants.
Je ne dirai pas que la plupart des communautés de communes à TPU se sont constituées en raison de cette « carotte », mais, bien évidemment, cela a facilité les choses. Il n'en demeure pas moins que c'est une réussite, ce que tout le monde s'accorde à reconnaître. Or vous dites maintenant que les 250 francs seront peut-être maintenus - ce sont des fonds spéciaux - mais que vous n'êtes plus sûre de nous garantir les 175 francs. Disons les choses comme elles sont : il n'est pas convenable de se comporter de cette façon !
M. Philippe Nogrix. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Nogrix.
M. Philippe Nogrix. Madame le secrétaire d'Etat, vraiment, je suis stupéfait ! Je pensais que c'était un ministre de la République qui était en train de nous parler. Je m'aperçois finalement que c'est une technicienne de ministère qui nous dit : « Je ne peux pas prévoir ». Mais, bon sang, pourquoi avons-nous des ministres ? C'est bien pour qu'ils prévoient, pour qu'ils aient une vision prospective,...
M. Henri de Raincourt. Eh oui !
M. Philippe Nogrix. ... d'autant que la politique a été adoptée sur une vision générale. Or, cette vision-là, madame le secrétaire d'Etat, vous ne l'avez plus ! Vous venez de nous le déclarer. Soit ! Mais c'est vraiment dommage pour tous ceux qui se sont engagés avec conviction à partir d'un élément qui leur était décrit comme étant acquis. En effet, demain matin, ils vont apprendre à leur réveil que, tout à coup, les membres du Gouvernement chargés des finances n'ont plus confiance dans le positionnement qui avait été donné, dans la ligne qui avait été tracée par les ministres chargés de l'aménagement du territoire.
C'est pourquoi je soutiendrai et voterai l'amendement de mon collègue Jarlier.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Chacun a sa conception de la politique dans la vie !
M. Philippe Marini. rapporteur général. C'est mal parti !
M. Henri de Raincourt. Oui, mais il y en a qui sont élus et d'autres qui sont nommés !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Pour ce qui me concerne, je ne la conçois pas de façon démagogique. Je n'ai jamais été élue, en effet,...
M. Henri de Raincourt. C'est une grave lacune !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... mais je ne crois pas que ce fait m'interdise de m'exprimer devant votre Haute Assemblée.
M. Henri de Raincourt. Cela vous permettrait de voir les choses différemment !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je travaille sérieusement. J'essaie de dire des choses exactes. Quand je dis que je ne sais pas prévoir, c'est que personne ne peut le faire. Si vous souhaitez que je vous raconte des mensonges, ne comptez pas sur moi !
M. Philippe Nogrix. Donnez une piste !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'ai du respect pour les fonctionnaires qui travaillent dans mon administration. J'ai du respect pour les salariés du secteur privé, dont vous êtes, je crois. Aussi, je pense que ce débat n'est pas digne de la Haute Assemblée.
M. Philippe Nogrix. Si ! Vous êtes ministre !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le président, je demande une suspension de séance.
M. le président. Le Sénat va bien sûr accéder à votre demande.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-deux heures quarante, est reprise à vingt-deux heures quarante-cinq.)

M. le président. La séance est reprise.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le président de la commission des finances.
M. Alain Lambert, président de la commission des finances. Je souhaite tout d'abord dire à Mme la secrétaire d'Etat qu'en ce qui me concerne, et je suis sûr qu'il en est de même pour la majorité sénatoriale, je ne lui demande pas de lire dans le marc de café. Ce n'est pas dans le genre de notre maison. Il lui a été demandé si le Gouvernement avait la volonté de mettre des moyens pour que la politique qu'il a fixée en matière d'intercommunalité soit au rendez-vous en 2002. Il s'agit d'une question de volonté politique. C'est en ces termes-là que le Sénat attendait votre réponse.
Je me tourne maintenant vers M. Jarlier. Mon cher collègue, j'ai la conviction profonde que votre amendement, d'un point de vue technique, n'atteint pas l'objectif que vous vous êtes fixé et que nous recherchons.
Par conséquent, ne souhaitant pas que votre préoccupation apparaisse comme contraire à la volonté de la majorité sénatoriale, je vous invite, au nom de la commission des finances, à le retirer. A défaut, cette dernière se verrait dans l'obligation de recommander à la majorité sénatoriale de ne pas l'adopter.
M. Michel Sergent. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Sergent.
M. Michel Sergent. Je tiens tout d'abord à m'étonner quelque peu du climat qui s'est instauré tout à coup et des propos quelquefois à la limite de la discourtoisie qui ont été tenus à l'encontre de Mme le secrétaire d'Etat. Ce n'est pas la première fois qu'un membre d'un gouvernement n'est pas élu local ou ne l'a pas été ! Et ce n'est évidemment pas parce que Mme le secrétaire d'Etat n'est pas élue locale qu'elle n'est pas au courant de la situation des collectivités locales ou qu'elle n'a pas la volonté que ces dernières soient le mieux traitées possible.
Mais j'en reviens à l'amendement n° I-222. Permettez-moi de dire que le rapporteur de la commission départementale de coopération intercommunale que je suis - je suis d'ailleurs élu du même département que Jean-Paul Delevoye - est incapable d'indiquer quel sera le nombre de nouvelles communautés d'agglomération et de nouvelles communautés de communes au 31 décembre 2000 !
La commission départementale de coopération intercommunale doit encore se réunir juste avant Noël pour être en mesure de préciser ces éléments. Il ne s'agit donc même pas de lire dans le marc de café ! Il y a encore une imprécision. (Murmures sur les travées du RPR.)
Par ailleurs, il a toujours été question, me semble-t-il, d'une moyenne de 175 francs par habitant.
M. Patrick Lassourd. Oui !
M. Michel Sergent. J'appartiens à une communauté de communes qui n'est pas à la taxe professionnelle unique, la TPU, et qui bénéficie aujourd'hui de 193 francs par habitant, compte tenu du coefficient d'intégration fiscale. (Exclamations sur les travées du RPR.)
M. Hilaire Flandre. Il y a des privilégiés !
M. Michel Sergent. C'est dire combien ces choses-là sont complexes et combien il est difficile, aujourd'hui, de prévoir ce qu'il adviendra en 2002.
M. Jean-Paul Delevoye. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Delevoye.
M. Jean-Paul Delevoye. Je rejoins l'avis exprimé par M. le président de la commission des finances.
A l'occasion de l'examen de l'amendement n° I-222, s'est amorcée une discussion de fond, et, à cet égard, il me paraît important, madame le secrétaire d'Etat, que vous puissiez nous indiquer les principes qui sont susceptibles de guider votre réflexion.
Chacun est aujourd'hui conscient, je crois, que, paradoxalement, le fait de financer sur la même enveloppe le fonctionnement des communes et celui de l'intercommunalité a pour conséquence que le succès de l'intercommunalité risque de mettre à mal la capacité de financer le fonctionnement des communes.
La question de fond est donc de savoir comment le Gouvernement entend mener la réflexion pour que la moyenne qu'il s'est engagé à respecter pour le financement des intercommunalités n'entraîne pas l'asphyxie financière des communes.
C'est d'autant plus important que la relation nouvelle dans laquelle le Gouvernement s'engage vis-à-vis des collectivités locales, par des nouveaux contrats en matière de sécurité et d'éducation, nécessitera, de la part des élus locaux, pour pouvoir conclure ces contrats, une lisibilité sur l'évolution de leurs recettes de fonctionnement et de leurs recettes fiscales.
Alors qu'un grand chantier s'ouvre aujourd'hui sur la transformation de la fiscalité locale en dotations d'Etat, une incertitude règne. Je tiens d'ailleurs à rendre hommage à l'honnêteté de Mme le secrétaire d'Etat qui a reconnu que le passage brutal d'un grand nombre d'agglomérations dans des communautés urbaines ou dans des communautés d'agglomération aurait des conséquences financières importantes.
Aujourd'hui, nous le savons les uns et les autres, le système de la DGF est sur le point d'exploser. Quel est l'avis du Gouvernement sur notre capacité ou notre incapacité à financer la solidarité urbaine, la solidarité rurale, l'intercommunalité et le fonctionnement des communes ? (Applaudissements sur les travées du RPR et de l'Union centriste.)
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je pense effectivement que nous pourrions utilement éclairer cette discussion qui, me semble-t-il, doit pouvoir reprendre sur un mode serein. En tout cas, telle est ma volonté.
M. Gérard Braun. Nous le souhaitons !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je pense donc utile de rappeler quelques principes de base.
Le premier, c'est que c'est ce gouvernement qui a fait voter une loi sur l'intercommunalité en 1999 ; c'est ce gouvernement qui a mis en place la DGF bonifiée, dont il convient de rappeler, pour essayer de lever quelques inquiétudes, qu'elle est pérenne aux termes de la loi du 12 juillet 1999.
Par conséquent, la question que nous soulevons ce soir est de savoir non pas si ces majorations de DGF de 175 francs en moyenne ou de 250 francs seront effectivement honorées, mais comment, à l'avenir, nous les financerons. Et cela renvoie au débat global de la réforme de la dotation globale de fonctionnement. C'est l'évidence !
Permettez-moi de dire - et je pense que M. Delevoye ne me contredira pas - que c'est un sujet suffisamment vaste pour que je ne sois pas en mesure, raisonnablement, de le traiter devant vous ce soir. D'ailleurs, agissant ainsi, j'irais à l'encontre de la méthode annoncée par M. le Premier ministre...
M. Michel Sergent. Bien sûr !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... qui, je le rappelle, est une méthode de concertation avec les élus locaux et leurs associations, dans le cadre, notamment, d'un débat d'orientation qui aura lieu devant le Parlement.
Par conséquent, permettez-moi de rappeler ces principes de méthode et ces engagements législatifs, qui ne mettent nullement en cause les majorations de DGF qui sont et seront accordées à toute structure faisant le choix de l'intercommunalité.
M. Michel Sergent. Très bien !
M. Patrick Lassourd. En respectant les moyennes !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Madame le secrétaire d'Etat, nous savons bien que notre édifice de l'intercommunalité est extrêmement complexe. Le Sénat a beaucoup participé à la mise au point de la loi du 12 juillet 1999. Je tiens à rappeler, à ce stade, que cette loi résulte d'un processus assez exceptionnel, puisque la commission mixte paritaire, après avoir siégé pendant des journées entières, est parvenue à un accord.
M. Michel Mercier. Elle a siégé pendant dix-huit heures : la plus longue commission mixte paritaire de la Ve République !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Ce fut, en effet, la plus longue commission mixte paritaire de la Ve République. Le Sénat peut donc, avec cette performance, se considérer comme co-auteur de cette loi. Nous la connaissons particulièrement bien. D'ailleurs, le souhait du ministre de l'intérieur de l'époque était d'obtenir un consensus sur ce texte.
Nous connaissons bien le texte, et nous savons que l'appel à une intercommunalité plus intégrée supposait qu'intervienne le financement des dotations supplémentaires spécifiques, lesquelles, comme vous l'avez rappelé, sont un droit pour les nouvelles communautés. C'est parfaitement clair. La seule question est de savoir comment ces dotations sont financées et à l'intérieur de quelles enveloppes. Il faut également veiller à ce que leur mise en place ne porte pas préjudice aux collectivités locales ou à d'autres catégories de structures intercommunales.
Par conséquent, ne nous en veuillez pas, madame le secrétaire d'Etat, si nous sommes particulièrement vigilants sur cet état de choses. La commission des finances a tâché de l'être en faisant des calculs - certes, avec des instruments un peu frustres, cher collègue Michel Sergent, mais en tirant les leçons du passé immédiat - aboutissant à ce prélèvement sur recettes de 1,6 milliard de francs. Peut-être nous trompons-nous, peut-être avons nous, par précaution calculé un peu par excès. Il faut en effet rappeler que la somme de 1,6 milliard de francs est une limite maximale. Le besoin réel peut donc être inférieur à cette limite.
A partir de là, mes chers collègues, la commission des finances a fait ce qu'elle pouvait. Elle a alerté le Sénat, lequel a voté : vous avez voté la somme de 1,6 milliard de francs, mes chers collègues.
Il n'est absolument pas utile ni opportun d'aller plus loin. Tout ce qu'on fait de plus affaiblit notre position.
C'est pourquoi le président de la commission des finances demandait à notre collègue du Cantal Pierre Jarlier de bien vouloir retirer son amendement. M. le président Lambert l'a dit mieux que je ne saurais le dire : cet amendement, qui est un signal utile et qui a posé la bonne question, ne nous apporte pas le moyen technique adéquat pour y répondre. Mieux vaut donc en rester là du débat. Beaucoup de sénateurs se sont exprimés, le Gouvernement est alerté.
Moi non plus, je ne considère pas la réponse du Gouvernement comme satisfaisante. Mais, depuis le début de l'examen de ce projet de loi de finances, nous avons examiné de nombreux articles, et peu de réponses du Gouvernement m'ont satisfait. Ce n'est donc pas fondamentalement anormal. Mme le secrétaire d'Etat nous dit ce qu'elle peut nous dire. Nous l'avons avertie et nous prenons date, comme c'est notre rôle. En effet, les embarras de la gestion locale, c'est nous qui les connaissons et non les membres du Gouvernement ès qualité de membre du Gouvernement.
Mes chers collègues, je pense que, s'agissant des communautés d'agglomération et des moyens spécifiques de les financer, notre débat a bien montré quelles sont les préoccupations de la Haute Assemblée ; je crois que nous avons lieu d'être satisfaits de nous être exprimés comme nous l'avons fait jusqu'ici.
M. le président. Monsieur Jarlier, l'amendement n° I-222 est-il maintenu ?
M. Pierre Jarlier. Ce débat a au moins permis de clarifier la situation, puisque l'objet même de l'amendement n° I-222 était de savoir si les communautés de communes à TPU seraient financées de la même façon que les communautés d'agglomération, sans préjudice pour les finances des communes. M. Jean-Paul Delevoye a, tout à l'heure, très bien résumé la situation actuelle de l'intercommunalité dans le pays. S'il y a un vrai mouvement favorable, il y aussi un frein, lié à une certaine ambiguïté entre les dotations intercommunales et les dotations communales.
Mme le secrétaire d'Etat, dans sa deuxième intervention, m'a donné des assurances, en déclarant que, si des communautés de communes se constituaient, elles seraient financées à hauteur de ce qui était prévu. J'ai également reçu des assurances de la commission des finances, qui a considéré que, en faisant passer de 1,2 milliard de francs à 1,6 milliard de francs le montant du prélèvement sur les recettes de l'Etat, nous aurions les moyens suffisants de financer les communautés d'agglomération et que, de ce fait, cela n'aurait pas d'incidence sur les autres collectivités.
Par conséquent, je retire bien entendu cet amendement. Mais je pense que ce débat était nécessaire. Il nous appartiendra d'ailleurs d'envisager la réforme de la DGF. En effet, nous devons clarifier les dotations intercommunales et les dotations communales. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste. M. Bordas applaudit également.)
M. le président. L'amendement n° I-222 est retiré.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 26, modifié.

(L'article 26 est adopté.)

Articles additionnels après l'article 26



M. le président.
Par amendement n° I-54, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose d'insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :

« I. - Le 2° bis du II de l'article 1648 B du code général des impôts est complété in fine par cinq alinéas ainsi rédigés :
« 3. En 2001.
« a. Une compensation aux communes éligibles en 2000 à la dotation de solidarité urbaine prévue à l'article L. 2334-15 du code général des collectivités territoriales et aux communes bénéficiaires, en 2000, de la première fraction de la dotation de solidarité rurale visée à l'article L. 2334-21 du même code, et qui connaissent en 2001 une baisse de la dotation prévue au IV de l'article 6 de la loi de finances pour 1987 (n° 86-1317 du 30 décembre 1986). Les attributions qui reviennent aux communes bénéficiaires de cette part sont égales à la baisse enregistrée par chaque commune, entre 2000 et 2001, de la dotation prévue au IV de l'article 6 de la loi de finances précitée.
« b. Une compensation aux établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre dont un membre au moins est éligible, en 2000, soit à la dotation de solidarité urbaine, soit à la première fraction de la dotation de solidarité rurale. Les attributions qui reviennent aux groupements bénéficiaires de cette part sont égales à la baisse enregistrée par chaque groupement, entre 2000 et 2001, de la dotation prévue au IV de l'article 6 de la loi de finances pour 1987 (n° 86-1317 du 30 décembre 1986), à hauteur du pourcentage que représente la population des communes éligibles, soit à la dotation de solidarité urbaine, soit à la première fraction de la dotation de solidarité rurale, membres du groupement dans la population totale du groupement.
« c. Une compensation aux communes bénéficiaires en 2000 de la seconde fraction de la dotation de solidarité rurale visée à l'article L. 2334-22 du code général des collectivités territoriales et dont le potentiel fiscal par habitant, tel qu'il est défini à l'article L. 2334-4 du même code est inférieur à 90 % du potentiel fiscal moyen par habitant des communes appartenant au même groupe démographique, et qui connaissent en 2001 une baisse de la dotation prévue au IV de l'article 6 de la loi de finances pour 1987 (n° 86-1317 du 30 décembre 1986). Les attributions qui reviennent aux communes bénéficiaires de cette part sont égales à la baisse enregistrée par chaque commune entre 2000 et 2001 de la dotation prévue au IV de l'article 6 de la loi de finances précitée.
« Lorsque la somme qui doit être attribuée au titre de la compensation pour une commune ou un établissement public de coopération intercommunale est inférieure à 500 francs, le versement de cette somme n'est pas effectué. »
« II. - Le montant de la dotation de l'Etat prévue au 2° du II de l'article 1648 A bis du code général des impôts est majoré en 2001 de 250 millions de francs. Cette majoration n'est pas prise en compte dans le montant de la dotation de l'Etat au Fonds national de péréquation de la taxe professionnelle pour l'application du I de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998). »
« III. - Les pertes de recettes pour l'Etat résultant de la majoration en 2001 de sa dotation au Fonds national de péréquation de la taxe professionnelle prévue au II sont compensées, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement a deux objets.
Il tend tout d'abord à réparer un oubli de l'Assemblée nationale, lors de son examen de la première partie du présent projet de loi de finances, en introduisant dans le texte un dispositif permettant de compenser intégralement par le fonds national de péréquation de la taxe professionnelle les baisses de dotation de compensation de la taxe professionnelle enregistrées par les communes défavorisées, c'est-à-dire par celles qui sont éligibles à la dotation de solidarité urbaine et à la dotation de solidarité rurale.
Ces deux dernières années, c'était l'Assemblée nationale qui prenait cette initiative. Cette année, dans le cadre d'un Parlement bicaméral, nous jouons notre rôle puisque nos collègues députés ont oublié d'adopter une telle disposition ! (Sourires.)
Cet amendement vise par ailleurs à neutraliser les conséquences de cette charge nouvelle du fonds national de péréquation de la taxe professionnelle sur les ressources destinées à la péréquation en majorant les crédits du fonds national de péréquation de la taxe professionnelle à due concurrence du coût de la compensation des baisses de DCTP enregistrées par les communes défavorisées.
Sur ce second point, le Sénat avait déjà adopté un amendement identique l'année dernière.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le président, pour ce qui concerne la première partie de cet amendement, il s'agit non pas de réparer un oubli qui aurait pu être commis au Palais-Bourbon, mais de reproduire un amendement qui, adopté par l'Assemblée nationale dans le cadre de la discussion de la deuxième partie de la loi de finances, reprend un dispositif de compensation des baisses de DCTP par le FNPTP au profit de certaines catégories de collectivités, dispositif qui a déjà été mis en oeuvre en 1999 et en 2000.
Il est vrai, monsieur le rapporteur général, que votre amendement comporte une seconde partie qui, elle, ne figure pas dans l'amendement de l'Assemblée nationale et qui consiste à prévoir un abondement supplémentaire de la dotation de l'Etat au FNPTP pour compenser la charge ainsi occasionnée, dans le souci de préserver le solde du fonds qui, en définitive, constitue la recette principale du FNP.
Une telle précaution ne paraît pas nécessaire au Gouvernement, car le dynamisme des recettes fiscales nettes de l'Etat, qui servent de base à l'indexation des dotations de l'Etat au FNPTP et au FNP, ainsi que la croissance de la fiscalité locale de La Poste et de France Télécom devraient permettre en 2001 au FNPTP de contribuer de façon importante au FNP, dont les ressources totales devraient être en progression de près de 7 % par rapport à l'année 2000.
Pour ces deux raisons - un amendement de l'Assemblée nationale me paraît avoir répondu à l'objectif premier de l'amendement de la commission et les ressources totales du FNP devraient progresser de 7 % en 2000 - je crois que les deux objectifs de la commission des finances sont satisfaits et il me semble possible et souhaitable que cet amendement soit retiré.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je précise que, lors de l'examen par la commission des amendements sur la première partie du projet de loi de finances, les votes de l'Assemblée nationale sur la deuxième partie n'étaient pas encore intervenus. De ce fait, nous n'avons pas tenu compte de l'article additionnel qui a été introduit par l'Assemblée nationale. Il faut lui rendre ce qui lui appartient et convenir qu'elle n'a pas oublié cette disposition.
En conséquence, pour éviter un doublon, je rectifie l'amendement n° I-54 en en supprimant le I.
Nous maintenons donc la disposition qui majore les crédits du fonds national de péréquation de la taxe professionnelle. En effet, puisque les charges s'accroissent, il ne serait pas raisonnable de ne pas prévoir les ressources correspondantes en alimentant les mécanismes de péréquation.
M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° I-54 rectifié, présenté par M. Marini, au nom de la commission des finances, et tendant à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le montant de la dotation de l'Etat prévue au 2° du II de l'article 1648 A bis du code général des impôts est majoré en 2001 de 250 millions de francs. Cette majoration n'est pas prise en compte dans le montant de la dotation de l'Etat au Fonds national de péréquation de la taxe professionnelle pour l'application du I de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998).
« II. - Les pertes de recettes pour l'Etat résultant de la majoration en 2001 de sa dotation au Fonds national de péréquation de la taxe professionnelle prévue au II sont compensées, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
Quel est l'avis du Gouvernement sur cet amendement rectifié ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit : le Gouvernement est défavorable à cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-54 rectifié, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 26.
Par amendement n° I-190 rectifié, MM. Valade, Schosteck, Lanier et Murat proposent d'insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Après le septième alinéa du B de l'article 4 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en oeuvre du pacte de relance pour la ville, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Pour les groupements qui perçoivent pour la première fois à compter de 2001 la taxe professionnelle au lieu et place des communes en application des dispositions de l'article 1609 nonies C ou du II de l'article 1609 quinquies C du code général des impôts, cette compensation est calculée séparément pour chaque zone visée au I ter et I quater de l'article 1466 A du code général des impôts. La compensation est égale au produit du montant des bases exonérées par le taux de taxe professionnelle de l'année 1996 de la commune d'accueil de la zone, éventuellement majoré dans les conditions fixées au sixième alinéa du présent paragraphe B. »
Cet amendement est-il soutenu ?...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je le reprends au nom de la commission, monsieur le président.
M. le président. Il s'agit donc de l'amendement n° I-190 rectifié bis.
La parole est à M. le rapporteur général, pour le défendre.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Dans le droit en vigueur, le calcul de la compensation des exonérations de taxe professionnelle dans les zones de redynamisation urbaine et les zones franches urbaines versée aux groupements de communes bénéficiant de la taxe professionnelle unique s'effectue à partir du taux moyen pondéré de taxe professionnelle des communes membres en 1996, majoré du taux appliqué au profit des groupements concernés en 1996.
Or ce mode de calcul provoque des écarts dans l'attribution des compensations, écarts qui peuvent être favorables ou défavorables selon les groupements.
La commission reprend donc à son compte les motivations des auteurs de l'amendement, qui souhaient rendre le calcul des compensations plus précis.
Telles sont les quelques explications que je pouvais donner à ce sujet.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Cet amendement vise à modifier les modalités de calcul de la compensation afférente aux exonérations de taxe professionnelle qui sont accordées dans les zones de redynamisation urbaine et dans les zones franches urbaines aux EPCI qui perçoivent la taxe professionnelle unique à compter de 2001.
Actuellement, le calcul est opéré par référence au taux moyen pondéré des communes membres du groupement constaté pour 1996.
Vous proposez, monsieur le rapporteur général, que ce calcul soit désormais effectué par rapport au taux communal appliqué en 1996 sur le territoire de la zone de redynamisation urbaine ou de la zone franche urbaine dans chaque commune membre du nouvel EPCI.
Une telle proposition va à l'encontre du principe d'unification des taux sur le territoire d'un établissement public de coopération intercommunale à taxe professionnelle unique. Elle conduirait, en effet, à maintenir les taux applicables dans chaque commune pour le calcul de la compensation versée à un nouvel EPCI. Ainsi, quand bien même une seule structure percevrait la compensation, celle-ci serait calculée en fonction de la situation préexistante, ce qui, je crois, ne se justifie pas.
Par ailleurs, la proposition pourrait être plus défavorable que le calcul actuel dans les cas où le taux appliqué dans la commune est moins élevé que le taux moyen pondéré des communes membres.
Dans ces conditions, il me semblerait souhaitable que M. le rapporteur général procède au retrait de cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-190 rectifié bis , repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 26.
Je suis saisi de sept amendements présentés par MM. Valade, Schosteck, Lanier et Murat.
L'amendement n° I-186 rectifié vise à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Le troisième alinéa (1°) de l'article L. 2334-4 du code général des collectivités territoriales est complété par une phrase ainsi rédigée : "A compter du 1er janvier 2001, les bases brutes de taxe professionnelle à retenir sont celles prises en compte au titre du calcul du potentiel fiscal pour l'exercice 1999". »
L'amendement n° I-189 rectifié a pour objet d'insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Le troisième alinéa (1°) de l'article L. 3334-6 du code général des collectivités territoriales est complété in fine par les mots : "; à compter du 1er janvier 2001, les bases brutes de taxe professionnelle à retenir sont celles prises en compte au titre du calcul du potentiel fiscal pour l'exercice 1999 ;". »
L'amendement n° I-187 rectifié tend à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Après la première phrase du premier alinéa de l'article L. 4332-8 du code général des collectivités territoriales, il est inséré une phrase ainsi rédigée : "A compter du 1er janvier 2001, les bases brutes de taxe professionnelle à retenir sont celles prises en compte au titre du calcul du potentiel fiscal pour l'exercice 1999 ;". »
L'amendement n° I-188 rectifié vise à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Après la première phrase du premier alinéa du II de l'article L. 5211-30 du code général des collectivités territoriales, il est inséré une phrase ainsi rédigée : "A compter du 1er janvier 2001, les bases brutes de taxe professionnelle à retenir sont celles prises en compte au titre du calcul du potentiel fiscal pour l'exercice 1999 ;". »
L'amendement n° I-183 rectifié à pour objet d'insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« L'article 1609 nonies C du code général des impôts est ainsi modifié :
« I. - Le II est complété in fine par un alinéa ainsi rédigé :
« Les communautés urbaines visées au I du présent article peuvent décider de percevoir la taxe d'habitation et les taxes foncières en appliquant aux bases d'imposition de ces taxes, la première année d'application des dispositions du présent article, les taux de taxe d'habitation et de taxes foncières constatées l'année précédente, par la délibération du conseil de l'établissement de coopération intercommunale statuant à la majorité simple de ses membres. »
« II. - Le 3° du V est ainsi modifié :
« A. - Au cinquième alinéa (a), après les mots : "l'établissement public de copération intercommunale", sont insérés les mots : ", à l'exception, le cas échéant, des communautés urbaines visées au dernier alinéa du II de cet article,".
« B. - Après le sixième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Pour les communautés urbaines faisant application des dispositions du dernier alinéa du II du présent article, l'assemblée délibérante peut décider à la majorité simple de ses membres de ne pas déduire de l'attribution de compensation le produit de la taxe d'habitation, de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe foncière sur les propriétés non bâties perçu dans la commune, l'année précédant celle de la première application de ces dispositions, au profit de l'établissement public de coopération intercommunale. »
« III. - Le VII est ainsi modifié :
« A. - Après les mots : "d'un établissement public de coopération intercommunale", sont insérés les mots : ", autre qu'une communauté urbaine visée au dernier alinéa du II,".
« B. - A la fin du paragraphe, les mots : "aux dispositions du II du présent article" sont remplacés par les mots : "aux dispositions des quatre premiers alinéas du II du présent article". »
L'amendement n° I-184 rectifié tend à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Dans la première phrase du premier alinéa du I de l'article 1639 A bis du code général des impôts, la date : "1er juillet" est remplacée par la date : "15 octobre". »
L'amendement n° 185 rectifié vise à insérer, après l'article 26, un article additionnel ainsi rédigé :
« Dans la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 1612-12 du code général des collectivités territoriales, les mots : "avant le 30 juin" sont remplacés par les mots : "au plus tard le 30 juin". »
Ces amendements sont-ils soutenus ?...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je les reprends au nom de la commission, monsieur le président.
M. le président. Il s'agit donc des amendements n°s I-186 rectifié bis, I-189 rectifié bis, I-187 rectifié bis, I-188 rectifié bis, I-183 rectifié bis, I-184 rectifié bis et I-185 rectifié bis.
La parole est à M. le rapporteur général, pour les défendre.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je prie mes collègues de m'excuser si j'improvise un peu, mais il s'agit de sujets assez techniques. Je parle d'ailleurs sous le contrôle du rapporteur spécial des crédits de la décentralisation, notre collègue M. Michel Mercier, qui est l'un des seuls à s'y retrouver dans cet entrelacs.
M. Michel Mercier. Moins que M. Valade ! (Sourires.)
M. le président. Présidant la séance, je ne peux pas intervenir dans ce débat ! (Nouveaux sourires.)
Veuillez poursuivre, monsieur le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. S'agissant de l'amendement n° I-186 rectifié bis, la réforme de la taxe professionnelle a des effets pervers évidents sur le calcul du potentiel fiscal des communes. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le Sénat s'était prononcé contre cette réforme.
L'Assemblée nationale a voté, lors de l'examen de la deuxième partie de la loi de finances, un amendement visant à corriger certains effets pervers de la réforme de la taxe professionnelle sur le potentiel fiscal des communes.
Les auteurs de l'amendement n° I-186 rectifié bis, que je viens de reprendre, posent donc une question utile : ils voudraient geler les bases brutes de la taxe professionnelle à leur niveau de 1999 pour le calcul du potentiel fiscal des communes afin d'éviter les effets pervers provoqués par la suppression de la part « salaires » de la taxe professionnelle. Nous attendons des explications du Gouvernement à ce sujet !
Avec l'amendement n° I-189 rectifié bis , il s'agit d'appliquer le même dispositif aux départements. La mesure concernait, dans un premier temps, les communes ; elle concerne, dans un deuxième temps, les départements ; puis dans un troisième temps, avec l'amendement n° I-187, rectifié bis , les régions ; et, dans un quatrième temps, avec l'amendement n° I-188 rectifié bis , les EPCI.
Quant à l'amendement n° I-183 rectifié bis , il vise à permettre aux communautés urbaines de conserver le taux « ménages » de leurs impôts dans le cadre de la fiscalité mixte lorsqu'elles optent pour la taxe professionnelle unique. Cet amendement modifie la philosophie de la fiscalité mixte, qui a été créée afin de permettre aux établissements publics de coopération intercommunale d'ajuster les ressources fiscales à leurs charges lorsque le produit de la taxe professionnelle est insuffisant.
Favorable aux communautés urbaines, cet amendement leur assure une plus grande liberté de gestion et une plus grande capacité de péréquation entre les communes membres.
L'amendement n° I-184 rectifié bis tend à reporter du 15 juillet au 15 octobre la date limite du vote pour les communes membres d'un EPCI qui passent à la taxe professionnelle unique. Il s'agit donc de reporter la date des délibérations en matière de taxe d'habitation.
Enfin, l'amendement n° I-185 rectifié bis tend à permettre aux organes délibérants de voter sur les comptes administratifs jusqu'au 30 juin inclus et non plus avant le 30 juin. C'est essentiellement un amendement rédactionnel.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur ces différents amendements ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Les amendements n°s I-186 rectifié bis , I-189 rectifié bis , I-187 rectifié bis et I-188 rectifié bis tendent à geler les bases de la taxe professionnelle à leur niveau de 1999, c'est-à-dire à leur niveau antérieur à la réforme de la part « salaires » de la taxe professionnelle pour le calcul du potentiel fiscal, dans un cas pour les communes, dans l'autre pour leurs groupements, dans le troisième pour les départements, enfin pour les régions.
L'adoption de ces quatre amendements reviendrait à ne pas tenir compte de l'évolution des bases de taxe professionnelle à partir de 1999. Ces dernières représentent pourtant la moitié du total des bases d'imposition des quatre taxes des collectivités locales ! Cela conduirait, de fait, à figer toute la politique de péréquation en fonction de la situation économique de 1999, ce qui n'irait pas dans le sens que vous avez appelé de vos voeux cet après-midi.
L'amendement n° I-183 rectifié bis vise à maintenir la fiscalité additionnelle sur le taux « ménages » antérieurement perçue par une communauté urbaine lorsque celle-ci applique pour la première fois le régime de la taxe professionnelle unique.
Cet amendement nous paraît remettre en cause l'esprit du dispositif qui a été adopté dans le cadre de la loi du 12 juillet 1999. En effet, pour faciliter le passage des établissements publics intercommunaux au régime de la taxe professionnelle unique, cette loi leur permet d'opter pour la perception d'une fiscalité « ménages ». Mais le recours à cette fiscalité ne doit constituer qu'un complément de ressources ! Cette mesure conduirait donc de manière inéluctable à une augmentation de la pression fiscale sur les ménages. Pour cette raison, nous ne pouvons pas y être favorables.
L'amendement n° I-184 rectifié bis tend à reporter du 1er juillet au 15 octobre la date limite à laquelle les délibérations autres que celles qui fixent les taux doivent être prises par les collectivités locales ou les organismes compétents.
Sachez qu'un amendement a été adopté sur ce point par l'Assemblée nationale lors de l'examen de la deuxième partie du projet de loi de finances. Il prévoit, à titre exceptionnel pour l'année 2001 et en raison du calendrier électoral, le report de cette date du 1er juillet au 15 septembre. Je crois donc que cet amendement est tout à fait satisfait.
Enfin, l'amendement n° I-185 rectifié bis vise à remplacer, à l'article L. 1612-12 du code général des collectivités territoriales, les mots : « avant le 30 juin » par les mots : « au plus tard le 30 juin », s'agissant de l'arrêté des comptes des collectivités locales. Le Gouvernement est tout à fait favorable à cette modification rédactionnelle.
M. le président. Monsieur le rapporteur général, maintenez-vous les amendements n°s I-186 rectifié bis , I-189 rectifié bis , I-187 rectifié bis , I-188 rectifié bis , I-183 rectifié bis , I-184 rectifié bis et I-185 rectifié bis ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. J'ai bien entendu les explications du Gouvernement, et à ce stade de la discussion j'accepte de retirer les amendements n°s I-186 rectifié bis , I-189 rectifié bis , I-187 rectifié bis ,...
M. Michel Sergent. Cela vaut mieux ! C'est beaucoup plus sage !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Pourriez-vous, mon cher collègue, faire un commentaire sur le fond de ces amendements ? Pourriez-vous nous en expliquer le dispositif technique ? (Sourires.)
M. Michel Sergent. J'en serais tout à fait incapable. C'est la raison pour laquelle vous êtes sage, monsieur le rapporteur général, de les retirer !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mon cher collègue, je crois que vous portez un jugement un peu sévère ! Vous savez, il s'agit de domaines très techniques et complexes.
M. Michel Sergent. C'est vrai !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il vous arrive aussi de présenter des amendements qui peuvent susciter des remarques diverses.
M. Michel Sergent. Tout à fait ! M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission retire donc les amendements n°s I-186 rectifié bis, I-189 rectifié bis, I-187 rectifié bis, I-188 rectifié bis et I-184 rectifié bis, mais maintient les amendements n°s I-183 rectifié bis et I-185 rectifié bis.
M. le président. Les amendements n°s I-186 rectifié bis, I-189 rectifié bis, I-187 rectifié bis, I-188 rectifié bis et I-184 rectifié bis sont retirés.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-183 rectifié bis.
M. Jean-Paul Delevoye. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Delevoye.
M. Jean-Paul Delevoye. Je voudrais surtout souligner l'importance de la question qui a été soulevée au travers des amendements que nous venons d'examiner, et je ne partage pas du tout la satisfaction que le retrait de certains d'entre eux a procurée à M. Sergent.
Ces amendements posent un problème de fond que nous ne devons pas aborder aujourd'hui, mais qui est celui de la péréquation, fondée sur des questions de potentiel fiscal qui vont changer de nature. Je voudrais, madame le secrétaire d'Etat, que nous nous engagions dans cette réflexion.
En effet, la disparition des bases, accompagnée de phénomènes de compensation, a tendance à « geler » des recettes fiscales, quelle que soit l'évolution du tissu économique, que l'entreprise disparaisse ou non. A contrario , cette disposition amène des modifications considérables dans les structures de solidarité qui jouent à l'intérieur des périmètres d'intercommunalité, puisque la perception d'une TPU permet le reversement aux communes d'une dotation dite de compensation et, éventuellement, d'une dotation de solidarité. Si l'on analyse le phénomène, on s'aperçoit que, en période de croissance fiscale, tout va bien, mais que la survenue d'une catastrophe économique à l'intérieur du périmètre de l'intercommunalité pose un grave problème de fond.
Or faudra-t-il demain calculer le potentiel fiscal en se fondant uniquement sur le périmètre intercommunal, en tenant compte de l'évolution du tissu économique communal et intercommunal ? Faudra-t-il modifier les règles de péréquation, à calculer à partir de ces potentiels fiscaux réels ou virtuels, puisque « gelés » à la suite de l'adoption des dispositions en question ?
Je suis donc d'accord avec Mme le secrétaire d'Etat et M. le rapporteur général pour estimer que ces amendements devaient être retirés et ne pouvaient être adoptés aujourd'hui en l'état, mais le problème de fond reste très clairement posé.
Comme vous l'avez indiqué tout à l'heure, madame le secétaire d'Etat, le débat sur la dotation globale de fonctionnement doit être engagé dans une autre enceinte, avec peut-être un peu plus de recul, de façon à pouvoir aborder le problème dans sa totalité, mais la question de fond relative à l'analyse des bases de référence permettant la modification des règles de péréquation entre les collectivités locales en fonction de leur richesse est aujourd'hui très clairement définie. En effet, nous avons une richesse virtuelle « gelée » quelle que soit l'évolution économique, puisqu'elle est fondée sur des compensations calculées en fonction de richesses économiques qui, elles, peuvent disparaître ou s'accroître. Les amendements qui viennent d'être retirés avaient donc le mérite de poser le problème.
M. Yves Fréville. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. Je partage totalement l'avis du président de l'Association des maires de France. L'amendement n° I-186 rectifié bis était en effet un amendement essentiel, qui remettait complètement en cause le mode de calcul du potentiel fiscal pour toutes les collectivités locales, dès lors que celles-ci reçoivent une allocation compensatrice de la perte de taxe professionnelle assise sur les salaires.
Une méthode a été choisie, qui consiste à tenir compte, en termes d'équivalent-potentiel fiscal, de ce que la commune reçoit au titre des allocations compensatrices. Il existe une autre méthode, exposée par cet amendement, dont je ne développerai pas les avantages et les inconvénients : pour certaines communes, son application entraînerait une hausse considérable de leur potentiel fiscal, pour d'autres, elle aboutirait au résultat contraire.
Par conséquent, je souhaite très vivement que ce problème essentiel, posé à juste titre par les auteurs de l'amendement n° I-186 rectifié bis, soit examiné au fond.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je suis tout à fait d'accord pour qu'une réflexion soit engagée sur le mode de calcul du potentiel fiscal. En effet, il est vrai que celui-ci est en partie figé par l'intégration de la compensation aux bases, du fait de la réforme amenant la suppression de la part salariale dans les bases de la taxe professionnelle.
L'adoption de ces amendements, comme cela a été très justement dit, aurait contribué à aggraver encore cette rigidité. Réservons-nous donc d'examiner ce problème, qui est réel, dans une autre enceinte.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-183 rectifié bis, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 26.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-185 rectifié bis, accepté par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 26.

Article 26 bis



M. le président.
« Art. 26 bis . - I. - Après l'article 1388 du code général des impôts, il est inséré un article 1388 bis ainsi rédigé :
« Art. 1388 bis. - I. - La base d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties des logements à usage locatif mentionnés à l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation, appartenant à l'un des organismes cités à l'article L. 411-2 du même code ou à une société d'économie mixte et ayant bénéficié d'une exonération prévue aux articles 1384, 1384 A, au II bis de l'article 1385 ou acquis avant le 1er janvier 1998 en vue de leur location avec le concours financier de l'Etat en application du 3° de l'article L. 351-2 du code de la construction et de l'habitation, fait l'objet d'un abattement de 30 % lorsque ces logements sont situés en zones urbaines sensibles mentionnées au 3 de l'article 42 de la loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire.
« II. - L'abattement prévu au I est réservé aux logements faisant l'objet d'une convention passée entre le propriétaire et le représentant de l'Etat dans le département, relative à l'entretien et à la gestion du parc, ayant pour but d'améliorer la qualité du service rendu aux locataires.
« Toutefois, pour les impositions établies au titre de 2001, l'abattement prévu au I est appliqué aux logements appartenant à des organismes ou à des sociétés d'économie mixte soit qui ont fait l'objet d'un plan de redressement attesté par la Caisse de garantie du logement social, soit dont le conseil d'administration a pris une délibération décidant, pour l'ensemble de leurs logements autres que ceux faisant l'objet de travaux de réhabilitation aidés par l'Etat, de maintenir jusqu'au 31 décembre 2001 le montant des loyers en vigueur au 31 décembre 2000.
« Cet abattement s'applique au titre des impositions établies de 2001 à 2006 et à compter du 1er janvier de l'année suivant celle de la signature de la convention.
« III. - Pour bénéficier de l'abattement prévu au I, les organismes concernés doivent adresser au service des impôts du lieu de situation des biens, avant le 1er janvier de l'année suivant celle de la signature de la convention, une déclaration conforme au modèle établi par l'administration comportant tous les éléments d'identification des biens. Elle doit être accompagnée d'une copie de la convention visée au II et des documents justifiant des modalités de financement de la construction ou de l'acquisition. Lorsque la déclaration est souscrite hors délai, l'abattement s'applique pour la période restant à courir après le 31 décembre de l'année de la souscription.
« IV. - Pour l'application de l'abattement prévu au I au titre de 2001, la déclaration visée au III, accompagnée d'une copie de l'attestation de la Caisse de garantie du logement social ou de la délibération visées au II, doit être souscrite avant le 31 janvier 2001. »
« II. - Au premier alinéa de l'article 1522 du code général des impôts, les mots : "taxe foncière" sont remplacés par les mots : "taxe foncière, défini par l'article 1388". »
« III. - L'article 1389 du code général des impôts est ainsi modifié :
« a Au II, après les mots : "Les réclamations", sont insérés les mots : "présentées en application du I" ;
« b Il est complété par un III ainsi rédigé :
« III. - Le dégrèvement prévu au premier alinéa du I s'applique également aux logements à usage locatif, attribués sous conditions de ressources conformément à l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation, vacants depuis plus de trois mois et appartenant à l'un des organismes visés à l'article L. 411-2 du même code ou à une société d'économie mixte. Ces logements doivent être situés dans un immeuble destiné soit à être démoli, soit à faire l'objet de travaux définis au 1° de l'article R. 323-3 du même code et financés par la subvention prévue aux articles R. 323-1 à R. 323-12 de ce même code.
« Le dégrèvement est subordonné à la présentation par le propriétaire, selon le cas, soit de l'autorisation de démolir prévue à l'article L. 443-15-1 du code de la construction et de l'habitation, soit de la décision de subvention des travaux prévue à l'article R. 323-5 du même code. »
« IV. - II est institué une dotation budgétaire destinée à compenser les pertes de ressources résultant des dispositions du I de l'article 1388 bis du code général des impôts pour les communes et les établissements publics de coopération intercommunale dotés d'une fiscalité propre, à l'exception de ceux faisant application du II de l'article 1609 nonies C du même code.
« La compensation versée à chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale est égale, chaque année, au produit du montant de l'abattement mentionné au I de l'article 1388 bis par le taux de taxe foncière sur les propriétés bâties voté par la collectivité ou l'établissement public au titre de l'année précédant celle de l'imposition.
« Pour les communes qui appartiennent à un établissement public de coopération intercommunale sans fiscalité propre, le taux voté par la commune au titre de l'année précédente est majoré du taux appliqué la même année au profit de l'établissement public de coopération intercommunale. »
« V. - Les dispositions des II et III s'appliquent à compter des impositions établies au titre de 2001. »
La parole est à M. Fréville.
M. Yves Fréville. Cet article est, apparemment, très sympathique, puisqu'il vise à réduire les charges pesant sur les offices et les OPAC d'HLM, qui sont confrontés à un alourdissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties, dont nous connaissons les raisons : une évaluation très ancienne des bases - nous en avons parlé tout à l'heure - la suppression d'exonérations temporaires à quinze ans ou à vingt-cinq ans, qui a provoqué une augmentation considérable de cette charge pour le budget des offices, enfin, naturellement, des circonstances plus conjonctuelles liées à l'augmentation du taux de rémunération des livrets A.
Vous cherchez, madame le secrétaire d'Etat, une méthode qui permette d'alléger cette charge ; le seul problème est de savoir si cette méthode est la bonne.
Je ferai une première remarque : il me paraît assez curieux de lier ce problème général de l'allégement des charges des offices à une question de fiscalité. En effet, on sait très bien que la charge supportée par un office est calculée de manière globale, puisqu'elle concerne les zones urbaines sensibles. Or, dans un office départemental, on fait masse de la taxe foncière sur l'ensemble des habitations, qu'elles soient localisées en zone urbaine sensible ou en zone de rénovation rurale, peu importe, et l'on ne répercute pas nominativement la charge afférente à un logement sur le locataire de ce logement. C'est un problème global, et ce n'est plus directement un problème de finances locales.
Pourquoi alors ne pas avoir financé directement les offices, en dehors de la solution qui consisterait à réviser les bases ?
L'intérêt de la méthode retenue est que cet abattement sera partiellement pris en charge par les collectivités locales. En effet, on assure une compensation de la charge de l'abattement pour les communes, voire pour les EPCI, mais pas pour les départements et pour les régions.
En d'autres termes, supposons un montant de 800 millions de francs d'allégement de charges, dont la moitié, soit 400 millions de francs - je prends des chiffres simples - était perçue par les départements et les régions, et l'autre moitié par les communes. Les 400 millions de francs afférents aux communes seront indemnisés par compensation, d'ailleurs avec une indexation satisfaisante, mais - et la commission a très bien vu le problème - les 400 autres millions de francs seront simplement pris en charge, puisque nous avons affaire à un impôt de répartition, par les autres contribuables.
On arrive alors au paradoxe suivant : lorsqu'un département comptera de nombreux logements HLM situés en zone urbaine sensible, ce ne sera pas la solidarité nationale qui jouera, ce sera la solidarité départementale. En d'autres termes, dans un tel département ceux qui n'habitent pas dans ce type de logements verront le montant de leur taxe foncière augmenter !
Cela justifie tout à fait la position de la commission, mais si, comme celle-ci le souhaite, on compense les pertes des départements et des régions, ne serait-il pas alors plus simple d'abandonner ce système très compliqué ? Pourquoi passer par l'intermédiaire de la fiscalité locale ? C'est la logique des Shadocks : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !
M. le président. Par amendement n° I-240, M. Plancade propose de remplacer, à la fin du IV du texte présenté par le I de l'article 26 bis pour l'article 1388 bis du code général des impôts, la date : « 31 janvier 2001 » par la date : « 1er mars 2001 ».
L'amendement est-il soutenu ?...
Par amendement n° I-55, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose de remplacer, au début du premier alinéa du IV de l'article 26 bis, les mots : « Il est institué une dotation budgétaire destinée à compenser les » par les mots : « Le prélèvement sur les recettes de l'Etat au titre de la compensation d'exonérations relatives à la fiscalité locale est majoré de la somme nécessaire à la compensation des ».
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Mes chers collègues, je remercie vivement M. Yves Fréville de son exposé d'ensemble, qui reflète bien notre lecture de cet article, ainsi que des appréciations très amicales et positives qu'il a bien voulu porter sur le travail de la commission et sur les amendements qu'elle présente.
Cet amendement n° I-55 est un amendement de principe. Le présent article prévoit une compensation budgétaire de l'abattement de taxe foncière sur les propriétés bâties ainsi mis en place. Il vaudrait mieux, selon nous, prévoir une compensation par la voie d'un prélèvement sur les recettes de l'Etat.
Le recours au prélèvement sur recettes permet de mettre en évidence le fait que les allégements d'impôts locaux décidés par l'Etat sont en réalité des transferts de charges du contribuable local vers le contribuable national, puisque l'Etat compense les pertes de recettes enregistrées par les collectivités locales.
M. Yves Fréville. Tout à fait !
M. Michel Mercier. Très bien !
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. L'amendement n° I-55 prévoit de remplacer par un prélèvement sur recettes une compensation qu'il est prévu d'opérer par voie de dotation budgétaire. En effet, la compensation visée à l'article 26 bis , qui prévoit d'appliquer un abattement à la base d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties de certains logements sociaux, sera égale au produit du montant de l'abattement par le taux de taxe foncière sur les propriétés bâties voté par la collectivité l'année précédente. Or le fait de recourir à une dotation budgétaire correspond au mode de compensation du dispositif d'exonération existant.
Dans ces conditions, le retrait de cet amendement me semble souhaitable.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-55, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Je suis maintenant saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-56, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - Dans le premier alinéa du IV de l'article 26 bis, après les mots : « les communes », d'insérer les mots : « , les départements, les régions ».
B. - En conséquence, dans le deuxième alinéa du même IV de l'article 26 bis, après le mot : « commune », d'insérer les mots : «, département, région ».
C. - Pour compenser les pertes de recettes résultant pour l'Etat des dispositions des A et B ci-dessus, de compléter in fine l'article 26 bis par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la compensation aux départements et aux régions est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. » Par amendement n° I-139, Mme Beaudeau, MM. Foucaud et Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent :
I. - Dans le premier alinéa du IV de l'article 26 bis , après les mots : « les communes », d'insérer les mots : « , les départements. ».
II. - Dans le deuxième alinéa du IV de l'article 26 bis , après les mots : « chaque commune, », d'insérer le mot : « département. ».
III. - L'augmentation du prélèvement sur recettes résultant de l'application des paragraphes I et II ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
La parole est à M. le rapporteur général, pour présenter l'amendement n° I-56.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Il s'agit du même dispositif que précédemment. Nous préconisons, par cet amendement, d'accorder aux départements et aux régions une compensation de l'abattement mis en place par l'article 26 bis . Traditionnellement, les départements et les régions ne perçoivent pas de compensation des exonérations de taxe foncière sur les propriétés bâties d'une durée supérieure à deux ans. Cette tradition, aux origines mystérieuses, madame le secrétaire d'Etat - nos services n'ont pas retrouvé le texte sur lequel cette pratique se fonde -...
M. Yves Fréville. Il date de 1947 !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Le professeur Fréville l'a trouvée ! Je l'en remercie.
Cette tradition remontant à 1947, nous dit notre éminent collègue, mérite d'être remise en cause, l'autonomie fiscale des collectivités locales étant de plus en plus mise à mal dans le contexte actuel.
La perte de recettes pour les départements et les régions serait de l'ordre de 300 millions de francs.
Enfin si, comme le préconise la commission Mauroy, les départements devaient devenir les seuls bénéficiaires de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il serait encore moins cohérent de ne pas leur verser des compensations pour contrebalancer les abattements sur les bases de cette taxe.
Si j'évoque cette préconisation de la commission Mauroy, ce n'est évidemment pas pour la reprendre à mon compte. Je me contente de rappeler une proposition qui, à mon avis, en termes de spécialisation des impôts par niveau de collectivité, est le type même de la fausse bonne idée. Mais c'est un autre débat.
M. le président. La parole est à M. Foucaud, pour défendre l'amendement n° I-139.
M. Thierry Foucaud. Lors de l'examen du texte relatif à la solidarité et au renouvellement urbains, les parlementaires communistes avaient souhaité consentir des allégements d'impôts sur le foncier bâti aux organismes HLM et aux SEM immobilières pour les logements situés en zones urbaines sensibles afin de donner un nouvel élan dans ces quartiers et de faciliter les opérations de rénovation et de développement.
Le Gouvernement a d'ailleurs donné l'assurance que ces allégements seraient consentis. Dès lors, les députés, sur l'initiative du groupe communiste, ont concrétisé ces propositions en adoptant le présent article.
Certaines dispositions ont même été introduites par sous-amendements par le Gouvernement. L'une d'elles prévoit les modalités des compensations versées aux communes, corrigeant ainsi un oubli important.
Cependant, les départements ne sont pas inclus dans le dispositif de compensation. Ils sont pourtant également concernés par cet allégement dans la mesure où leurs budgets sont alimentés, en partie, par les taxes foncières.
Notre amendement tend à inclure les départements. La commission y ajoute, à très juste titre, les régions.
Mon groupe est, par conséquent, favorable à l'adoption de ces amendements.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s I-56 et I-139 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Il est vrai qu'il n'est pas de tradition que les exonérations temporaires de taxe foncière sur les propriétés bâties fassent l'objet de compensations au profit des départements et des régions.
Cette tradition se justifie non par son ancienneté, mais par sa logique, c'est une question d'impact. Dans les départements, et plus encore dans les régions, l'assiette foncière est infiniment plus large, et, logiquement, on n'y trouve pas, comme dans les communes, la même concentration ni la même proportion de zones urbaines sensibles.
Les pertes comme les besoins ne sont pas les mêmes, ce qui explique les règles, dites « traditionnelles », figurant dans le présent projet de loi de finances, règles que le Gouvernement ne désire pas modifier.
Le Gouvernement souhaite donc le retrait des amendements n°s I-56 et I-139.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-56, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, l'amendement n° I-139 n'a plus d'objet.
Par amendement n° I-57, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - A la fin du premier alinéa du IV de l'article 26 bis, de supprimer les mots : « , à l'exception de ceux faisant application du II de l'article 1609 nonies C du même code. »
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine cet article 26 bis par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... La perte de recettes résultant pour l'Etat du versement d'une compensation aux établissements publics de coopération intercommunale faisant application des dispositions du II de l'article 1609 nonies C du code général des impôts est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement repose lui aussi sur l'idée de compenser la perte de recettes liée à l'abattement sur les bases de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Il s'agit cette fois d'en faire bénéficier les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité mixte, c'est-à-dire ceux qui ont recours à la taxe professionnelle unique et à l'impôt sur les ménages.
La loi sur l'intercommunalité exclut les EPCI à fiscalité mixte de la perception de certaines compensations. La commission des finances avait pourtant, à l'époque, considéré que la fiscalité mixte devait être analysée comme un outil intéressant permettant aux EPCI faiblement dotés en bases de taxe professionnelle d'accéder au régime fiscal de la taxe professionnelle unique.
De notre point de vue, il ne faut pas pénaliser les EPCI à fiscalité mixte si l'on veut que l'intercommunalité en milieu urbain, notamment dans les zones les plus défavorisées, celles qui ont des potentiels fiscaux faibles, soit un succès.
Madame le secrétaire d'Etat, c'est en vertu de cette analyse que nous présentons cet amendement, en espérant que vous lui réserverez un meilleur sort qu'aux précédents.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. M. le rapporteur général souhaite faire bénéficier de la compensation les EPCI qui font application de la fiscalité mixte, c'est-à-dire ceux qui, en complément de la taxe professionnelle unique, décident de percevoir un surplus par l'intermédiaire d'une fiscalité complémentaire sur les ménages. Le Gouvernement ne peut pas être favorable à cet amendement.
Je rappelle le principe qui a sous-tendu l'adoption de la fiscalité mixte pour les groupements à taxe professionnelle unique. Il s'agissait de donner à ces structures la possibilité de percevoir un complément de ressources pour les inciter au passage à la taxe professionnelle unique. C'était donc une fiscalité complémentaire. Dès lors, ces groupements à taxe professionnelle unique ne bénéficient pas, au titre de cette fiscalité complémentaire, des compensations relatives aux exonérations de taxes foncières et de taxes d'habitation déjà appliquées.
Le dispositif qui vous est proposé aujourd'hui est cohérent avec les règles en vigueur. Au surplus, les dispositions actuelles permettent aux communes membres de ces EPCI de récupérer le taux de la fiscalité « ménages » abandonné par le groupement lorsqu'il opte pour la TPU et de percevoir par conséquent la compensation afférente.
Il ne nous paraît pas justifié de s'engager, en ce qui concerne cette nouvelle fiscalité, qui, je le répète, n'est qu'un complément de ressources accessoire à la taxe professionnelle, dans des dispositifs de compensation qui, comme vous le rappelez souvent, sont contraires au principe d'autonomie des collectivités locales. En conséquence, je souhaiterais le retrait de cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-57, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 26 bis, modifié.

(L'article 26 bis est adopté.)

Article additionnel après l'article 26 bis



M. le président.
Par amendement n° I-191 rectifié bis , MM. Murat, Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Joyandet, Trégouët, Fournier, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 26 bis , un article additionnel ainsi rédigé :
« Dans la première phrase du 1 du III de l'article 1521 du code général des impôts, après les mots : "locaux à usage industriel ou commercial", sont insérés les mots : "et les bâtiments servant de dépendance aux habitations". »
La parole est à M. Ostermann.
M. Joseph Ostermann. Le mode de calcul de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pénalise nombre de nos concitoyens installés en zone rurale puisque cette taxe porte sur l'ensemble du foncier bâti. Par conséquent, les garages, granges et hangars qui ne servent pas aux exploitations agricoles sont pris en compte alors qu'ils n'occasionnent pas de déchets.
Cet amendement vise donc à permettre aux organes délibérants d'exonérer de la taxe les dépendances des habitations.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission partage le point de vue de nos collègues et elle s'en remet à la sagesse du Sénat.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le président, cet amendement me paraît étrange dans la mesure où son adoption conduirait, dans certaines conditions, à la suppression de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, et ce sans prévoir de compensation. Permettez-moi de m'interroger.
Cet amendement vise à étendre aux bâtiments servant de dépendances aux habitations l'exonération de taxe d'enlèvement des ordures ménagères, sur délibération des conseils municipaux. Cette proposition risquerait de provoquer des inégalités de traitement entre les redevables, car les dépendances bâties, dont la valeur locative cadastrale est commune à celle du local d'habitation, seraient désavantagées par rapport aux dépendances bâties ayant fait l'objet d'une évaluation distincte.
Par ailleurs, les communes ou les EPCI qui souhaitent que les habitants rémunèrent le service assuré peuvent instituer la redevance d'enlèvement des ordures ménagères, cette redevance étant calculée en fonction de l'importance du service rendu.
Le choix entre les différents modes de financement du service d'enlèvement des ordures ménagères appartient aux élus locaux. Je vous demande donc de bien vouloir retirer cet amendement, d'autant que j'ai quelques doutes sur sa philosophie générale.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-191 rectifié bis .
M. Jean-Paul Delevoye. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Delevoye.
M. Jean-Paul Delevoye. Madame le secrétaire d'Etat, vous semblez étonnée par l'absence de compensation. En réalité, si j'ai bien compris, il n'y a pas besoin de compensation, puisque l'amendement tend à définir un nouveau périmètre d'assiette à l'intérieur d'un EPCI et qu'il s'agit de procéder à un rééquilibrage au profit de certains contribuables.
Notre collègue M. Joseph Ostermann a soulevé une question de fond, je souhaite pourtant qu'il ne maintienne pas son amendement.
Je vous demande en revanche, madame le secrétaire d'Etat, de prendre l'engagement de mettre en chantier la modification de la loi Chevènement sur l'obligation faite aux EPCI de se doter d'un système de perception qui coïncide avec le périmètre de l'établissement public, le périmètre de la collecte et le périmètre du traitement. Ce système de perception est quasiment impossible à mettre en oeuvre.
Nous avons un grand chantier en perspective. Au-delà de la nécessaire amélioration de la loi Chevènement, il nous faudra réfléchir aux modalités de paiement des services de traitement et de collecte des ordures ménagères et à la perception des impôts dans des cadres intercommunaux. (« Très bien ! » sur les travées du RPR.)
M. Gérard Miquel. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Miquel.
M. Gérard Miquel. Je ne souhaite pas voter cet amendement en l'état, mais je reconnais qu'il nous permet de débattre d'un sujet particulièrement préoccupant.
Le mode de calcul de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est totalement inadapté et constitue une entrave à l'intercommunalité.
Les bases de calcul sont très différentes selon que nous avons affaire à une commune - centre ou aux communes de la périphérie, les différences allant de un à trois.
L'enlèvement des ordures ménagères, nous ne le facturons pas au juste prix, nous le facturons selon le système que je viens de décrire. C'était concevable quand les tarifs étaient relativement bas, mais aujourd'hui le coût du traitement et de la collecte des ordures ménagères a considérablement augmenté.
Comme le rappelait M. Delevoye, il y a une autre difficulté : la prise en compte, dans le calcul du coefficient d'intégration fiscale, du montant prélevé au travers de la taxe sur les ordures ménagères quand se chevauchent plusieurs structures intercommunales, quand des syndicats de collectes des ordures ménagères regroupent plusieurs structures intercommunales.
M. Paul Loridant. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Loridant.
M. Paul Loridant. L'amendement de notre collègue M. Ostermann soulève un vrai problème de fond.
Puisque l'assiette de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères correspond exactement à l'assiette de la taxe foncière, tout contribuable qui paie la taxe foncière doit payer une taxe d'ordures ménagères calquée sur la taxe foncière alors que, pour une dépendance d'une habitation principale, il n'y a pas nécessairement d'ordures ménagères.
Dans le même temps, il faut le savoir, la masse fiscale prélevée par la structure, en général intercommunale, est répartie en fonction de décotes.
Si les propriétaires de garages et autres dépendances ne paient pas, cela se répercutera inéluctablement sur d'autres contribuables. C'est un véritable problème de fond.
Ce que M. Miquel a dit est parfaitement exact : autrefois, le coût du traitement des ordures ménagères était relativement modeste, parce que n'existaient pas toutes les normes imposées aujourd'hui, quant au traitement des déchets, au traitement des résidus et des résidus des résidus. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, ce qui soulève bien des difficultés.
Mes chers collègues, si l'on accédait à la proposition de M. Ostermann, j'ai le sentiment que l'on mettrait encore plus le « bazar » dans un système qui est déjà très complexe.
Madame le secrétaire d'Etat, ce dossier mérite une étude très approfondie, car il faut absolument revoir le système de coût et de mode de facturation du traitement des ordures ménagères qui, sans cela, risque d'exploser. Nous ne pourrions plus alors remplir nos obligations, qui sont fortes, pour préserver l'environnement !
M. Patrick Lassourd. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Lassourd. M. Patrick Lassourd. Ce débat est très éclairant sur le problème des ordures ménagères. Qui doit payer : le contribuable ou l'usager ?
Jusqu'ici, par le biais surtout de la redevance, mais également de la taxe, notamment lorsqu'on exonère les locaux qui ne produisent pas de déchets, nous avons privilégié le paiement par l'usager. Mais je me demande si nous n'arrivons pas au bout d'un certain système, dans la mesure où les infrastructures concernant la collecte des ordures ménagères et leur élimination deviennent de plus en plus importantes, en raison du système de tri sélectif, notamment.
Pour ma part, je me suis toujours efforcé, dans ma commune, de refuser les exonérations, parce qu'elles entraînent, bien évidemment, un transfert vers les particuliers, et j'ai toujours estimé qu'en définitive il fallait considérer cette taxe sur les ordures ménagères comme un impôt sur l'environnement, d'une façon générale.
Cela m'amène à dire, rebondissant sur les propos de M. Jean-Paul Delevoye, qu'il va falloir s'attaquer au fond du problème, en particulier tenir compte de l'intercommunalité dans la gestion de la collecte et de l'élimination des ordures ménagères, les systèmes actuels n'étant pas entièrement satisfaisants.
J'ai retiré un amendement que j'avais déposé et qui traitait de ce problème très précis de l'articulation entre les communautés de communes et les syndicats mixtes concernant les ordures ménagères pour le redéposer, peut-être mieux formulé, à l'occasion de la discussion des articles de la deuxième partie, car il faudra bien étudier ce problème.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je rappelle que l'amendement dont il s'agit est de portée plus modeste, puisqu'il vise à permettre aux conseils municipaux d'accorder, s'ils le souhaitent, une exonération, la contrepartie nécessaire étant, bien entendu, le report de la charge sur le contribuable. Il s'agit donc ni plus ni moins que d'ouvrir une marge de liberté aux conseils municipaux. Mais cette souplesse, dont les communes peuvent faire preuve si elles le désirent, ne préjuge en rien une éventuelle réforme des modalités de perception de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-191 rectifié bis repoussé par le Gouvernement et pour lequel la commission s'en remet à la sagesse du Sénat.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 26 bis.

Article 26 ter



M. le président.
« Art. 26 ter . - I. - 1. Après l'article 1391 A du code général des impôts, il est inséré un article 1391 B ainsi rédigé :
« Art. 1391 B . - Les redevables âgés de plus de soixante dix ans au 1er janvier de l'année d'imposition autres que ceux visés à l'article 1391 et qui occupent leur habitation principale dans les conditions prévues à l'article 1390 bénéficient d'un dégrèvement d'office de 500 francs de la taxe foncière sur les propriétés bâties afférente à cette habitation lorsque le montant des revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article 1417.
« 2. Les dispositions du 1 sont applicables pour les impositions établies au titre de 2001 et des années suivantes.
« II. - Dans la première phrase du I de l'article 1417, les mots : "de l'article 1391" sont remplacés par les mots : "des articles 1391 et 1391 B". »
Par amendement n° I-140 rectifié, Mme Beaudeau, MM. Foucaud et Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent :
I. - De compléter le texte présenté par le I de cet article pour l'article 1391 B du code général des impôts par un alinéa ainsi rédigé :
« Le bénéfice de ces dispositions est également accordé aux bénéficiaires du revenu minimum prévu à l'article 2 de la loi n° 88-1088 du 1er décembre 1988 relative au revenu minimum d'insertion et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique mentionnée à l'article L. 351-10 du code du travail. »
II. - Pour compenser l'augmentation du coût du dégrèvement d'office résultant du I ci-dessus, de compléter l'article 26 ter par un paragraphe additionnel ainsi rédigé :
« ... - L'augmentation du coût du dégrèvement d'office résultant de l'extension de l'allégement de la taxe foncière sur les propriétés bâties aux bénéficiaires du revenu minimum et de l'allocation de solidarité spécifique est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Loridant.
M. Paul Loridant. Cet amendement de notre groupe tend à compléter les dispositions, que nous jugeons au demeurant positives, adoptées à l'article 26 ter par l'Assemblée nationale.
Cet article crée une franchise d'impôt de 500 francs pour les contribuables de la taxe foncière sur les propriétés bâties âgés de plus de soixante-dix ans.
Cette mesure, préconisée par le groupe des députés communistes et apparentés à l'Assemblée nationale, constitue, de notre point de vue, la reconnaissance d'une situation évidente, celle de la difficulté que nombre de contribuables modestes peuvent éprouver pour s'acquitter du règlement de la taxe foncière.
Avec notre amendement, nous proposons l'extension de cette mesure aux redevables de la taxe foncière RMIstes ou bénéficiaires de l'allocation spécifique de solidarité.
Mes chers collègues, si cette disposition peut vous paraître surprenante, notez que, l'an passé, nous avions déjà explicité le même amendement par l'existence de certaines catégories de propriétaires.
Un certain nombre de nos compatriotes, propriétaires d'un logement qu'ils ont acquis lorsqu'ils avaient une situation professionnelle et sociale plus stable, sont parfois confrontés, à la suite d'un retournement de situation à des difficultés récurrentes de règlement, dès lors que s'applique avec toute sa rigueur la législation fiscale.
On notera également, même s'il ne s'agit pas tout à fait du même impôt, que ces contribuables bénéficient souvent, en matière de taxe d'habitation, de dispositions d'exonération totale ou de remise gracieuse de cotisation.
La cohérence de l'appréhension de ces situations, dont on ne peut que souhaiter que la croissance permettra d'en réduire le nombre, impose, de notre point de vue, l'extension du dispositif de l'article 26 ter à ces catégories de personnes. Tel est le sens de notre amendement.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission est d'autant plus favorable à cet amendement que le Sénat a déjà voté, si ma mémoire est bonne, un amendement similaire lors de la discussion budgétaire de l'année dernière.
Cette mesure va dans le sens de la justice sociale. Il est bon, en effet, que les personnes défavorisées qui se trouvent être redevables de la taxe foncière bénéficient de mesures de portée analogue à celles qui s'appliquent à la taxe d'habitation. En d'autres termes, il n'y a pas de raison de traiter de manière discriminatoire le petit propriétaire.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Evidemment, le Gouvernement ne peut qu'être sensible à la préoccupation que traduit cet amendement, mais la proposition qui est faite provoque des difficultés de cohérence de l'ensemble des dispositions qui sont actuellement en vigueur en faveur des personnes de condition modeste. C'est pourquoi il nous paraît préférable que la situation de ce type de redevables soit examinée au cas par cas plutôt que par des mesures générales.
C'est bien ce que font les services des impôts, qui examinent toujours avec bienveillance sur le plan gracieux le cas des personnes qui se trouvent dans une situation financière difficile, puisque plus de 100 millions de dégrèvements gracieux ont été accordés en 1999 aux redevables de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Cette procédure est adaptée à la situation précaire des personnes que vous évoquez, monsieur le rapporteur général, situation qui évolue chaque année.
J'ajoute que le Gouvernement a déjà amélioré la situation délicate de la catégorie de nos concitoyens les plus défavorisés. Il a accru la solidarité nationale en leur faveur en allégeant le poids de la taxe d'habitation, ...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Taxe foncière !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... qui a précisément pour caractéristique, monsieur le rapporteur général, de concerner l'ensemble des redevables qui disposent d'un logement, qu'ils soient propriétaires ou locataires.
Ainsi, l'article 35 de la loi de finances pour 2000 a institué le maintien de l'avantage dont bénéficient les RMIstes en matière de taxe d'habitation...
M. Philippe Marini, rapporteur général. Foncière !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... en cas de retour à l'emploi.
Surtout, l'article 11 de la loi de finances rectificative de 2000, qui a remplacé les mécanismes actuels de degrèvement par un dispositif unique de plafonnement de la taxe d'habitation, va conduire à exonérer totalement de cette taxe des redevables ayant des revenus sensiblement identiques au RMI. Ce sera donc le cas pour les titulaires de l'allocation de solidarité spécifique qui ne perçoivent que cette allocation.
Compte tenu de cette précision, il me semble que cet amendement pourrait être retiré.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-140 rectifié, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Par amendement n° I-58, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose, au début du II de l'article 26 ter , de remplacer les mots : "Dans la première phrase du I de l'article 1417" par les mots : "Dans la première phrase du I bis de l'article 1417".
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement est purement rédactionnel, monsieur le président.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La référence à l'article 1417 que le rapporteur général propose de modifier en remplaçant le I par le I bis n'est pas possible dans la mesure où le I bis de l'article 1417 a été abrogé par l'article 2 du IV de l'article 11 de la loi de finances rectificative pour 2000.
M. le président. Bravo !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. J'espère ne pas m'être emmêlée dans mes explications !
La rédaction retenue au II de l'article 26 ter - celui dont nous discutons actuellement - ne comporte donc pas d'erreur à ma connaissance et permet de viser les redevables dont le montant du revenu de référence était fixé antérieurement à la réforme de la taxe d'habitation au I bis de l'article 1417 modifié précisément par notre collectif de printemps.
Compte tenu de ces précisions, et sous réserve de vérification - que nous pourrions peut-être effectuer en dehors de cet hémicycle pour ne pas prolonger les débats -,...
M. le président. Ce serait préférable !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. ... je propose que cet amendement soit retiré, monsieur le président.
M. le président. Monsieur le rapporteur général, êtes-vous sensible à l'argumentation de Mme le secrétaire d'Etat ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je suis vraiment admiratif (Sourires),...
M. le président. Nous le sommes aussi !
M. Philippe Marini, rapporteur général. ... car ses explications ont été d'une telle clarté que le doute s'est introduit dans mon esprit, au point que je me suis demandé si mon propre amendement avait été correctement libellé !
Dans le doute, je fais crédit aux explications de Mme le secrétaire d'Etat et je retire cet amendement, mais l'on conviendra que le système de la législation par référence n'est pas extraordinaire !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je vous l'accorde bien volontiers !
M. Philippe Marini, rapporteur général. En effet, si même le Gouvernement et la commission ont de la peine à s'y retrouver, que dire du contribuable ? Je me permets de poser cette question !
M. le président. L'amendement n° I-58 est retiré.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 26 ter , modifié.

(L'article 26 ter est adopté.)

Article 27



M. le président.
« Art. 27. - I. - Au titre de 2001, le montant de la dotation de solidarité urbaine, tel qu'il résulte de l'article L. 2334-13 du code général des collectivités territoriales et de l'article 59 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998), est majoré de 350 millions de francs. Cette majoration n'est pas prise en compte dans le montant de la dotation globale de fonctionnement pour l'application du I et du II de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 précitée. »
« II. - Pour l'année 2001, la première fraction de la dotation de solidarité rurale visée à l'article L. 2334-21 du code général des collectivités territoriales est majorée de 150 millions de francs prélevés sur la somme prévue au 5° du II de l'article 1648 A bis du code général des impôts. »
Par amendement n° I-59, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
A. - A la fin de la première phrase du I de cet article, de remplacer la somme : « 350 millions de francs » par la somme : « 500 millions de francs. »
B. - Pour compenser la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du A ci-dessus, de compléter in fine l'article 27 par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation de solidarité urbaine est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement important pour les finances locales, qui vise à reconduire l'effort consenti l'an dernier par l'Etat en faveur de la DSU - lequel s'élevait à un milliard de francs -, se traduirait par une progression de 4 % de 2000 à 2001.
Permettez-moi, madame le secrétaire d'Etat, de rappeler quelques chiffres, pour revenir sur des points que j'ai évoqués au début de ce débat sur les recettes des collectivités territoriales et que vous avez repris.
En 2000, l'Etat a majoré la DSU par deux abondements de 500 millions de francs, soit un milliard de francs au total.
Pour 2001, l'Etat prévoit de ne majorer la DSU que de 850 millions de francs, par deux abondements, l'un de 500 millions, l'autre de 350 millions. En termes relatifs, il s'agit donc d'un désengagement qui aboutira à une stagnation du montant de la DSU en 2001 et, selon votre proposition, de 2000 à 2001 l'augmentation de la DSU sera vraisemblablement de 0,19 %.
Dans votre exposé liminaire au début de l'après-midi, quand vous nous avez dit que la DSU avait considérablement augmenté, vous aviez en réalité pris pour référence un cumul de trois années. J'ai eu envie de vous interrompre pour vous dire que c'était le passé et non pas l'avenir !
Compte tenu des besoins, une telle stagnation nous paraît difficilement acceptable, d'autant que - et vous n'êtes pas avare de le rappeler ! - la masse totale de la DGF augmentera de 3,42 %. Alors, madame le secrétaire d'Etat, encore un petit effort !
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. En l'absence de tout abondement, la DSU aurait effectivement diminué en 2001, et ce en dépit de la forte progression de la DGF. Ce phénomène s'explique très simplement par le fait que la dotation des groupements progresse très fortement en 2001 : de 18 %.
C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a proposé, au-delà de l'abondement de 500 millions de francs qui avait été opéré dans le collectif du printemps 2000 et qui est consolidé dans le projet de loi de finances pour 2001, d'ajouter 350 millions de francs, soit un total de 850 millions de francs, pour éviter une baisse de la DSU.
Cet abondement paraît suffisant compte tenu de la très forte progression de la DSU au cours de ces dernières années, que vous avez bien voulu rappeler, et de la progression significative en 2001 - contrairement aux années passées - de la dotation forfaitaire puisqu'elle devrait être comprise entre 1,7 % et 1,9 %.
Il ne nous semble donc pas nécessaire de prévoir, au-delà, une majoration supplémentaire de la DSU. En conséquence, je souhaite le retrait de cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-59, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Par amendement n° I-60, M. Marini, au nom de la commission des finances, propose :
I. - A la fin du III de l'article 27, de supprimer les mots : « prélevés sur la somme prévue au 5° du II de l'article 1648 A bis du code général des impôts ».
II. - Pour composer la perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus, de compléter in fine l'article 27 par un paragraphe ainsi rédigé :
« ... La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation globale de fonctionnement est composée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Cet amendement a pour objet d'éviter que la majoration de 150 millions de francs de la dotation de solidarité rurale ne soit financée par un prélèvement sur les ressources du FNP.
En effet, la péréquation en faveur des bourgs-centres ne doit pas être financée par une baisse des ressources du FNP, qui est le principal instrument de péréquation en faveur des très petites communes rurales.
En d'autres termes, madame le secrétaire d'Etat, votre dispositif consiste, parmi les communes rurales, à déshabiller Pierre pour habiller Paul, ce qui n'est pas convenable.
M. Patrick Lassourd. C'est tout le problème !
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons déjà abordé cette question.
M. Patrick Lassourd. Eh oui !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. S'il n'y avait pas eu d'abondement de la dotation de solidarité rurale, il aurait pu y avoir baisse de la fraction bourgs-centres en 2001.
C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a soutenu, lors de la discussion du projet de loi de finances devant l'Assemblée nationale, l'amendement qui prévoyait, comme dans la loi de finances pour l'année 2000, de majorer cette fraction bourgs-centres de la DSR à hauteur de 150 millions de francs, par prélèvement sur retour de la fiscalité de La Poste et de France Télécom au FNPTP.
Comme je l'ai rappelé tout à l'heure, le FNPTP devrait recevoir plus de 2,2 milliards de francs au titre de la fiscalité locale de La Poste et de France Télécom, soit une croissance de près de 7 % par rapport à l'année 2000.
Il est donc apparu possible de reconduire le prélèvement qui avait été décidé en 2000 au profit de la DSR sans remettre en cause les moyens du FNPTP en faveur de la péréquation.
Par ailleurs, il ne paraît pas anormal que la majoration de la fraction bourgs-centres de la DSR, qui relève bien d'une logique de péréquation, soit financée par le FNPTP.
En conséquence, monsieur le rapporteur général, je vous prie de bien vouloir retirer votre amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-60, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 27, modifié.

(L'article 27 est adopté.)

Articles additionnels après l'article 27



M. le président.
Par amendement n° I-102 rectifié bis , MM. Michel Mercier, Badré, Fréville et Jarlier proposent d'insérer, après l'article 27, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le montant de la dotation d'aménagement instituée à l'article L. 2334-13 du code général des collectivités territoriales est majoré de 40 millions de francs. Cette majoration n'est pas prise en compte dans le montant de la dotation globale de fonctionnement pour l'application du I et du II de l'article 57 de la loi de finances pour 1999 (n° 98-1266 du 30 décembre 1998).
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat de la majoration de la dotation d'aménagement prévue au I est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Michel Mercier.
M. Michel Mercier. Cet amendement a pour objet d'éviter que la majoration de la dotation forfaitaire des communes d'outre-mer prévue par la loi d'orientation pour l'outre-mer ne réduise le montant des sommes à répartir entre les communes de métropole éligibles à la dotation de solidarité urbaine et à la dotation de solidarité rurale.
Cet amendement participe de la même philosophie que les deux amendements qui viennent d'être adoptés, sur proposition de la commission des finances.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Avis favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Avis défavorable pour les raisons exposées il y a quelques minutes.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-102 rectifié bis, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 27.
Par amendement n° I-103 rectifié, M. Michel Mercier et les membres du groupe de l'Union centriste proposent d'insérer, après l'article 27, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le III de l'article 31 de la loi de finances pour 1989 (n° 88-1149 du 23 décembre 1988) est supprimé.
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Michel Mercier.
M. Michel Mercier. Cet amendement participe toujours de la volonté de rendre au FNPTP la totalité des ressources dont il devrait disposer pour pouvoir jouer pleinement son rôle.
Depuis 1989, l'Etat perçoit indûment une fraction importante du produit de la cotisaiton de péréquation de taxe professionnelle, créée par la loi du 10 janvier 1980 portant aménagement de la fiscalité directe locale.
Aujourd'hui, dans la mesure où les ressources destinées à la péréquation ne progressent plus, nous demandons que toutes les ressources du FNPTP telles qu'elles sont prévues par la loi parviennent effectivement à ce fonds.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission est très favorable à cet amendement et souhaite saisir cette occasion pour rappeler à Mme le secrétaire d'Etat les effets pervers de l'évolution des recettes et des dépenses du FNPTP et du FNP. Ce point est développé dans mon rapport écrit aux pages 425 et suivantes.
Nos constatations mettent en évidence les conséquences sur le FNP de la prise en charge des baisses de DCTP par le FNPTP.
Alors que les dépenses totales des deux fonds ont progressé de 5,7 %, les sommes consacrées à la péréquation en faveur des petites communes à faible potentiel fiscal et à effort fiscal élevé ont baissé de 0,2 %.
Madame le secrétaire d'Etat, jusqu'à présent vous n'avez apporté aucune réponse à cet état de chose, pourtant bien réel. Je regrette cette fermeture de votre part, car, l'an dernier, nous avions pu nourrir quelque espoir lorsque le secrétaire d'Etat à l'industrie, qui vous avait remplacé au pied levé, nous avait déclaré : « Le FNPTP connaît une croissance naturelle de ses ressources qui est suffisante pour faire face aux responsabilités qui sont les siennes et qui resteront les siennes dans les années à venir. » Les assurances qu'il semblait ainsi nous donner n'ont pas, dans la pratique, reçu de confirmation.
Quoi qu'il en soit, le propos qu'il avait tenu nous semblait constituer au moins une amorce de dialogue. Or, s'agissant de la série des amendements relatifs aux finances locales, je n'ai vraiment pas eu le sentiment que vous ayez essayé de dialoguer avec nous. Croyez bien que je le déplore, tout comme l'ensemble des sénateurs qui ont assisté à cette discussion.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Effectivement, le rapport écrit de M. Marini contient un intéressant tableau qui fait apparaître la baisse de 0,2 % qu'il a évoquée à l'instant, concernant les sommes consacrées à la péréquation affectée aux petites communes à faible potentiel fiscal.
En réalité, monsieur le rapporteur général, il n'en est rien. La dotation du FNP pour les communes à faible potentiel fiscal est restée stable en 2000 par rapport à 1999, à hauteur de 2,82 milliards de francs, et cela pour une raison simple : la baisse de la dotation a été neutralisée par une baisse corrélative du coût du dispositif spécifique de compensation des pertes de ressources du fonds départemental de péréquation de la taxe professionnelle du département de l'Essonne. Par conséquent, l'évolution parallèle des ressources et des charges a permis de stabiliser la dotation du FNP pour les communes à faible potentiel fiscal.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je fais remarquer à Mme le secrétaire d'Etat que les tableaux reproduits dans le rapport de la commission des finances ont été établis à partir des documents qui ont été distribués par l'administration au comité des finances locales. Si ce sont des mensonges, à quoi sert le comité des finances locales ? Franchement, je suis vraiment surpris de voir ces données mises en cause !
Nous n'allons peut-être pas nous lancer, à cette heure, dans des querelles de chiffres mais, madame le secrétaire d'Etat, il faudrait à tout le moins un peu plus de clarté et de transparence dans ces affaires.
Les élus que nous sommes ont le sentiment que l'on déploie systématiquement devant leurs yeux un rideau de fumée, qu'on joue l'opacité. C'est un peu la culture du secret, pour reprendre une expression que nous avons utilisée par ailleurs.
Je suis vraiment surpris que vous contestiez des chiffres qui, je le répète, reprennent les documents distribués par les services de l'Etat au comité des finances locales.
M. Jacques Legendre. Très bien !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le rapporteur général, je tiens à votre disposition le tableau sur lequel le comité des finances locales s'est prononcé : il fait apparaître de la manière la plus explicite à la fois la diminution optique de 0,22 % que vous avez évoquée ; il fournit l'explication de cette baisse ; il montre enfin la stabilité finale de la part du FNP affectée aux communes à faible potentiel fiscal. Je crois que ce document fait foi. (Mme le secrétaire d'Etat remet le document en question à M. le rapporteur général.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-103 rectifié, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 27.
Par amendement n° I-104 rectifié, M. Michel Mercier et les membres du groupe de l'Union centriste proposent d'insérer, après l'article 27, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le troisième alinéa (2°) de l'article 1648 B bis du code général des impôts, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« 3° du produit résultant à compter de 2001 des dispositions des troisième et quatrième alinéas du III de l'article 9 de la loi de finances pour 1993 (n° 92-1316 du 30 décembre 1992), du I de l'article 54 de la loi de finances pour 1994 (n° 93-1352 du 30 décembre 1993) et des troisième à onzième alinéas du IV bis de l'article 6 de la loi de finances pour 1987 (n° 86-1317 du 30 décembre 1987). »
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat des dispositions du I ci-dessus est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts, »
La parole est à M. Michel Mercier.
M. Michel Mercier. Cet amendement participe toujours de la même philosophie.
Il s'agit de faire en sorte que les sommes qui doivent revenir aux collectivités locales leur soient réellement affectées à travers les diverses dotations.
Chaque année, un certain nombre de compensations d'exonérations fiscales sont mises en place et des mécanismes complexes font que ces compensations ne sont pas totales pour certaines collectivités, parce qu'elles ont un fort potentiel fiscal ou parce que leur produit des quatre taxes directes totales est en forte augmentation. Cette réfaction sur les compensations devient une recette du budget général et constitue une économie budgétaire pour l'Etat, alors que ces sommes doivent revenir aux collectivités locales au titre de la compensation.
Cet amendement a donc simplement pour objet de remettre à disposition des collectivités locales la totalité des sommes nées des compensations.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission partage totalement l'argumentation qui vient d'être développée.
Les ressources prélevées sur des collectivités doivent non pas alimenter le budget général de l'Etat mais aller à d'autres collectivités, qui sont défavorisées, compte tenu des tensions financières que connaît le fonds national de péréquation. C'est une question d'équité.
Je ne me fais pas trop d'illusions, étant donné la « glaciation » qui caractérise, semble-t-il, la position du secrétariat d'Etat au budget sur ces sujets : l'absence de dialogue est manifeste. Mais cela ne m'empêche pas d'émettre, au nom de la commission, un avis favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Comme l'a supputé M. le rapporteur général, le Gouvernement n'est pas favorable à cet amendement, parce que les compensations aux collectivités locales qui font l'objet d'une réduction, tendent à tenir compte de l'évolution plus ou moins forte des ressources des collectivités locales pour celles qui sont les plus prospères.
Vous proposez d'affecter l'économie qui est réalisée par l'Etat du fait de ces réductions au Fonds national de péréquation. Pour ma part, il ne me paraît pas illégitime que les collectivités les plus prospères participent à l'atténuation du coût supporté par l'Etat de ces compensations.
Par ailleurs, nous avons eu l'occasion, à plusieurs reprises, de préciser que les moyens qui sont destinés à la péréquation dans le cadre du FNPTP et du FNP ne sont pas menacés, au contraire, puisque la progression des différentes recettes dont ils bénéficient est forte en 2001.
De plus, nous aurons l'occasion, je le répète, de revoir cette question de la réforme de la péréquation, notamment dans un rapport qui sera remis par le Gouvernement au Parlement avant le mois de mai 2001.
Il me paraîtrait donc prématuré d'anticiper sur cette réflexion d'ensemble. Pour cette raison, je souhaite le retrait de cet amendement.
M. le président. Monsieur Mercier, l'amendement est-il maintenu ?
M. Michel Mercier. Je le maintiens, monsieur le président.
M. le président. Personne ne demande la parole ?
Je mets aux voix l'amendement n° I-104 rectifié, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 27.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. la parole est à monsieur de rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je ne voudrais pas prolonger le débat sur les finances locales, monsieur le président, mais Mme le secrétaire d'Etat m'a transmis un document qui, effectivement, correspond à une hypothèse qui a fait l'objet d'un vote du comité des finances locales. Je livre à nos collègues le titre de ce tableau : «Gel du fonds national de péréquation en 2000 ». Gel ! Il n'est pas dit autre chose !
On note que les dépenses des fonds ont progressé de l'ordre de 6 % mais, s'agissant des dépenses consacrées à la péréquation proprement dite, l'augmentation est de 0 % : « part principale communes de métropole : 0 % ».
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. C'est ce que j'ai dit !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Vous avez beau être une excellente budgétaire, 0 %, ce n'est pas glorieux, madame le secrétaire d'Etat !
Quand vous me parliez tout à l'heure, j'avais l'impression d'avoir fait un « claquage » et que, de retour à l'inspection des finances, j'avais dit une chose à mon agent vérifié, qui me répondait que je m'étais complètement trompé. Très franchement, je ne pense pas m'être trompé ! Le tableau que vous avez eu l'extrême amabilité de me transmettre confirme plutôt celui qui figure dans le rapport de la commission.
Cela dit, peut-être est-il préférable de ne pas épiloguer sur ces querelles de virgules. Mais, malgré tout, il faut bien que l'on se retrouve dans la réalité des mêmes chiffres.
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Pour reprendre votre terminologie, monsieur le rapporteur général, il n'y a pas mensonge !
M. le président. Monsieur le rapporteur général, nous sommes très intéressés par cette conversation entre deux éminents spécialistes des finances, mais peut-être pourrions-nous différer cet échange et poursuivre l'ordre du jour.
Mes chers collègues, nous avons achevé l'examen des articles du projet de loi de finances relatifs aux collectivités locales.
Nous reprenons la discussion des articles de la première partie du projet de loi de finances pour 2001.
Nous en étions parvenus à l'amendement n° I-126 tendant à insérer un article additionnel après l'article 12 quinquies .

Articles additionnels après l'article 12 quinquies (suite)



M. le président.
Par amendement n° I-126, MmeBeaudeau, MM. Foucaud et Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Le 3° bis de l'article 278 bis du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« ...) gaz naturel utilisé comme combustible ».
« II. - Le taux fixé au III bis de l'article L. 125 A du code général des impôts est relevé à due concurrence. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Cet amendement tend à reprendre à son compte une aspiration exprimée par les associations de consommateurs concernant le prix du gaz domestique.
En effet, pour des raisons qui nous échappent - mais peut-être que certains, dans cet hémicycle, pourront nous apporter des explications - le prix du gaz naturel qui, pour une part essentielle, provient des gisements russes et de la mer du Nord - la Norvège ou les îles Britaniques - connaît, ces derniers temps, une flambée significative, un peu à l'image de ce qui se passe pour le pétrole brut.
La hausse du prix du gaz n'obéit pourtant pas aux pressions qui peuvent exister en matière de produits pétroliers, notamment dans le contexte pour le moins troublé du Moyen-Orient.
Le problème est que notre pays est de plus en plus tributaire en ces matières d'un approvisionnement extérieur, les gisements situés sur le territoire national étant en phase d'épuisement, à moins que la provision pour reconstitution n'ait pas été mobilisée pour chercher de nouveaux gisements.
L'autre problème est que nombre de logements dans notre pays ont été équipés tout gaz, répondant en cela à la fois à la nécessité de diversification de notre approvisionnement énergétique et de lutte contre la pollution atmosphérique et l'effet de serre.
Il est simplement regrettable que ce choix opéré dans notre pays risque aujourd'hui de conduire ces familles à enregistrer une sensible - et en disant cela, je suis modeste - augmentation de leur facture de chauffage, parce qu'elles seraient victimes de la spéculation intervenant sur le marché international du gaz.
Nous souhaitons qu'une disposition proche de celle qui a été entérinée par l'article 10 du présent projet de loi quant aux carburants pétroliers soit prise, afin d'amortir autant que faire se peut ce problème de volatilité du prix du gaz.
Tel est l'objet de cet amendement.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission souhaite entendre le Gouvernement.
M. le président. Quel est donc l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Les abonnements à l'électricité et au gaz sont, comme vous le savez, d'ores et déjà soumis au taux réduit de la TVA. La mesure qui est proposée consiste à faire porter ce taux réduit non seulement sur les abonnements, mais également sur les consommations de gaz, ce qui représenterait un coût budgétaire de plus de 3,5 milliards de francs. Cela n'est pas envisageable. Par ailleurs, madame Beaudeau, il n'existe pas de TIPP sur le gaz. Par conséquent, il est difficile de baisser un impôt qui n'existe pas.
En outre, baisser le taux de TVA serait aller au-delà des devoirs d'écoute mais aussi de vérité, pour reprendre l'expression de M. Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, qui incombaient à l'Etat durant la période de tension internationale sur les prix que nous avons connue. Enfin, je rappellerai que le Gouvernement a d'ores et déjà consacré, depuis plus de deux ans, 30 milliards de francs à des baisses ciblées de TVA et 30 milliards de francs à la baisse d'un point du taux normal.
Dans ces conditions, je souhaite le retrait de cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-126, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-200, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth,Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 278 bis du code général des impôts est complété in fine par un alinéa ainsi rédigé :
« ... ° - les supports de multimédia et les prestations télématiques. »
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus, sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-232, Mmes Pourtaud,Bergé-Lavigne, MM. Saunier, Lagauche et Weber proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« A. - Le 6° de l'article 278 bis du code général des impôts est ainsi rédigé :
« 6° livres et supports de contenu interactif, y compris leur location. »
« B. - Les pertes de recettes pour l'Etat résultant du A sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun, pour défendre l'amendement n° I-200.
M. Gérard Braun. Cet amendement tend à appliquer aux supports de multimédia et aux prestations télématiques le taux réduit de la TVA. Une telle réduction permettrait de mettre à la portée du plus grand nombre les outils essentiels à l'accès aux ressources du multimédia.
M. le président. L'amendement n° I-232 est-il soutenu ?...
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° I-200 ? M. Philippe Marini, rapporteur général. Cette mesure pourrait être intéressante si elle rendait plus accessible l'accès aux nouvelles technologies. Cependant - et je parle sous le contrôle de Denis Badré, notre spécialiste de ces sujets - les produits visés ne figurent pas dans l'annexe H de la directive communautaire.
Madame le secrétaire d'Etat, existe-t-il des négociations en vue d'une telle inscription et pour rendre la mesure préconisée eurocompatible ?
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Pour répondre très directement à M. le rapporteur général, le Gouvernement a appelé l'attention de la Commission européenne, par une lettre du 8 juillet 1998, sur l'intérêt qu'il y aurait à modifier l'annexe H autorisant la taxation au taux réduit de TVA d'un certain nombre d'opérations, notamment pour y inclure les cédéroms et les CD interactifs à caractère éducatif ou culturel.
Dans sa réponse du 31 juillet 1998, la Commission européenne a rappelé que la législation actuelle applicable en matière de TVA ne permet pas d'appliquer un taux réduit à ce type de produits. Elle ne fera vraisemblablement pas de proposition significative en matière de taux de TVA durant la période d'expérimentation de l'application du taux réduit sur les services à forte intensité de main-d'oeuvre, qui s'achèvera le 31 décembre 2002.
Par conséquent, pour l'instant ce sujet n'est pas d'actualité.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-200.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Dans le prolongement de l'intervention de M. le rapporteur général, je rappelle que nous sommes dans la dernière des catégories que j'évoquais dans mon propos liminaire cet après-midi, c'est-à-dire dans la catégorie de biens ou services qui, pour le moment, ne sont pas eurocompatibles. En effet, en 1991, lorsque l'annexe H a été arrêtée, en même temps que la sixième directive n° 77 modifiée en 1991, les supports multimédias n'existaient pas. C'est pour cette seule raison ! A l'époque, les instruments pédagogiques sur support papier ont été mis au taux réduit de TVA. Les instruments pédagogiques sur support multimédia n'existant pas, ils ne pouvaient pas faire l'objet de la même mesure. Il faudra y venir un jour !
Il s'agit du cas typique où la Commission ne veut pas intervenir tant que l'on n'est pas passé au régime commun. La seule solution pour parvenir à faire progresser le dossier serait que les quinze ministres compétents agissant ensemble au Conseil européen invoquent l'apparition d'un fait nouveau depuis 1991 qui est incontournable. Tant que cette démarche ne sera pas faite conjointement pas les quinze représentants des Etats membres de l'Union, on n'avancera pas !
M. Gérard Braun. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Braun.
M. Gérard Braun. Compte tenu des éléments qui viennent de nous être donnés, je retire cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-200 est retiré.
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° I-201, MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 278 bis du code général des impôts est complété in fine par un alinéa ainsi rédigé :
« ...° les disques et les supports de musique enregistrée ».
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
Par amendement n° I-231, Mmes Pourtaud, Bergé-Lavigne, MM. Saunier, Lagauche et Weber proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« A. - l'article 278 bis du code général des impôts est complété in fine par un alinéa ainsi rédigé :
« ...° Les supports de musique enregistrée, y compris leur location. »
« B. - Les pertes de recettes pour l'Etat résultant du paragraphe A sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun, pour défendre l'amendement n° I-201.
M. Gérard Braun. C'est exactement le même problème qui est posé. Par conséquent, l'amendement n° I-201 est lui aussi retiré.
M. le président. L'amendement n° I-201 est retiré.
L'amendement n° I-231 est-il soutenu ?... Par amendement n° I-202, MM. Joyandet, Blanc, de Broissia, Trégouët, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginésy, Vial, Leclerc, Schosteck, Lanier et Mme Olin proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 278 bis du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« ... ° les matériels informatiques à usage non professionnel ».
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Braun.
M. Gérard Braun. Il s'agit de la même analyse que pour les deux amendements précédents en ce qui concerne les matériels informatiques.
Je retire donc également cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-202 est retiré.
Par amendement n° I-127, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 278 quater du code général des impôts est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 5,5 % en ce qui concerne les opérations d'achat, d'importation, d'acquisition intracommunautaire, de vente, de livraison, de courtage ou de façon portant sur les prothèses auditives, les verres correcteurs de la vue, les montures, le matériel d'amélioration de l'audition et de la vision prescrit médicalement. La liste des biens éligibles est fixée par décret. »
« II. - Les pertes de recettes résultant de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Cet amendement reprend, au mot près et dans son principe, un amendement que nous avions déjà déposé l'année dernière et qui avait d'ailleurs recueilli l'avis favorable de la commission des finances du Sénat. Il avait finalement été adopté en séance publique.
Le hasard de la discussion budgétaire avait privé la loi de finances de 2000 de cette disposition, ce qui nous conduit à déposer de nouveau cet amendement cette année.
Le contenu et le bien-fondé de cet amendement n'ont pas fondamentalement changé par rapport à l'an dernier. Il s'agit pour nous de faire en sorte que le prix particulièrement élevé de l'optique et des prothèses auditives puisse connaître pour les assurés sociaux, d'ailleurs fort mal remboursés de ces prestations par le régime général de la sécurité sociale, une baisse non négligeable, susceptible de leur redonner un peu de pouvoir d'achat.
Personne n'ignore ici que nombre de nos concitoyens ne sont pas appareillés en raison des coûts de ces prothèses. Pourtant, la perte ou l'amoindrissement de la vision ou de l'audition sont, dans les faits, un handicap réel qui génère une gêne et des frais pour les personnes concernées. Il convient donc d'en tenir compte, y compris dans notre législation fiscale.
Cela procède d'ailleurs un peu de la même démarche que celle qui a conduit, avec le temps et au fil de discussions budgétaires antérieures, à alléger la TVA sur certains appareillages destinés aux handicapés.
Pour autant, le choix que nous vous demandons d'opérer se situe pleinement dans le droit-fil de nos positions antérieures.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission soutient cet amendement. C'est une question d'humanité. Madame le secrétaire d'Etat, j'espère que vous y serez sensible.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Mme Beaudeau a rappelé l'historique de cet amendement. En matière budgétaire, il n'y a pas de hasard : l'application du taux réduit de la TVA aux lunettes correctrices se traduirait par un coût de plus de 1,9 milliard de francs.
Je puis néanmoins annoncer une heureuse nouvelle à Mme Beaudeau. En effet, depuis ce débat, une instruction administrative est parue, le 22 juin 1999, aux termes de laquelle, s'agissant des prothèses auditives, le taux réduit de TVA est appliqué à toutes les prothèses auditives dès lors qu'elles présentent le marquage « communauté européenne ». Par conséquent, cette mesure favorable satisfait une partie des préoccupations exprimées dans le présent amendement. Aussi, je souhaiterais que vous le retiriez.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. S'il est possible, par circulaire, de traiter la question des prothèses auditives, pourquoi ne pas aller un peu plus loin ? En effet, lorsque les personnes concernées ont vraiment des difficultés financières, ou bien elles ne se font pas correctement appareiller et décalent leurs dépenses, ou bien elles se rendent au centre communal d'action sociale - n'est-ce pas, mes chers collègues maires ? - qui assure la différence.
Peut-être serait-il souhaitable de regarder ce genre de situation avec un peu plus de réalisme.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-127.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Je confirme que cette mesure est eurocompatible. Elle était citée dans le rapport de 1999 comme relevant uniquement d'un débat franco-français. Ce débat, Mme le secrétaire d'Etat vient de rappeler qu'il était engagé plutôt favorablement par ses services et sous son autorité. Je pense que nous pouvons donc tout de suite aller plus loin, par la voie législative qui me paraît la seule voie possible.
M. Paul Loridant. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Loridant.
M. Paul Loridant. Madame le secrétaire d'Etat, il ne faut pas qu'il y ait d'illusion optique quant à la portée de cet amendement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est le cas de le dire ! (Sourires.)
M. Paul Loridant. Je confirme que, dans le centre d'action sociale de ma commune, nous sommes de plus en plus sollicités par des familles et des personnes en raison du faible taux de remboursement de ces prothèses. Elles viennent solliciter les services sociaux des collectivités pour la prise en charge de celles-ci. Donc, d'une façon ou d'une autre, il s'agit des finances publiques. Je me demande si la simplicité ne consisterait pas à faire baisser le taux de TVA applicable à ces appareils.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-127, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12 quinquies.
Par amendement n° I-128, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 278 septies du code général des impôts, il est inséré un article additionnel ainsi rédigé :
« Art. ... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue aux taux de 5,5 % en ce qui concerne les opérations d'achat d'importations, d'acquisition intracommunautaire, de vente, de livraison, de commission, de courtage, ou de façon portant sur les sièges auto enfants homologués. »
« II. - Les pertes de recettes résultant du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits fixés aux articles 575 et 575 A. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Cet amendement vise à faire bénéficier les sièges-auto pour enfants du taux réduit de TVA à 5,5 %. Ces sièges, vous le savez, sont l'objet de préoccupations quotidiennes de millions de familles. D'ailleurs, madame la secrétaire d'Etat, peut-être allez vous rapidement examiner toute cette organisation. Aller à la crèche, partir en vacances, se promener le dimanche, tout cela coûte de l'argent.
Certains familles nous disent que lorsqu'elles ont deux ou trois enfants en bas âge, elles sont souvent dans l'obligation de changer leur véhicule, car trois sièges-auto pour enfants ne tiennent pas sur la banquette arrière d'un véhicule de petite catégorie. Cela génère des frais importants.
Ces équipements, qui, aux termes de la loi, sont obligatoires, sont indispensables car ils participent à l'amélioration de la sécurité dans les véhicules, notamment pour les jeunes enfants. De trop nombreux enfants sont encore victimes d'accidents de la circulation. C'est, bien sûr, particulièrement injuste, surtout dans un pays - et M. Gayssot ne me contredirait pas - qui fait de la sécurité routière une priorité nationale.
C'est dans un souci de prévention, de sécurité accrue et de confort, souci que vous partagez tous, mes chers collègues, que je vous demande de voter notre amendement.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je dirai simplement à Mme Beaudeau que le coût de cette mesure n'est pas négligeable. Je ne veux pas prolonger le débat.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-128, accepté par la commission et repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi de finances, après l'article 12 quinquies.
Par amendement n° I-130, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant et les membre du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 278 septies du code général des impôts, il est inséré un article ainsi rédigé :
« Art. ... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 5,5 % en ce qui concerne les opérations d'achat d'importations, d'acquisition intracommunautaire, de vente, de livraison, de commission, de courtage, ou de façon portant sur les casques motocylistes homologués. »
« II. - Les taux fixés au III bis de l'article 125 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Cet amendement tend à faire bénéficier les casques motocyclistes homologués du taux réduit de TVA, à savoir 5,5 %. Nous souhaitons, en effet, que ces équipements de sécurité obligatoires se voient appliquer le taux réduit de TVA afin que leur prix puisse baisser pour faciliter une diffusion la plus large possible.
Chaque année, les motocyclistes paient un lourd tribut en termes de mortalité et de blessés graves dus aux accidents de la route. Sur les 8 000 personnes qui meurent à la suite d'un accident de la circulation, 1 500 sont des motards, et les tarifs d'assurances sont prohibitifs.
Dans le souci d'assurer la plus grande sécurité routière possible, nous devons tout mettre en oeuvre pour réduire le nombre et la gravité des accidents de la route, qui sont particulièrement invalidants.
C'est pourquoi nous vous demandons, mes chers collègues, d'adopter cet amendement.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission souhaiterait entendre le Gouvernement.
M. le président. Quel est, donc, l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. En l'occurrence, la disposition proposée n'est pas « eurocompatible », pour reprendre une terminologie à la mode depuis cet après-midi. (Sourires.) Les casques de motocyclistes sont un élément qui contribue fortement à l'amélioration de la sécurité des personnes. Si cette disposition était adoptée, elle pourrait générer des demandes du même type pour d'autres équipements de sécurité : aide au freinage, airbag , etc.
On peut considérer que l'application du taux réduit de TVA aux casques de motocyclistes serait un élément supplémentaire de nature à améliorer la sécurité routière. A l'inverse, dans la mesure où il s'agit déjà d'un accessoire dont l'usage est rendu obligatoire par la réglementation en vigueur, on peut soutenir que le taux de TVA applicable en la matière n'a pas d'incidence directe sur le niveau de sécurité. Cela a certainement une incidence sur le revenu disponible de la personne qui procède à l'achat d'un tel dispositif, mais chaque citoyen est censé respecter la loi.
Dans ces conditions et pour la raison principale que j'ai indiquée au début de cette intervention, à savoir que cette disposition n'est pas eurocompatible, je souhaiterais que vous retiriez cet amendement.
M. le président. Quel est, maintenant, l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je souhaiterais que cet amendement soit retiré.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Je le maintiens !
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-130, repoussé par la commission et par le Gouvernement.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Par amendement n° I-129, Mme Beaudeau.
MM. Foucaud et Loridant proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 278 septies du code général des impôts, il est inséré un article ainsi rédigé :
« Art. ... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 5,5 % en ce qui concerne les prestations de déménagement des particuliers.
« II. - Les taux fixés au III bis de l'article 125 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Notre amendement vise à baisser le taux de TVA à 5,5 % pour les prestations de déménagement des particuliers.
En effet, le plus souvent pour des raisons professionnelles, de plus en plus de Français sont contraints à une mobilité géographique et doivent donc faire face à d'importants frais de déménagement.
Une baisse de la TVA dans ce domaine serait donc la bienvenue et permettrait à de nombreuses familles d'alléger ce type de dépenses.
De plus, elle viserait un secteur d'activité où la prestation de services est essentiellement composée d'un coût de main-d'oeuvre.
Il serat donc positif pour l'emploi de retenir cette proposition.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission émet un avis défavorable, car nous avons voté un article additionnel après l'article 2 bis qui se traduit par un crédit d'impôt au titre de l'impôt sur le revenu et qui est une mesure favorable à la profession du déménagement. A ce stade, c'est une marque d'intérêt déjà substantielle pour cette profession. De plus, l'amendement proposé n'est pas conforme à la législation européenne et le gage n'est vraiment pas satisfaisant, madame Beaudeau.
Pour toutes ces raisons, je le répète, la commission émet un avis défavorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Nous avons déjà évoqué hier cette question sous l'angle du crédit d'impôt. Par ailleurs, cette mesure n'est pas eurocompatible. Je ne sais pas s'il est utile de poursuivre la discussion plus avant.
M. le président. Madame Beaudeau, l'amendement n° I-129 est-il maintenu ?
Mme Marie-Claude Beaudeau. Monsieur le président, je retire cet amendement non pas parce que le gage ne convient pas à M. le rapporteur général - je considère que le gage que nous proposons est très bon - ou parce que cette disposition ne serait pas eurocompatible, mais simplement au motif que le Sénat a effectivement adopté une disposition qui permettra, nous l'espérons, de baisser le coût des déménagements.
M. le président. L'amendement n° I-129 est retiré.
Je suis maintenant saisi de neuf amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune. Mais pour la clarté du débat, je les appellerai successivement.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission des finances demande la priorité pour les amendements identiques n°s I-64, I-84 rectifié et I-203 rectifié.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Favorable.
M. le président. La priorité est de droit.
Je suis donc, d'abord, saisi de trois amendements identiques.
L'amendement n° I-64 est présenté par M. Badré et les membres du groupe de l'Union centriste.
L'amendement n° I-84 rectifié est déposé par M. du Luart et les membres du groupe des Républicains et Indépendants.
L'amendement n° I-203 rectifié est présenté par MM. Ostermann, Besse, Braun, Cazalet, Chaumont, Gaillard, Joyandet, Trégouët, Cornu, Martin, Vasselle, Murat, Rispat, Neuwirth, Darcos, Fournier, Ginésy, de Broissia, Vial, Leclerc, Marest, Schosteck, Lanier, Mme Olin et les membres du groupe du Rassemblement pour la République.
Tous trois tendent à insérer, après l'article 12 quinquies , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Il est inséré, après l'article 278 septies du code général des impôts, un article additionnel ainsi rédigé :
« Art. ... - la taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 5,5 % en ce qui concerne :
« a la fourniture de repas à consommer sur place.
« b les ventes de boissons non alcoolisées réalisées à l'occasion des prestations visées au a ci-dessus. »
« II. - Les pertes de recettes résultant pour l'Etat de l'application du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits prévus aux articles 403, 575 et 575 A du code général des impôts. »
« III. - Les dispositions des I et II ci-dessus entreront en vigueur le 1er juillet 2001. »
La parole est à M. Badré, pour présenter l'amendement n° I-64.
M. Denis Badré. Avec la restauration, sujet que nous abordons maintenant, nous touchons à une question plus lourde que celles que nous avons traitées jusqu'à présent. C'est un sujet plus difficile, parce que non euro-compatible.
Néanmoins, je rappelle que la disparité des régimes de TVA et la multiplicité des taux qui en résulte conduisent à des situations aberrantes. J'en citerai simplement deux exemples : la livraison à domicile d'un repas par un traiteur est au taux de 5,5 %, tandis qu'un sandwich consommé en salle est soumis au taux de 19,6 % ; la commande d'un repas dans un hôtel est au taux de 19,6 %, alors que le même repas livré par un traiteur dans le même hôtel serait taxé à 5,5 %. Tout cela, manifestement, ne va pas. Dans ce contexte, il nous a paru nécessaire de progresser, d'agir.
Notre amendement n° I-64 a pour objet d'aligner toutes les formes de restauration sur le taux réduit et il prévoit que la mise en oeuvre de cette mesure entrera en vigueur à compter du 1er juillet 2001. Pourquoi ? Parce que, pour l'instant, je l'ai dit, la mesure n'est pas eurocompatible, mais on n'en est pas passé loin, et ce à plusieurs reprises.
D'abord, en 1991, l'article 28 que j'évoquais cet après-midi a prévu que les services qui étaient au taux réduit avant 1991 pourraient y rester après. La restauration bénéficiait de cette situation dans un certain nombre de pays de l'Union mais pas en France, puisque, dans notre pays, elle était au taux réduit avant, elle a cessé de l'être, elle ne pouvait pas y revenir. On n'est tout de même pas très loin du cas d'application de l'article 28 en 1991.
Deuxième tentative : les services à haute intensité de main-d'oeuvre. Voilà un an, nous avions demandé que la restauration fasse l'objet de l'expérimentation proposée par la directive de la Commission. Le Gouvernement n'a pas choisi de retenir cette mesure, il n'a pas proposé la restauration dans la liste des trois catégories de services qui était proposée à la Commission pour la France. Pourtant, le Portugal aurait souhaité que la France le fasse, il aurait emboîté le pas. La France, si j'ai bien compris, n'a pas voulu fâcher l'Allemagne. Résultat : une nouvelle occasion manquée. Entre-temps, le Portugal a pu bénéficier d'une dérogation, avec d'ailleurs l'appui de la France, qui a soutenu la directive qui a permis au Portugal de bénéficier du passage au taux réduit.
Aujourd'hui, nous proposons que la France demande également une dérogation. Mon amendement tend à donner six mois pour l'obtenir ; le Portugal l'ayant obtenu en trois mois, cela me paraît tout à fait raisonnable.
Je précise en quelques mots, s'agissant du coût, qu'une analyse rapide montrerait qu'il est complètement faux de prétendre que le coût de cette mesure serait de 30 milliards de francs. La totalité du chiffre d'affaires de toutes les restaurations en France s'élève à 172 milliards de francs. Un montant de 172 milliards de francs passant du taux de 19,6 % de TVA au taux de 5,5 %, cela ferait 23 milliards de francs. Or, sur ces 172 milliards de francs, 13 milliards de francs sont déjà au taux de 5,5 % : ce sont les ventes à emporter ; 25 milliards de francs réalisés par des entreprises, petits cafés ou fast-food dont le chiffre d'affaires est inférieur à 500 000 francs, sont en franchise de TVA ; 31 milliards de francs de restauration d'affaire sur lesquels la TVA va devenir récupérable tombent également ; 7 milliards de francs sont exonérés au titre de la loi Godard, et il reste 40 milliards de francs pour les consommations d'alcool.
L'amendement n° I-64 vise donc à maintenir à 19,6 % tout ce qui est boisson alcoolisée. Dans ces conditions, ce qui passerait de 19,6 % à 5,5 % représenterait 40 milliards de chiffre d'affaire, soit un coût de 7 milliards de francs.
Je précise que, à partir du moment où cet amendement tend à ne prendre cette mesure qu'à compter du 1er juillet, le coût de cette disposition, pour 2001, serait de 3,5 milliards, soit l'équivalent de la mesure chocolat-margarine adoptée tout à l'heure. Nous arrivons à un chiffre tout à fait raisonnable pour une mesure aussi importante que nous traînons avec nous depuis des années et qui permettrait de donner un vrai coup de fouet à un secteur de l'économie tout à fait essentiel.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Excellente démonstration ! Bravo !
M. le président. La parole est à M. Bordas, pour présenter l'amendement n° I-84 rectifié.
M. James Bordas. Cet amendement tend à appliquer le taux réduit de 5,5 % de TVA au secteur de la restauration traditionnelle afin de stimuler l'emploi et de limiter les distorsions de concurrence avec d'autres formes de restauration. Ce taux réduit s'appliquerait à partir du 1er juillet 2001 à la fourniture de repas consommés sur place et aux ventes de boissons non alcoolisées réalisées à l'occasion de ces prestations.
Cet amendement étant identique à l'amendement n° I-64 présenté par M. Badré, je le retire.
M. le président. L'amendement n° I-84 rectifié est retiré.
La parole est à M. Braun, pour présenter l'amendement n° I-203 rectifié.
M. Gérard Braun. Je tiens à remercier notre collègue Denis Badré de son excellente présentation, de sa démonstration tout à fait remarquable et, j'en suis sûr, madame la secrétaire d'Etat, convaincante.
L'amendement n° I-203 rectifié étant exactement identique à l'amendement n° I-64, je le retire.
M. le président. L'amendement n° I-203 rectifié est retiré.
Par amendement n° I-211, MM. Adnot, Darniche, Donnay, Durand-Chastel, Foy, Seillier et Türk proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 281 nonies du code général des impôts, il est inséré un article additionnel ainsi rédigé :
« Art. ... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 14 % en ce qui concerne les prestations :
« 1. de la restauration rapide quelle que soit la surface de l'établissement concerné ;
« 2. effectuées par les traiteurs et par les établissements effectuant des ventes livrées à domicile ;
« 3. de restauration à consommer sur place, traditionnelle et en libre-service ;
« 4. de la restauration collective d'entreprise concédée ;
« 5. par distribution automatique ;
« 6. de la restauration parallèle exercée par les boulangeries et charcuteries.
« II. - Les pertes de recettes résultant du I ci-dessus sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits sur les tabacs prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts et au droit de consommation sur les alcools visé à l'article 403 du code général des impôts. »
Cet amendement est-il soutenu ?...
Par amendement n° I-134, Mme Beaudeau, MM. Foucaud, Loridant, et les membres du groupe communiste républicain et citoyen proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 281 nonies du code général des impôts, il est inséré un article ainsi rédigé :
« Art. ... - I. - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 15 % pour les recettes réalisées sur la fourniture de repas par les entreprises du secteur de la restauration traditionnelle et consommées sur place (à l'exclusion des prestations définies dans les articles du paragraphe B de la section V du code général des impôts). »
« II. - Les taux fixés au III bis de l'article 125 A du code général des impôts sont relevés à due concurrence. »
La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. La proposition tendant à abaisser le taux de TVA portant sur la restauration traditionnelle est reprise depuis plusieurs années, sous une forme ou sous une autre, pratiquement par tous les groupes, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat.
Elle se voit recevoir systématiquement une fin de non-recevoir de la part du Gouvernement, au nom de la sixième directive européenne et de son annexe H, qui n'inscrit pas la restauration dans les activités susceptibles de bénéficier d'un taux réduit de TVA.
Cette argumentation est très révélatrice d'une conception de la construction européenne que nous ne pouvons partager. Le Gouvernement français ne pourrait que se plier, malgré l'expression de la représentation nationale française, à des directives européennes qui n'émanent pas des parlement nationaux démocratiquement élus par les peuples d'Europe.
Nous pensons, au contraire, que le Gouvernement peut et doit agir en France conformément à l'expression des représentants du peuple et prendre l'initiative en Europe pour modifier les directives européennes en s'appuyant sur la situation française.
Notre amendement tend à appliquer un taux de TVA intermédiaire de 15 % sur la restauration traditionnelle ; le taux pourrait constituer, une fois appliqué en France, un objectif commun à l'échelle de toute l'Union européenne.
Adopter ce taux de 15 % permettrait de diminuer le différentiel de TVA entre la restauration traditionnelle et la restauration rapide, d'encourager le développement d'un secteur fortement créateur d'emplois - M. Badré l'a déjà souligné - et de favoriser les conditions d'une amélioration des conditions de travail dans ce secteur.
Notre objectif est aussi de favoriser le pouvoir d'achat, notamment celui des catégories moyennes et modestes. Je rappelle que le prix moyen d'un repas hors taxes, en 1999, s'est élevé à 67 francs.
La baisse de la TVA que nous défendons permettrait une redistribution de l'ordre de 6 milliards de francs et serait de nature à stimuler la consommation populaire.
Il n'est pas inintéressant de mettre ces milliards de francs en parallèle avec les 6 à 7 milliards de francs de remboursement de TVA sur les repas d'affaires, dont devraient profiter les entreprises à la suite de la décision du juge communautaire du 19 septembre dernier. Encore une fois, les décisions européennes accordent aux entreprises ce qu'elles refusent aux citoyens.
Nous nous prononçons, en outre, pour le maintien de la TVA sur la restauration rapide à 5,5 %. Il ne serait pas acceptable que la correction du différentiel de TVA, entre restauration rapide et restauration traditionnelle, se fasse aux dépens des consommateurs, en augmentant un impôt injuste.
Enfin, madame la secrétaire d'Etat, s'agissant du taux de TVA sur la restauration collective, nous confirmez-vous les exonérations et les taux réduits de TVA figurant, entre autres, à l'article 279 a bis du code général des impôts ? Un arrêt du Conseil d'Etat du 27 mars 2000 les a en effet déclarés illégaux en vertu toujours de cette même directive européenne et a demandé l'abrogation des textes du 23 mars 1942 et du 19 mars 1943 qui exonèrent de TVA les repas servis dans des établissements à vocation sociale. Cela se traduirait par une augmentation des tarifs de l'ordre de 20 % et par une dégradation de la qualité des prestations au caractère social évident.
Le Gouvernement a annoncé qu'il n'appliquerait pas l'arrêt du Conseil d'Etat aux cantines scolaires et universitaires. Où cela se retrouve-t-il dans le projet de budget pour 2001 ? Qu'en est-il de la restauration au sein des entreprises, de l'administration et des hôpitaux ? En effet, dans une réponse à une question écrite, vous nous avez simplement indiqué que l'arrêt du Conseil d'Etat ne s'appliquerait ni aux cantines scolaires ni aux cantines universitaires. Mais il y a aussi les autres restaurants.
M. le président. Toujours dans le cadre de la discussion commune, je suis saisi de deux amendements identiques.
L'amendement n° I-63 est présenté par MM. Hérisson, Amoudry, Arnaud, Ballayer, Barraux, Baudot, Bécot, Bernadaux, Bernardet, Borotra, Branger, Deneux, Diligent, Dulait, Franchis, Fréville, Grignon, Herment, Hoeffel, Huriet, Hyest, Jarlier, Lorrain, Machet, Malécot, Maman, Moinard, Monory, Nogrix, Poirier et Richert.
L'amendement n° I-270 est présenté par MM. Joly et Othily.
Tous deux tendent, après l'article 12 quinquies , à insérer un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après le a ter de l'article 279 du code général des impôts, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« a quater. - la fourniture de repas à consommer sur place. »
« II. - La perte de recette résultant du I est compensée à due concurrence par un relèvement des droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
L'amendement n° I-63 est-il soutenu ?...
L'amendement n° I-270 est-il soutenu ?...
Par amendement n° I-65, M. Badré et les membres du groupe de l'Union centriste proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Il est inséré dans le code général des impôts, après l'article 281 nonies , un article additionnel ainsi rédigé :
« Art... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 12 % en ce qui concerne :
« a La fourniture de repas à consommer sur place.
« b Les ventes de boissons non alcoolisées réalisées à l'occasion des ventes définies au a ci-dessus ».
« II. - La perte de recettes générée par l'application des dispositions du I ci-dessus est compensée, à due concurrence, par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.
« III. - Les dispositions du I et du II ci-dessus entreront en vigueur le 1er juillet 2001. »
La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Il s'agit d'un amendement de repli, et je le retire donc.
M. le président. L'amendement n° I-65 est retiré.
Par amendement n° I-86, M. du Luart et les membres du groupe des Républicains et Indépendants proposent d'insérer, après l'article 12 quinquies, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - Après l'article 281 nonies du code général des impôts, il est inséré un article additionnel ainsi rédigé :
« Art. ... - La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 14 % en ce qui concerne la vente à consommer sur place dans le secteur de la restauration. »
« II. - La perte de recettes résultant pour l'Etat du I ci-dessus est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. »
La parole est à M. Bordas.
M. James Bordas. Je retire cet amendement.
M. le président. L'amendement n° I-86 est retiré.
Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s I-64 et I-134 ?
M. Philippe Marini, rapporteur général. La commission a déjà préconisé l'année dernière le vote du taux réduit pour l'ensemble du secteur de la restauration. C'est une affaire de volonté politique sur laquelle nous nous sommes déjà expliqués. Nous avons traité au taux réduit les professions du bâtiment ; il serait complètement inéquitable de refuser obstinément le taux de 5,5 % au secteur de la restauration, qui constitue réellement un vivier de création d'emplois. En effet, il ne suffit pas que le taux de chômage soit revenu à un peu plus de 9 %, madame le secrétaire d'Etat, pour se satisfaire de cette situation.
Denis Badré a rappelé tout à l'heure la situation sur le plan des négociations européennes et sur le plan financier, en se livrant à une analyse extrêmement intéressante du chiffre d'affaires global de la branche de la restauration. On a trop souvent voulu nous « terroriser » en brandissant le coût de cette mesure, alors qu'il fallait se livrer à cette analyse qui montre que, si un coût de 7 milliards de francs en année pleine n'est pas négligeable, il ne constitue cependant pas, par rapport à d'autres mesures que le Gouvernement a volontairement adoptées dans son plan de baisses fiscales cette année, un montant prohibitif.
Cette volonté, madame le secrétaire d'Etat, nous souhaiterions que le Gouvernement auquel vous appartenez la partage enfin.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s I-64 et I-134 ?
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Les règles actuelles de TVA en matière de restauration sont fondées sur une distinction simple : d'un côté, les ventes à emporter, qui sont passibles du taux réduit ; de l'autre côté, les ventes à consommer sur place, qui sont passibles du taux normal. Cela s'explique par le fait que, lorsqu'il y a consommation sur place, il y a une pluralité de services offerts autour de la denrée alimentaire proposée.
Ces règles sont conformes à la sixième directive relative à la TVA et n'ont pas été modifiées par la directive relative aux services à forte intensité de main-d'oeuvre.
J'en profite pour dire que le cas du Portugal, qui fait en quelque sorte rêver un certain nombre d'entre vous, n'est pas un bon point de comparaison pour la raison très simple que ce pays se voyait appliquer le taux réduit à la restauration jusqu'en 1991, date à laquelle la directive relative à la TVA a prévu le gel du taux antérieur.
M. Denis Badré. Je l'ai dit !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Absolument ! Encore une fois, c'est une disposition qu'il n'est pas possible de modifier.
M. Denis Badré. La dérogation est plaidable !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. La dérogation est peut-être plaidable, mais elle est difficile à plaider si les autres Etats membres ne la plaident pas aussi. Or, il est apparu qu'une majorité d'Etats membres n'étaient pas favorables à cette modification. (M. Badré s'exclame.) Par conséquent, l'application du taux réduit de TVA aux prestations de restauration demeure juridiquement impossible en France.
Par ailleurs, il est fait un autre procès : celui de la distorsion de concurrence qui existerait entre le secteur de la restauration rapide et le secteur dit de la restauration traditionnelle. Là aussi, les mêmes règles s'appliquent : dans les établissements de restauration rapide, les ventes à emporter font l'objet d'un taux réduit, alors que le taux normal s'applique aux consommations sur place.
M. Philippe Marini, rapporteur général. C'est simple ! C'est optimal ! Continuons longtemps !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Monsieur le rapporteur général, en matière de fiscalité, malheureusement, les choses ne sont pas simples, et chacun d'entre nous, ici, souhaiterait qu'elles le soient plus. M. Patrick Lassourd. Ce n'est pas une réponse !
M. Philippe Marini, rapporteur général. Simplifiez-les ! Vous êtes là pour cela !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je ne suis d'ailleurs pas sûre que nos discussions contribuent beaucoup à simplifier la fiscalité ! (Exclamations sur les travées du RPR.)
M. Philippe Marini, rapporteur général. Nos propositions y contribuent !
M. le président. Mes chers collègues, laissez parler Mme le secrétaire d'Etat !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Je comprends que chacun, ici, soit attentif à la situation de la restauration dans notre pays, qui est la première destination touristique en Europe. Convenez cependant que ce secteur ne s'est jamais aussi bien porté.
M. Patrick Lassourd. Justement !
Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat. Le chiffre d'affaires de la restauration commerciale a progressé de plus de 7 % en 1999, et ce malgré l'application du taux normal de TVA à cette activité.
Enfin, je terminerai mon bref propos en rappelant que ceux qui revendiquent l'application du taux réduit de TVA, en particulier la profession, ne s'engagent nullement à répercuter cette baisse du taux sur le consommateur, ce qui, tout de même, me paraît un peu difficile lorsque l'on plaide pour une baisse de la TVA.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Le consommateur jugera !
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° I-64.
M. Denis Badré. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Badré.
M. Denis Badré. Je dirai juste trois choses. Premièrement, s'il n'y a pas de problème dans ce secteur, cela se saurait ! Deuxièmement, la levée de la dérogation relève seulement d'une volonté politique. Troisièmement, les professionnels de la restauration seraient prêts à répercuter la moitié de la baisse de la TVA sur les prix et à réinvestir l'autre moitié.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° I-64, repoussé par le Gouvernement.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 12 quinquies , et l'amendement n° I-134 n'a plus d'objet.
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

7

TRANSMISSION D'UN PROJET DE LOI

M. le président. J'ai reçu, transmis par M. le Premier ministre, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001, adopté avec modifications par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture.
Le projet de loi sera imprimé sous le n° 108, distribué et renvoyé à la commission des affaires sociales.

8

DÉPÔT D'UN RAPPORT

M. le président. J'ai reçu de M. Charles Descours un rapport fait au nom de la commission des affaires sociales sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001, adopté avec modifications par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture (n° 108, 2000-2001).
Le rapport sera imprimé sous le n° 109 et distribué.

9

ORDRE DU JOUR

M. le président. Voici quel sera l'ordre du jour de la prochaine séance publique, précédemment fixée à aujourd'hui mercredi 29 novembre 2000, à dix heures, à quinze heures et éventuellement le soir.
Suite de la discussion du projet de loi de finances pour 2001, adopté par l'Assemblée nationale (n°s 91 et 92, 2000-2001). - M. Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation.
Première partie. - Conditions générales de l'équilibre financier :
Article 28 (Evaluation du prélèvement opéré sur les recettes de l'Etat au titre de la participation de la France au budget des Communautés européennes).
M. Denis Badré, rapporteur spécial (rapport n° 92, tome II, fascicule 2 : affaires européennes et article 28).
Suite de l'examen des articles de la première partie : articles additionnels après l'article 12 quinquies à l'article 29 et état A (à l'exception des articles 26, 26 bis, 26 ter, 27 et 28).
Aucun amendement aux articles de la première partie de ce projet de loi de finances n'est plus recevable.
Eventuellement, seconde délibération.
Explications de vote.
Vote sur l'ensemble de la première partie.
En application de l'article 59, premier alinéa, du règlement, il sera procédé à un scrutin public ordinaire.

Délai limite pour les inscriptions de parole
dans les discussions précédant
l'examen des crédits de chaque ministère

Le délai limite pour les inscriptions de parole dans les discussions précédant l'examen des crédits de chaque ministère est fixé à la veille du jour prévu pour la discussion, à dix-sept heures.

Délai limite pour le dépôt des amendements
aux crédits budgétaires
pour le projet de loi de finances pour 2001

Le délai limite pour le dépôt des amendements aux divers crédits budgétaires et articles rattachés du projet de loi de finances pour 2001 est fixé à la veille du jour prévu pour la discussion, à dix-sept heures.

Délai limite pour le dépôt des amendements

Nouvelle lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 :
Délai limite pour le dépôt des amendements : mercredi 29 novembre 2000, à dix-sept heures.
Personne ne demande la parole ?...
La séance est levée.

(La séance est levée le mercredi 29 novembre 2000, à une heure.)

Le Directeur
du service du compte rendu intégral,
DOMINIQUE PLANCHON





ORDRE DU JOUR
DES PROCHAINES SÉANCES DU SÉNAT
établi par le Sénat dans sa séance du mardi 28 novembre 2000 à la suite des conclusions de la conférence des présidents
Du mercredi 29 novembre au mardi 12 décembre 2000
Ordre du jour prioritaire

Suite du projet de loi de finances pour 2001 (n° 91, 2000-2001).
(Le calendrier et les règles de la discussion figurent en annexe.)

*
* *

En outre :
Jeudi 30 novembre 2000, à 16 heures :

Ordre du jour prioritaire

1° Nouvelle lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 (AN, n° 2732).
2° Conclusions de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi relative à la contraception d'urgence (n° 87, 2000-2001).
Jeudi 7 décembre 2000, à 15 heures :
Questions d'actualité au Gouvernement.
(L'inscription des auteurs de questions devra être effectuée au service de la séance avant 11 heures.)

*
* *

Mercredi 13 décembre 2000, à 15 heures et, éventuellement, le soir :

Ordre du jour prioritaire

1° Nouvelle lecture du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture, relatif à l'élargissement du conseil d'administration de la société Air France et aux relations de cette société avec l'Etat, et portant modification du code de l'aviation civile (n° 90, 2000-2001).
(La conférence des présidents a fixé au mardi 12 décembre 2000, à 17 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
2° Projet de loi autorisant la ratification de la convention n° 182 de l'Organisation internationale du travail concernant l'interdiction des pires formes de travail des enfants et l'action immédiate en vue de leur élimination (n° 448, 1999-2000).
3° Projet de loi autorisant la ratification de la convention de sécurité sociale entre la République française et la République du Chili (n° 400, 1999-2000).
4° Projet de loi autorisant la ratification du traité d'entraide judiciaire en matière pénale entre la France et les Etats-Unis d'Amérique (ensemble deux annexes) (n° 376, 1999-2000).
5° Projet de loi autorisant la ratification du traité d'extradition entre la France et les Etats-Unis d'Amérique (ensemble un procès-verbal d'accord sur la représentation) (n° 377, 1999-2000).
(La conférence des présidents a décidé que ces deux projets de loi feraient l'objet d'une discussion générale commune.)

Jeudi 14 décembre 2000 :

Ordre du jour réservé

A 9 h 30 :
1° Question orale avec débat n° 30 de M. Hubert Haenel à M. le ministre des affaires étrangères sur le Conseil européen de Nice.
(Pourront intervenir dans le débat l'auteur de la question [20 minutes], le président de la commission des affaires étrangères [15 minutes], un orateur par groupe [10 minutes] et un sénateur ne figurant sur la liste d'aucun groupe [5 minutes], ainsi que le Gouvernement. En outre, chacun des intervenants disposera d'un droit de réponse au Gouvernement [5 minutes].
L'ordre des interventions sera fixé en fonction du tirage au sort et les inscriptions de parole devront être faites au service de la séance avant le mercredi 13 décembre 2000, à 17 heures.)
A 15 heures et, éventuellement, le soir :
2° Questions d'actualité au Gouvernement.
(L'inscription des auteurs de questions devra être effectuée au service de la séance, avant 11 heures.)

Ordre du jour réservé

3° Proposition de loi de MM. Alain Gournac, Jean Arthuis, Pierre Laffitte, Henri de Raincourt et Josselin de Rohan permettant de faire face aux pénuries de main-d'oeuvre et de lever les obstacles à la poursuite de la croissance économique (n° 44, 2000-2001).
(La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à 17 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
4° Conclusions de la commission des affaires culturelles sur la proposition de loi de MM. Josselin de Rohan, Paul Dubrule, Philippe François et Alain Gérard instituant un droit d'accès aux communes où sont organisées des manifestations culturelles sur la voie publique (n° 478, 1999-2000).
(La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à 17 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
5° Proposition de résolution de MM. Gérard Larcher, Pierre Hérisson, Paul Girod, François Trucy et Louis Althapé, présentée en application de l'article 73 bis du règlement, sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 97/67/CE en ce qui concerne la poursuite de l'ouverture à la concurrence des services postaux de la Communauté (n° E 1520) (n° 89, 2000-2001).
(La conférence des présidents a fixé au mercredi 13 décembre 2000, à 12 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
Lundi 18 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A 10 h 30, à 15 heures et le soir :
Sous réserve de sa transmission, projet de loi de finances rectificative pour 2000 (AN, n° 2704).
(La conférence des présidents a fixé au vendredi 15 décembre 2000, à 16 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
Mardi 19 décembre 2000 :
A 9 h 30 :
1° Dix-huit questions orales (l'ordre d'appel des questions sera fixé ultérieurement) :
- n° 863 de M. André Rouvière à Mme le garde des sceaux, ministre de la justice (Circulation de véhicules-épaves) ;

- n° 907 de M. Auguste Cazalet à M. le secrétaire d'Etat à l'économie solidaire (Situation des associations intermédiaires d'Aquitaine) ;

- n° 916 de Mme Nicole Borvo à M. le secrétaire d'Etat à l'industrie (Mode de transport du courrier) ;

- n° 919 de M. Dominique Braye à Mme le ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement (Stockage des déchets radifères) ;

- n° 922 de M. Xavier Darcos à Mme le ministre de l'emploi et de la solidarité (Difficultés de l'hospitalisation privée) ;

- n° 923 de M. Simon Sutour à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Création d'un registre du cancer dans le département du Gard) ;

- n° 924 de M. Michel Doublet à M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie (Redevance d'occupation du domaine public par une canalisation d'assainissement) ;

- n° 926 de M. Jean-Patrick Courtois à M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie (Régime fiscal applicable au travail des jeunes) ;

- n° 927 de Mme Josette Durrieu à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Responsabilité des maires en matière de contrôle des systèmes d'assainissement non collectif) ;

- n° 928 de M. Jean Boyer à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Usage de stupéfiants et sécurité routière) ;

- n° 929 de M. Francis Giraud à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Diminution préoccupante du nombre de médecins pédiatres) ;

- n° 933 de M. José Balarello à Mme le garde des sceaux, ministre de la justice (Rapport d'inspection relatif au tribunal de grande instance de Nice) ;

- n° 935 de M. Jean Faure à M. le ministre de l'intérieur (Inscription à l'Assemblée nationale de la proposition de loi sénatoriale relative au remboursement aux communes des frais de secours) ;

- n° 939 de M. Jacques Legendre à M. le secrétaire d'Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat et à la consommation (Conséquences des mesures de précaution sanitaire) ;

- n° 940 de M. Aymeri de Montesquiou à Mme le ministre de l'emploi et de la solidarité (Imputation du montant des bourses d'études sur le RMI) ;

- n° 944 de M. Christian Demuynck à M. le ministre de l'intérieur (Armes des agents de police municipale) ;

- n° 948 de M. Jacques Donnay à Mme le ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement (Présence de produits phytosanitaires dans les eaux de pluie de Nord - Pas-de-Calais) ;

- n° 955 de M. Philippe Richert à Mme le secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés (Mise en place du projet de soins infirmiers) ;

A 16 heures et, éventuellement, le soir :

Ordre du jour prioritaire

2° Eventuellement, suite de l'ordre du jour de la veille.
3° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2001.
(La conférence des présidents a fixé au lundi 18 décembre 2000, à 17 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
4° Nouvelle lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi relatif à l'archéologie préventive (AN, n° 2620).
(La conférence des présidents a fixé au lundi 18 décembre 2000, à 17 heures, le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)

Mercredi 20 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A 15 heures et le soir :
1° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture de la proposition de loi organique destinée à améliorer l'équité des élections à l'assemblée de la Polynésie française.
2° Nouvelle lecture de la proposition de loi, adoptée par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture, relative au contrôle des fonds publics accordés aux entreprises (n° 21, 2000-2001).
3° Deuxième lecture du projet de loi, adopté avec modifications par l'Assemblée nationale en deuxième lecture, portant règlement définitif du budget de 1998 (n° 23, 2000-2001).
4° Deuxième lecture, sous réserve de sa transmission, du projet de loi portant dispositions diverses d'adaptation au droit communautaire en matière de santé des animaux et de qualité sanitaire des denrées d'origine animale et modifiant le code rural (AN, n° 2618 rectifié).
5° Deuxième lecture, sous réserve de sa transmission, de la proposition de loi relative à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (AN, n° 2604).
(Pour l'ensemble des textes inscrits à l'ordre du jour de cette séance, la conférence des présidents a fixé le délai limite pour le dépôt des amendements au mardi 19 décembre 2000, à 17 heures.)

Jeudi 21 décembre 2000 :

Ordre du jour prioritaire

A 9 h 30 :
1° Eventuellement, suite de l'ordre du jour de la veille.
A 15 heures et, éventuellement, le soir :
2° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi portant habilitation du Gouvernement à transposer, par ordonnances, des directives communautaires et à mettre en oeuvre certaines dispositions du droit communautaire.
3° Eventuellement, conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique, ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale.
4° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi de finances rectificative pour 2000.
(La conférence des présidents a fixé à l'ouverture de la discussion générale le délai limite pour le dépôt des amendements à ce texte.)
5° Conclusions de la commission mixte paritaire ou nouvelle lecture du projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine des transports.

RÈGLES ET CALENDRIER DE LA DISCUSSION DU PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2001

Discussion des articles et des crédits


DATE


DISPOSITIONS DU PROJET DE LOI

DURÉE PRÉVUE

Mercredi 29 novembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et, éventuellement, le soir. Nota. - L'examen des crédits relatifs au ministère des affaires européennes interviendra à l'occasion de l'examen de l'article 28.


Examen de l'article 28 : évaluation du prélèvement opéré sur les recettes de l'Etat au titre de la participation de la France au budget des Communautés européennes Examen des articles de la première partie (suite et fin)



3 heures 8 heures
.
Eventuellement, seconde délibération sur la première partie.
Explications de vote sur l'ensemble de la première partie.
Scrutin public ordinaire de droit.

Jeudi 30 novembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir.

A 9 h 30 et à 15 heures : Outre-mer (+ article 62)


4 heures

.
A 16 heures : nouvelle lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001.
Commission mixte paritaire sur la proposition de loi relative à la contraception d'urgence.

.
Le soir : Anciens combattants (+ articles 51 à 53, 53 bis, 53 ter et 53 quater )
2 h 30

Vendredi 1er décembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir.

Equipement, transports et logement :
V. - Tourisme
I. - Services communs II. - Urbanisme et logement



1 h 30 3 heures
.
III. - Transports et sécurité routière (*) (et article 60 bis ) :
1. Transports
2. Sécurité routière 3. Routes


3 h 30
.
4. Transport aérien et météorologie Budget annexe de l'aviation civile
1 h 30
.
IV. - Mer (et article 60 ter ) :
- marine marchande - ports maritimes

1 h 30

Samedi 2 décembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir. Jeunesse et sports 2 heures
.

Emploi et solidarité : III. - Ville

2 heures
. Communication (crédits du Conseil supérieur de l'audiovisuel, d'aides à la presse et à l'audiovisuel inscrits au budget des services généraux du Premier ministre : article 46 et lignes 40 et 41 de l'état E annexé à l'article 42) 3 heures
. Culture 3 heures

Lundi 4 décembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir.

Emploi et solidarité : I. - Emploi (+ articles 57 à 59, 59 bis et 60)

3 heures
. II. - Santé et solidarité (+ articles 54, 55, 55 bis et 56) 4 heures
.
Services du Premier ministre : I. - Services généraux
0 h 30
. II. - Secrétariat général de la défense nationale 0 h 15
. III. - Conseil économique et social 0 h 15
. IV. - Plan 0 h 30
. Budget annexe des Journaux officiels 0 h 10
. Fonction publique et réforme de l'Etat (et article 63) 1 h 30

Mardi 5 décembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir.

Aménagement du territoire et environnement : I. - Aménagement du territoire

2 heures
. II. - Environnement (*) 3 heures
. Affaires étrangères (et aide au développement) 5 heures

Mercredi 6 décembre 2000

A 9 h 30, à 15 heures et le soir. Nota. - La commission des finances se réunira à 14 heures pour examiner les articles non rattachés de la deuxième partie.


Intérieur et décentralisation : Sécurité
2 h 30
. Décentralisation (et article 60 quater ) 2 h 30
.
Education nationale : I. - Enseignement scolaire
3 h 30
. II. - Enseignement supérieur 2 h 30

Jeudi 7 décembre 2000

A 9 h 30, à 16 heures et le soir. Nota. - Questions d'actualité au Gouvernement de 15 heures à 16 heures.

Agriculture et pêche (+ articles 49, 49 bis, 50, 50 bis, 50 ter et 50 quater ) 5 heures
. Budget annexe des prestations sociales agricoles 1 heure
. Défense 4 h 30
.
Exposé d'ensemble et dépenses en capital (article 34).
Dépenses ordinaires (article 33).

Vendredi 8 décembre 2000

A 10 heures, à 15 heures et le soir. Nota. - Délai limite pour le dépôt des amendements aux articles non rattachés de la deuxième partie, à 16 heures.


Charges communes Comptes spéciaux du Trésor (+ articles 37 A, 37 à 41 bis )
1 h 30
. Budget annexe des Monnaies et médailles 0 h 10
.
Economie, finances et industrie : Services financiers (et consommation)
1 heure
. Industrie (et Poste) 3 heures
. Petites et moyennes entreprises, commerce et artisanat (et article 53 quinquies et 53 sexies ) 2 heures
. Commerce extérieur 1 heure
. Recherche 2 heures

Samedi 9 décembre 2000

A 10 heures et à 15 heures.

Eventuellement, discussions reportées.

Lundi 11 décembre 2000

A 9 h 30. Budgets annexes de l'ordre de la Légion d'honneur et de l'ordre de la Libération 0 h 20
. Justice (+ article 61) 3 heures
A 16 heures et le soir. Articles de la deuxième partie non joints aux crédits 6 h 30

Nota. - La commission des finances se réunira à 14 heures pour examiner les amendements aux articles non rattachés de la deuxième partie.

Mardi 12 décembre 2000

A 10 heures, à 15 heures et le soir.

Suite et fin de la discussion des articles de la deuxième partie non joints aux crédits.
Eventuellement, seconde délibération.
Explications de vote.
Scrutin public à la tribune de droit.



(*) Procédure expérimentale de questions et de réponses suivies d'un droit de réplique des auteurs de questions.

Rappel des décisions de la conférence des présidents du 7 novembre 2000 concernant les modalités de discussion et de répartition des temps de parole du projet de loi de finances pour 2001
1° Délais limites pour le dépôt des amendements :
La conférence des présidents a fixé les délais limites suivants pour le dépôt des amendements :
- la veille du jour prévu pour la discussion, à 17 heures, pour les amendements aux divers crédits budgétaires et aux articles rattachés ;

- le vendredi 8 décembre, à 16 heures, pour les amendements aux articles de la deuxième partie non rattachés à l'examen des crédits.

2° La répartition des temps de parole sera établie en fonction de la durée de chaque discussion, telle que celle-ci a été évaluée par la commission des finances (le temps de discussion des crédits, articles rattachés et amendements faisant, le cas échéant, l'objet d'une estimation et s'imputant sur le temps de parole à répartir).
Les temps de parole dont disposeront les rapporteurs des commissions et les groupes, ainsi que, le cas échéant, le président des commissions saisies pour avis ou des délégations parlementaires, pour chacune des discussions prévues, sont fixés comme suit :
a) Les rapporteurs spéciaux de la commission des finances disposeront de :
15 minutes pour les budgets dont la durée prévue pour la discussion dépasse 2 heures ;
10 minutes pour les budgets dont la durée prévue pour la discussion est inférieure ou égale à 2 heures ;
5 minutes pour certains fascicules budgétaires ou budgets annexes ;
b) Les rapporteurs pour avis disposeront de :
10 minutes pour les budgets dont la durée prévue pour la discussion dépasse 2 heures, ce temps étant réduit à 5 minutes pour les budgets sur lesquels trois avis ou plus sont présentés ;
5 minutes pour les budgets dont la durée prévue pour la discussion est inférieure ou égale à 2 heures ;
c) Les groupes :
Le temps de parole des groupes sera réparti conformément aux règles suivantes :
- pour chaque discussion, il sera attribué un temps forfaitaire de 10 minutes à chaque groupe et de 5 minutes à la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe lorsque le temps global disponible sera au moins égal à 1 h 30, le reliquat étant réparti entre eux proportionnellement à leurs effectifs ;

- lorsque le temps global disponible est inférieur à 1 h 30, la répartition s'effectuera uniquement en proportion des effectifs. Toutefois, aucune attribution ne pourra être inférieure à 5 minutes.

Les résultats des calculs, effectués conformément à ces règles, seront communiqués aux présidents des groupes et des commissions.
Les interventions éventuelles des présidents des commissions saisies pour avis ou des délégations parlementaires s'imputeront sur le temps de parole de leur groupe.
Dans le cadre du temps global imparti à chaque groupe, aucune intervention ne devra dépasser 10 minutes, exception faite de la discussion générale.
Par ailleurs, pour les explications de vote sur la première partie, il sera attribué un temps de 10 minutes à chaque groupe et de 5 minutes à la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe ; pour les explications de vote sur l'ensemble du projet de loi de finances, le temps attribué à chaque groupe sera de 10 minutes et celui attribué à la réunion administrative sera de 5 minutes.
Dans le cadre d'une journée de discussion, chaque groupe ou la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe pourra demander le report du temps ou d'une partie du temps de parole qui lui est imparti pour un budget à la discussion d'un autre budget inscrit le même jour, en prévenant le service de la séance la veille avant 17 heures. Toutefois, cette faculté ne pourra pas être utilisée pour les attributions de temps de parole forfaitaires de 5 minutes affectées à la discussion de certains budgets et pour les attributions minimales de 5 minutes.
3° Les inscriptions de parole devront être communiquées au service de la séance, pour les discussions portant sur les crédits de chaque ministère, la veille du jour prévu pour la discussion, avant 17 heures.
En outre, la durée d'intervention de chacun des orateurs devra être communiquée au service de la séance lors des inscriptions de parole.
En application de l'article 29 bis du règlement, l'ordre des interventions dans la discussion générale du projet de loi de finances et dans les principales discussions portant sur les crédits des différents ministères sera déterminé en fonction du tirage au sort auquel il a été procédé au début de la session.

*
* *
L'EXPÉRIMENTATION D'UNE NOUVELLE FORMULE
DE DISCUSSION POUR DEUX FASCICULES BUDGÉTAIRES

Pour la discussion de deux fascicules, Transports terrestres et Environnement, sera expérimentée une nouvelle procédure fondée sur le principe d'une réponse immédiate du Gouvernement aux différents intervenants, rapporteurs ou orateurs des groupes.
Les orateurs des groupes interviendront pour chaque question pendant 5 minutes maximum ; cette durée est fixée à 3 minutes pour la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe. La réponse du Gouvernement sera limitée à 3 minutes, chaque orateur disposant d'un droit de réplique de 2 minutes maximum.
Le nombre des questions sera réparti en fonction du principe de la répartition proportionnelle des groupes politiques.



Le Directeur du service du compte rendu intégral, DOMINIQUE PLANCHON QUESTIONS ORALES REMISES À LA PRÉSIDENCE DU SÉNAT (Application des articles 76 à 78 du réglement)


Tracé du canal Seine-Nord

957. - 28 novembre 2000. - M. Pierre André attire l'attention de M. le ministre de l'équipement, des transports et du logement sur les inquiétudes, les interrogations et les doutes que suscite le silence du Gouvernement sur l'avenir du projet de la réalisation du canal Seine-Nord, canal à grand gabarit qui permettrait de relier le bassin de la Seine aux canaux du Nord de la France et, au-delà, au Nord de l'Europe. Compte tenu des engagements pris, dès 1997, par M. le ministre, de faire évoluer rapidement et dans la transparence ce dossier, il lui demande de bien vouloir faire toute la lumière sur ses véritables intentions concernant la réalisation effective de ce projet qu'il qualifiait, il y a près de quatre ans, de prioritaire, et dont il reconnaissait, alors, publiquement l'importance des enjeux sociaux, économiques et environnementaux pour les régions concernées. Le long silence du Gouvernement sur la suite qu'il entend donner à ce projet est d'autant plus troublant que cette future liaison fluviale a fait l'objet d'un large consensus de la part des responsables politiques, socio-économiques et associatifs, ainsi que des populations concernées. Or, à ce jour, en l'état actuel de la procédure et après les études qui ont été réalisées sur l'opportunité et sur le tracé du canal Seine-Nord, la poursuite du projet et sa concrétisation restent suspendues au choix de ce tracé qui appartient au Gouvernement, lequel doit décider entre les deux options retenues dans l'enquête publique : le tracé Est par le canal de Saint-Quentin et le tracé Ouest par le canal du Nord. De mois en mois, d'année en année, la décision est annoncée comme imminente. En conséquence, et parce qu'il n'est pas possible de laisser plus longtemps les décideurs et élus dans l'expectative, et parce que ce tracé du futur canal conditionne et oblige un certain nombre de choix en matière économique et urbanistique pour les communes et les régions traversées, il lui demande s'il entend mettre un terme à ce suspense préjudiciable en annonçant rapidement et clairement le tracé qu'il a choisi, ainsi que l'échéancier du projet.