Question de Mme BOURRAT Toine (Yvelines - Les Républicains-A) publiée le 20/05/2021

Mme Toine Bourrat attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports sur l'exposition croissante des jeunes Français aux écrans.

Les confinements successifs ont eu un impact notable sur la consommation numérique de nos compatriotes. Si les technologies de l'information et de la communication apportent un confort sans pareil et permettent le maintien d'un lien social minimal, il déséquilibre sensiblement les pratiques culturelles des jeunes.

Selon l'étude de Médiamétrie consacrée à l'évaluation de l'année internet 2020, le surf en ligne a progressé de 15 % par rapport à 2019. Si le temps moyen passé en ligne est de 2 h 25 pour la population générale, il est encore plus significatif pour les 18-24 ans et atteint 4 h 23. Pour rappel, l'étude décennale sur les pratiques culturelles des Français révélait déjà en juillet 2020 que les pratiques numériques étaient devenues majoritaires sur ce segment de la population.

En outre, près de 46 millions de nos compatriotes se sont connectés à des sites d'hébergement vidéo et 28 millions à des plateformes de vidéo à la demande. C'est là encore un public principalement juvénile qui fait appel à ces outils.

L'augmentation du temps passé devant un écran, couplée à la fermeture des classes et à la suspension des activités associatives ou culturelles, peut déséquilibrer le développement des jeunes générations et entraver le déploiement d'autres pratiques pourtant indispensables.

La croissance de la consommation numérique semble se faire au détriment de l'écrit, le centre national du livre (CNL) ayant pointé dans son dernier baromètre le recul inquiétant de la lecture dans le quotidien des Français. Entre 2019 et 2021, soit en pleine crise sanitaire, le CNL a constaté que le taux de lecteurs avait baissé sensiblement chez les 15-34 ans. En seulement deux ans, celui-ci a diminué de 7 points pour les 15-24 ans et de 11 points pour les 25-34 ans. L'enquête démontre par ailleurs une inversion de la tendance au rajeunissement des profils de grands lecteurs d'ouvrages papiers, marquant ainsi une augmentation sensible de l'âge des grands lecteurs.

Elle souhaite donc connaître les pistes envisagées par le Gouvernement pour rééquilibrer les pratiques des jeunes Français et ainsi opérer le déconfinement culturel attendu.

- page 3261


Réponse du Ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports publiée le 10/03/2022

La surexposition aux écrans et l'accès à des contenus qui peuvent être inappropriés nécessitent des actions de prévention et de formation. L'éducation aux médias et à l'information vise à former de futurs citoyens dans une société de l'information et de la communication en rendant les élèves capables d'utiliser les outils et contenus numériques avec esprit critique, de manière éclairée, responsable et autonome. Cette éducation passe par la connaissance et l'utilisation des médias de toute nature, d'une part, et par la mise en pratique des élèves, d'autre part, par exemple à travers la réalisation de médias scolaires. Transversal, l'apprentissage des médias et de l'information se déploie dans toute la scolarité, du cycle 2 au lycée, dans tous les enseignements, dans le parcours citoyen (analyse des représentations stéréotypées, des discours de haine, de la désinformation, etc.) et dans le parcours artistique et culturel (éducation du regard, étude des langages, question du point de vue, etc.). Il s'appuie également sur des actions éducatives, des dispositifs et des interventions de professionnels, par exemple lors de la Semaine de la presse et des médias à l'École. La prévention des risques liés aux écrans est aussi un enjeu de santé, puisqu'il s'agit de préserver une hygiène de vie, dont le sommeil et l'activité physique. Pour y parvenir, des projets autour de la promotion de la santé dans une démarche globale et positive telle que l'école promotrice de santé permettent de sensibiliser les élèves, à partir du cycle 2, à un usage responsable des écrans. À partir du collège, les élèves ambassadeurs-santé peuvent proposer des actions tels que des théâtres forum sur le thème des écrans et du numérique. Cette thématique est également abordée en lien étroit avec les parents d'élèves : une fiche dédiée sur le site de la Malette des parents ainsi que les publications du CLEMI (réseau Canopé), opérateur du ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports (MENJS), visent à donner des préconisations aux familles (Guide la famille Tout-Écran) et aux adolescents (bande-dessinée Dans la tête de Juliette) pour un usage raisonné des écrans. Ces ressources permettent de définir les temps et les lieux adaptés en fonction de l'âge des élèves pour utiliser les écrans tout en préservant des modes d'interaction avec son environnement. Dans le cadre d'un usage raisonné, le numérique constitue une formidable opportunité pour accéder à des contenus culturels et pour communiquer. Durant les confinements successifs et aussi longtemps que les lieux culturels sont demeurés fermés du fait du contexte sanitaire, le MENJS a tenu à maintenir autant que possible l'accès à la culture des élèves, dans le cadre de la continuité pédagogique. Cet accès à la culture a pu se faire grâce à des ressources en ligne, proposées aux écoles et aux établissements scolaires par le MENJS et ses partenaires depuis plusieurs années, notamment à travers le portail Éduthèque qui rassemble les offres de grands opérateurs culturels publics (France Télévisions, INA, BnF, Centre Pompidou, Château de Versailles, etc.). De manière individuelle à distance ou de manière collective, de retour en classe, les élèves ont ainsi pu découvrir des reproductions d'œuvres d'art, visionner des courts métrages, découvrir des captations de spectacle vivant, etc. Le maintien du lien avec la culture, suivant des modalités adaptées à une situation exceptionnelle, a pu également s'opérer à travers des intervenants artistiques au sein des écoles et des établissements scolaires. Enfin, les vacances ont pu constituer pour certains jeunes un temps propice pour se cultiver avec des ressources prévues pour un usage autonome, valorisées sur Éduscol dans le cadre des « Vacances apprenantes ». L'usage du numérique, particulièrement fort durant la période exceptionnelle que nous avons vécue, ne doit pas se substituer aux autres pratiques culturelles des jeunes. Dans le cadre d'une année scolaire normale, les actions d'éducation artistique et culturelle (EAC) permettront de nouveau à l'ensemble des élèves, de l'école au lycée, de bénéficier de la rencontre directe avec les œuvres et avec les artistes, en partenariat avec des structures culturelles, d'acquérir des connaissances dans l'ensemble des domaines (arts visuels, spectacle vivant, patrimoine, etc.) et de s'exercer à une pratique artistique et culturelle (mise en espace, en musique, réalisation de films, etc.). Chaque année, l'EAC touche 75 % des élèves des écoles et collèges à travers au moins une action. En 2020-2021, 49 % des collégiens et 73 % des écoliers ont bénéficié d'au moins une action en matière d'éducation artistique et culturelle dans le cadre scolaire. Les outils et contenus numériques garderont toute leur pertinence en complémentarité chaque fois que nécessaire. Marqueur d'une nouvelle étape de la politique EAC, majeure et inédite, le pass Culture scolaire, développé en partenariat avec le ministère de la culture, permettra d'octroyer de nouveaux moyens budgétaires à toutes les classes de la 4ème à la Terminale pour des rencontres (sorties scolaires / événements) ou de la pratique artistique. Au lycée, les élèves percevront en plus des crédits pour des usages culturels individuels. Expérimenté dans les académies de Rennes et de Versailles à la rentrée 2021, le pass Culture scolaire est étendu à toutes les académies depuis janvier 2022. Au total, environ 150 M€ seront dédiés au pass Culture scolaire chaque année. La lecture a été déclarée grande cause nationale par le Président de la République le 17 juin 2021. Cette grande cause nationale constitue une opportunité pour amplifier et ancrer dans la durée un ensemble d'actions entamées depuis 2017 pour favoriser la lecture plaisir à l'école, tout en développant de nouvelles initiatives. En octobre 2017, à l'initiative de l'écrivain Alexandre Jardin, fondateur de l'association Lire et faire lire, Jean-Michel Blanquer et Françoise Nyssen avaient lancé l'opération « Ensemble pour un pays de lecteurs, mobilisation pour le livre et la lecture ». Le ministère chargé de l'éducation nationale et le ministère de la culture ont ainsi déployé depuis 2017 une série de mesures visant à revitaliser la relation qu'entretiennent les jeunes générations avec le livre et la lecture : - le quart d'heure lecture se développe de plus en plus sur le territoire, et permet de développer la lecture plaisir à l'école. Il se développe au collège et au lycée. Il s'accompagnera d'échanges entre élèves sur leurs lectures, à l'image des clubs de lecture ; - le plan « bibliothèque d'école », doté de 8,5 M€ sur 4 ans (2018-2021), revitalise les bibliothèques d'écoles éloignées de bibliothèques publiques via des crédits consacrés à l'achat de livres. Il a consisté en 900 000 livres et albums d'équipement pour 6 000 écoles primaires ; - le dispositif « Un livre pour les vacances », doté d'environ 4,5 M€ depuis 4 ans, permet à plus de 3,5 millions d'élèves de CM2 depuis le début de l'opération, de partir en vacances avec un exemplaire offert des Fables de La Fontaine illustrées par un dessinateur contemporain ; -  2 concours de lecture à voix haute : . le concours de lecture à voix haute « Les petits champions de la lecture », qui existe depuis 2012 pour les enfants de CM2, se développe et s'élargit aux élèves de CM1 à partir de la rentrée 2021. Avec 60 000 participants, la participation à ce concours a doublé entre 2016-2017 et 2020-2021 ; . le concours « Si on lisait à voix haute », La grande librairie (France télévisions) a mobilisé 150 000 participants, soit 5 634 classes. - le soutien à l'association « Lire et faire lire » a été renforcé. Il permet à 761 000 élèves chaque année (+ 100 000 en 3 ans) de bénéficier de lectures offertes par plus de 20 000 bénévoles-lecteurs, qui se déplacent dans les structures d'accueil, dont les écoles ; - la « demi-heure d'éloquence » est en expérimentation dans les classes de 3ème de 367 établissements depuis la rentrée 2019. 21 000 élèves en bénéficiaient à la rentrée 2020. Cette demi-heure redonne de la place à l'oral pour prévenir la vulnérabilité sociale que peut entrainer une mauvaise maîtrise linguistique. Ce dispositif est très favorablement accueilli dans les collèges, tant par les enseignants que par les élèves ; - le prix Goncourt des lycéens continue à offrir à une cinquantaine de classes l'occasion de lire l'intégralité de la sélection Goncourt et d'élire leur auteur préféré. En septembre 2020, cette opération a concerné 1 700 élèves et 55 lycées ; - un « Fauve des lycéens » au festival d'Angoulême remis en janvier 2021 pour la 1ère fois, permet à environ 1 000 lycéens de choisir parmi une quinzaine de BD leur favorite ; - des résidences d'auteurs / scénaristes / illustrateurs sont créées dans les écoles, collèges et lycées. 60 départements accueillent une résidence en 2020-2021. Le plan de relance 2021-2022 prévoit 7 M€ pour l'opération Jeunes en Librairie, programme de sensibilisation à la chaine du livre et à ses enjeux, complémentaire du pass Culture. Ce dispositif avait été lancé en région Nouvelle-Aquitaine à partir de 2006 puis en région Hauts-de-France pour mettre en relation les élèves du secondaire avec les librairies indépendantes et leur faire découvrir l'ensemble des métiers du livre. Les professeurs conçoivent des projets pour leurs élèves incluant des visites régulières dans les librairies, des rencontres avec d'autres professionnels du livre (auteurs, graphistes, maquettistes, éditeurs, bibliothécaires, imprimeurs, etc.), mais aussi des projets concrets (élaborer une maquette, une quatrième de couverture, rédiger un coup de cœur…). Au bout de ce parcours, l'autonomie est favorisée : un bon d'achat individuel est remis à chaque élève. Le plan de relance va permettre d'étendre ce dispositif à d'autres régions sur la base d'appels à projets auprès des collèges et lycées. Les projets sont portés par les enseignants et documentalistes pour leurs élèves. Le centre national du livre (CNL) et le ministère chargé de l'éducation nationale développent depuis l'été 2021 des résidences d'auteurs - illustrateurs et écrivains jeunesse - dans les colonies de vacances, dans le cadre de « l'été culturel et apprenant », en partenariat avec la Ligue de l'enseignement. 14 résidences sont prévues. De même, sur le modèle des 60 résidences d'auteurs installées dans des établissements scolaires dans le cadre de l'année de la BD, le CNL multiplient les résidences d'auteurs dans les établissements scolaires à partir de septembre 2021 en privilégiant les résidences de temps long. 100 résidences d'auteurs sont prévues. Enfin, les usages du livre audio et du podcast progressent, en particulier chez les jeunes, certainement parce que cette pratique d'écoute permet une liberté et un rapport sensible au texte qui répondent aux désirs d'une époque. Ces évolutions sont une chance pour le livre et sa démocratisation. Le CNL va développer un partenariat avec l'association « La Plume de Paon » qui soutient le livre audio et son développement auprès des lycéens et des publics empêchés ou allophones.

- page 1337

Page mise à jour le