Question de M. DURAIN Jérôme (Saône-et-Loire - SOCR) publiée le 03/10/2018

Question posée en séance publique le 02/10/2018

M. Jérôme Durain. Madame la garde des sceaux, il flotte dans l'air un parfum désagréable d'ingérence du pouvoir exécutif.

Vis-à-vis du Parlement, d'abord : le gouvernement auquel vous appartenez a tenté d'impressionner, voire d'intimider la commission d'enquête présidée par M. Philippe Bas. Malgré quelques coups de fil déplacés, notre commission a tenu bon et poursuivi ses travaux. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

Vis-à-vis du pouvoir judiciaire, ensuite : les trois candidatures présentées pour la succession de François Molins ont toutes été écartées, en dépit d'un grand oral passé devant le Premier ministre. Ce rejet sonne comme une mauvaise manière faite à ces magistrats et comme un désaveu pour vous-même.

Nous vous savons très préoccupée par le vaudeville de la place Beauvau et les portes qui claquent. Malgré tout, madame la garde des sceaux, pouvez-vous nous rassurer sur l'indépendance de la justice ? Pouvez-vous nous garantir la crédibilité du futur procureur de Paris ? (Vifs applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires, du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

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Réponse du Ministère de la justice publiée le 03/10/2018

Réponse apportée en séance publique le 02/10/2018

Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le sénateur Durain, je voudrais vous rassurer : je ne crois pas, comme c'est d'ailleurs le cas pour l'actuel procureur de Paris, M. François Molins, que l'on puisse mettre en doute l'indépendance des procureurs en général, celle du procureur de Paris sur lequel vous m'interrogez en particulier.

Un sénateur du groupe Les Républicains. Et du suivant ?

Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Qu'il s'agisse des commissions d'enquête créées par le Parlement comme des nominations des procureurs, il est toujours important de rappeler les principes constitutionnels. C'est ce que je voudrais faire en quelques mots, monsieur le sénateur.

M. Jean-François Husson. Ah ! On nous fait la leçon !

Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Le dialogue qui est naturellement entretenu entre la garde des sceaux, le Premier ministre et le Président de la République autour de la nomination d'un procureur important, celui de Paris, est un dialogue normal reposant sur un fondement constitutionnel, l'article 20 de la Constitution, qui précise que le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Monsieur le sénateur Durain, quelle politique plus importante que la politique pénale de notre Nation ? Il est donc tout à fait naturel que les procureurs de la République soient situés sous mon autorité dans une chaîne hiérarchique et sous l'autorité du Premier ministre ; cela me semble tout à fait évident.

Par ailleurs, la Constitution garantit également l'indépendance de ces magistrats, d'une part parce qu'ils sont libres de l'opportunité des poursuites, d'autre part parce que strictement aucune instruction individuelle ne leur est adressée. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.) Et mieux, même, le projet de révision constitutionnelle que j'espère avoir le plaisir prochain de porter devant vous (Exclamations sur de nombreuses travées.) conforte ces garanties en donnant au Conseil supérieur de la magistrature un avis conforme sur la nomination des magistrats du parquet.

M. le président. Il faut conclure.

Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Pour conclure, le dialogue que j'évoquais devant vous est une question de bon sens. Comment imaginer, sur un poste aussi important, qui a en charge le plus grand parquet de France, des questions extrêmement sensibles, qu'il n'y ait pas de dialogue entre les autorités ? (MM. Arnaud de Belenet et Martin Lévrier applaudissent. – Exclamations sur de nombreuses travées.)

M. le président. La parole est à M. Jérôme Durain, pour la réplique.

M. Jérôme Durain. Madame la garde des sceaux, nous avons entendu vos arguments, nous les connaissons, mais nous ne sommes qu'imparfaitement convaincus par ces arguments.

Vous avez parlé de la réforme constitutionnelle. Il faut garantir l'indépendance de la justice, rompre le lien entre votre ministère et le parquet.

Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Ce n'est pas ce que vous avez proposé, monsieur le sénateur.

M. Jérôme Durain. Donc, quand connaîtrons-nous le calendrier de la révision constitutionnelle ?

Par ailleurs, nous souhaitons obtenir quelques garanties sur l'ambiance gouvernementale. Finalement, il y a ceux qui sont déjà partis - ils sont six -, ceux qui s'apprêtent à partir, font et défont leurs valises - y a-t-il encore un ministre de l'intérieur ? –, ceux qui regardent les prochaines municipales - quatre pour la seule ville de Paris… Nous avons besoin d'un Gouvernement concentré sur ses tâches, au travail, où règne un peu d'ordre, d'un Gouvernement respectueux des autres pouvoirs, la justice et les parlementaires. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, du groupe Les Indépendants – République et Territoires et du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste.)

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