Question de M. SIGNÉ René-Pierre (Nièvre - SOC) publiée le 20/05/2010

M. René-Pierre Signé attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur les nouvelles modalités de formation et de recrutement des enseignants.

La formation des enseignants incombe désormais aux universités par le biais de la « masterisation ». Alors que des protestations s'élèvent de partout, présidents d'universités, syndicats, étudiants, etc… ; alors que leur cursus, basé sur le principe de l'alternance, prévoyait jusqu'à présent une formation théorique et un stage de plusieurs mois en établissement scolaire, le stage n'est plus obligatoire mais uniquement conseillé. Ainsi, les enseignants pourront désormais prendre leur poste après une préparation académique poussée à l'université, mais sans avoir reçu une solide formation pédagogique et parfois même sans avoir effectué au préalable un stage dans une école.
Cette réforme privilégie donc la dimension disciplinaire à la pédagogie proprement dite, alors même que le volet pédagogique est déjà souvent jugé insuffisant et ne doit pas être négligé. Désormais les enseignants risquent de se retrouver face à une classe sans y avoir été préparés. La gestion d'une classe, d'une pluralité d'élèves et d'aptitudes ne s'improvise pas !

L'affaiblissement de l'apprentissage pratique des maîtres est inquiétant, et ce sont les élèves qui en souffriront les premiers. Cette crainte, par exemple pour le site de Nevers, est d'autant plus prégnante avec l'application de la loi sur les libertés et responsabilités des universités.

La réforme de la formation des enseignants aura des répercussions négatives sur la qualité de l'enseignement à l'école, au collège et au lycée. Le nombre de postes de titulaires, chaque année en diminution, entraîne l'augmentation du nombre d'élèves par classe et le recrutement d'enseignants vacataires en plus grand nombre. Or, il reste attaché à une formation des enseignants de qualité, à la base de l'éducation de l'élève et du citoyen. L'école républicaine est le socle de la transmission de nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.

Ainsi il lui demande de revoir cette réforme qui porte atteinte à la qualité du système éducatif de notre pays et à l'égalité des chances.

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Réponse du Ministère de l'outre-mer publiée le 15/09/2010

Réponse apportée en séance publique le 14/09/2010

M. René-Pierre Signé. J'avais adressé cette question à M. le ministre de l'éducation nationale. Or je constate que cette dernière, entre son dépôt et la date de son inscription à l'ordre du jour, a quelque peu perdu de son actualité : portant sur les nouvelles modalités de formation et de recrutement des enseignants, il aurait mieux valu qu'elle soit examinée avant la rentrée scolaire ! Je vous la soumets néanmoins aujourd'hui.

La formation des enseignants incombe désormais aux universités par le biais de la « masterisation ». Des protestations s'élèvent de partout, provenant des présidents d'université, des syndicats, des étudiants. Alors que le cursus des enseignants, fondé sur le principe de l'alternance, prévoyait jusqu'à présent une formation théorique et un stage de plusieurs mois en établissement scolaire, ce stage est non plus obligatoire, mais simplement conseillé. Ainsi, les enseignants pourront désormais prendre leur poste après une préparation académique poussée à l'université, mais sans avoir reçu une solide formation pédagogique et parfois même sans avoir effectué au préalable un stage dans une école.

Cette réforme privilégie donc la dimension disciplinaire à la pédagogie proprement dite, alors même que le volet pédagogique, déjà jugé insuffisant, ne doit pas être négligé. Désormais, les enseignants risquent de se retrouver face à une classe sans y avoir été préparés, malgré la présence éventuelle de tuteurs, en nombre d'ailleurs insuffisant compte tenu du faible nombre de personnes attirées par cette mission.

La réforme de la formation des enseignants aura des répercussions négatives sur la qualité de l'enseignement à l'école, au collège et au lycée. Le nombre de postes de titulaires, chaque année en diminution, entraîne l'augmentation du nombre d'élèves par classe et le recrutement d'enseignants vacataires en plus grand nombre. Or, nous restons attachés à une formation de qualité, à la base de l'éducation de l'élève et du citoyen, pour nos enseignants. Comme chacun le sait, l'école républicaine est le socle de la transmission de nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.

Aussi vous demanderai-je, madame la ministre, de bien vouloir prendre en compte ces questions et de mesurer la portée des objections soulevées.

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer. Monsieur le sénateur, vous souhaitez attirer l'attention de mon collègue Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du Gouvernement, sur la réforme de la formation des enseignants. Luc Chatel est retenu ce matin par d'autres obligations mais, vous le savez, la question que vous avez soulevée est pour lui une préoccupation majeure. Il a d'ailleurs tenu à accueillir personnellement, le 30 août dernier, des professeurs stagiaires de l'Académie de Versailles.

La réforme des conditions de formation et de recrutement des personnels enseignants permet d'abord, dans le cadre d'un cursus universitaire prolongé jusqu'au master, d'harmoniser nos dispositifs avec les pratiques en vigueur dans la plupart des pays européens.

La réforme contribue aussi à élever la qualification des personnels. Recruter des professeurs à un niveau « bac + 5 » permettra à notre école d'appréhender les enjeux du monde contemporain et de faire face à ses transformations futures.

En outre, le nouveau dispositif de recrutement assure une découverte plus progressive du métier en articulant formation pratique et formation universitaire. En effet, les étudiants ont la possibilité de faire des stages dès la licence, ainsi qu'au cours des première et seconde années de master. Ces stages, rémunérés, leur permettront de prendre une classe en responsabilité. Tous ces stages sont bien entendu encadrés par des enseignants expérimentés.

Enfin, après leur recrutement, tous les professeurs stagiaires bénéficient d'un accompagnement par un professeur-tuteur reconnu pour ses qualités pédagogiques, et des actions de formation complémentaires adaptées aux besoins de chaque nouvel enseignant sont proposées.

La réforme du recrutement s'accompagne d'une meilleure reconnaissance des missions confiées à nos professeurs, notamment grâce à une revalorisation significative des rémunérations en début de carrière. En moyenne, les professeurs nouvellement recrutés perçoivent un traitement supérieur de 10 % à celui des générations précédentes. Les 200 000 enseignants qui ont récemment débuté leur carrière bénéficient également d'une revalorisation.

Élévation du niveau de qualification universitaire, progressivité dans l'acquisition des compétences professionnelles, renforcement de la pratique dans le cursus de formation, voilà ce qui caractérise la nouvelle formation des maîtres. Voilà ce qui permettra à l'école de la République de répondre aux attentes de nos concitoyens.

M. le président. La parole est à M. René-Pierre Signé.

M. René-Pierre Signé. Madame la ministre, je vous remercie. J'entends bien la force de vos arguments, mais je tiens à formuler les remarques suivantes.

Tout d'abord, la seconde année de formation en IUFM, en tant que fonctionnaire stagiaire rémunéré par l'État, est remplacée par une année de master, non payée. Voilà qui va faire entrer l'inégalité sociale dans la préparation des maîtres, fermant l'accès au concours d'enseignant aux classes les moins aisées.

Ensuite, dès la rentrée de septembre, les nouveaux enseignants ont pris leur poste sans la formation pédagogique qu'offraient jusqu'alors les IUFM. Ils devront pourtant assurer, le plus souvent dans des zones difficiles, le même service, les mêmes tâches, avec la même efficience que leurs collègues expérimentés. Le remède à cette inexpérience serait apporté par des tuteurs : un maître formateur, présent en classe à leurs côtés ou rencontré à l'occasion de réunions hebdomadaires. Mais au collège et au lycée, tous n'auront pas de tuteur.

Enfin, il convient d'appréhender une conséquence locale de la réforme, le démantèlement des antennes IUFM implantées dans les départements ruraux, comme la Nièvre. C'est très dommageable. En effet, une formation reçue dans le cadre de l'université risque d'urbaniser à l'excès les futurs maîtres, alors que les IUFM départementaux leur offraient plus de contact avec le terrain. Ainsi, ils seront moins enclins à accepter les postes situés dans les zones les plus reculées et isolées de nos campagnes.

J'insiste donc auprès de Mme la ministre pour que ces questions soient examinées avec soin et que les conséquences de cette réforme qui fragilise les antennes départementales soient correctement appréciées.

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