Question de M. PLASAIT Bernard (Paris - RI) publiée le 21/03/1996

M. Bernard Plasait appelle l'attention de M. le secrétaire d'Etat à la santé et à la sécurité sociale sur la nécessaire reconnaissance d'une médecine spécifique de l'adolescent. En effet, l'adolescent est une personne qui n'est déjà plus vraiment un " enfant ", mais qui n'est pas encore tout à fait adulte : il est un individu en transition qui connaît de profondes transformations physiques, cognitives et psychosociales. L'adolescence est un processus dynamique de maturation, qui se caractérise par le passage obligé de la situation de dépendance de l'enfant à la situation d'autonomie de l'adulte. Mais l'adolescence est aussi une période de remise en cause de la " toute puissance " de la jeunesse et un temps de forte revendication. La médecine de l'adolescent doit donc passer par une approche médicale particulière, fondée sur la connaissance et le respect des multiples aspects du développement de l'adolescent, dans son contexte scolaire, familial, social et d'insertion professionnelle. Elle doit, de plus, contribuer au progrès des connaissances dans le domaine de la santé des adolescents, notamment sous l'angle de ce qui la menace et de ce qui peut aider à la protéger. Cette médecine doit donc développer des attitudes et des soins conformes aux attentes et aux besoins des jeunes, pour ne pas léser leur équilibre global et donc leur devenir. Les spécificités d'une prise en charge pluridisciplinaire adaptée à l'adolescent devraient, au-delà de la technicité médicale déjà acquise, concourir au maintien du lien social et familial, pour que la période de la maladie ne devienne pas un temps de rupture ; établir un lien soin-étude pour préserver l'insertion scolaire, universitaire et professionnelle du jeune en permettant aux structures dont c'est la mission que soit reconnue leur vocation nationale ; et enfin développer une prise en charge psychologique pour contenir des conduites parfois incohérentes, inadaptées ou à risque, propres à cet âge d'instabilité émotionnelle. Par conséquent, il lui demande de bien vouloir lui indiquer s'il envisage d'intégrer à la politique nationale de santé publique la reconnaissance d'une médecine spécifique de l'adolescent en adoptant, par exemple, une charte de la médecine de l'adolescent qui contiendrait notamment les principes précités.

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Réponse du ministère : Santé publiée le 08/08/1996

Réponse. - La prise en charge des adolescents requiert une approche spécifique et individualisée. L'adolescence est une période au cours de laquelle le jeune est confronté à des transformations physiques et psychologiques importantes, l'amenant progressivement vers le chemin de l'autonomie. De cette " métamorphose " naissent des difficultés qui peuvent s'aggraver ou s'accumuler et entraîner des pathologies nécessitant des soins, parfois hospitaliers : tentatives de suicide, troubles du comportement alimentaire, par exemple. Mais les admissions à l'hôpital peuvent aussi porter sur la prise en charge de maladies chroniques sévères. Au cours de ces hospitalisations, il est important de permettre à l'adolescent de maintenir des contacts avec ses camarades, de préserver ainsi sa vie sociale débutante dans le respect de la bonne organisation des soins. Les structures et les conditions d'accueil des adolescents sont encore largement inadaptées en France. Les hôpitaux ne disposent pas toujours de structures adaptées au traitement des jeunes. Aussi une étude portant sur la prise en charge de l'adolescent à l'hôpital a-t-elle été confiée par Mme Veil à trois spécialistes de l'adolescence, le professeur Jeammet et les docteurs Alvin et Pommereau. Le rapport final de cette étude est en cours de rédaction. Il servira à préparer une circulaire spécifique pour les services amenés à prendre en charge des adolescents. S'agissant des adolescents et des jeunes non hospitalisés, il existe tant chez les professionnels de santé que chez les travailleurs sociaux une véritable prise de conscience notamment devant le défi de la précarité, que ce soit pour les jeunes en insertion ou pour d'autres publics comme les sans-abri ou les RMIstes. Beaucoup d'initiatives sont prises au niveau local qui ont besoin d'être coordonnées, confrontées, évaluées et soutenues. L'Etat entend assumer sa responsabilité dans l'animation et la coordination des différents intervenants avec les autres institutions dans le département. En ce qui concerne l'offre sanitaire et sociale, une organisation en réseaux de santé de proximité est recherchée. Les objectifs de ces réseaux sont d'offrir des réponses adaptées en matière d'accès à la santé et aux soins et d'assurer un suivi social, mais aussi d'élaborer une démarche de santé publique territorialisée où chaque acteur trouve sa place. Les actions entreprises visent donc à adapter les dispositifs médicaux et sociaux aux besoins des publics défavorisés, et à leur offrir des lieux d'accueil, d'information, de prévention, d'orientation et de premiers soins.

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