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Intervention de M. Gérard Larcher, Président du Sénat,
à l’occasion de la visite d’une délégation du Bundesrat
conduite par son président, M. Daniel Günther,
le mardi 19 mars 2019
Salons de Boffrand du Sénat



Monsieur le Président du Bundesrat,
Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne en France,
Messieurs les Présidents des commissions des Affaires européennes,
Madame et Monsieur les Présidents des groupes d’amitié,
Mesdames et Messieurs les Ministres-Présidents,
Monsieur le Questeur,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Vice-présidents,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs, chers collègues,
Mesdames et Messieurs les Secrétaires d’État et les plénipotentiaires,
Messieurs les Secrétaires généraux,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui dans les salons de Boffrand de la Présidence du Sénat.

Votre visite est pour moi l’occasion de manifester l’attachement du Sénat – et mon attachement personnel – à l’amitié franco-allemande et à son rôle irremplaçable au sein de l’Union européenne.

1°) Le rôle irremplaçable du couple franco-allemand

La relation franco-allemande, c’est d’abord l’histoire d’une amitié forgée après des guerres qui ensanglantèrent l’Europe pendant des siècles. Une amitié nouée par des hommes exceptionnels qui avaient connu ces épreuves et la haine de l’autre et qui « forcèrent le destin » pour se rapprocher, se comprendre et travailler ensemble. Je pense au général de Gaulle et au chancelier Konrad Adenauer qui ont su se tendre la main et signer en 1963 le Traité de l’Élysée. Je pense aussi à Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, à François Mitterrand et Helmut Kohl, à Jacques Chirac et Gerhard Schröder.

C’est autour de la solidité du couple franco-allemand que nous avons réussi à bâtir une Union européenne, symbole de paix et de prospérité, fondée sur la démocratie et le droit.

Or, il faut bien reconnaître que ces dernières années les relations francoallemandes se sont essoufflées et qu’elles peinent actuellement à trouver l’élan nécessaire. Nous échangeons même par le biais de tribunes dans la presse…

Un peu partout dans le monde les idéaux de 1945 et de 1990 qui ont vu « la liberté retrouvée » et « les murs tomber » s’évanouissent ; le multilatéralisme s’érode ; les nationalismes et les populismes progressent, y compris en Europe. Les États-Unis, la Chine, la Russie semblent vouloir imposer leur vision géopolitique du monde…
Face à ces défis, la France et l’Allemagne ont un rôle essentiel à jouer pour refonder l’Europe et la rapprocher des citoyens.

Le 22 janvier, nous avons participé, avec le Président du Bundesrat, et plusieurs de nos collègues, à la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle.
Comme l’a rappelé très justement la chancelière Angela Merkel, la relation franco-allemande resterait incomplète et fragile si elle se résumait à des contacts diplomatiques et si elle ne se traduisait pas par des actions concrètes de rapprochement entre les peuples. Je pense en particulier à la dimension linguistique et culturelle – de la littérature à la musique – et à la coopération en matière économique et technologique.

Or, malgré le rôle joué par certaines institutions comme l’Office francoallemand de la jeunesse ou la chaîne francoallemande ARTE, il faut reconnaître que les relations se sont distendues entre les deux rives du Rhin. Le recul de l’apprentissage du français en Allemagne et de l’allemand en France en porte témoignage.

De même, pour faire face aux géants américains ou chinois, seule une alliance industrielle entre la France et l’Allemagne permettra de lancer des projets dans les domaines d’avenir, comme l’intelligence artificielle, les « Airbus et les Ariane de demain ».
Comme le disait François Mitterrand, «  Sans l’Europe, la France et l’Allemagne risquent demain d’être peu de chose dans l’histoire du monde. Ensemble, avec d’autres, elles seront beaucoup. ».

2°) Le Sénat et le Bundesrat sont des acteurs engagés de la relation franco-allemande

Je tiens à cet égard à saluer l’action des Présidents, Mme Catherine Troendlé et M. Tobias Hans, et des membres des groupes d’amitié au service de l’amitié franco-allemande.

Les commissions des Affaires européennes ont également noué une coopération étroite, notamment au sein de la COSAC, et je remercie leurs Présidents MM. Guido Wolf et Jean Bizet, d’avoir élaboré le texte de la déclaration commune.

Cette déclaration commune traduit notre volonté conjointe de renforcer la coopération et les échanges entre le Sénat et le Bundesrat et de donner ainsi un nouvel élan aux relations entre nos deux pays.

Malgré les différences entre les systèmes bicaméraux en France et en Allemagne, notamment en matière législative ou de contrôle de l’exécutif, y compris sur les questions de politique étrangère et de défense, qui amènent le Sénat à coopérer également avec le Bundestag, nos deux assemblées partagent en effet un intérêt commun pour les questions européennes, la coopération décentralisée et transfrontalière, ou encore la subsidiarité.

Le Bundesrat, qui représente les Länder, contribue à la prise en considération des territoires dans l’élaboration de la législation fédérale, au respect des compétences et de la subsidiarité, ce principe souvent trop méconnu en France, alors qu’il est gage d’efficacité et de démocratie.

Le Sénat, qui représente lui aussi les collectivités territoriales, joue un rôle de « porte-parole » des territoires, un rôle d’équilibre institutionnel, privilégiant le dialogue à l’affrontement, le respect mutuel et la recherche de compromis sur les logiques partisanes.

Alors que l’Europe est souvent perçue comme trop éloignée des citoyens, j’ai la conviction que les Parlements nationaux et les chambres hautes ont un rôle essentiel à jouer, notamment en tant que gardiens de la subsidiarité ou pour lancer des initiatives conjointes, pour rapprocher l’Europe des citoyens.

Nous nous retrouverons d’ailleurs bientôt à Paris, du 13 au 15 juin, puisque je recevrai les Présidents de l’Association des Sénats d’Europe, dont j’assure cette année la présidence.

Pour la première fois, nous aurons à cette occasion une rencontre avec les Présidents de plusieurs Sénats africains afin de dialoguer ensemble et apporter des réponses communes aux défis du développement, du climat et des migrations.

Je forme donc le vœu que votre visite permette de redonner du souffle au moteur franco-allemand, qui sans être exclusif, reste indispensable pour relancer le projet européen.

Comme le disait le Général de Gaulle : « L’Europe doit trouver sa place dans l’architecture du monde qui se dessine». « La France et l’Allemagne pourront d’autant mieux s’assurer des moyens de la puissance qu’elles conjugueront leurs possibilités ».

Seul le prononcé fait foi.