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Ouverture du colloque « Les femmes pendant la Grande Guerre »
JEUDI 18 OCTOBRE 2018 – 9 heures 30
Salle Clemenceau



Madame la Présidente de la délégation aux droits des femmes, Chère Annick Billon,
Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, Mes Chers collègues,
Madame Brigitte Gonthier-Maurin, ancienne Présidente de la délégation aux droits des femmes,
Madame la directrice générale de l’Office national des Anciens combattants et des victimes de guerre,
Messieurs les Officiers,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, tout d’abord, vous exprimer le plaisir que j’ai d’être parmi vous ce matin et d’ouvrir, comme je le fais habituellement chaque année, le colloque organisé par la délégation aux droits des femmes.

À l’occasion du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, la délégation aux droits des femmes a souhaité consacrer une journée de débats et d’échanges à la place et au rôle des femmes pendant la Grande guerre. Cette journée est l’occasion d’aborder ce thème à la lumière de l’historiographie récente tout en l’ouvrant sur l’actualité. Vous invitez ainsi le passé et le présent à dialoguer de façon singulière et originale. J’y reviendrai un peu plus tard.  

Je suis heureux que le Sénat grâce à l’initiative de la Présidente de la délégation aux droits des femmes, Annick Billon, puisse ainsi prendre part aux différentes manifestations organisées sur l’ensemble des territoires dans le cadre de ce centenaire. À ce titre, je voudrais me féliciter que ce colloque ait reçu le label de la Mission du centenaire qui distingue la qualité de cette manifestation et permet de la faire connaître plus largement.

Je me permets aussi de rappeler que le Sénat s’est associé, à plusieurs occasions, à la commémoration du centenaire de la guerre 14-18. Ainsi, à l’initiative de la Bibliothèque et des Archives, il a mis à la disposition du grand public et des chercheurs, sur son site internet, tous les travaux du Sénat de la période de la guerre, à partir de la numérisation du compte rendu des débats en séance ainsi que des procès-verbaux des commissions et des comités secrets.

Par ailleurs, une cérémonie d’hommage à Georges Clemenceau s’est déroulée, dans l’hémicycle, le 14 novembre dernier. Nous avons également accueilli, durant quelques semaines, l’exposition « Nourrir au front », qui évoque le ravitaillement et l’alimentation des soldats de 14-18.

La participation des femmes à l’effort de guerre est un aspect important de l’histoire de la Première guerre qu’il est juste que le Sénat contribue à mettre en valeur. On sait combien l’effort de guerre accompli par les femmes, dans les champs, dès août 1914 et dans les usines, à partir de 1915, ainsi que dans le quotidien des familles, a été intense et essentiel. Un monument en hommage aux femmes du monde rural, inauguré à Verdun en juin 2016, rend d’ailleurs hommage au labeur des femmes pendant les deux guerres mondiales. Cette sculpture fait mémoire de leur contribution, si souvent oubliée, apportée à la Nation avec courage et sans jamais se plaindre durant ces temps de guerre.

Les témoignages iconographiques de cette époque reflètent bien souvent deux images du rôle des femmes pendant ce premier conflit mondial, la figure féminine maternelle et rassurante de l’infirmière, de la mère ou de la fiancée, et celle de la femme au travail ayant repris le flambeau des hommes dans les activités économiques du pays. C’est cette réalité complexe qui caractérise la condition des femmes durant ces années de guerre. Les femmes sont alors tout autant dans l’attente que dans l’action.
Elles attendent, elles espèrent des nouvelles de leur fils, de leur fiancé, de leur mari mobilisés sur le front. Elles en redoutent aussi la blessure ou la mort. L’absence de la figure masculine se perpétue au-delà de la fin de la guerre. Trois millions de veuves, six millions d’orphelins, triste bilan pour notre pays.

La guerre fait massivement appel aux femmes pour soigner les blessés. Ce sont ainsi plus de 100 000 infirmières - religieuses, salariées, bénévoles - qui s’engagent à l’arrière du front. Elles y côtoient les horreurs de la guerre, les corps mutilés, les âmes blessées. Elles font preuve d’une exceptionnelle abnégation. Par leur présence et leur engagement auprès des soldats meurtris par les combats, elles servent leur pays.

La guerre redéfinit les rôles de chacun au sein de la société. Aux hommes la guerre, aux femmes le rôle de chef de famille. Cette nouvelle répartition des rôles se traduit sur un plan législatif avec la loi du 3 juin 1915 qui leur permet de disposer de l’autorité du père absent pour la durée du conflit.

Dans les campagnes, elles assurent la gestion des exploitations agricoles tandis que dans les villes, elles exercent des métiers auparavant exclusivement destinés aux hommes. Elles deviennent conductrices de tramways, aiguilleuses de chemin de fer, chauffeurs de taxi… Elles prennent aussi une part active dans les mouvements sociaux jusqu’à la fin du conflit.

Le Président du Conseil, René Viviani, lance, dès le 6 août 1914, un appel aux femmes françaises : « Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n’y a pas dans ces heures graves de labeur infime : tout est grand qui sert le pays ».

Vous avez également souhaité montrer que la résistance contre l’occupant n’est pas spécifique à la Seconde guerre mondiale et qu’au cours du premier conflit mondial, les femmes contribuent de façon décisive à la résistance contre l’ennemi. Pourtant leur héroïsme est rarement mis en avant. C’est pourquoi vous avez choisi d’évoquer une page méconnue de notre histoire : la vie dans les territoires occupés pendant la Première guerre. Cette séquence soulignera l’héroïsme de femmes telles que Louise de Bettignies, héroïne de la résistance contre l’occupant dans le Nord, arrêtée en 1915 et condamnée à mort, puis à la détention à perpétuité dans la forteresse de Siegburg où elle meurt en septembre 1918. Le conservateur du Musée de l’Ordre de la Libération présentera, par ailleurs, la vie d’Emilienne Moreau qui, héroïne de la Première guerre et résistante contre l’occupant allemand, devient après la Seconde guerre l’une des six femmes Compagnons de la Libération.

Le colloque n’aborde pas tous les aspects de la place et du rôle des femmes dans la Première guerre. Vous avez délibérément choisi de sélectionner des thèmes faisant écho à de précédents travaux de la délégation aux droits des femmes : le travail des femmes, plus particulièrement dans l’agriculture, les viols de guerre, les femmes dans la Résistance contre l’occupant allemand et le rôle des femmes dans les armées françaises.

Cette journée est aussi l’occasion d’aborder des thèmes d’actualité. Ainsi, vous avez souhaité terminer ce colloque par une table ronde associant quatre femmes militaires qui devront réagir aux différents exposés des historiens à travers leur propre expérience de participation à des opérations extérieures. Je tiens à remercier plus particulièrement la directrice générale de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, Rose-Marie Antoine, qui a rendu possible cette contribution. Je pense que cette réflexion sur les femmes et la guerre aujourd’hui sera un des temps forts de cette journée et montrera le lien essentiel que peuvent entretenir le passé et le présent.

Cette séquence n’est pas sans lien avec le travail qu’a conduit la délégation en 2015 avec la publication d’un rapport sur la féminisation de nos forces armées. Il sera intéressant notamment d’entendre la réaction d’une femme officier, médecin en chef au Service de santé des armées, à l’exposé d’une historienne sur les infirmières ou « anges blancs ».

Vous avez également souhaité mettre à l’honneur deux lieux consacrés à ce premier conflit mondial, le musée de la Grande guerre du Pays de Meaux ainsi que le Musée Guerre et Paix en Ardennes dont la responsable interviendra sur « La vie des femmes dans les territoires occupés : le cas des Ardennes ».

La délégation a également eu à cœur d’animer ce colloque de reproductions de dessins d’enfants de l’époque de la guerre de 14, qui font partie des fonds du Musée de Montmartre. Ils illustrent de façon très éclairante la perception des réalités de la guerre par des petits Parisiens d’un quartier populaire. De nombreux dessins témoignent de la vie des femmes et des familles pendant la guerre.

Je vous souhaite, tout au long de cette journée, de fructueux et stimulants échanges, riches des enseignements de l’histoire et porteurs pour l’avenir.

Seul le prononcé fait foi