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Intervention du Président du Sénat devant les élèves de l’école nationale de Police de Oissel (Seine-Maritime)
Lundi 5 février 2018

 

Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture de Seine-Maritime (M. Yvan Cordier),
Monsieur le Maire de Oissel (M. Stéphane Barré),
Madame la Présidente de la commission de la Culture, de l’Éducation et de la communication du Sénat (Mme Catherine Morin-Desailly),
Monsieur le Vice-Président du Sénat et ancien Maire de Oissel (M. Thierry Foucaud),
Madame et Messieurs les Sénateurs de Seine-Maritime, mes chers collègues, (M.  Charles Revet),
Monsieur le Directeur de l’Ecole nationale de Police de Oissel (M. Dominique Druais, commissaire divisionnaire),
Mesdames et Messieurs les officiers, gradés et gardiens de la Paix,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les élèves gardiens de la Paix, adjoints de sécurité, et cadets de la République,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux de participer aujourd’hui, en présence de mes collègues Sénateurs du département de Seine-Maritime, du Maire de Oissel, du Secrétaire Général de la Préfecture de Seine Maritime et du directeur de l’école nationale de Police, à cette cérémonie républicaine du « lever des couleurs ».
Elle est pour moi l'occasion de nous rassembler autour de nos trois couleurs et de saluer votre engagement en tant que futurs gardiens de la Paix, adjoints de sécurité et cadets de la République.
Et à travers vous, je voudrais rendre hommage, au nom du Sénat de la République, à l'ensemble des policiers, pour leur action quotidienne au service de la sécurité de nos concitoyens.
Je n’oublie pas vos camarades policiers et gendarmes, morts ou blessés en service, et en particulier le couple de policiers, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, lâchement assassinés à Magnanville, dans mon département, le 13 juin 2016.
Au moment où notre pays demeure confronté à une menace terroriste élevée, à un niveau élevé de délinquance et d’insécurité, à des manifestations parfois violentes qui mettent directement en cause l’autorité de l’État, il me paraît très important de souligner le rôle essentiel de la police nationale.
Dans un État de droit, les citoyens ont droit à la sécurité. La sécurité est tout autant le premier des droits que la liberté. Au Sénat, l’équilibre entre la sécurité et la liberté est une exigence et une préoccupation constante.
Depuis les attentats de Paris, de Nice, de Magnanville ou de Saint-Étienne du Rouvray, nous avons voté – majorité et opposition largement réunies –huit lois relatives la sécurité.
Grâce notamment à sa commission des Lois, le Sénat a joué un rôle majeur d’impulsion et de proposition pour renforcer notre arsenal législatif, tout en veillant à préserver l’équilibre entre le renforcement de la sécurité et la protection des libertés individuelles et collectives.
Je mentionnerai, en particulier, la loi du 28 février 2017 sur la sécurité publique, qui a permis de créer un cadre unique d’usage des armes commun aux policiers et aux gendarmes, de réprimer plus sévèrement les comportements de rébellion contre les membres des forces de l'ordre, et de renforcer la protection juridique des policiers, notamment en préservant l’anonymat des agents dans certaines procédures.
La préparation du projet de loi sur la « Police de sécurité du quotidien » et la simplification de la procédure pénale font également l’objet d’un suivi attentif par notre assemblée.
La simplification de la procédure pénale – qui est devenue au fil du temps un véritable maquis – constitue – je le sais - une très forte attente des policiers et des gendarmes. Ils me le disent sur le terrain.
Il s’agit là aussi d’un enjeu majeur pour améliorer la réponse pénale et renforcer la confiance entre les policiers et les magistrats.
Les contours exacts de la future « police de sécurité du quotidien » restent encore à préciser.
Mais, à mon sens et à la lumière de l’expérience des dispositifs lancés par les précédents ministres de l’intérieur, comme par exemple les zones de sécurité prioritaires, ce nouveau dispositif ne sera réellement efficace – et je souhaite qu’il le soit - que s’il se traduit par un renforcement significatif des effectifs de policiers et des moyens supplémentaires dans les zones les plus sensibles.
Le Président de la République a annoncé le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes sur les cinq prochaines années. Je soutiens cette décision.
Mais il me paraît indispensable que ces policiers supplémentaires soient réellement déployés sur le terrain.
Il faut donc réduire les tâches administratives et simplifier la procédure pénale, comme la garde à vue par exemple.
Je pense aussi aux équipements, à la disponibilité des véhicules et à l’état de certains commissariats. Tout cela est essentiel pour les conditions de travail et le moral des Policiers. Des efforts ont été accomplis ces dernières années. Mais un vaste plan de renouvellement des équipements et de l’immobilier nous paraît indispensable.
Mais le défi le plus sérieux auquel vous êtes aujourd'hui confrontés est celui de l'insécurité croissante dans laquelle vos interventions s'effectuent, notamment dans certains quartiers ou dans certaines cités sensibles.
Cette situation à laquelle de nombreux policiers sont confrontés - et vous n’êtes pas les seuls puisque samedi dernier les Sapeurs-Pompiers de mon département des Yvelines m’en faisaient aussi état - n'est qu'un des symptômes d'une dégradation générale de l'environnement de sécurité et de l'esprit civique, de l’autorité de l’État, dégradation que connaît aujourd'hui notre pays et que nous nous devons de surmonter.
Le Sénat est attentif à votre situation. Le Sénat vient donc de décider la création d’une commission d’enquête sur l’état des forces de sécurité intérieure. Cette commission d’enquête, dont le Président est notre collègue Michel Boutant et le rapporteur notre collègue François Grosdidier, devrait remettre ses conclusions d’ici l’été prochain.
Après les agressions violentes inacceptables, subies par des policiers à Champigny sur Marne, lors de la soirée du Nouvel an, et à Aulnay-sous-Bois, quelques jours après, j’ai souhaité mener moi-même une réflexion sur la manière d’améliorer les relations entre la Police et la population, en particulier dans certains quartiers sensibles.
Dans ce cadre, il m’a semblé très important de visiter une école formant des élèves gardiens de la Paix, des adjoints de sécurité et des Cadets de la République, telle que l’école nationale de Police de Oissel.
La devise de votre école est « Former pour servir ».
J’ai la conviction profonde que la formation a un rôle essentiel à jouer dans l’amélioration des rapports entre les policiers et la population.
Les crédits consacrés à la formation initiale et continue des policiers dans la loi de finances pour 2018 ne sont pas à la hauteur des besoins. Le Sénat va continuer à attirer l’attention du gouvernement sur ce sujet.   
Qu’il s’agisse de l’aptitude physique, de l’équilibre psychologique et de la maîtrise de soi face à tout type de situation, de la connaissance du droit et de la procédure, du respect de la discipline et des règles déontologiques, mais aussi de la connaissance de l’histoire, des traditions et des valeurs propres à l’institution policière, la formation joue un rôle essentiel.
C’est d’ailleurs l’un des enseignements que je retire de mon déplacement, mercredi dernier, auprès de la Police de l’Air et des Frontières de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle et du Centre de rétention de Vincennes, où j’ai pu mesurer les difficultés rencontrées sur le terrain par de nombreux jeunes policiers, affectés à leur sortie d’école. Je voudrais saluer le sens des responsabilités dans l’exercice de leur mission.
J’aurai l’occasion tout à l’heure d’étudier le dispositif de formation à la lutte contre les violences urbaines et de m’entretenir avec certains d’entre vous.
Je me rendrai le 19 février auprès de l’unité d’intervention du RAID et dans un commissariat de police de Bondy en Seine Saint Denis, afin d’échanger avec des policiers à la lumière de leur expérience.

Mesdames et Messieurs les élèves Gardiens de la Paix, adjoints de sécurité et Cadets de la République, je voudrais, au nom du Sénat et de l’ensemble de mes collègues, vous témoigner de notre reconnaissance et de notre soutien pour avoir choisi de porter cet uniforme et de servir la République.
Votre engagement au service de la sécurité de nos concitoyens vous honore.
Vous pouvez être fiers d’appartenir à cette institution républicaine que représente la Police nationale.
Je remercie votre directeur, les officiers, les formateurs et l’ensemble des personnels de l’école, qui participent à votre formation et au bon fonctionnement de l’école nationale de Police de Oissel.  
La République, l’État peuvent compter sur vous.
« C’est dans l’action, dans le don de soi, dans l’abnégation et le dévouement, qu’on trouve la vraie récompense, la santé physique et morale, le véritable bonheur ». Ainsi, le disait Roger Martin du Gard.