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Eloge funèbre de Nicole Bricq,
Sénatrice de Seine-et-Marne
(mercredi 11 octobre 2017 à 14 heures 30, séance publique)


Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

C’est avec stupeur et tristesse que nous avons appris, au cœur de l’été, la disparition soudaine, que rien ne pouvait laisser présager, de notre collègue Nicole Bricq.

Nicole Bricq nous a quittés alors que, toujours déterminée et infatigable, elle avait siégé parmi nous quelques jours plus tôt, jusqu’au terme de la session extraordinaire.

Nicole Bricq était une femme de caractère au sens le plus élevé du terme dont la compétence était unanimement reconnue sur tous les bancs de cette assemblée.

Nicole Bricq voua sa vie entière à son engagement politique en faveur des valeurs auxquelles elle croyait, exerçant des responsabilités publiques de haut niveau, au sein du Parti socialiste, comme élue locale, comme parlementaire et comme ministre.

***

Née à La Rochefoucauld, cette fille d’agriculteurs quitta sa Charente natale pour faire des études de droit à Bordeaux où elle obtint une maîtrise de droit privé.

Alors qu’elle n’avait encore que 21 ans, elle ressentit la nécessité d’un engagement politique et adhéra en 1972 au Parti socialiste pour défendre les idées qui lui tenaient à cœur.

Selon son frère, Lucien Vayssière, : « Nicole a toujours aimé la politique. C’était une vocation ». Sa détermination sans faille était, à ses yeux, le fruit d’une éducation familiale où trois valeurs primaient : le travail, la responsabilité et l’austérité.

Au sein du parti socialiste, Nicole Bricq gravit successivement tous les échelons, elle fut successivement première secrétaire fédérale à Paris, membre du Comité directeur, membre du Conseil national, secrétaire nationale chargée de la consommation, déléguée nationale chargée de la fiscalité locale et membre des équipes de campagne pour les élections présidentielles de Lionel Jospin et de François Hollande.

L’engagement militant de Nicole Bricq déboucha logiquement, en 1986 sur un premier mandat électif, celui de conseillère régionale d’Ile-de-France, qui devait être suivi de beaucoup d’autres.

Son engagement politique la conduisit aussi à devenir, en 1988, conseillère technique chargée des relations avec le Parlement et les élus au cabinet de notre ancien collègue Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la défense, puis conseillère technique pour les relations avec le Parlement au cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’environnement en 1992.

C’est, forte de cette première expérience du monde parlementaire, que Nicole Bricq fit son entrée à l’Assemblée nationale en 1997, comme députée de Seine-et-Marne. Elle siégea successivement à la commission de la production et des échanges, puis à la commission des finances où elle fut membre de la mission d’évaluation et de contrôle sur la dépense publique.

Elle commença alors à se forger une solide compétence en matière de finances publiques et fut notamment l’auteur, en 1998, d’un rapport d’information remarqué sur la fiscalité environnementale, suggérant une réforme de la fiscalité au service de l’environnement et un renforcement de l’application du principe « pollueur-payeur ».

Après avoir rejoint le conseil municipal de Meaux en 2001, Nicole Bricq fut élue sénatrice de Seine-et-Marne en 2004. Réélue en 2011, elle siégea sans interruption dans notre assemblée jusqu’à sa nomination au Gouvernement en 2012.

Dans le cadre de son mandat sénatorial, elle s’affirma comme une spécialiste incontournable des questions budgétaires et l’une des personnalités les plus éminentes de notre commission des finances, dont elle fut Vice-présidente de 2008 à 2011.

J’ai la conviction que c’est au Sénat, lorsqu’elle devint rapporteure générale du budget, un poste essentiel, que sa vie politique connut un véritable tournant. C’est à ce moment précis que ses collègues, quel que soit leur groupe, prirent conscience de sa rigueur et de ses compétences qui lui permirent d’occuper de hautes fonctions ministérielles.

Dans un rapport préalable au débat sur les prélèvements obligatoires, elle dressa ainsi, en octobre 2011, un bilan critique de la politique menée dans ce domaine depuis 2007, assorti de pistes et de propositions pour le quinquennat à venir, comme la suppression de nombreuses « niches fiscales » et une réforme des modalités de calcul des principaux impôts destinée à accroître leur rendement tout en favorisant la justice fiscale.

C’est le 16 mai 2012, à l’issue des élections présidentielles, que Nicole Bricq fut appelée à exercer des responsabilités gouvernementales.

Nommée d’abord ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault, elle prit des positions conformes à ses convictions en faveur de la protection de l’environnement, souhaitant l’introduction d’une plus grande transparence dans l’attribution des gisements miniers et annonçant la suspension des permis de forages exploratoires d’hydrocarbures au large de la Guyane.

Nicole Bricq fut ensuite, de juin 2012 à mars 2014, ministre du commerce extérieur dans le deuxième gouvernement Ayrault, fonctions qu’elle exerça avec le dynamisme et la force de conviction qui la caractérisaient.

Nicole Bricq revint au printemps 2014 au Sénat où, siégeant à la commission des finances puis à à la commission des affaires sociales, elle s’investit à nouveau pleinement dans l’exercice de son mandat parlementaire, en particulier à l’occasion de l’examen du projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques présenté par Emmanuel Macron.

Comme toujours, libre et déterminée dans ses engagements, elle fut parmi les premiers parlementaires à le soutenir lors de la campagne présidentielle de 2017, et parmi les premiers sénateurs à rejoindre le nouveau groupe de « La République en marche » au sein de notre assemblée.

Nicole Bricq était encore présente dans cet hémicycle le 2 août dernier pour participer à nos débats sur les ordonnances relatives au dialogue social.

Elle décrivit alors, dans son ultime intervention parmi nous, le rôle essentiel du parlementaire participant à une commission mixte paritaire, dans des termes que je voudrais rappeler  et que nous pourrions, je crois, tous reprendre à notre compte : « S’il est un moment privilégié dans la vie d’un parlementaire, c’est bien quand il participe à une commission mixte paritaire (…). En effet, on dispose, pour une fois, d’une entière liberté, on est mis en face de sa responsabilité. Nous savons qu’il n’y a pas de mandat impératif pour un parlementaire. Il faut choisir la voie la meilleure pour arriver à un compromis positif. »

Tout au long de ce riche parcours politique, Nicole Bricq s’était imposée, dans chacune de ses fonctions successives, par sa compétence et son travail acharné.

A l’occasion d’un entretien donné à La République de Seine-et-Marne en 2006, elle témoignait en ces termes des handicaps qu’elle avait dû, à ses yeux, surmonter : « J’étais une provinciale, sans réseaux, sans amitiés d’écoles et de pouvoir, je ne venais pas d’un milieu élevé ».

Nicole Bricq ajoutait : « pour une femme, la politique est un dur combat, violent même et qui peut faire peur. Il faut avoir une cuirasse. Si je n’avais pas eu la politique chevillée au corps, l’opiniâtreté, je n’aurais pas réussi ». Forte personnalité au caractère bien trempé, elle se plaisait à faire observer que : « d’un homme on dit qu’il a du caractère, d’une femme qu’elle a mauvais caractère. J’ai le mien. »

Nicole Bricq fut une femme libre, passionnément engagée en politique, au service de l’État et de la chose publique.

Au nom du Sénat tout entier, je souhaite rendre aujourd’hui, dans notre hémicycle, un hommage solennel à une parlementaire de premier plan dont l’intelligence, la compétence et la force de conviction étaient unanimement respectées et faisaient honneur à notre assemblée. 

À ses anciens collègues de la commission des finances et de la commission des affaires sociales, à ses amis du groupe socialiste et républicain et du groupe « La République en marche », j’exprime notre sympathie attristée.

À Jean-Paul Planchou, à son fils Renaud, à toute sa famille et à ses proches, je tiens à présenter, en ce moment de recueillement, les condoléances sincères et émues de chacun des membres du Sénat.

Nicole Bricq restera présente dans nos mémoires.