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Intervention à l’occasion de la Journée Nationale des Mémoires de la Traite,
de l’Esclavage et de leurs Abolitions

Mercredi 10 mai 2017

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de la République élu,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Députés,
Mesdames, Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Président du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis, aujourd’hui, pour commémorer la douzième Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Cette cérémonie revêt une importance toute particulière de par votre présence, Monsieur le Président de la République, et par la présence de Monsieur Emmanuel Macron à qui reviendra l’honneur de vous succéder.

Je souhaitais vous dire combien, Monsieur le Président de la République, la Haute Assemblée, quelles qu’aient pu être parfois nos divergences, s’est réjouie d’avoir pu entretenir avec vous au cours de votre quinquennat un dialogue constructif.
Je forme des vœux pour que ce dialogue s’inscrive dans la continuité.

Cette Journée nationale voulue par le Président Jacques Chirac, pour qui j’ai une pensée particulière, est intimement liée au Sénat.

D’abord, par le jour retenu pour cette commémoration, c’est en effet le 10 mai 2001 que notre Haute Assemblée a solennellement qualifié la traite et l’esclavage de crimes contre l’humanité ; ensuite, par le choix du Jardin du Luxembourg où a été érigée une sculpture de Fabrice Hybert intitulée « Le cri et l’écrit », montrant ainsi qu’au cri des opprimés répondait l’écrit des lois.

Il y eut des hommes libres, humanistes, tels que l’abbé Grégoire et Victor Schœlcher qui seront sénateurs et ont toujours placé leur engagement républicain au-dessus de tout, engagement qui les pousse à rendre indissociable l’abolition de l’esclavage de l’octroi de la citoyenneté, thème de l’exposition que nous venons d’inaugurer.

Dès la Révolution française, l’abbé Grégoire proclame la citoyenneté pour tous les esclaves. Le 11 mai 1791, il s’exclame : « Un jour, des députés de couleur franchiront l'Océan pour venir siéger dans la Diète nationale ».

Cette première abolition est le résultat de l’action des oubliés de l’égalité qui se révoltèrent à Saint-Domingue avec à leur tête Toussaint-Louverture. S’appuyant sur la Déclaration des droits de l’homme, des esclaves revendiquent la liberté qu’ils y voient promise et obtiennent, le 4 avril 1792, que l'Assemblée nationale accorde la pleine citoyenneté à tous les libres de couleur. Mais cet idéal se heurte alors à la réalité coloniale.

D’autres Révolutions seront nécessaires pour relancer ce combat en faveur de l’accession à la citoyenneté.

C’est l’abolition de l’esclavage en 1848 et l’adoption du suffrage universel qui posent enfin la question de l’accession à la citoyenneté active des affranchis.

C’est Victor Schœlcher qui est à l’origine du décret du 27 avril 1848 d’abolition, il constitue pour les colonies le texte fondateur de la citoyenneté en rendant l’esclavage hors la loi et en disposant en son article 6 que ces dernières seront représentées à l’Assemblée nationale. L’esclavage est alors considéré comme un attentat à la dignité humaine et l’octroi de la citoyenneté comme le rétablissement du libre arbitre de l’homme.

La Seconde République voulut instaurer une communauté nationale unie et rassemblée autour des valeurs de la République où tous les hommes quelle que soit leur couleur de peau étaient confondus dans une même passion : l’amour de la patrie et de l’humanité !

« La République doit réunir tous les cœurs, toutes les volontés, toutes les énergies en un commun dévouement de la France » dira Victor Schœlcher.

Cet idéal demeure plus que jamais d’actualité !

La République a su rompre alors avec le passé en fondant un nouveau contrat social basé sur la liberté, l’égalité et la fraternité.

Un vent de liberté souffla alors dans ce qui structurait la vie de ces anciens esclaves, un formidable appel à l’éducation, à la démocratie et à l’accession à la propriété se fit entendre ! C’est cela aussi la citoyenneté !

Pour ces nouveaux hommes libres et pour leurs descendants, verser leur sang pour la patrie à Verdun comme à Monte Cassino constituera souvent pour eux le réel moyen d’accéder enfin à une citoyenneté pleine et entière.

Ces enfants de la Patrie continueront à combattre pour leurs droits en 1946 avec la campagne pour la fin du statut colonial d’Aimé Césaire.

Héritiers de l’abbé Grégoire, de Victor Schœlcher, d’Aimé Césaire, nous sommes aujourd’hui les dépositaires de ce moment de la conscience humaine où la France brisa enfin les chaînes des esclaves pour leur accorder la citoyenneté.

Ce moment de mémoire partagée doit être plus qu’un simple rappel d’événements historiques. Il doit être, pour nous, un facteur de cohésion nationale dans une France qui est l’objet de tant de fractures et de divisions !

Il est occasion de rappeler que l’esclavage et la traite négrière trouvent leur insupportable justification intellectuelle et morale dans l’idée d’une race inférieure en contradiction absolue avec notre idéal républicain.

Il doit être pour nous l’occasion de montrer que la lutte contre l’asservissement et celle contre le racisme sont encore des combats que nous avons à mener, avec exigence et sans accommodement !

Il nous faut résister. Il nous faut refuser toute facilité, refuser tout abandon, refuser toute forme d’assujettissement de notre capacité à penser, à agir et à imaginer !

Ces combats, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président qui venez d’être élu, doivent rassembler tous ceux qui mettent les valeurs et attitudes républicaines au cœur de leurs engagements politiques. Ils doivent nous réunir pour que la France continue à être respectée dans le monde et pour que la République continue à être respectée par tous nos concitoyens sur notre sol. Ce sont des combats que je veux continuer à mener inlassablement, dans mes fonctions de Président du Sénat, avec l’ensemble de mes collègues sénateurs.

Le sens d’une commémoration comme la nôtre, c’est aussi de ne pas oublier ces enfants, ces femmes et ces hommes qui font aujourd’hui l’objet d’une exploitation barbare de la part de Daech ou de Boko Haram.

C’est l’affirmation de l’universalité et de l’indivisibilité de l’espèce humaine.

Puisse cet esprit inspirer nos prochains combats de l’Orient à l’Afrique !

Comme le déclarait Victor Schœlcher : « La liberté quand son jour est venu, est comme la vapeur, elle a une force d’expansion indéfinie, elle renverse et brise ce qui lui fait obstacle. »

C’est cette force d’expansion indéfinie qui nous permet de combattre cette injure permanente !

Il en va de notre dignité et de notre courage !

Il en va du respect des valeurs de la République à laquelle nous devons rester si attachés !

Je vous remercie.