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Intervention de M. Gérard Larcher, Président du Sénat
pour l’ouverture du colloque « Être agricultrice en 2017 »

Mercredi 22 février 2017


Madame la Présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Chère Chantal Jouanno,
Mes chers collègues sénatrices et sénateurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Dans trois jours s’ouvre, à Paris, le Salon international de l’agriculture dont la thématique est cette année : « L’agriculture, une passion, des ambitions ».

Une passion pour l’agriculture et des ambitions, c’est assurément un thème qui caractérise l’action de Xavier Beulin, auquel je veux rendre hommage en cet instant. Il a vraiment été un grand syndicaliste agricole et a porté avec conviction une vision forte et ambitieuse pour l’agriculture française. Je salue également Christiane Lambert, qui vient d’être désignée pour assurer la présidence par intérim de la FNSEA, devenant la première femme à exercer ces fonctions.


Une passion pour l’agriculture et des ambitions, c’est au fond le fil directeur de l’action de tous nos agriculteurs. Je le mesure à chacun de mes déplacements dans des exploitations, quelle que soit la filière de production.

La passion pour la terre, pour l’élevage, pour les beaux produits, pour le territoire, elle est nécessaire pour exercer un métier aussi difficile et tel celui d’agriculteur. Quand les temps sont difficiles, comme ils ont pu l’être ces dernières années dans l’élevage, l’an dernier dans la filière céréalière et encore en ce moment même dans la filière canards, ravagée par la grippe aviaire.

Les ambitions, elles sont évidemment multiples lorsqu’on constate la diversité de nos structures et de nos productions agricoles.

Notre pays a la chance d’avoir une agriculture riche et diverse. Je pense qu’il peut et qu’il doit couvrir tous les segments de marché, en s’appuyant sur des modèles de production à la fois différents et complémentaires ! Notre agriculture et notre filière agroalimentaire sont essentielles au développement économique de nos territoires ruraux et sont des atouts pour notre pays. Rappelons-nous que l’agriculture et la filière agroalimentaire sont l’un des principaux postes d’excédent au sein de notre balance commerciale !

Cet atout majeur pour la France, nous le devons aux générations d’agriculteurs et d’agricultrices qui se succédées et qui ont fait de la France une grande puissance agricole, capable de nourrir sa population, d’exporter et d’être une référence dans le monde.
Je veux remercier la délégation aux droits des femmes du Sénat d’avoir organisé ce colloque qui met en exergue la place des femmes.

Longtemps, les femmes travaillant dans les exploitations agricoles, très nombreuses, ont été vues comme des « femmes d’agriculteurs », et non comme des « agricultrices » à part entière. Les statuts juridiques les ignoraient ou les considéraient uniquement comme des aidants familiaux. Quant aux formes d’exploitation, elles ne leur étaient guère favorables, puisqu’un GAEC ne pouvait pas être constitué uniquement entre deux conjoints !

Il a fallu attendre la création des EARL en 1985, puis la loi d’orientation agricole de 1999 créant le statut de conjoint collaborateur, pour que les choses changent vraiment et qu’elles deviennent enfin « visibles » juridiquement.

Car visibles, elles l’étaient sur le terrain, dans les exploitations, depuis toujours. Elles l’étaient en particulier pendant les guerres, au cours desquelles elles ont joué un rôle essentiel. Le gouvernement savait alors se tourner vers elles. Je pense bien sûr à l’appel lancé par le président du Conseil René Viviani, qui demandait en 1914 aux femmes françaises, « de maintenir l’activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine ». Il ajoutait qu’elles ne pouvaient « pas rendre à la patrie un plus grand service ». Ce service a très justement été honoré l’an dernier, dans ce haut lieu de la Première guerre mondiale qu’est Verdun, par la création d’un monument en « Honneur aux femmes du monde rural pendant les guerres ».

Visibles, elles l’étaient également sur le plan de l’engagement dans la société, notamment au travers de la branche féminine de la Jeunesse agricole catholique qui a joué un rôle très important dans l’évolution du monde agricole. Cette branche fut créée en 1933, soit bien avant que le droit ne leur accorde une véritable place.

Les femmes ont ainsi joué un rôle essentiel dans l’histoire de notre développement agricole mais, plus que du passé, c’est de l’avenir dont je veux parler car les agricultrices portent une part importante du développement de l’agriculture française.

Aujourd’hui, elles représentent plus du quart des chefs d’exploitation et des co-exploitants et, dans les jeunes générations, elles sont souvent plus diplômées que les hommes. Elles représentent la moitié des effectifs de l’enseignement agricole, même si l’on constate toujours des disparités entre filières. Les femmes sont moins présentes en production animale, à l’exception des chevaux et des chiens, caractéristique que l’on retrouve également dans la filière vétérinaire dont je suis issu.

Les femmes ont une sensibilité spécifique et, selon des études du ministère de l’agriculture, elles montrent une appétence plus grande pour les nouvelles demandes de la société, qu’il s’agisse du bio ou de la vente directe. Elles sont également en pointe pour développer des projets d’agritourisme et permettre ainsi, à la fois, de promouvoir le monde agricole et de diversifier les sources de revenus, ce qui conforte la résilience des exploitations.

Être agricultrice en 2017, ce n’est plus être simplement dépositaire d’un héritage, plus ou moins voulu, plus ou moins subi. C’est être actrice à part entière du développement de notre filière agricole et agroalimentaire. C’est être porteuse d’innovation pour nos territoires ruraux.

Cette réalité, elle est encore insuffisamment mise en valeur, voire mal appréciée par des acteurs qui contribuent aussi à ce développement. Je pense notamment aux conseillers des chambres d’agriculture ou aux banquiers qui ne considèrent peut-être pas tous de la même manière un homme et une femme lorsqu’il s’agit de mener à bien de nouveaux projets agricoles.

Ce témoignage, je l’ai entendu de la part d’une jeune agricultrice très dynamique à Rémalard-en-Perche, dans l’Orne. Belle-fille des gérants de l’exploitation, elle s’est lancée avec conviction dans l’élevage de porcs, diversifiant ainsi les productions de la ferme. Des commentaires sceptiques, elle en a manifestement entendus ! Mais elle a réussi et je dois vous dire que lorsque je l’ai rencontrée, il y a à peu près un an, au moment où le Sénat travaillait à une proposition de loi en faveur de la compétitivité de l’agriculture et de la filière agroalimentaire, elle nous a véritablement épatés par son talent !

Dans ce même département de l’Orne, c’est également une femme qui préside avec dynamisme la FDSEA, ce qui n’est pas si fréquent, que ce soit au niveau des présidences départementales de fédérations syndicales ou au niveau des chambres d’agricultures, puisque trois chambres seulement sont aujourd’hui présidées par des femmes (en Mayenne, en Lozère et dans la Drôme), et que le directeur de la chambre d’Ile-de-France est une femme maire des Yvelines.

Au niveau ministériel, on constate que deux femmes seulement ont été en charge de l’agriculture : Édith Cresson de 1981 à 1983, puis Christine Lagarde en 2007 (pour un mois seulement, avant de prendre la tête du ministère des finances).

La délégation sénatoriale aux droits des femmes a voulu montrer que l’agriculture n’est pas « un métier d’homme ». Elle a voulu témoigner que les femmes y ont toute leur place et que notre pays a besoin de leur passion, de leurs talents et de leurs ambitions.
Avec mes collègues sénatrices et sénateurs, nous croyons dans l’avenir de notre agriculture. Et nous en débattons nous aussi avec passion et avec ambition !

Nous pouvons bien sûr compter sur nos collègues issus du monde agricole, aujourd’hui plutôt masculins, pour animer ces débats, mais je dois vous dire que les femmes, qui représentent plus de 27 % du Sénat, y contribuent également de manière très importante et qu’elles sont souvent en pointe sur des sujets mettant en prise agriculture, santé et environnement.

Ce sont ainsi cinq femmes de différents groupes politiques qui ont particulièrement contribué aux débats du Sénat sur les néonicotinoïdes, lors de l’examen du projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages : Sophie Primas, Nicole Bonnefoy, Laurence Cohen, Marie-Christine Blandin et la présidente de la délégation aux droits des femmes, Chantal Jouanno.

Auparavant, nous avions également pu bénéficier de l’expérience de Jacqueline Panis, qui a siégé au Sénat de 2007 à 2011 et que je remercie d’avoir accepté de venir aujourd’hui participer à vos travaux.

J’espère que ces exemples susciteront des vocations, car je sais que ce thème de l’engagement politique des agricultrices sera abordé tout à l’heure.

 Je vous souhaite d’avoir cet après-midi des échanges passionnés et je veux vous assurer que le Sénat, dans sa diversité, sera toujours aux côtés des agricultrices et des agriculteurs qui s’engagent pour faire vivre nos territoires, pour innover et pour faire gagner notre pays !

Très bon colloque !